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Nous, lycéen.nes, étudiant.es, travailleur.se.s, précaires, chomeur.se.s, syndicalistes, Gilets Jaunes, médias indépendants et collectifs autonomes, écologistes, anti-racistes et queer appelons à nous coordonner et créer des espaces où faire circuler les informations, partager les initiatives, pouvoir se greffer les uns sur les propositions des autres en donnant lieu à des processus d'auto-organisation communs.

Après un an de soulèvement gilet jaune et en plein milieu du mouvement de grèves enclenché par les bases syndicales, nous avons l'intention de travailler en direction de la prolongation de la mobilisation en cours, de l'élargissement des fronts de lutte et de la diversification des formes d'action, en essayant de renforcer les liens déjà existants aujourd'hui dans la région parisienne et d'en constituer des nouveaux. Pour amplifier et intensifier la dynamique de lutte, cette démarche nous paraît fondamentale. Seulement ainsi nous pourrons imposer notre agenda et soutenir la reconduction de la grève et sa généralisation, contre la réforme des retraites et, plus largement, contre Macron et son monde.

C'est pourquoi, après l'occupation de Place de la République de la part des pompiers, l'action des Gilets Noirs hier après-midi contre Elior et la manifestation de ce matin des lycéen.ne.s qui ont marché sans préavis de Les Halles au Panthéon, nous appellons à rejoindre les rendez-vous suivants :

Les différentes assemblées générales de jeudi matin se tiendront sur les piquets de grève et dans les lieux de travail (gares etc.) ;
La manifestation de jeudi après-midi qui partira à 14h de Gare de l'Est ;
L'assemblée interpro et fronts de lutte de jeudi, 19h30 dans l'annexe de la Mairie du 14ème, 12 rue Pierre Castagnou (Denfert-Rochereau) ;
Coordination de grève vendredi, 15h, à la Bourse du Travail au 3, rue du Chateau d'Eau
l'Acte 56 des Gilets Jaunes de samedi 7 décembre
La manifestation des Mères de Mantes-la-Jolie, dimanche 8 décembre, 14h à Barbès.

Les expériences communes acquises depuis 2016 doivent se renforcer et s’amplifier.
Ne laissons pas passer cette occasion.
Nous pouvons gagner !


l'heure de nous memes a sonné

L'HEURE DE NOUS-MÊMES A SONNÉ

Un an après, on n’a pas oublié la violence d’Etat que se sont pris 151 jeunes mis à genoux, les mains sur la tête, dans une ambiance dictatoriale à Mantes la Jolie. Dimanche 8 aura lieu une manifestation d’autodéfense populaire à 14H à Barbès. Plus qu’un hommage, une réponse et un après !

Si pour la cheffe de l’IGPN il n’y a pas eu de comportement anormal de la police, pour nous c’est un scandale d’Etat de plus dans un régime qui s’effondre et ne tient plus que par sa police.

Alors qu’un autre mouvement lycéen et étudiant est en train de prendre et qu’on arrive en pleine grève, on est allé interviewer Yessa, une des mamans du Collectif de Défense des Jeunes du Mantois qui organise cette manifestation.

« L’heure de nous-mêmes a sonné ». Interview avec Yessa, une maman du Collectif de Défense des Jeunes du Mantois.


Raconte-nous cet appel pour le 8 décembre 14h à Barbès, comment vous l’avez organisé ?

On a longtemps hésité. On s’est dit : souvent quand il y a une grosse mobilisation autour des violences policières c’est quand il y a eu un mort. Nous ce qu’on dit c’est qu’on ne va pas attendre qu’il y ait un mort. On ne veut plus entrer en lutte uniquement quand il y a un drame. Il faut prévenir et se mobiliser contre toutes les injustices et contre toutes les violences, qu’elles soient systémique, qu’elles soient policières, les violences sociales aussi. Prenons ça tous ensemble à bras le corps. On n’attendra plus le prochain drame. Aujourd’hui les femmes dans le Collectif de Défense des Jeunes du Mantois, si elles ont la force de porter le combat c’est parce que leur enfant est toujours en vie et qu’elles savent les violences policières qu’ils subissent, elles avaient pour certaines déjà porté plainte contre des violences policières parce que leur gamin avait été tabassé dans le commissariat de Mantes la Jolie. Quand il y a un drame, quand les mères perdent la chair de leur chair souvent elles n’ont plus la force et c’est les frères ou les soeurs qui mènent le combat.

Ces mères elles ont encore la force parce que leur enfant est encore là. Elles ont encore l’instinct de protection et l’utilisent à ce moment là pour lutter. Qu’on nous fasse de la place !

Je le dis parce que c’est compliqué face à la machine étatique, le rapport de force il est dur. On le voit avec les gilets jaunes qui bataillent depuis plus d’un an. Avant ça il y a eu toutes les mobilisations, ça part de 1983, la marche pour l’égalité. Ensuite il y a eu toutes les marches à chaque fois qu’il y a eu un mort entre les mains de la police.
Les mouvements sociaux, les manifs loi travail, les luttes portées par l’antiracisme politique et le mouvement décolonial tout ça cumulé, on arrive à un moment ou là - je vais citer Césaire :

« l’heure de nous-mêmes a sonné » à tous. Le 5 c’est important d’être dans la rue. Parce que cette question des retraites nous touchent tous, habitants des quartiers, pas des quartiers, arabes, noirs, musulmans… Les retraites ce n’est que la partie visible de l’iceberg, mais ça va avec cette montée du tout sécuritaire.

Quelque chose doit se jouer au cœur de cet hiver. Il y a des rendez-vous à ne pas louper : celui du 5, mais aussi les mobilisations contre la précarité des étudiants, les mobilisations de sans papier, et lorsque nos migrants sont chassés aux frontières. Mais aussi lorsqu’une partie de la société civile fait corps avec le gouvernement pour asseoir une légitimité de classe contre les plus fragiles, il faut se mobiliser. Et là on ne pourra pas parler de lutte sociale en occultant l’antiracisme politique, parce que la précarité elle touche un bon nombre de français aujourd’hui, mais lorsqu’on cumule, qu’on est un jeune homme noir ou arabe et qu’on vit dans un quartier comme celui du Val Fourré, qu’on se mange les violences sociales et racistes… On parle même pas du racisme ordinaire, mais bien du racisme d’Etat qui permet ensuite à des chroniqueurs de tenir des propos violents à l’antenne. Comme se fut le cas de Zineb El Rhazoui qui a dit qu’il faudrait que la police tire à balle réelle sur les jeunes. Comment cela est permis ? Si on en arrive là, la responsabilité elle vient de là haut.
Notre ennemi à tous c’est l’Etat. On nous a reproché que notre appel était trop politique, et même que c’était bizarre que ça soit des mamans qui l’aient écrit. Donc le mépris il vient même d’ici, de certains milieux militants, sous prétexte qu’on est des mamans, on ne serait pas capable d’avoir un discours politique. Donc nous avons introduit volontairement notre appel par « nous sommes en guerre » et cette guerre que les différents prédécesseurs de Macron ont initiée, lui il la perpétue.

