Prisons iraniennes : la pandémie de la torture6 min

Le 22 août, des médias iraniens basés à l’étranger ont diffusé des images de la plus sinistre prison d’Iran, Evin, où sont incarcérés et torturés les prisonniers politiques et les étrangers retenus en otage.

Ces images ont été piratées par un groupe de hackers se nommant Edalate Ali (la Justice d’Ali). Chaque jour de nouvelles vidéos montrant des prisonniers battus, inconscients, humiliés par les gardiens, des images de cellules bondées où les prisonniers dorment à même le sol, sont diffusées publiquement, mettant encore plus dans l’embarras ce régime fasciste sur la scène internationale.

Un régime qui arrive en fin de cycle et qui, sous la pression de tout un peuple aspirant à une révolution, joue aujourd’hui sa dernière carte pour se maintenir malgré tout au pouvoir.

Focus sur ce qui pourrait être les derniers jours d’une dictature vieille de 42 ans.

Mardi 3 août, l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi est intronisé président d’Iran par le guide suprême du régime l’ayatollah Khamenei, qui a comme toujours lui-même téléguidé une mascarade d’élections où toute opposition au régime est bannie afin de mettre son poulain au pouvoir. Le peuple iranien n’étant pas dupe, il a massivement boycotté cette mise en scène électorale.

19 jours avant, le 15 Juillet 2021, d’énormes manifestations éclatent dans la province du Khouzestan, au sud-ouest de l’Iran. La population locale, qui subit de plein fouet une montée des températures atteignant 52 degrés à l’ombre doit vivre avec des coupures d’eau de plus en plus incessantes et soudaines pouvant durer plusieurs jours. En cause un réseau hydraulique mal géré et laissé à l’abandon par l’Etat. La population qui ne demande que de l’eau, le premier besoin vital de l’être humain, reçoit en échange des gaz lacrymogènes et des tirs à balles réelles, faisant en 10 jours 13 morts identifiés parmi les manifestants.

Cette répression brutale ne s’arrête pas là, 361 personnes ont été identifiées comme détenues par les pasdarans (la milice du régime iranien) selon Human Rights News Agency.

En 2019 déjà, nous vous parlions d’une révolte qui avait embrasé le pays suite à l’annonce d’une hausse des prix du carburant.

Révolte matée dans le sang, faisant 1500 morts selon l’agence Reuters, un tiers des victimes étant des femmes.

Mais la population n’ayant plus rien à perdre, continue son combat contre ce régime sanguinaire, des centaines de manifestations sont comptées chaque mois partout dans le pays, des étudiants aux professeurs en passant par des infirmiers et des ouvriers qui ne sont plus payés depuis des mois, et des retraités qui ne reçoivent plus de retraites.

Tous exigent le respect de leurs droits les plus élémentaires.

L’inflation de la monnaie iranienne ayant explosé, la plupart des Iraniens ne peuvent plus manger à leur faim. Avoir un peu de viande dans un repas devient un grand luxe…

Pendant que de l’autre côté, le régime dépense des centaines de milliards de dollars dans la course à la bombe atomique et exporte le terrorisme dans le monde (plus particulièrement en Iraq, en Syrie, au Liban, au Yémen et en Palestine) en soutenant les fondamentalistes religieux, faisant encore plus de victimes dans les populations civiles du monde entier, et laissant mourir de faim sa propre population à l’agonie.

Mais encore une fois, le peuple iranien fait plus que résister. Depuis le début de l’été une « Campagne de grève 1400 », en référence à l’année en cours dans le calendrier iranien, se coordonne dans tous les pans de la société.

Lancée par des ouvriers de la pétrochimie, cette grève s’est répandue comme une traînée de poudre dans d’autres branches ouvrières. Jusqu’à aujourd’hui des dizaines de milliers de travailleurs en grève continuent le combat au slogan « les ouvriers mourront mais n’accepteront pas l’humiliation ».

De plus, l’Iran n’est pas épargné par le coronavirus. Subissant les décisions suicidaires du guide suprême de bannir les vaccins britanniques et américains, ne donnant aucun moyen décent aux hôpitaux surchargés et décidant de maintenir des fêtes religieuses rassemblant des milliers de personnes sans aucune protection, le peuple iranien paye aujourd’hui un lourd tribut.

Selon le Conseil national de la résistance iranienne, principale opposition au régime des mollahs, on compte aujourd’hui plus de 382.600 décès liés au coronavirus. Une véritable hécatombe. Un crime contre l’humanité, qui arrange bien le régime qui par tous les moyens, veut étouffer les contestations populaires qui ne cessent de gronder.

En mettant au pouvoir un personnage comme Raïssi, le régime utilise sa dernière carte et veut faire passer un message aux Iraniens ; à partir de maintenant, la répression violente sera le seul mot d’ordre des mollahs.

Ebrahim Raïssi, appelé le « Eichmann de 1988 » par la population iranienne, en référence au nazi SS qui était chargé de la logistique pour l’extermination des Juifs, a fait partie de la commission de la mort durant l’été 1988, se chargeant de massacrer plus de 30 000 opposants politiques en quelques semaines dans les prisons d’Evin et de Gohardasht, principalement des membres et sympathisants des moudjahidines du peuples, un groupe politique de gauche, une résistance armée à cette époque et farouchement opposée aux mollahs, qui fait aujourd’hui partie du Conseil national de la résistance iranienne.

Des milliers de corps ont été enfouis dans des fosses communes, dont les emplacements sont gardés secrets par le régime jusqu’à maintenant, refusant aux familles des victimes de faire le deuil de leurs proches.

Mais le mardi 10 août, s’est ouvert en Suède le procès d’Hamid Noury, arrêté le 9 novembre 2019, à sa descente d’avion à l’aéroport de Stockholm par la police suédoise. Hamid Noury, aujourd’hui sexagénaire, était membre de la « commission de la mort », qui a décidé en 1988 de l’exécution de plusieurs centaines de prisonniers politiques dans la prison de Gohardasht. Il sera jugé par la justice suédoise pour crime de guerre, meurtre et crime contre l’humanité.

Ce procès est un véritable coup de massue pour le régime, et plus particulièrement pour Raïssi, fraîchement arrivé au pouvoir, et dont l’implication certaine dans les massacres de 1988 va être mise en lumière au monde entier. Plus aucun pays voulant collaborer avec ces fascistes ne pourra dire qu’il ne savait pas que ce régime est un régime criminel, isolant encore plus les mollahs et les rangeant dans la catégorie des dictatures les plus infâmes que le monde n’ait jamais connu…

Un isolement international qui ne fait qu’affaiblir ce régime, couplé à un peuple qui n’ayant plus rien à perdre, n’aspire qu’à la chute de ce fascisme religieux, et ce malgré la peur toujours présente, révèle une évidence : le vent s’est levé en Iran.

Le vent du printemps de la révolution, puissant et inarrêtable, prêt à balayer l’oppresseur, laissant enfin place à la liberté du peuple joyeux de construire un monde meilleur.