Marche des solidarit& 30 mai

Marche des solidarités le 30 mai ! Tous les RDV en France

Plus de 200 organisations et 300 personnalités appellent à une journée de manifestations le samedi 30 mai : « ces exigences de justice et d’égalité sont aussi d’impérieuses nécessités sanitaires hors desquelles tous les discours contre la propagation du coronavirus sont vains ».

Les libertés des sans papiers sont inconditionnelles et il est inadmissible que ne pas avoir les bons papiers soit criminalisé. Tant que des sans papiers seront enfermés dans des Centres de Rétentions Administratifs, la notion même de liberté n'existera jamais vraiment. Même dans les têtes de ceux qui se prétendent libres. #30maiSolidarites #30maiRegularisationSansPapiers #30maiFermetureCRA #30maiLogementPourToutEs

🔴Pour Paris les rdv et le dispositif est en-dessous. Il est demandé à touTEs les manifestantEs de venir avec des masques et de respecter les distances physiques.

LES RENDEZ-VOUS

Grenoble : 16H00 Place Victor Hugo

Le Havre : 15H00 devant l'Oiseau Blessé dans les jardins de l'Hôtel de Ville départ à 15H05 en manifestation

Lille : 15H00 Place de la République / Parvis des droits de l’homme

Limoges : 15H00 devant la préfecture

Lyon : 15H00 Haut de berges de la Guillotière

Marseille :

Metz : 12H00 devant le CRA

18H00 Place des droits de l’homme

Montpellier : 14H00 devant la préfecture

Nantes :

Nîmes : 11H00 devant différents lieux simultanément : le nouveau bâtiment du Conseil départemental l'entrée de la préfecture avenue Feuchères ; l'hotel BnB rue de la République/rue Dhuoda; l'entrée du Conseil Départemental rue Guillemette, le Centre de rétention administrative

Orléans : 14H00 Chaîne humaine au départ de la Place de la République

Perpignan : 11H00 Place de la République

Poitiers :

Rennes : Rdv 14H30 Départ coordonné à 15H

« A cette fin, plutôt qu’un défilé « classique », les manifestantEs seront appeléEs à se répartir dès le départ entre 9 points de rassemblements dès 14H45 pour un départ à 15h pétantes! Merci de vous inscrire sur le tableau suivant afin de former des groupes de 10 personnes par point de rassemblement: https://lite.framacalc.org/9gvu-et3qa1nf34.

Si lors de votre inscription, le tableau est rempli, le RDV est donné à République, où les manifestantEs seront invitéEs à se placer le long des cortèges déjà existants, en respectant une distance de 2 mètres. »

LES POINTS DE RDV

1) Place de Bretagne haut 2) Place de Bretagne bas 3) Place Commeure 4) Parking des Impôts (bd Magenta) 5) Parking Charles de Gaulle 6) Parking Kléber 7) Parking des Quais (gauche) 😎 Parking des Quais (centre) 9) Parking des Quais (droit)

Événement fb : https://facebook.com/events/s/papiers-logements-cra-le-30-ma/243717846908958/?ti=as

Rouen : 14H30 esplanade Pasteur devant la préfecture

Strasbourg : 15H00 Place de la Gare

Valence :

Paris : 14H30 Place de la Madeleine ou Place de l'Opéra selon affinités (liste des points de rdv des organisations signataires ci-dessous). En raison de l'arrêté d’interdiction il est conseillé de prévoir un accès autre que les métros Madeleine et Opéra en cas de fermeture de ces stations, d'arriver à 14H30, de s'installer sur la place en respectant les distances physiques et de sortir panneaux, drapeaux et banderoles quand u nombre important de manifestantEs sont réuniEs. Des informations circuleront entre les organisations pendant le déroulement ainsi qu'en cas d'impossibilité d'accès aux places prévues. Il est donc utile de se regrouper avec des groupes constitués.

POINT ANTI RÉPRESSION PARIS

A priori les interpellations sont exclues. S'il vous arrivait néanmoins d'être interpelléE voici les noms d'avocats à citer : Servane Meymard ou Hanna Rajbenbach. Le numéro de la Legal Team à appeler pour unE proche est : 07 52 95 71 11 - Nous remercions la coordination antirépression pour tout son boulot. infos : https://paris-luttes.info/samedi-30-mai-anticipons-la-14032

En cas d'amende n'appelez pas les avocates mais faites remonter - après la manifestation - l'information à [email protected] pour recours collectif avec nos avocats.