C'est une guerre intérieure, une guerre qui cache son nom derrière des lois liberticides, derrière des réformes assassinent…etc

On n’a pas vécu de guerre civile, mais on a vu des choses, on a lu et on voit ce qui se joue sur la scène internationale : au Chili, en Algérie, à Hong Kong. Tout ça est lié. Le fil rouge c’est l’impérialisme et le capitalisme. C'est ce rapport de domination du Nord sur le Sud. Cette volonté des puissants, des gouvernements et des institutions d’assoir leur pouvoir par la violence ne présage rien de bon pour nous tous. Donc nous ce qu’on dira le 8 décembre c’est que nous sommes en guerre contre tout cela. Mais nous disons surtout que nous voulons la paix ! Tout a été fait pour qu’on en soit là aujourd’hui. Cette conscience politique, nous la vivons au quotidien à différents moment : Premièrement, dans notre rapport aux institutions. Deuxièmement, quand nous retournons dans nos pays d’origine et que nous voyons les dégâts de l’impérialisme. Et troisièmement, au repas en famille quand il y a les grands pères qui nous parlent de ce qu’ils ont vécu pendant la guerre d’Algérie avec les pratiques policières. Aujourd’hui, qu’est ce qui a changé ? Il y a juste une transposition géographique. Mais les arabes et les noirs aujourd’hui sont traités de la même manière que leur aïeux. Rien a changé. Donc les différents champs qui composent la lutte aujourd’hui doivent prendre conscience qu’on ne peut pas lutter uniquement contre le capitalisme sans se soucier du racisme, c’est pareil pour les luttes contre l’impérialisme ou les luttes féministes. Prenons conscience de ça ensemble, on invite celles et ceux qui vont manifester le 5 à nous rejoindre le 8 décembre. L’année dernière quand il y avait les gilets jaunes et que les lycéens ont commencé à faire blocus ça a fait flipper l’Etat.

Les prochaines étapes c’est le 5, le 7 avec les gilets jaunes qui seront massivement présents dans les rues, et nous on a choisi le 8 pour permettre aux gilets jaunes de nous rejoindre.

Depuis un an, on s’est rapproché de différents collectifs en lutte. Ces convergences qui n’étaient pas d’actualité il y a un an, elles le sont plus que jamais aujourd’hui. Donc l’heure de nous-mêmes a sonné. A toutes et tous.


Est-ce que d’une certaine manière il ne faut pas « institutionnaliser » la défense populaire ?

Je dirais plutôt qu'il faut l'organiser, mais avec beaucoup de souplesse, car tout est muable et surtout les spécificités des uns et des autres sont multiples. Quand j’entends parlé de « méthode » de lutte à suivre dans le milieu militant ça me fait marrer. Dire cela c'est vouloir imposer une manière de faire et nous on est contre ça. On s'inspire des luttes passées certes mais on improvise surtout avec nos réalités.
Enfin on se dit qu’entrer dans la lutte politique c'est aussi faire de belles rencontres.

Au départ on pensait être isolées, et on s’est rendues compte que partout en France il y a des femmes qui sont entrées dans la lutte des mères de familles.

Il y a les femmes en luttes du 93, il y a le comité de vigilance des violences policières à Pantin, il y a les femmes de Villeneuve Saint Georges, les very bad mothers du coté de Nantes. Pour préparer le 8/12 nous avons pu compter sur la solidarité et le soutien actif du Collectif des mères solidaires co-fondé par Geneviève Bernanos. A l'internationale également des collectifs de mères et de femmes nous soutiennent, les Omas gegen Rechts qui nous rejoignent (les grands mères autrichiennes et allemandes opposées à l’extrême droite et la droitisation de la société), des mères italiennes qui vont venir de Turin, les Madres Contra la Represion, des femmes belges qui ont l’intention de venir. Il y a eu une manifestation de solidarité dès le départ lorsqu’on a lancé la marche au mois de septembre. Toutes ces alliances qu’on a faites depuis le 6 décembre dernier compte beaucoup.
Il y aura un après 8 décembre. Ça ne sera pas qu’un one shot. Là on a préparé des choses concrètes qu’on dira le 8 décembre parce qu’on a réfléchi à l’après.

Comment avez-vous réagi en apprenant ce qu’il s’était passé à Massy où des policiers ont tiré aux flashball sur des lycéens suite à un blocus ?

Quand on a vu la vidéo à Massy c’était fou. Ça s’est passé aussi à Toulouse et à Creil.

A partir du moment où on est capable de tirer à bout portant sur un gamin, il faut se dire que plus personne ne sera épargné.

C’est grave. Le 8 décembre ça sera ça aussi.
Quand on a un étudiant qui s'immole, épuisé par la précarité, quand un autre étudiant s’étouffe avec un sac plastique dans sa chambre de Crous et qu’il y a zéro réaction de la part du gouvernement. Ou quasi rien. Ils ne sont plus capable de regarder la population en face. Et ça c’est grave. Donc on va marcher le 8 décembre contre ça aussi. Mais aussi contre la répression qui s'abat contre les militants antifas, comme on a pu le voir dans le cas d'Antonin Bernanos, cet acharnement judiciaire dont il est victime est à dénoncer avec autant de ferveur que lorsqu’on lutte contre les violences étatiques plus visibles, la répression par l'enfermement est une violence. On pense aussi à Dan, cet étudiant italien, qui aujourd'hui est enfermé dans un CRA pour délit d'opinion, menacé d'expulsion. Aujourd'hui en France on en là. Que la France arrête de donner des leçons de droit de l'hommisme !

Raconte-nous ce 6 décembre à Mantes le Jolie et le contexte de mouvement lycéen dans lequel cette journée s’inscrivait.

Le blocus avait commencé dès le début de la semaine. Dès le départ ce qu’on a répondu à cette mobilisation lycéenne naissante ça a été une réponse répressive. Dès le départ les forces de l’ordre étaient présentes aux abords des établissements. C’est allé crescendo jusqu’au 6 décembre. Les lycéens ne comprenaient pas l’usage de la force ; les policiers ont très vite lancé des grenades lacrymogènes, ils ont très vite utilisé leurs LBD et évidemment la violence répond à la violence. C’est à dire que ces gamins là qui s’étaient préparés à faire blocus, à l’instar des différentes mobilisations lycéennes partout en France, ils se sont retrouvés face à la violence étatique.
Je fais partie de ces parents, de ces adultes, qui trouvent légitime que la colère, que le sentiment de révolte ne trouve parfois pas d’autres choix que de s’exprimer par la violence à un instant T. Et notamment dans le cas de Mantes la Jolie, la violence de nos gamins, lorsqu’ils répondent par des jets de pierres, ils répondent à une violence qui leur fait face. C’est une manière de dire nous existons. Ils nous l’ont expliqué de cette manière. « On en est venu à la violence parce que c’était tout à fait légitime, on était en droit de manifester, on a voulu nous priver de ce droit, donc on a répondu de la même manière. »

Est-ce que les lycéens avaient en tête le contexte gilets jaunes et sa violence répressive à ce moment là ?

 

C’était clairement dans la tête des lycéens. J’ai encore ce fameux screenshot qui était touchant d’une adolescente, c’était sur Insta, elle avait lancé le truc en disant : « venez on fait comme les gilets Jaunes ». insta qui pour faire les jaunes devant rostand ?

Ça se poursuit sur Snapchat dans les appels à blocus et ça c’est un truc sur lequel les médias mainstream sont complètement passés à coté. Ils ont repris la version de la préfecture qui a légitimé les interpellations du 6 par un climat de violences urbaines, de climat émeutier… Mais personne avant le 6 n’est allé trouver les lycéens pour leur demander pourquoi ils étaient dans la rue.

La presse classique n’a pas pris la peine de rencontrer les lycéens qui non seulement emboitaient le pas aux gilets jaunes, mais avaient aussi des revendications claires. En tant que jeunes des quartiers, noirs, arabes, ils avaient conscience que Parcoursup allait impacter leur avenir scolaire et professionnel.

