Derrière la défaite de Trump, un pays plus divisé que jamais3 min

Nous aurions tort de nous arrêter sur le seul résultat final de cette élection US 2020 pour conclure que la page du Trumpisme est terminée. Pire, après le Trumpisme, il pourrait y avoir un ou plusieurs mouvements bien pires dans les prochaines années. Si personne ne peut prédire l’avenir, encore moins en cette période, quelques chiffres peuvent tout de même nous alerter. A commencer par le chiffre brut du nombre de voies qu’a obtenues Donald Trump sur cette élection : près de 71 millions sur les 93% de bulletins validés au 8 novembre. C’est 4 millions de moins que Biden. Oui mais c’est 8 millions de plus qu’il y a 4 ans, lorsqu’il a été élu. C’est aussi plus que n’importe quel finaliste des élections US de toute l’histoire. Seul Biden en 2020 fait au dessus de lui (cf. le graph ci dessous). Alors bien sûr, il faut prendre en compte la démographie dans un pays qui gagne près de 3 millions d’habitants chaque année. Il faut aussi prendre en compte l’énorme taux de participation sur ces élections 2020. Mais justement, malgré la mobilisation très importante d’une partie de la population décidée à sortir le président actuel de la Maison Blanche, Trump a fait plus que résisté.

 

Il faut comprendre que sur les 65 millions de personnes qui ont voté Trump en 2016, la quasi totalité a encore voté pour lui cette année. Et s’y sont ajoutés près de 8 millions de personnes supplémentaires. C’est énorme. Surtout au vu du mandat de Trump sur ces quatre années et la situation du pays en 2020, avec la question raciale en premier plan. A ces chiffres, nous pouvons ajouter des infos plus précises sur l’origine des votes pour Trump, notamment puisque les USA autorisent les analyses sur les origines raciales. Ainsi, Trump arrive en tête (et de loin) uniquement chez les américains “Blancs”, avec 57% des voies. Chez les Noirs, il ne fait que 8% ! Globalement, le profil type de la personne ayant voté pour Trump en 2020 est un homme, blanc, de plus de 45 ans. Si ce n’est pas une surprise, il faut garder à l’esprit que cette “catégorie” est typiquement celle qui occupe toutes les positions de pouvoir politique, économique et institutionnel. Autrement dit : si Trump n’est plus aux manettes de la maison blanche, ses soutiens restent fortement présents dans tous les rouages de la société. Et il y a peu à espérer que la tendance soit à un apaisement et à une compréhension respective.

L’apparition du mouvement Qanon (qui compte désormais une représentante au sénat) et la montée en puissance des milices suprémacistes sur-armées n’hésitant pas à sortir dans les rues ne sont que la face visible et “caricaturale” d’une tendance plus profonde au sein de la société US : celle d’une lutte d’une partie de sa population (âgée et blanche) pour ne pas être “déclassée” / “remplacée”. Pour maintenir sa position dominante dans la société. La question économique et sociale vient donc intimement s’entrechoquée avec ces problématiques. Et, malheureusement, l’énorme crise post Covid qui nous pend au nez (ou qui est déjà là pour beaucoup) devraient plutôt accroitre le phénomène, avec une montée du chômage, de la pauvreté et donc d’un déclassement brutal d’une partie de la population. Face à cela, le principal risque, c’est que Biden et les démocrates continuent la marche forcée du pays dans un libéralisme qui nous conduit tous à notre perte. Et que Trump (voire des personnes encore plus fascisantes) capitalisent sur cette chute de l’empire US.

Autant dire que cette élection, si elle soulage par son résultat immédiat, ne peut que nous inquiéter dans ses conséquences à moyen et long terme.