“Soyez comme l’eau !” : sept tactiques gagnantes dans la révolution de Hong Kong10 min

Ceci est une traduction d’un article du journal britannique “New Statesman”
Lien de l’article initial
Traduction réalisée par Nena Lonavill

 

Depuis bientôt deux mois, une vague de manifestations anti-gouvernemental secoue Hong-Kong. Initialement provoquées par une proposition du gouvernement d’introduire une loi qui permettrait l’extradition de suspects d’affaires criminelles vers la Chine afin qu’ils puissent y être jugés, les manifestations se sont transformées en un large mouvement pro-démocratique, demandant la transparence du gouvernement et le suffrage universel. Ces manifestations ont largement été menées par de jeunes activistes qui, au fur et à mesure des manifestations hebdomadaires et frictions avec la polices, ont adapté et développé leurs stratégies, offrant un cours magistral pour les activistes du monde entier. Voici certaines de leurs tactiques clés.

Fini l’occupation – « Soyez comme l’eau! »

Le mouvement international « Occupy » (ndt: équivalent des Nuits Debout en France), en réaction à la crise financière de 2008, a servi d’inspiration pour les précédents actes de désobéissance civile à Hong Kong – une série de manifestations connues sous les noms d’ « Occupy Central » ou du « Mouvement Parapluie » – durant l’année 2014. Ces manifestations ont adopté la logique d’occupation des mouvements précédents, les manifestants occupant les principales voies de circulation durant 79 jours dans l’espoir que les perturbations occasionnées forceraient le gouvernement à la table des négociations. Le gouvernement refusant de bouger, le mouvement échoua.

En ce moment, les manifestants d’Hong Kong prennent leur inspiration d’une source plus proche d’eux: le héros local, star du cinéma de kung-fu, Bruce Lee, qui professa : « Soyez comme l’eau »

Les jeunes manifestants évitent les anciennes stratégies, rigides et peu mobiles, en faveur d’un type de manifestation hautement mobile et agile. Un rassemblement peut se changer en marche; une marche peut commencer dans une direction pour brusquement en changer; l’objectif d’une action en particulier peut devenir apparente durant le cours même de la marche. Lors de récentes manifestations, de petits sous-groupes de manifestants se sont soudainement détachés pour mener des actions ciblées appelées « chats sauvages » sur un bâtiment du gouvernement, envahissant les entrées, escalators et ascenseurs. Lorsque le gouvernement déclara le bâtiment fermé et renvoya les employés pour la journée, les manifestants se dispersèrent pour bouger vers leur prochaine cible. Comme le disait Bruce Lee « L’eau peut couler, comme elle peut fracasser ».

(ADDENDUM de la traduction: Vus sur autres sources, utilisation de lasers pointés en nombre vers les caméras afin d’éviter d’être identifiés.)

Manifestation Open-Source

La vague actuelle de manifestation Hong Kongaise est sans leader. C’est en partie une réponse aux poursuites agressives du gouvernement à l’encontre des anciens meneurs: la figure du Mouvement Parapluie Joshua Wong n’as que récemment été libéré de prison, tandis que de nombreux autres leaders incluant les initiateurs du plan Occupy Central, Benny Tai et Chan Kin-Man, restent à ce jour derrière les barreaux. Sans leader évident, il n’y a personne à emprisonner.

De même, l’absence d’un leadership centralisé est un résultat de l’usage de tactiques online, en cela très organiques. Les manifestants utilisent des forums tels que LIHKG – une sorte de version local et lo-fi de Reddit avec possibilité de commenter et voter sur des posts – de même que des groupes chats Telegram (le plus grand d’entre eux en est à 10’000 membres), où la fonction sondage permet aux participants de décider des prochaines étapes: doivent-ils rester ou se disperser? Les manifestants votent sur l’instant et agissent en fonction.

Le professeur Francis Lee de l’Université Chinoise de Hong Kong a nommé de phénomène « la manifestation Open-Source ». Les volontaires dotés de mégaphones ou de talkies-walkies aident aux annonces et à la coordination, mais ne sont pas des meneurs à proprement dit. Les manifestants ont également expliqué que cette absence de leadership encourage tout le monde à s’investir et contribuer au mouvement. De cette manière, les manifestants promulguent le type de démocratie participative qu’ils veulent voir appliquée.

AirDrop

L’usage de Telegram des manifestants est bien connu, alors ce n’était peut-être pas une surprise que lorsque les premiers clash les plus intense entre manifestants et forces de l’ordre subvinrent, l’application reporta avoir été sujette à une attaque DDOS depuis la Chine continentale. Ajoutez à cela la surcharge massive du réseau mobile quand des centaines de milliers de gens se tiennent dans le même périmètre réduit tout en utilisant leurs appareils simultanément, la communication devient rapidement incertaine et très peu fiable. En réponse à cela, les manifestants se sont tournés vers les technologies « peer-to-peer » en alternatives, en particulier la fonction « AirDrop » dont sont équipés tous les appareils Apple (AirDrop permet aux utilisateurs d’iPhone de s’envoyer des images les uns aux autres par connection Bluetooth en se passant d’une connection mobile).