Ils n’auront plus accès de manière démocratique aux études universitaires parce que quand on regarde les établissements qu’on a ici, sur un CV ça ne le fait déjà pas, mais pour entrer maintenant avec la sélection dans les universités, clairement ça devient encore plus dur. Ils ont conscience de ça.
En tant qu’adulte, ça me chiffonne de voir qu’on occulte trop souvent leur conscience politique, l’acuité qu’ils ont à comprendre les choses même s’ils ne le verbalisent pas de la même manière qu’un adulte. Et c’est tant mieux, parce que les discours très carrés des gens qui maitrisent tout, ça enlève de l’authenticité parfois à certains combats. D’ailleurs c’est pour ça que le mouvement des gilets jaunes est beau, parce qu’il est à l’image de la société. Le peuple à des choses à dire, ceux dont on n’entend pas les voix parce que ces discours là sont loin des codes de l'oralité dite « académique », c’est pareil pour les gamins de Mantes, ou les lycéens en général. On leur enlève de fait la possibilité de s’exprimer sur la scène politique, ou là dans la rue parce qu’on estime souvent que les revendications ne sont pas claires, voire même qu’il n’en existe pas.

Comment les jeunes ont vécu ça ? Comment ils en parlent ? Y a-t-il des traumatismes ?

La chose sur laquelle ils reviennent souvent, c’est le sentiment d’humiliation. Cette vidéo elle va rester; ils sont à un âge où ils se construisent, aussi à travers le regard de l’autre. Ce qui les a marqués c’est l’humiliation collective. Surtout les jeunes hommes noirs, arabes, turcs qui habitent le quartier du Val Fourré, à quelques centaines de mètres de ces 2 lycées, (Jean Rostand et St Exupéry), qui ont l’habitude d’être confrontés de manière individuelle à la police dans leur quotidien (du contrôle au faciès à la palpation), mais là ils étaient 151, donc cette volonté de les humilier, elle les a marqués d’autant plus qu’après, ils sont retournés en cours, et pour ceux qui vont poursuivre leurs études, dans les programmes scolaires, ils vont être confrontés à des images d’archives, par exemple celles de la guerre d’Algérie, ou par exemple du Chili sous Pinochet, la guerre du Viêtnam, d’Indochine.

Ils vont être confrontés à une iconographie qui va leur rappeler que, eux aussi, en France, en décembre 2018, à Mantes-La-Jolie, sous Macron, sous Castaner, ils ont été mis à genoux…

C’est fou, hein, mais c’est ce qu’ils nous disent, quand on les rencontre avec le collectif: « Madame, on a étudié un texte, qui était accompagné d’une photo, et ben on a été mis dans la même position… »

Quel est le bilan de cette journée en terme de blessés, d’arrestations et de signification ?

151 interpellations, des blessés. Il y a eu beaucoup de tirs de flashball. Des lycéens ont été touchés mais sans blessures graves, à la joue, à la cuisse, suite aux tirs de LBD. Les témoignages qui ont été recueillis à chaud, quand les lycéens sont sortis de garde à vue sont glaçants. Ceux qui avaient plus de 16 ans, ont fait automatiquement 48 heures.
Puis il y a la vidéo filmée par un policier qui circule, elle ne dure que quelques secondes, mais c’est déjà un condensé de violence, symbolique parce qu’il n’y a pas de geste violent à ce moment là, mais la posture, le maintien tête baissée, l’humiliation c’est une pratique violente.
Les plus « chanceux » sont embarqués au bout d’une quart d’heure, ils n’ont pas eu à subir cette position non seulement humiliante, mais aussi douloureuse: on est au mois de décembre, il fait froid, il pleut, ils sont agenouillés dans la boue, les cailloux, ils n’ont pas le droit de se mouvoir, de se regarder, de parler.
Les violences individuelles n’ont pas pu être toutes recensées, mais on a 151 gamins qui ont subi, pour paraphraser un peu Fanon, un langage de pure violence, physique et verbale, de la part des autorités. Parce qu’à ce moment là les forces de l’ordre obéissent à des ordres, qui viennent du ministère,

donc les responsables de l’affaire de Mantes-la-Jolie ce ne sont pas uniquement les policiers, ce serait trop facile! C’est tout un gouvernement qui, en décembre 2018, a permis ça. C’est tout un gouvernement qui, depuis l’automne dernier, massacre sa population.

C’est tout un gouvernement qui, aujourd’hui, tient sa population par le taser, les lacrymos, la matraque et le LBD. Il y a vraiment un langage de pure violence, un usage de plus en plus accru de ce qu'on appelle la violence légitime celle dont l'Etat a le monopole.

Ce qui s’est passé à Mantes-la-Jolie, c’est pas tellement une montée de la violence policière, ça résulte de décennies d’histoires de violences policières dans les quartiers d’immigration, c’est plutôt une extension.

A l’automne dernier, cette violence franchit le périph et touche une autre frange de la population, celle des gilets jaunes. Il y a évidemment des gilets jaunes qui viennent des quartiers populaires, il y a des gilets jaunes noirs, arabes, musulmans, qui eux connaissent déjà ou ont connu les violences policières.
Le 6 décembre dernier, la volonté de l’Etat était qu’il ne fallait surtout pas que vienne s’ajouter au mouvement des gilets jaunes, un mouvement lycéen. Et ça a fonctionné. On parle beaucoup de Mantes-la-Jolie, mais ailleurs aussi il y a des lycéens qui ont été violentés, voire blessés. Mais l’affaire de Mantes est vraiment venue couper l’herbe sous le pied à ce mouvement naissant, qui était celui de la jeunesse; en tous cas, nous, c’est comme ça qu’on l’analyse.

Ça en est où du côté de la justice ?

Il faut voir la réponse de Brigitte Julien, cheffe de l’IGPN. Elle est interpellée à l’assemblée nationale dans le cadre d’une enquête parlementaire en mai sur les violences policières. A propos de Mantes la Jolie elle dit que l’enquête de l’IGPN est bouclée et sa phrase c’est « il n’y a pas eu de comportement déviant de la part des policiers ce jour là à Mantes la Jolie. » Bien qu’on sache que l’IGPN n’est en aucun cas un corps indépendant de la machine policière et judiciaire, on reste stupéfaites. Il y a quand même une vidéo. Rien qu’en se focalisant sur le droit, ce policier qui filme 151 gamins entravés (même si lui dit qu’il a mis cette vidéo sur un groupe whatsapp et qu’ensuite c’est quelqu’un d’autre qui l’a mise sur les réseaux sociaux) ça ne va pas, il y a quand même des histoires de droit à l’image et là c’est des mineurs en plus.

Brigitte Julien qui a certainement quelques notions de droit doit savoir qu’on ne peut pas filmer et diffuser les images d'une personne dans le cadre d’une procédure ou d’une interpellation et qu’on ne peut pas filmer et diffuser les images de personnes entravées parce qu’il y a cette fameuse présomption d’innocence, et il s’agit d’autant plus de personnes mineures.

Elle ne peut pas dire qu’il n’y a pas eu de comportements déviants. Cette vidéo elle contient à elle seule toutes les déviances dont sont capables les forces de l’ordre qui œuvrent en toute impunité.
Ensuite, la procureur de Nanterre classe sans suite 4 plaintes durant l’Eté. Comment peut-on classer sans suite une affaire comme celle-ci après avoir auditionné 4 lycéens sachant que dans cette affaire il y a autant de victimes que de témoins, ils sont 151! Elle ne se base que sur 4 plaintes.
Alors, on avait été préparées, on savait que des violences plus graves ont déjà été commises, des violences policières qui ont entrainé la mort on les comptent par centaines depuis des décennie, des éborgnés et des mutilés, notamment dans le cadre des gilets jaunes. Alors nous, on se dit qu’on va pas lâcher l’affaire. Elle classe sans suite, mais nous on ne classe rien du tout.
Au mois de septembre, les familles se portent partie civile et l’UNL suit également. Il y a eu les premiers dépôts de consignation il y a quelques semaines. On poursuit de cette manière.

Note : L’UNL a porté plainte pour « violences sur mineurs de 15 ans et plus par personne dépositaire de l'autorité publique », « actes de torture et de barbarie sur mineurs par personne dépositaire de l'autorité publique et en réunion », « violations de libertés individuelles » et « diffusion illégale d'images de personnes identifiables mises en cause dans une procédure pénale ».

