Et maintenant ? Une « victoire » relative au milieu des défaites.

Avant propos : ce texte comme le précédent reflète une vision de membres de CND. Nous avons des débats internes et nous avons fait le choix de publier deux textes dont les conclusions parfois se rapprochent, d’autres fois s’éloignent. L’équipe n’incite pas à voter ou s’abstenir car nous estimons que ce n’est pas notre rôle. Nous ne prenons pas les urnes comme une solution à tout, juste un moindre mal. Voter, même dans ce contexte, incarne un acte militant assez désespéré pas si significatif, mais qui ne coûte rien. Voici de quoi ce choix est le nom, pour une partie de l’équipe ayant décidé d’y prendre part. Le système que l’on veut détruire existe, nous faisons avec. Qui plus est dans une séquence vide en termes de mobilisations.

 

Pas de remède miracle dans une époque merdique

Dans ce scrutin marqué par une abstention écrasante, une extrême-droite propulsée par Macron qui réalise un score auquel elle-même ne croyait pas, beaucoup de choses ont déjà été dites. L’assemblée est bien à droite.

Toutefois, dans ce chaos, il paraissait important de revenir sur les quelques aspects plutôt positifs aussi minimes soient-ils.

Ce texte écrit à chaud, n’a pas vocation à surestimer l’UP et la NUPES, encore moins faire sa promotion, ni à la descendre volontairement. Plutôt à entamer un début de réflexion sur les perspectives à venir maintenant que la séquence électorale se termine.

Il ne nous a pas échappé qu’un nombre important de sympathisants aux idées révolutionnaires, antifascistes, antiracistes, féministes, écologistes, sensibles aux inégalités sociales ont décidé de prendre part au vote.

Parmi ces soutiens, on retrouve une multitude de profils avec des postures différentes : méfiance, scepticisme, désespérance, confiance, enthousiasme, convaincus, peu importe : chacun(e), ses raisons personnelles d’y trouver un intérêt collectif.

Il faut reconnaître que pour une fois, le curseur a été placé à gauche et cela a fonctionné.

Toutes les social-démocraties ne se valent pas, Mélenchon n’est pas Valls quoi qu’on pense de lui.

L’Union Populaire a choisi une ligne de “rupture” sur un certain nombre de sujets, y compris là où ou ses positions étaient inexistantes en 2017. Cette prise de position a été payante quand on voit d’où elle part.

En plus de l’aspect social, de l’islamophobie aux violences policières, en passant par la sortie de l’OTAN, ou encore un programme écologique à la hauteur des enjeux vis-à-vis de l’urgence de la situation, la gauche a pris ses responsabilités.

Cette étape politique témoigne aussi de l’influence de l’autonomie des luttes : Gjs, anti-racisme, écologie, et d’une certaine manière syndicale, après la réforme des retraites qui émane plutôt des bases syndicales que des directions. C’est aussi notre incapacité à organiser et structurer nos luttes sur la durée, qui font que ce vote apparaît comme la solution la plus viable. Pour beaucoup, c’est tout ce qui reste après trois ans de mouvements sociaux qui ont ébranlé la Macronnie, puis ce vide quasi sidéral qui a suivi les restrictions sanitaires liées à la pandémie du Covid.

Réalistement, sur le plan hégémonique, un leader de la gauche, qui affirme sans concessions que la police tue ou que les musulmans ne représentent aucune menace, c’est une petite victoire dans un contexte aussi rude.

Quand il le dit, des millions de personnes l’entendent, nous n’en touchons que quelques milliers généralement déjà acquises à notre cause.

Plus Hollande puis Macron ont placé la ligne à droite, plus l’extrême-droite a progressé sur tous les plans : électoralement, et banalisation de ses idées y compris terroristes sur tous les plateaux TV.

L’inverse nous sera bénéfique. Cette époque nous étant plus que défavorable, nous comprenons que ce vote puisse être perçu comme une petite bouffée d’air.

Représentativité :

Durant les présidentielles, la personnalité de Jean Luc Mélenchon a su créer un dynamisme notamment là où on ne l’attendait plus, c’est indéniable dans certains quartiers populaires ou chez une partie de la jeunesse, mais cela reste relatif vu les taux d’abstentions.

La gauche radicale a également progressé dans cette France dite périphérique où se trouvaient de nombreux GJs, mais elle échoue largement dans les campagnes et ne parvient pas à maintenir cette petite flamme durant les législatives. Si la figure de JLM se démarque, cette personnification est logique et probablement nécessaire vu le fonctionnement de la cinquième république : nous avons des figures faisant office de références. Il paraît cependant bien seul à se démarquer.

La représentativité ne fait pas tout : par les temps qui courent, on pourrait même imaginer un fils d’immigré travailleur chez Uber Eats se présenter pour un parti de droite.

Cependant, cela demeure quand même un point à soulever, car il sert de référence aux yeux des masses.

La NUPES échoue à ce niveau là aussi avec un manque d’ancrage évident et de rupture avec la gauche traditionnelle, comme en témoignent les têtes de listes dans le 93 ou son manque d’attractivité et de lien avec les milieux associatifs. Sérieusement, qui a envie de voter pour Villani ?