Les manifestants ont utilisé AirDrop dans deux objectifs: partager des messages avec les autres participants durant le déroulement de la manifestation, puis pour passer le mot au plus grand nombre. Les journaliers du métro Hong Kongais peuvent se retrouver à recevoir des slogans promouvant la cause ou même des informations sur les prochains rassemblements. Avant les manifestations, les groupes Telegram passent le message « Rappellez-vous d’activer AirDrop! ». Vers la fin d’une récente manifestation, alors que les manifestants se repréparaient à « être l’eau » et à se disperser, mon téléphone sonna soudain sous les notifications AirDrop, portant un simple message « Partez ensemble à 7:00 ».

Chaîne d’approvisionnement et langage des signes

L’expérience du Mouvement Parapluie et les récents affrontements avec la police ont appris aux manifestants quels équipements ils ont besoin en première ligne. Pour s’assurer que les nouvelles fournitures puissent arriver au front rapidement, les manifestants Hong Kongais ont développé un système de signaux de mains unique, afin d’envoyer des messages à travers la foule concernant quels équipements sont demandés.

Un signe est passé de l’avant, de main en main dans la foule, jusqu’aux dépôts d’équipements à l’arrière où les affaires ont été transportées près du site de la manifestation. Les objets demandés sont ensuite passés le long d’une chaîne humaine jusqu’à l’endroit d’où émane la demande. Ces chaînes humaines de ravitaillement se sont parfois vues étendues sur aussi loin qu’un kilomètre et sont un spectacle impressionnant.

Ce langage des signes est devenu tellement iconique que lors d’un récent rassemblement de « cheveux gris », des personnes âgées de Hong Kong marchant en support de la jeune génération, les anciens ont été vus apprenant et pratiquant le langage des jeunes en solidarité.

Neutraliser les gas lacrymogènes

Quand la police a lancé les gaz sur les manifestants au tout début des manifestations du Mouvement Parapluie début 2014, ça a causé une indignation générale à travers toute la communauté Hong Kongaise, motivant de surcroît les 79 jours d’occupation de la ville. Avancée rapide à 5 ans plus tard, et le déploiement des gaz lacrymogènes dans les rues de Hong Kong est devenu tristement courant. Bien-entendu, durant le seul week-end passé, la police a tiré ses gaz au sein de quartiers résidentiels densément peuplé Samedi et Dimanche, et durant toute la soirée du Dimanche quasiment constamment sur une période de 4 heures. Une partie du pourquoi d’un tir aussi soutenu est que les manifestants ont appris comment les neutraliser.

De petites troupes mobiles de « soldats du feu » attendent à l’arrière de la première ligne, équipés de cônes de signalisations. Quand une grenade lacrymogène atterri dans la foule, ils y courent afin de la couvrir avec le cône, créant une cheminée qui contient et canalise au loin la fumée. Un autre membre de l’équipe intervient alors pour verser de l’eau dans le cône afin d’asperger la grenade afin de l’éteindre. Quand il n’y a pas de cône à disposition, de l’eau ou des serviettes mouillées sont utilisées pour étouffer les grenades, ou alors un manifestant particulièrement agile équipé de gants ignifuge se saisira de la grenade pour la relancer, soit vers la police soit au loin sur les côtés.

Eviter de se faire piétiner

Un des plus grands risques de blessures ou de morts dans une foule vient du danger d’être piétinés. Cette menace est appuyée par la géographie urbaine de Hong Kong: les manifestations récentes ont eu lieu dans les ruelles étroites et sinueuses du vieux quartier de Sheung Wan, ou dans le labyrinthe de passages à niveau et de passerelles entrelacés dans Hong Kong. Quand la police tire des gaz lacrymogènes dans une foule dense, ou que les équipes policières à réponse rapide dites « Raptor » lancent une de leurs charges éclaires, le risque que la foule panique – et que des piétinements subviennent – est très élevé. Conscients de ces risques, les foules de manifestants scandent « 1… 2… 1… 2… » à l’unisson durant leurs retraites, marchant au rythmes du compte. Cela assure une retraite ordonnée et lui évite de se transformer en écrasement mortel.

La Révolution sera crowdfundée

Voyant que le sommet du G20 serait tenu à Osaka fin-juin, les activistes Hong Kongais y virent une opportunité pour attirer l’attention international sur leur cause. Bien qu’incapable d’entrer aux tables de conférences du G20, ils visèrent la table d’à côté : celle du petit-déjeuner. Les activistes sortirent une série de publicités en pleine-page dans les journaux à travers le monde pour rendre leur combat public. Ils crowdfundèrent les pages grâce à une campagne qui leva plus de £600,000 en quelques heures. Des volontaires préparèrent et corrigèrent les textes en plusieurs langues, réservèrent les espaces publicitaires et délivrèrent le tout aux journaux à travers le monde. Durant les jours précédents et pendant le sommet du G20, de frappantes pleine-pages en noir et blanc clamant « Levez vous pour Hong Kong au G20 » sont apparues dans les journaux du monde entier, du New York Times au The Guardian, Le Monde et Suddeutsche Zeitung, The Australian et le Asahi Shimbun, le Globe&Mail et le Seoul Daily.

(ADDENDUM de la traduction: Vus d’autres sources, ils déposent de l’argent devant les machine de métro afin d’éviter aux manifestants d’utiliser leurs cartes d’abonnés et d’être ainsi identifiés.)