Comment ça s’est passé au niveau des soutiens ?

Au moment où la vidéo est diffusée, évidemment l’indignation est générale sur les réseaux, et même avec des grosses organisations comme Amnesty international ou la LDH, donc les images suscitent l’indignation. Point. Mais après c’est le propre des réseaux sociaux et de l’instantanéité de l’info. Tout vas trop vite parfois. Mais il y a l’après. Il y a une solidarité qui est là et qui était presque naturelle, d’abord de la part le milieu de l'antiracisme politique et la plupart des collectifs de lutte contre les violences policières, notamment Urgence Notre Police Assassine, les antifas aussi, et bien évidemment, les Gilets Jaunes. Jusqu’à présent il faut savoir que la page du collectif reçoit énormément de messages de soutien de la part des gilets jaunes. Nous, on a nos gilets jaunes locaux, les gilets jaunes de Buchelay, mais il y a des gilets jaunes de par la France qui nous envoient des messages de soutien. Souvent on reçoit des photos de cette posture qui avait été imposée aux gamins de Mantes la Jolie et par laquelle les forces de l'ordre ont essayer d’humilier, de porter atteinte à la dignité de nos enfants.

Dès le lendemain c’est une posture qui est devenue un acte militant. C’est devenu un symbole contre les violences policières.

hommages aux lycéens de mantes la jolie
Voilà pour les solidarités fortes qu’on a depuis le départ. Le collectif a essayé tant bien que mal de tenir l’opinion publique en alerte, mais c’est hyper compliqué parce qu’une actualité en chasse une autre. Mais jusqu’à présent on tente de le faire malgré tout. Même si certaines membres du collectif sont essoufflées. Ce ne sont pas des militantes. Forcément l’investissement s’est un peu amoindri au fil du temps, même si on reste un bon petit groupe actif localement. Parfois on est sollicitées ailleurs et on le fait parce qu’on se dit que pour tenir la distance sur le marathon juridique et judiciaire il faut aussi asseoir une place dans l’espace militant, dans les espaces de lutte contre les violences d'état.
Ce qu’on dit aujourd’hui et c’est une des raisons pour lesquelles on a décidé d’organiser une marche pour la date anniversaire, c’est que les mamans sont souvent fantasmées comme des sujets politiques passifs et dociles. Et il y a aussi un côté hyper infantilisant de la société en général. Les institutions, l’école. On nous a assignées à un rôle auquel il faudrait se cantonner. Sortir de ce rôle c’est être considérées comme des mères inconscientes « occupez-vous d’abord de l’éducation de vos enfants et nous on s’occupera du reste ». Mais l’éducation de nos enfants elle se fait à la maison et à l’extérieur. Quand on envoie nos enfants à l’école on ne laisse pas notre rôle qui est d’éduquer et d’accompagner à la porte de l’établissement. Ce qu’on demande surtout aux enseignants c’est de transmettre des apprentissages, mais on ne leur demande pas d’éduquer nos enfants. On ne veut plus répondre à ces injonctions sur l’éducation. Les mères dont les gamins ont subi des violences physiques et verbales, souvent on leur dit « mais enfin c’est un peu de votre faute ». Ça c’est d’une violence…!
Là on a touché à la chair de leur chair, il y a des gamins qui se sont pris des coups en garde à vue, qui ont été insultés de sales arabes, de sales noirs, il y a des jeunes filles qui ont reçu des insultes sexistes de la part de policiers hommes, envers des mineurs. Et on voudrait que ces mères restent dans leur cuisine ? Parce que c’est de cette manière qu’on voudrait nous assigner. On est des femmes d’origines maghrébines, africaines, musulmanes, ou ne nous imagine pas ailleurs que dans nos cuisines.

Cette interview a été réalisée avant le 1 décembre et il semblait important de rappeler des dates de mobilisation contre les violences policières. Certaines sont passées depuis et d'autres sont à venir, mais nous les énumérons toutes ici quand même :

- Le 1er décembre avait lieu un hommage à Zineb Redouane, morte par un tir tendu de lacrymogène d’un CRS à Marseille alors qu’elle fermait ses volets.
- Le 3 décembre a eu lieu à Paris une campagne de soutien à Assa Traoré dont le frère Adama est mort sous le poids de trois gendarmes en aout 2016. Assa Traoré comme le reste de sa famille subit depuis un acharnement judiciaire.
- Le 7 décembre à 14H à Rennes aura lieu la marche pour Babacar Gueye tué en 2015 par un agent de la BAC de 5 balles.
- Le 8 décembre à 14H à Barbès (Paris) aura lieu la marche des mamans pour la justice et la dignité.

Marche des mamans


Pendant la grève, réenchantons nos vies !

Cette grève s'annonce énorme. Et nous avons tous intérêt à ce qu'elle fasse plier le gouvernement pour ne pas finir plus pauvre qu'au départ. Une grève, massive et reconductible, c'est aussi notre quotidien qui est totalement chamboulé. Nos vies professionnelles et personnelles vont forcément être bousculées, qu'on soit gréviste ou non. On peut le subir. Mais on peut surtout en profiter pour vivre autrement, faire de ces prochains jours un terrain de jeux, de rencontres, d'amour. Transformer le quotidien banal en actes de solidarité, se remettre à parler avec les gens qu'on ne fait que croiser dans les gares...

 

Tout reste à écrire. Tout reste à faire. Mais voici déjà quelques pistes pour que ce mouvement dépasse le simple cadre de la grève et des manif, pour tenter de changer nos vies et de faire durer le mouvement :

 

- organiser des garderies dans les gares avec les cheminots
- Mettre un stand de café dans les gares le matin fait par des usagers pour les usagers pour discuter
- Faire des concerts gratuits et surprises
- Organiser une cantine en mode nuit debout
- Faire un pique nique sur les rails
- faire des ateliers de défense numérique dans les gares
- Faire des petits blocages partout comme au début des GJ pour déstabiliser le pouvoir dans sa gestion de crise
- introduire des bugs dans la matrice, perturber le fonctionnement normal du trafic et des échanges (de flux, de marchandises, de personnes).

 

Ce n'est qu'une toute petite liste qui ne demande qu'à être complétée, et surtout, mise en pratique. Et cela peut commencer dans les prochaines heures !


Au delà de la grève. Au delà des clivages.

Les prochains jours vont être déterminants pour l'avenir de notre société. Ce qu'il va se jouer dépasse largement le cadre, déjà important, de la réforme des retraites. Ce qui se joue dans les prochaines semaines, c'est le paysage politique et social du pays. C'est la possibilité d'un changement radical. D'une révolte. Voire au delà.

Mais même si la mobilisation de jeudi sera, sans aucun doute, massive. Même si le pays sera en grande partie bloqué. Même si les grèves seront reconduites les jours suivants : il va falloir bien plus pour renverser le système.

Car ce qu'il risque de se passer, c'est que tous ceux qui ont des intérêts au statut quo du système politique actuel vont avancer leurs pions en ce sens.

Ainsi, nul doute que le pouvoir va tenter de présenter la grève comme un mouvement de gauche, d'en faire une énième grogne dans un rapport de force classique face aux syndicats et aux partis de gauche.

Si le pouvoir réussit, avec l'aide des médias, à faire croire cela au plus grand nombre, il aura gagné ! Car les puissants seront alors face à des rapports de force qu'ils savent gérer. Les syndicats aussi pourraient tirer leur épingle du jeu et en profiter à titre "individuels". Les vrais perdants seraient ceux qui se battent depuis des mois pour une société plus juste et n'ont que faire des partis politiques, de gauche comme de droite.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Macron incarne cet éclatement du schéma ancestral "gauche / droite". Il a été élu président grâce à cet éclatement. Au final, il représente froidement la réalité politique du moment : ni de gauche, ni de droite, simplement au service des puissants. Mais, en stratège qu'il est, Macron va tenter de faire renaitre artificiellement ce clivage uniquement pour diviser la colère des Français, et espérer qu'une partie de ceux qui ne se sont jamais sentis "de gauche" ne rejoignent pas les différentes "actions" liées à la grève générale et illimité.

