LE MONDE ENTIER VEUT LA CHUTE DU RÉGIME9 min

Les insurrections se multiplient partout dans le monde d’une manière qui nous parait inédite. Souvent en cause ; les mesures d’austérités de la politique néo-libérale et l’autoritarisme. Voici un petit topo des résistances pour chaque pays qui s’est soulevé récemment ou qui continue de le faire. 

🔸 Chili : L’état d’urgence a été décrété au Chili et Pinera a instauré le couvre feu. La révolte se généralise à tout le pays, les dernières images qui nous viennent comme celle d’un péage en feu sont impressionnantes et nous rappellent les GJ. La révolte a commencé à cause de l’augmentation du prix du ticket du métro.
Les manifestants/occupants des gares ont commencé par détruire symboliquement les tourniquets et portes d’entrée des métros il y a quelques jours. Le mouvement qui s’appelle “Evade”, ce qui veut dire “fraude”, appelle tout le monde à frauder et à ne pas payer. “Evadir! No Pagar!”. Les flics (dit los pacos) ont occupé les gares par la suite pour réprimer les manifestants.
Un ras-le-bol général a été déclenché car ce qui est en question n’est pas uniquement le prix du ticket de métro, mais le coup de la vie en général.

🔸 Catalogne : Depuis la condamnation des dirigeants indépendantistes c’est toute une constellation de mouvements, allant des anarchistes aux citoyennistes de l’ANC et d’OMNIUM en passant par la CUP et son idée de république municipaliste, qui veut l’indépendance de la Catalogne. Vendredi soir ils et elles étaient un million dans Barcelone à manifester et à tenir tête aux Mossos, la police catalane qui est main dans la main avec la police nationale. La Catalogne est une région traversée par un tissu social de comité de défenses, de centres sociaux, d’organisations auto-gérée et féministes, de villes qui pratiquent le municipalisme au delà du blabla de Podemos. Il y a un vrai terrain plus amical qu’ailleurs pour des pratiques qui sortent du carcan capitaliste même si d’un autre coté il y a une forte présence des partis politiques indépendantistes libéraux et pro-européens.

🔸 Équateur : Sur fond d’accords du gouvernement avec le FMI, les prix du carburants ont flambé avec des hausses de plus de 120%. Suites aux nombreuses émeutes le gouvernement avait déclaré l’état d’urgence. A quoi la Conaie, la Confédération des Nationalités Indigènes fortement investie dans le soulèvement, a répliqué en déclarant aussi son propre état d’exception, annonçant que les militaires et les policiers qui s’approcheraient des territoires indigènes seraient capturés. Face à la force de l’insurrection le gouvernement n’a eu d’autres choix que de quitter Quito la capitale pour aller se réfugier et  par la suite abroger l’augmentation du prix de l’essence. Comme quoi des victoires sont possibles !

🔸 Hong Kong : Les hongkongais se sont soulevés contre la loi d’extradition de la Chine qui impliquait que Pékin puisse obtenir le transfert de n’importe qu’elle personne considérée comme opposante au régime, “fugitive” selon leur terme. Des manifestations colossales se sont déroulées. De 1 million, puis 2 millions de personnes. Le 1er juillet les manifestants envahissent le parlement. Le mouvement très populaire a formulé 5 demandes : 1) L’annulation totale de la loi d’extradition (qui a été suspendue depuis), 2) la libération sans inculpation des manifestants arrêtés, 3) le retrait de la qualification d’émeute des manifestations, 4) une enquête indépendante sur les violences policières et les abus de pouvoir, 5) l’instauration pleine et entière du suffrage universel. Une sixième demande commence aussi à naitre chez certains : la condamnation, voire la dissolution de la police. Un frontliner nous a dit que beaucoup partent aujourd’hui manifester avec un testament dans la poche. La Chine est l’ennemie viscérale.

🔸 France : Le mouvement gilets jaunes a commencé par surgir contre l’augmentation de la taxe carburant. Quasiment tout de suite après, plusieurs exigences sociales, écologiques et fiscales ont fait irruption. Dans toute la France on a vu pousser des cabanes sur les ronds points. Devenant à la fois des lieux conviviaux, de débats, d’informations, d’organisation d’actions et de blocages, cette tactique d’occupation a été le cœur du mouvement avec les grosses manifestations du Samedi qui ont toujours lieu à l’heure actuelle et les assemblées plus portées sur le municipalisme. Les Gilets jaunes veulent la démocratie directe et la fin de la démocratie représentative.

🔸 Liban : Une nouvelle taxe déguisée aura valu au régime libanais un soulèvement du peuple sans pareil. La mesure visait à taxer les communications de l’application Whatsapp, malgré l’annonce du ministre des télécommunications de son abandon jeudi soir, les libanais sont restés dans la rue. La taxe sur l’application Whatsapp est arrivée sur une colère déjà grandissante des libanais envers le pouvoir, notamment après la très mauvaise gestion des incendies ayant ravagé habitations, villes, forêts, dont des cèdres millénaires, ces derniers jours. Des centaines de milliers de personnes manifestent, de Beyrouth à Tripoli, de Saïda à Nabatleh, sans oublier la région de Baalbeck. Vendredi 18 octobre, de nombreuses routes étaient coupées, la capitale était inaccessible et la place des Martyrs à Beyrouth a été occupée toute la nuit essentiellement par des jeunes.

