So Foutu4 min

On a malheureusement pris l’habitude d’ĂȘtre déçus par les mĂ©dias. Mais quand il s’agit d’un mĂ©dia qu’on estime trĂšs fort, cela fait toujours plus mal. C’est ce qu’il s’est passĂ© ce week-end avec la couverture indigne de So Foot sur le match Hongrie-France, qui a donnĂ© lieu Ă  une apologie Ă  peine cachĂ©e de supporters hongrois qui, dĂ©tail sans trop d’importance semble-t-il pour le journal, sont nazillons et homophobes.

So Foot, c’est un peu le mĂ©dia qui a bouleversĂ© le paysage de la presse sportive française dans les annĂ©es 2000. Un ton dĂ©calĂ© et piquant, qui ne se cantonne pas qu’aux discussions tactiques, et qui inclut l’environnement des matchs, notamment les supporters. Et de nombreuses enquĂȘtes liant intelligemment des sujets de sociĂ©tĂ© au monde du ballon rond. Avec So Foot, on pouvait kiffer le foot sans ĂȘtre ringard ! Mais c’Ă©tait il y a 15 ans.

On aimait aussi So Foot pour sa façon nuancĂ©e et documentĂ©e de traiter de l’univers des supporters, entre autres les Ultras, loin des clichĂ©s et raccourcis considĂ©rant tout supporter comme un assoiffĂ© d’alcool et de violence. C’est une (bonne) chose de ne pas stigmatiser les supporters. Mais c’en est une autre de traiter un groupe de nazillons sous le prisme de l’animation et de l’ambiance, en mettant de cĂŽtĂ© leur racisme et homophobie.

De quoi/qui parle t on ? Des supporters hongrois, et plus prĂ©cisĂ©ment du groupe Carpathian Brigade., qui est un regroupement de supporters de diffĂ©rents clubs hongrois, souvent ennemis, se rĂ©unissant le temps des matchs internationaux autour de la grande Hongrie. Une bonne partie des membres ne cache pas son appartenance aux mouvances nĂ©o nazies (ils faisaient le salut hitlerien en 2016 lors de la coupe du monde). Sur cet Euro, ils se sont dĂ©jĂ  illustrĂ©s avec des banderoles anti LGBT et contre le mouvement BLM (Black Lives Matter) avec une opposition Ă  l’idĂ©e de poser un genou Ă  terre. Face Ă  la France, certains ont poussĂ© des cris de singes quand des joueurs noirs touchaient le ballon…

RĂ©sultat ? So Foot dĂ©cide de mettre en avant les supporters hongrois, et notamment ce groupe, pour louer la folle ambiance qu’ils ont rĂ©ussi Ă  mettre dans et hors du stade.

On aurait aimĂ© qu’il s’agisse d’une boulette d’un journaliste qui n’Ă©tait pas au courant des tendances idĂ©ologiques de ces supporters. Mais non.
AprĂšs les avoir interpellĂ©s sur les rĂ©seaux, So Foot nous a rĂ©pondu qu’ils n’avaient jamais fait l’Ă©loge de ces fascistes, ayant mĂȘme Ă©crit un autre article sur le sujet.

Sauf que c’est pire. La rĂ©daction avait donc connaissance du fait que le noyau de ce groupe Ă©tait clairement composĂ© de nĂ©o-nazis mais elle a tout de mĂȘme dĂ©cidĂ© de mettre en avant leur formidable organisation et l’ambiance qu’ils ont su mettre. MĂȘme si, il est vrai, certains sont un peu racistes et un peu homophobes.

Comme si un mĂ©dia musical allait chroniquer un artiste ouvertement nĂ©o-nazi, en mentionnant qu’il est quand mĂȘme un peu raciste. .. Mais que, putain, il assure musicalement !

Ce qui nous met en rage. C’est que cette attitude de So Foot valide et renforce l’idĂ©e qu’en 2021, ĂȘtre raciste, ce serait une opinion parmi tant d’autres…Être nazi aussi. Le discours serait : “Oui oui, on entend que ça ne plaise pas Ă  tout le monde. Mais bon, ça ne plaĂźt pas Ă  tout le monde non plus que certains soient anarchistes, ou musulmans, ou homos, ou vegans… Bon bah c’est pareil ! Et puis, faites pas chier, on l’a bien prĂ©cisĂ© qu’ils Ă©taient nazis, on peut donc parler du reste ? Et notamment de ce qu’ils font de formidable en termes d’animation des stades ?”

Dire cela, mĂȘme en pointillĂ©, c’est faire de la politique. C’est prendre position. Et, Ă  nos yeux, c’est ĂȘtre du mauvais cĂŽtĂ© de l’histoire et de l’humanitĂ©.

Qui plus est, quand on sait les enjeux politiques du moment. Quand on voit l’offensive raciste qui a poussĂ© l’Ă©quipe de France Ă  ne pas poser un genou Ă  terre. C’est d’autant plus rageant que So Foot avait publiĂ© une trĂšs belle tribune (Genoux Ă  terre, debout Ă  tort ?) prenant position pour que les Bleus ne cĂšdent pas Ă  la pression de l’extrĂȘme droite sur cette question.

On a du mal Ă  saisir qu’un mĂ©dia puisse prendre position pour que les bleus posent un genou Ă  terre puis, deux jours plus tard, fasse l’apologie d’un groupe Ă  l’opposĂ© de ces valeurs antiracistes. Car les Carpathian combattent clairement les diffĂ©rences : de couleur de peau, de religion, de sexualitĂ©…

La seule explication encore plausible (et paisible) Ă  nos yeux serait que la rĂ©daction de So Foot ne se soit pas rendue compte que les lignes sur la superbe ferveur hongroise concernaient ce groupe. Et qu’elle n’ose pas le reconnaĂźtre.

Si ce n’est pas cela, So foot nous paraĂźt bien foutu…