Plus que jamais, il est donc vital de réaffirmer que la révolte sociale qui secoue le pays depuis plus d'un an est une révolte qui n'est pas le fait de partis (ni de gauche, ni de droite) ni de syndicats. Qu'au sein de cette révolte, certains GJ se sentent de gauche, d'autre de droite. Que certains sont syndiqués. Mais que tous se retrouvent dans l'envie de renverser un pouvoir qui méprise les citoyens de seconde zone, ceux qui, aux yeux de la Macronie, ne sont rien et n'ont rien réussi. Ces millions de personnes en ont marre et ont pris conscience de leur force collective, qui s'exprime notamment dans leur différence et dans le respect de ces différences. Ces millions de personne ont pris conscience qu'une autre vie était possible. Que l'horizon gris et morose qu'on nous présente comme inévitable n'est plus une fatalité.

A travers la réforme des retraites, c'est un choix de société qui se profile. Ce pouvoir (et ceux d'avant) précarise nos vies à toutes leurs étapes : naissance, études, travail, retraite... Lutter pour une retraite digne, c'est lutter pour la dignité. Comme lutter pour des études dans la dignité. Pour un travail dans la dignité.

L’épouvantail du manque d'argent de notre pays qui courrait à sa perte n'est qu'une vaste blague dans un monde où les milliardaires ne font qu'augmenter (et devenir eux même de plus en plus riches). L'argent, on sait tous où il est. Et on sait tous comment mieux le répartir. Ce ne sont pas aux retraités ou aux enseignants de se serrer la ceinture quand quelques milliers de privilégiés se gavent sur le dos des peuples et de la planète.

Pour toutes ces raisons, il est crucial que dès le 5 décembre, tous les citoyens en colère, tous ceux qui sont descendus au moins une fois dans les rue depuis un an, toutes ces forces vives se retrouvent pour lutter. En manif déclarée, en manif sauvage, en blocage, en occupation. Qu'importe.

Dans un second temps, le samedi 07 décembre, il faut que toutes les forces en lutte convergent dans les différentes manif de Gilets Jaunes dans toute la France : étudiants, retraités, pompiers, cheminots... les GJ, qu'importe leur profession et leur statut, ont toujours accompagné les luttes depuis un an. Aujourd'hui, c'est ensemble qu'il faut lutter. Jeudi, les GJ seront dans la rues aux côtés des syndicats. Samedi, c'est à tous ceux qui luttent de rejoindre les GJ. Car GJ n'est ni une profession ni un parti ni un syndicat, simplement un signe de ralliement pour tous ceux qui ont décidé de refuser la fatalité de la précarité. Et refuser les anciens cadres de luttes qui ont été totalement mis en échec par un gouvernement qui en connait trop bien les rouages.

Plus que jamais, sachons dépasser les clivages du vieux monde, sachons déborder, sachons lutter avec nos différences.


On va faire simple !

« Giletjauner la grève, c’est en finir avec les finasseries. »

Tout est très simple. C’est ça l’esprit gilet jaune. Macron dit de venir le chercher ; on va le chercher à l’Elysée. L’État nous rackette sur les routes ; on pète les radars. On en a marre de tourner en rond chez soi ; on occupe les ronds points. BFM ment ; BFM s’en mange une. On veut se rendre visibles ; on met le gilet fluo. On veut se fondre à nouveau dans la masse ; on l’enlève. Les gilets jaunes, c’est le retour de l’esprit de simplicité en politique, la fin des faux-semblants, la dissolution du cynisme.

Comme on entre dans la grève, on en sort. Qui entre frileux dans la grève, sans trop y croire ou en spéculant à la baisse sur le mouvement, comme le font toujours les centrales même lorsqu’elles font mine d’y appeler, en sort défait. Qui y entre de manière fracassante a quelque chance de fracasser l’adversaire.

La grève qui vient - cela se sent dans la tension qu’elle suscite avant même d’avoir commencé - contient un élément magnétique. Depuis des mois, elle ne cesse d’attirer à elle plus de gens. Ça bouillonne dans les têtes, dans les corps, dans les boîtes. Ça craque de partout, et tout le monde craque.

C’est que les choses sont simples, en fait : cette société est un train qui fonce au gouffre en accélérant. Plus les étés deviennent caniculaires, plus on brûle de pétrole ; plus les insectes disparaissent, plus on y va sur les pesticides ; plus les océans se meurent dans une marée de plastique, plus on en produit ; plus les gens crèvent la gueule ouverte, plus les rues regorgent de publicité pour des marques de luxe ; plus la police éborgne, plus elle se victimise.

Au bout de ce processus de renversement de toute vérité, il y a des Trump, des Bolsonaro, des Poutine, des malins génies de l’inversion de tout, des pantins du carbofascisme. Il faut donc arrêter le train. La grève est le frein d’urgence. Arrêter le train non pas pour le redémarrer après trois vagues concessions gouvernementales. Arrêter le train pour en sortir, pour reprendre pied sur terre ; on verra bien si on reconstruit des rails qui ne passent pas, cette fois, à l’aplomb du gouffre.

C’est de ça que nous aurons à discuter dans les AG, de la suite du monde pas de l’avancée des négociations. Dans chaque métier, dans chaque secteur, en médecine, dans l’agriculture, l’éducation ou la construction, quantité de gens inventent ces dernières années des techniques et des savoirs pour rendre possible une vie matérielle sur de tout autre bases. Le foisonnement des expérimentations est à la mesure de l’universel constat du désastre. L’interruption du cours réglé du monde ne signifie panique et pénurie que pour ceux qui n’ont jamais manqué de rien.

En avril 1970, quelques jours avant le première journée de la Terre, le patron de Coca Cola déclarait : « Les jeunes de ce pays sont conscients des enjeux, ils sont indignés par notre insouciance apparente. Des masses d’étudiants s’engagent et manifestent. Je félicite nos jeunes pour leur conscience et leur perspicacité. Ils nous ont rendu service à tous en tirant la sonnette d’alarme. » C’était il y a cinquante ans. Aujourd’hui, la fille d’Edouard Philippe est dans Extinction Rébellion.

C’est par de tels discours, entre autres, que les capitalistes, d’année en année, ont gagné du temps, et donc de l’argent ; à la fin, ils ont gagné un demi-siècle, et nous l’avons perdu. Un demi-siècle à surseoir à la sentence que ce système a déjà prononcé contre lui-même. A un moment, il faut bien que quelqu’un l’exécute. Il faut bien que quelqu’un commence. Pourquoi pas nous, en France, en ce mois de décembre 2019 ?

Giletjauner la grève, c’est en finir avec les finasseries. La grève part du hold-up planifié sur les retraites ; elle ne s’y arrête pas. A quoi ressemblera ta retraite si ton compte en banque est plein, mais la terre en feu ? Où iras-tu à la pêche lorsqu’il n’y aura plus de poissons ? On parle d’une réforme qui s’étale sur vingt-trente ans : juste le temps qu’il faut pour que ce monde soit devenu invivable. « Pour l’avenir de nos enfants », disaient les GJ depuis le départ.

Cette grève n’est pas un temps d’arrêt avant de reprendre le traintrain, c’est l’entrée dans une nouvelle temporalité, ou rien. Elle n’est pas un moyen en vue d’obtenir un recul de l’adversaire, mais la décision de s’en débarrasser et la joie de se retrouver dans l’action ou autour d’un brasero. Partout dans le monde, en ce moment, des insurrections expriment cette évidence devenue enfin consciente : les gouvernements sont le problème, et non les détenteurs des solutions.