🔸 Algérie : Le 22 février 2019 signe la naissance du soulèvement du peuple en Algérie, appelé Révolution du Sourire. Les manifestants protestent dans un premier temps contre la candidature d’Abdelaliz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel. Finalement c’est un départ de tous les dignitaires du régime qui est demandé. Malgré la démission du Président le 2 avril 2019, remplacé par intérim par Abdelkader Bensalah, les rues algériennes ne désemplissent pas. Des millions de personnes réclamant la chute du régime marchent essentiellement le mardi et le vendredi. Huit mois après le début des contestations, la situation est inquiétante, la répression s’intensifie, notamment après ceux qui brandissent le drapeau berbère dans les marches. De nombreuses arrestations pour ce simple fait sont à dénoncer. Sont à noter de nombreuses arrestations d’opposants politiques, de journalistes, d’activistes. L’armée, elle tente d’empêcher les accès à Alger, empêchant les manifestants de région d’accéder à la manifestation. Cette tentative de paralysie du mouvement semble vaine.

🔸 Haïti : La colère a éclaté il y a près de deux mois suite à des scandales de corruptions en lien avec le président Jovenel Moïse. Des entreprises qu’il dirigeait avant son entrée en politique ont été épinglées par la Cour Supérieure des comptes comme étant “au cœur d’un stratagème de détournement de fonds”. La colère populaire s’est accentuée fin août à la suite d’une pénurie de carburants généralisée à travers le pays. Depuis plus de deux mois, la population descend dans la rue malgré la répression du pouvoir qui a fait au moins 17 morts et 200 blessés, dans l’indifférence du reste du monde.

🔸 Égypte : Depuis 2013 où le général Sissi a pris le pouvoir par un coup d’Etat en Egypte. Il n’y avait pas eu de manifestations. Elles étaient même interdites. Ces manifestations de septembre font écho à des appels lancés sur les réseaux sociaux, émanant notamment d’un homme d’affaires égyptien en exil, Mohamed Ali qui accuse Sissi de corruption. Toutes les manifestations ont été durement réprimées. Plusieurs arrestations et blessés.

🔸 Guinée : Le président Alpha Condé est soupçonné de vouloir changer la constitution pour briguer un 3e mandats, alors que celle ci n’en prévoit que deux. Le mouvement de protestation a été mortellement réprimé. On compte des dizaines de morts. Et les manifestations ont été interdites.

🔸 Irak : Un mouvement de révolte a commencé début octobre. Les manifestants demandent du travail et de meilleurs services publics. Très vite la répression a été sanglante. On parle de 100 morts et de plus de 4000 blessés. Même l’armée a admis un usage excessif de la force…

🔸 Soudan : Commencé fin décembre 2018, les protestations dénonçaient le cout de la vie trop chère. Peu de politiques et de médias ont évoqué “le fait que pour la première fois, il s’agissait d’un mouvement civil qui refuse la charia et qui rejette en bloc les idéologies islamistes qui ont fait tant de mal à la région” (Hind Meddeb). En mai nous faisions une vidéo qui liait les révoltes entamées en Algérie, Soudan et Hong Kong, un manifestant soudanais interviewé disait. “On veut des changements, et on veut que ces changements viennent de la base”. Aussi nous avions constaté qu’une femme charismatique était devenue un symbole de la lutte et enflammait son auditoire par des chants révolutionnaires. Alors que la population poussait pour établir une constitution démocratique, la révolution soudanaise a été volée par les militaires qui ont exercé des attaques barbares au courant du mois de juin. Depuis un mouvement de transition est en place et s’assoie complétement sur les revendications. Des massacres sont même revendiqués par des militaires.

🔸 Papouasie : La Papouasie connait ses plus violentes émeutes depuis des décennies. Les papous considères les indonésiens comme des colons sur leur sol et les accusent de contrôler l’économie locale. Les émeutes ont repris de plus belle, mi aout suite à des remarques racistes à l’égard d’étudiants papous. La Papouasie, cette province d’Indonésie s’est déclarée indépendante en 1961, mais ne l’entendant pas de cette oreille, le pouvoir indonésien  en a repris le contrôle dès 1963.

🔸 Rojava : Situation inverse au Rojava situé au nord est de la Syrie. Là c’est un territoire qui subi une guerre. Mais comment ne pas en parler alors que les promesses démocratiques et progressistes de cette région autonome sont grandes. Depuis le 9 octobre la Turquie bombarde tous les peuples situés au sud de sa frontière. On parle même de génocide, de nettoyage ethnique. Alors que le Rojava expérimente une démocratie directe et que ses habitant.es ont donné des milliers de vies pour vaincre Daech, les Etats occidentaux ont préféré lui tourner le dos. La situation est si désespérée pour les kurdes, qu’ils ont accepté par le biais du YPG (unité de défense armée) un marché avec le boucher Bachar Al Assad pour se défendre contre l’invasion turque, préférant le “compromis plutôt que le génocide.”

 

Ce travail de compilation des situations des résistances n’est pas exhaustif. Si vous avez des éléments à nous fournir pour mieux comprendre ce qu’il se passe ailleurs, n’hésitez pas à nous contactez à [email protected]