Néanmoins, on ne saurait cacher notre satisfaction et notre respect après la victoire de Rachel Kéké, première femme de chambre députée.

Ce n’est pas assez, certes, mais qu’attendre de plus d’un hémicycle aussi bourgeois ? Ceci-dit, quoi qu’on pense d’eux, les 17 députés LFI ont tenu tête à eux seuls sur bien des sujets : lois liberticides et racistes, écologie, sociales. Avec dix fois plus d’élus, sans majorité absolue, leur marge de manoeuvre pour faire contrepoids peut s’avérer utile, toutes proportions gardées.

Tout ceci c’est bien beau mais maintenant ? On fait quoi ?

Nous ne se faisons aucune, illusion, ce vote n’est pas une fin en soi, c’est une posture anti-raciste, écologique et sociale. Un pansement sur une hémorragie. Une simple étape qui aide à définir dans quel cadre on préfère lutter ou faire partiellement avancer nos idées.

Aussi, au risque de radoter des arguments gauchistes, des choix nous laissent forcément encore plus perplexes. Déjà, parce que même si elle avait gagné, on voit difficilement comment elle aurait pu appliqué son programme, étant donné un rapport de froce disproportionné face au CAC 40 et aux institutions.

Ensuite, le côté gauche plurielle fait forcément peur. Redonner une seconde vie à un PS mourant qui méritait d’être achevé et à une EELV/PCF moribonds semblait indispensable si la NUPES souhaitait faire son score le plus élevé, mais à quel prix ? Sachant que son absence au second tour tient aussi de la responsabilité de ce sinistre clown de Fabien Roussel et du clown libéral Jadot, quel intérêt de les maintenir en vie, alors que de toute façon la NUPES ne pouvait pas gagner ?

Le PS aura finalement un groupe, même si son aile la plus nuisible et la plus pathétique a décidé de continuer son suicide (Hollande, Moscovici, Cambadélis etc.), il n’en demeure pas moins que Olivier Faure, au même titre que Fabien Roussel se range pour le moment du côté des meurtriers en défendant la police, après qu’une femme a été abattue par plusieurs balles. On se doute que leur position sera très marginalisée face à la déferlante UP, mais qu’en sera t’il au moment de trancher ?

C’est peut-être mieux que la gauche ne prenne pas le pouvoir de suite, en foutant en l’air le peu d’espoir qu’elle inculque à l’image des années Jospin ou Hollande. Sa posture d’opposante légale permettra peut-être de faire un premier tri.

La NUPES sera confrontée d’office à un certain nombre de désaccords sur des points essentiels. D’un côté sur sa politique intérieur : nucléaire, rapport à la police, islamophobie, laïcité ou la politique migratoire.

Sur sa politique internationale de l’autre : son rapport aux USA et l’OTAN, du danger que représente l’Union Européenne, de la Françafrique, ou encore de sa prise de positions sur des questions comme celle de la Palestine, du Yémen, ou encore le cas des relations à la Chine, la Russie et les pays du Golf.

Et puis, il y a “nous”, qui avons mené des combats synthétisés par ce vote. Nous que la gauche dite radicale ne consultera pas en parlant entre notre nom. Nous qui subissons, avons tenté d’agir et subi la répression.

Nous savons que nous serons abandonnés au moindre fait divers, à la moindre poubelle qui brûle. Avant même d’avoir des députés, c’est déjà la limite de l’UP.

Pas que nous soyons dans la fétichisation de l’émeute ou du zbeul pour le zbeul, juste qu’elle est un juste retour de la violence sociale, parfois même une pratique qui peut même s’avérer efficace mais surtout fatalement inévitable. Cette expression doit être comprise, elle est tout sauf aveugle. Le nier, c’est abandonner les milliers de GJs auxquels on avait promis une amnistie et surtout nier les références révolutionnaires. Les sans-culottes étaient des casseurs monsieur Mélenchon ! On ne demande pas à l’Union Populaire de soutenir ça, de toute façon nous n’attendons rien d’elle, mais si parfois elle se tait c’est pas plus mal.

Parlons court-terme, un scénario plausible est que Macron va devoir dégainer le 49.3 systématiquement dans une situation inconfortable. Il va attaquer sèchement sur la réforme des retraites et tout une liste de réformes anti-sociales.

Avec une majorité partielle, il se retrouve dorénavant confronté à deux fronts : un hémicycle qui ne lui est plus vraiment acquis. Et le plus important pour nous : la rue qui attend sa revanche.

Si certain(e)s d’entre nous ont fait le choix délibéré de ce vote, il est très majoritairement critique et nous n’en attendons pas grand chose de peur d’être déçus.

Quant à la gauche, la balle est dans son camp, qu’elle forme ses cadres, se confronte un peu au terrain des luttes, et se radicalise un peu plus, notamment dans son rapport au système.

L’élection se termine, cette partie n’est plus de notre ressort, nous reprenons la lutte et la rue en espérant que cette petite dynamique nous sera également profitable.