Depuis le temps qu’on nous bassine avec « les bons gestes et les bonnes pratiques » pour sauver la planète, tous les gens sensés en sont arrivés à la même conclusion: les bons gestes, c’est dépouiller Total, c’est prendre le contrôle des dépôts de carburants, c’est occuper Radio France et s’approprier l’antenne, c’est exproprier tous les bétonneurs. Les bonnes pratiques, c’est assiéger les télés, c’est couler les bâtiments des pêcheries industrielles, c’est reboucher le trou des Halles, c’est tout bloquer et reprendre en main ce qui mérite de l’être.

C’est la seule solution, il n’y en a pas d’autre : ni la trottinette électrique, ni la voiture à hydrogène, ni la géo-ingénierie, ni la croissance verte et les drones-abeilles ne tempéreront la catastrophe. Il n’y aura pas de transition, il y aura une révolution, ou plus rien. C’est tout le cadre qu’il faut d’abord envoyer balader si nous voulons trouver des « solutions ». Il faut briser la machine si l’on veut commencer à réparer le monde. Nous sommes enfermés dans un mode de vie insoutenable. Nous nous regardons vivre d’une manière que nous savons absurde. Nous vivons d’une manière suicidaire dans un monde qui n’est pas le nôtre.

Jamais on ne nous a demandé notre avis sur aucun des aspects tangibles de la vie que nous menons : ni pour les centrales nucléaires, ni pour les centres commerciaux, ni pour les grands ensembles, ni pour l’embourgeoisement des centres-villes, ni pour la surveillance de masse, ni pour la BAC et les LBD, ni pour l’instauration du salariat, ni pour son démantèlement par Uber & co., ni d’ailleurs pour la 5G à venir. Nous nous trouvons pris en otage dans leur désastre, dans leur cauchemar, dont nous sommes en train de nous réveiller.

Plus les choses vont et plus un schisme s’approfondit entre deux réalités. La réalité des gouvernants, des medias, des macronistes fanatisés, des métropolitains satisfaits ; et celle des « gens », de notre réalité vécue. Ce sont deux continents qui s’écartent de mois en mois. La grève qui vient sonne l’heure du divorce. Nous n’avons plus rien à faire ensemble. Nous n’allons pas nous laisser crever pour vos beaux yeux, pour vos belles histoires, pour vos belles maisons. Nous allons bloquer la machine et en reprendre le contrôle point par point. Nous sommes soixante millions et nous n’allons pas nous laisser mourir de faim.

Vos jours sont comptés ; vos raisons et vos mérites ont été pesés, et trouvés légers ; à présent, nous voulons que vous disparaissiez. Ça fait quarante ans que nous positivons ; on a vu le résultat. Vous vous êtes enrichis sur notre dos comme producteurs puis comme consommateurs. Et vous avez tout salopé.

Pour finir, nous avons compris que la destruction des conditions de la vie sur terre n'est pas un effet malheureux et involontaire de votre règne, mais une partie de votre programme. Pour vendre de l’eau en bouteille, il faut d’abord que celle du robinet cesse d’être potable. Pour que l’air pur devienne précieux, il faut le rendre rare.

Depuis le temps que les écologistes disent qu’une bifurcation est urgente, qu’il faut changer de paradigme, que nous allons dans le mur, il faut se rendre à l’évidence : cette grève est l’occasion, qui ne s’est pas présentée en 25 ans, d’engager la nécessaire bifurcation. Le moyen sérieux d’en finir avec la misère et la dévastation.

La seule décroissance soutenable. Seul un pays totalement à l’arrêt a quelque chance d’afficher un bilan carbone compatible avec les recommandations du GIEC. La seule ville redevenue un peu vivable, c’est celle où les flâneurs refleurissent sur les trottoirs parce que le métro est à l’arrêt. La seule bagnole admissible, c’est celle où l’on s’entasse à six à force de prendre des autostoppeurs.

« Il n’y aura pas de retour à la normale ; car la normalité était le problème »

Texte à retrouver sur Lundi Matin


Black Futur dans les commissariats

500 commissariats vont être équipés d'un système d'intrusion de smartphone d’ici 2024. Le système serait capable d’aspirer et de traiter toutes les données d’un téléphone portable en moins de dix minutes et ce malgré les cryptages. Il est en cours de déploiement et serait testé actuellement dans certains commissariats du nord de la France. Alors que la garde à vue est devenue tristement commune en 2019, des milliers de personnes se feront potentiellement voler leur données personnelles par la police. Effet d’annonce ou réel outil d’intrusion opérant ?

« Il a déjà été testé lors du G7, pour traiter les téléphones des personnes gardées à vue, avec des résultats jugés “très positifs” »

Dans un article de secours rouge*, on trouve le lien du site web de cette agence et des fournisseurs qui proposent les moyens technologiques de violation de nos libertés individuelles. Des marques comme Panasonic et HP y figurent.

Dans un pure langage commerciale, l’entreprise Cellebrite propose les solutions aux forces de l’ordre pour « réduire le nombre de dossier en souffrance » et « améliorer les flux de travail » des enquêteurs. Elle s’avance même sur le plan juridique avec des phrases d’accroche dignes des plus abominables films d’anticipation en déclarant par exemple : « Optimisez vos taux de condamnation avec précision et rapidité ».

Sans se soucier une seule seconde de l’atteinte aux libertés fondamentales ou du taux de surpopulation bien étrange qu’il y a dans les prisons, l’entreprise propose des moyens pour générer plus de coupables aux yeux de la justice. Une véritable machine à criminaliser si on en croit l’emballage marketing du produit.

Alors que le nombre de garde à vue est un pleine expansion en France, le nombre de classements sans suite est lui aussi énorme. Ainsi rien qu’à Paris avec les gilets jaunes, sur 3000 gardes à vue 1450 ont été classées sans suite. Rien que du point de vue de la loi, on parle donc d’un nombre énorme de personnes qui reconnues non coupables seront potentiellement espionnées et qui verront leurs données personnelles violées.

Au delà de ça, on peut aussi parler d’une véritable campagne de criminalisation de la population qui est marche. Face à l’effondrement de la politique néo-libérale et l’incapacité à produire des solutions égalitaires, la seule réponse semble être la bascule dans un régime policier, à qui tous les moyens de contrôle sont donnés pour accomplir une sorte de projet de guerre envers les citoyens.

On peut aussi noter que face à l’explosion des révoltes mondiales actuelles s’attaquant aux mesures inégalitaires et aux principes de la société bourgeoise, les régimes et leur police s’aperçoivent qu’ils représentent bien peu en terme de nombre face à leurs opposants. Que ce soit en France, au Chili ou à Hong Kong, la ténacité et la longévité des révoltes montrent l’impuissance des moyens actuels policiers pour endiguer les colères sociales.

Dans un système ou les moyens politiques sont arrivés en bout de course, il fait peu de mystère que les moyens policiers vont s’accroitre et prendre le relais. Il suffit de regarder les budgets des États pour constater que les militaires et les policiers seront bientôt les seuls fonctionnaires encore bien lotis pour assurer un service répressif face aux révoltes sociales.

Plus que jamais, les techniques de défenses numériques sont primordiales et doivent être démocratisées. Demain, avoir une conversation cryptée qui ne laisse aucune trace sur un téléphone ayant un système opératoire open source devra nous apparaitre aussi facile qu'envoyer une lettre à la poste si l'on tient à garder quelques libertés individuelles dans ce monde.

*Source : https://secoursrouge.org/france-500-commissariats-seront-equipes-dun-systeme-dintrusion-dans-les-telephones-mobiles/


Grève 5 décembre : Rappel de vos droits

A PARTIR du 5 Décembre 2019, un mouvement d'ampleur s'annonce.

Afin d'en faire une séquence historique, il est bon de rappeler les principes de base.
Voici les grandes lignes qui régissent le droit de grève en France.
On notera la distinction entre droit de grève dans le privé et dans le public.
Et on retient également que tout salarié dispose de ce droit, et peut en user sans que l'employeur puisse se retourner légalement contre lui.

DANS LE SECTEUR PRIVE

Le droit de grève est un droit constitutionnel, reconnu à tout-e salarié-e dans l’entreprise, qu’il/elle soit syndiqué-e ou non. Tout-e salarié-e d’une entreprise peut utiliser son droit de grève. Cependant, un-e salarié-e ne peut pas faire grève tout seul, sauf s’il accompagne une grève nationale, ce qui est le cas pour l'appel du 5 décembre.

Il n’est pas nécessaire que la majorité des salarié-es ou tou-tes les salarié-es de l’entreprise participent à la grève.

« Tout salarié peut s’associer à un mouvement de grève, même si aucune revendication particulière à l’entreprise n’a été formulée et même si le salarié est seul à suivre ce mot d’ordre dans l’entreprise. » (arrêt du 29 mai 1979 de la chambre sociale de la Cour de cassation)
Dans le secteur privé, les salarié-es qui veulent utiliser leur droit de grève n’ont pas à respecter de préavis.
Attention toutefois car les spécificités relatives à la grève dans les services publics, notamment l’obligation d’un préavis, s’appliquent au personnel d’une entreprise privée gérant un service public affecté à cette activité.

Il n’existe aucune durée minimum ni maximum de grève : elle peut être de courte durée (1 heure ou même moins) ou bien se poursuivre pendant une longue période (plusieurs jours ou semaines). Elle peut être répétée.

👉IL EST DONC POSSIBLE DE SE METTRE EN GREVE 1H PAR JOUR AUTANT QU'UNE JOURNEE ENTIERE!

DANS LA FONCTION PUBLIQUE

Les agents de la Fonction Publique sont soumis à un dépôt de préavis de 5 jours pour un appel à la grève.

En cas de doute, ne jamais hésiter à poser la question à un délégué du personnel dans son entreprise, ou téléphoner, écrire, au syndicat de son entreprise, ou département, ils auront la réponse aux questions particulières.

Et n'oublions pas, une grève se planifie, s'organise avec les personnes les plus proches de soi, dans l'entreprise.

On discute, on file des tracts pour informer etc...
On peut faire appel à solidarité localement ( caisses de grève, aide logistique, nourriture...) pour pouvoir tenir sur la durée.

Mais également, on prévoit de participer aux AG dès le 5 décembre, pour se tenir informé, et décider en commun de reconduire la grève!

LE 5 DECEMBRE JE FAIS GREVE ET LE 6 JE CONTINUE!


Italie : des sardines vers un tsunami social ?

Après la Catalogne et les événements que nous avons suivi avec intérêt, après la Grèce qui continue sporadiquement à maintenir un niveau d'alerte sociale, avant l'Irlande ou la Grande Bretagne, dont nous observerons les mouvements sociaux probables prochainement...

Il y a tout près de nous, l'Italie.
A Modene, à Palerme, à Bologne des milliers de personnes se rassemblent depuis quelques jours, et cela ne fait que commencer.

On a ainsi vu des milliers de personnes chanter Bella Ciao sous la pluie, et d'autres manifester au slogan de "tout le monde déteste la police" en français !

Ce mouvement populaire ( à l'instar de beaucoup d'autres pays... ) grossit à vue d'œil depuis quelques semaines à peine.

Le mouvement de la sardine, en allusion à la vivacité de ce poisson qui fuit entre les doigts, et qui se déplace en bancs serrés.

Initié par un groupe de 4 personnes, il prend des proportions étonnantes en Italie.

Son objectif, la paix sociale, la justice sociale, la lutte contre l'autoritarisme et le fascisme, bref un programme tout à fait prometteur !

L'Italie a traversé récemment, à nouveau, des moments difficiles avec le régime autoritaire imposé par l'extrême droite de Salvini, qui a été écarté du pouvoir en août dernier, mais qui prépare son retour, régionalement et en tant que secrétaire fédéral de la Ligue d'extrême droite.

Salvini, au delà d'une personnalité intrinsèquement virulente et autoritaire, a imposé des mesures anti sociales, basées sur le souverainisme.

Son programme électoral fut basé sur la volonté de sortir de l'euro en affirmant même que l'euro est "" un crime contre l'humanité" et en se présentant comme un candidat libéral, puis une fois élu, il changea de cap en basculant dans l'autoritarisme.

Une homme peu reluisant, dangereux et surtout peu honnête, dont aujourd'hui, les italiens ne veulent plus, lui, et tout le système qu'il incarne.

Le groupe Facebook, appelé l'archipel de la sardine quant à lui, grossit à vue d'œil et des actions prolifèrent un peu partout comme des petits poissons en déplacement dans les eaux vives.

Inspiration enthousiasmante...
Les italiens sont nos voisins... Alors plus que jamais "EL PUEBLO UNIDO" !!


5 décembre : La Police profite-t-elle du combat de ceux qu'elle mutile ?

POLICIERS : LES SEULS FONCTIONNAIRES QUI N’ONT RIEN A CRAINDRE

Deux syndicats policiers veulent se servir du 5 décembre, journée d’appel à la grève, pour exploiter la colère sociale de celles et ceux qu’ils mutilent depuis 1 an tous les samedis.

S’il y a bien un statut de fonctionnaire qui n’a rien à craindre et qui peut être sûr d’obtenir ce qu’il demande c’est bien la police. On se rappelle de 2016 et de la loi sécuritaire visant à l’extension du domaine de la légitime défense et de l’anonymat des policiers ou en avril de la loi dite « anti casseur » qui permet une sorte de justice prédictive basée sur l’intentionnalité. Ce ne sont que des exemples en matière de revendications exaucées avec les innombrables demandes de plus de moyens répressifs. A ce jeu, la police est très certainement championne de France. A quoi s’étaient ajoutés les 300€ de primes suite aux 3 premiers actes des gilets jaunes sans même qu’ils le demandent.

Bien que toutes ces lois en faveur de la police aient complètement fait basculer le pays dans un régime autoritaire à défaut de régler les problèmes sociaux de façon démocratique, on assiste chaque année à la même surenchère sécuritaire des syndicats de police. A la différence des autres, ils convainquent l’Etat car ils sont armés et sont utiles au gouvernement pour réprimer les revendications sociales des autres corps de métiers. Il faudra toujours des policiers pour aller taper les profs, les étudiants, les cheminots, les chômeurs, les hospitaliers ou tous ceux qui contestent la politique néo-libérale sérieusement.

Alors que sur le tract du syndicat Alliance et Unsa Police on peut lire qu’ils veulent “une réponse pénale réelle, efficace et dissuasive” il est bon de rappeler qu’en 1 an la police a obtenu toutes les cartes blanches qu’elle voulait à la barbe des libertés fondamentales et qu’on ne compte plus le nombre d’arrestations arbitraires, illégales, les passages à tabac et les mutilations passées sous silence et sans que les flics ne soient inquiétés judiciairement. Ils ne sont pas plus inquiétés également quand en décembre ils tuent Zineb Redouane d’une grenade lacrymogène dans la tête alors qu’elle fermait les volets à sa fenêtre un jour de manif. Pas plus tard que Samedi, Manu un manifestant qui ne faisait que discuter sur la Place d’Italie, s’est aussi pris un tir tendu (interdit) de lacrymogène et il en a perdu son oeil…!

S’ils ont les coudées franches niveaux violences, il faut aussi rappeler que la justice prononce des peines très lourdes en faveur des flics contrairement à ce qu’ils peuvent dire. Rien que pour exemple, aux dernières comparutions immédiates, des policiers qui avaient traîné par les cheveux une gilet jaune, portent plainte contre elle et gagnent 900€. Et un manifestant ayant donné un coup de pied dans une porte de lavomatique derrière laquelle se trouvaient deux policiers, écope d’un an ferme. Pour un coup de pied sur une porte…! Et on ne compte plus les interdictions de manifester ou de paraître dans un territoire pour des cas qui ne sont même pas encore jugés. Plusieurs articles sont déjà sortis pour dénoncer le business des outrages à agent pour arrondir les fins de mois ou pour dire que les violences sont souvent inventées dans le but de couvrir les propres violences des flics (dans article récent de la Croix, c'est un aveu même d'un policier).

Dans le camp des luttes d’intérêts, il est clair que la police fait cavalier seul et n’a pas la moindre sympathie à l’égard des luttes sociales. D’autant plus qu’elle sait qu’avec un peu de chantage, l’Etat qui ne tient que par elle, lui accordera toujours un traitement de faveur la plaçant au dessus des autres.

Pour ce qui est de la réforme des retraites qui sera combattue dans la rue le 5 décembre et qui menace déjà des centaines de milliers de personnes de perdre des centaines d’euros par mois, les flics peuvent être tranquilles. Castaner a déjà dit qu’il défendrait leur statut jusqu’au bout. C’est tout l’inverse chez les hospitaliers ou les cheminots dont les ministres de tutelle déclarent plutôt que les soldes sont ouverts ! Macron a également déclaré derrière ses apparences de fermeté que les flics conserveraient malgré tout un régime spécial et différent des autres.

Dans un avenir sans doute proche, la police et les renseignements seront les derniers fonctionnaires de ce pays et ils auront vu tous les autres services publics se faire démanteler avec l’aide de leurs matraques et de leurs enquêtes secrètes.

Le 5 décembre, tout le monde sera dans la rue pour combattre le système que eux protègent !


Flics black bloc : A qui profite l'intox?

La mécanique avait déjà été actionnée après l'acte 45. Mais cela va aujourd'hui bien plus loin. De nombreuses personnalités, des médias alternatifs, des soutiens aux GJ et des GJ eux mêmes clament depuis dimanche que la police serait responsable de nombreuses dégradations de la Place d'Italie et/ou que celle-ci laisserait volontairement faire des manifestants casseurs.Deux séquences ont été très largement utilisées pour valider cette thèse. Les deux sont fausses :

Sur une vidéo, on voit trois hommes en noir passer à travers un cordon policier, en criant "C'est la BAC" . En fait, il s'agissait de deux policiers en civil (donc effectivement en tenue type BB), qui venaient d'interpeller un manifestant (celui du milieu). Des vidéos le prouvent.

L'autre séquence prétend que la personne ayant détruit la stèle du maréchal Juin serait un gendarme. Avec comme preuve, des photos de ce même manifestant posant à côté d'une personne avec un bouclier "Gendarmerie". Là encore, c'est totalement faux : ce bouclier est tombé suite à la confusion lorsque des manifestant ont réussi à sortir de la nasse en forçant un barrage. Ce bouclier s'est retrouvé dans une manif sauvage, et plusieurs manifestants ont posé avec.

Sur ces deux cas, CheckNews (de Libération) a fourni un gros travail de vérification qui ne laisse aucune place au doute. Les liens en commentaires.

Au final rien de bien nouveau ici : oui, il y avait probablement des flics infiltrés samedi à place d'Italie, il y en a toujours eu. Oui, il est très probablement arrivé que des flics cassent en manif. Mais non, ce ne sont pas eux qui sont responsables de la majorité des dégradations.

On se demande alors qui a intérêt a propager ce discours et cette suspicion. Et c'est là que toute cette déferlante anti BB/flics infiltrés devient très dangereuse pour le mouvement. Car les seuls à avoir intérêt à ce que la plupart des manifestants pensent que les BB sont des flics, c'est le pouvoir. Car la casse est l’une des expression de la colère sociale. Faut-il rappeler que sur les actes GJ ayant vu le plus de dégradations (vitrines brisées, voitures incendiées, police attaquée) ont été les premiers actes, alors qu'il n'y avait aucun manifestant en kway noir ? C'est à ce moment là que le pouvoir a vraiment tremblé. Il a aussi été inquiété le 16 mars, lorsque des milliers de manifestants en jaune ont exprimé leur colère sur les Champs avec des centaines de personnes en noir. Le pouvoir ne redoute rien de moins qu'une solidarité entre tous les citoyens en colère. Pour éviter cette jonction, il faut stigmatiser la frange la plus offensive. Et puisque le côté "violent" ne marche plus, de nombreux citoyens comprenant que la vraie violence est sociale, que la précarité tue, alors, le pouvoir n'a plus comme carte que celle de faire passer ces manifestants pour des "agents infiltrés".

De Hong Kong au Chili en passant par l’Iran, ce sont les mêmes gestes émeutiers destinés à ébranler le pouvoir et son ordre inégalitaire. L’intrusion de flic dans cette histoire n’est qu’anecdotique, sensationnaliste et a pour but de créer de la confusion dans les rangs de ceux qui ont intérêt à destituer le pouvoir pour un avenir meilleur.

Aussi, au delà du fait que cela soit faux, prétendre que toutes les dégradations sont le fait de policiers, c'est nier les milliers de personnes qui depuis des mois ont mis leur corps en jeu dans cette révolte. Ceux qui en ont payé le prix fort, aussi bien juridiquement que physiquement. Christophe Dettinger n'était pas un flic infiltré. Ceux qui ont défoncé la porte d'un ministère avec un transpalette non plus. Bref, participer à cette construction fantasmatique, c'est invisibiliser ceux qui ont fait le choix de se battre pour une société plus juste, y compris par des moyens offensifs et dangereux pour eux.

On l’a bien vu dans les soulèvements aux quatre coins du monde. C’est bien en partie la destruction des symboles d’un système en place, banques, grandes surfaces, assurance, statues du pouvoir, etc, qui a permis de stopper les réformes neo libérales.

Le fait qu’elle se fasse masquée est une emmerde pour les enquêtes policières. D'ailleurs, les GJ l'ont bien compris. Face aux nombreuses images qui circulent après chaque manif, face aux arrestations massives et aux condamnations (parfois pour simple fait d'avoir été présent sur une manif sauvage), de plus en plus de manifestants font le choix de s'anonymiser au plus possible. Et pour cela, rien de mieux que de s'habiller en noir et de se couvrir le visage. C'est une simple tactique. Cela ne veut pas dire que des GJ sont devenus BB. Ou que les BB ont infiltré les GJ. Et s'il y a moins de gilets jaunes dans les manifs, surtout à Paris, c'est tout simplement parce qu'il y a eu des centaines (milliers) de GAV pour simple port d'un GJ (ou même l'avoir dans son sac à dos). Certains ont même reçu des amendes ! Donc oui, quand on criminalise à ce point la contestation sociale, il ne faut pas s'étonner que de plus en plus de personnes adopte les techniques minimisant les risques d'être victimes d'arrestations et de condamnations !

Aussi le masque permet de projeter les pires fantasmes. Et la police ne s’en prive pas pour transformer l’expression d’une colère sociale en acte soit disant barbare et non assumé, donnant ainsi les éléments de langage à la pensée bourgeoise qui n’imagine pas qu’on puisse vouloir s’en prendre à la société inégalitaire qu’elle a construite. On le sait, le masque est à double tranchant. A la fois fantasme pour véhiculer une détestation et en même temps véritable tactique efficace pour ne pas être identifiable par la police de l’ordre bourgeois.

Plus que jamais, il convient donc de casser cette construction de flic BB et cette opposition entre bon manifestant et mauvais. Ce qui est mauvais, c'est cette société. Ce qui est bon, c'est notre solidarité et le respect de nos différences. Et c'est seulement cela qui pourra faire vaciller le système.