Répartition par organisation :

14H30 - Place de la Madeleine

Collectifs locaux de soutien aux migrantEs
Collectifs contre les Centres de rétention
Associations de solidarité avec les migrantEs
Associations antiracistes
Associations de l’immigration
Comités de familles de victimes des violences policières
Associations féministes
Associations environnement
Associations altermondialistes et solidarité internationale
Associations de défense des libertés
Partis politiques

14H30 - Place de l’Opéra

Collectifs de Sans-Papiers et MigrantEs
Collectifs des foyers de travailleurs immigrés
Collectif pour l’avenir des foyers
Associations pour le droit au logement
Collectifs Interpro
Gilets Jaunes
Syndicats

SOURCE ➡️ https://blogs.mediapart.fr/marche-des-solidarites/blog/290520/manifestations-du-30-mai-les-rendez-vous-sur-toutes-les-villes

 


Décrétons l'autodéfense sanitaire - Raoul Vaneigem

Décrétons l’autodéfense sanitaire - Raoul Vaneigem

La menace que le coronavirus a fait planer sur la santé des populations du monde entier a démontré que le véritable danger venait d’une dégradation des services médicaux. Cette dégradation, il n’est pas douteux que les impératifs de profit, partout prédominants, ne cesseront de l’accélérer.

Gérer les hôpitaux comme des entreprises à rentabiliser implique de sous-payer et de surexploiter le personnel, de diminuer le nombre de lits et de moyens techniques. Les grandes firmes pharmaceutiques paralysent la vraie recherche, jettent le discrédit sur les scientifiques qu’elles stipendient, interdisent des médicaments à bas prix qui ont fait leurs preuves pour vendre des vaccins douteux dont la seule efficacité garantie est l’intérêt financier qu’ils produiront.

Il va de soi que les États n’hésiteront pas à réitérer le coup des libertés restreintes, qui leur a si bien réussi. Tout en laissant se répandre les virus issus de la fonte du permafrost, ils se serviront sans scrupule du même prétexte épidémique pour confiner préventivement celles et ceux qui s’insurgent contre leur politique criminelle. Il faut dès maintenant déjouer cette manœuvre.

Il y va de notre vie et de celle de nos enfants : décrétons l’autodéfense sanitaire. Dans les rues, les villes, les campagnes, endossons la blouse blanche du personnel hospitalier. Tous aides-soignants, tous promoteurs de santé !

La morbidité de l’État et des institutions supranationales est permanente. À son encontre imposons, par la permanence et l’intransigeance de nos luttes, le droit imprescriptible à la vie.

Gilets jaunes, noirs, rouges, multicolores ne sont que les habits d’une révolution qui engage l’avenir de l’humanité. La blouse blanche est, plus qu’un symbole, une pratique. Si elle envahit les rues, comment l’État policier en viendra-t-il à bout ?

C’est aux peuples, principales victimes des mesures coercitives et des malversations budgétaires, de créer des conditions capables d’assurer à tous et à toutes la garantie d’éradiquer la maladie dont le capitalisme est le virus le plus implacable. Désobéissance civile, résistance à l’oppression, solidarité festive, y a-t-il meilleurs gages de santé ?

Nous sommes tous des aides-soignants. Le combat est partout où le pouvoir des Communes interdit les pesticides et les nuisances, réinvente l’école, les transports, les structures hospitalières, l’existence quotidienne. C’est un adage médical bien connu, que la plupart des maux se guérissent d’eux-mêmes si on leur donne suffisamment de temps. Nous sommes ce temps-là.

Raoul Vaneigem


17 JUIN - AGIR CONTRE LA RÉINTOXICATION DU MONDE

"Rien ne les fera bifurquer, si on ne les y contraint pas maintenant"

Un appel de collectifs, syndicats, associations, territoires en lutte en vue de se coordonner pour agir le 17 juin et par la suite contre la « réintoxication du monde »

Nous avons aperçu pour la première fois dans nos existences ce qui serait encore possible si la machine infernale s’arrêtait enfin, in extremis. Nous devons maintenant agir concrètement pour qu'elle ne se relance pas.

---- Nous appelons en ce sens, les habitant.e.s des villes et campagnes à déterminer localement les secteurs qui leur semblent le plus évidemment toxiques - cimenteries, usines de pesticides ou productions de gaz et grenades de la police, industrie aéronautique, publicitaire ou construction de plates-formes amazon sur des terres arables, unités d'élevage intensif ou installations de nouvelles antennes 5G, clusters développant la numérisation de l’existence et un monde sans contact avec le vivant, destructions de forêts et prairies en cours... Nous invitons chacun.e localement à dresser de premières cartographies de ce qui ne doit pas redémarrer, de ce qui doit immédiatement cesser autour d'eux, en s'appuyant sur les cartes et luttes existantes (1). Puis nous appelons le 17 juin à une première série d'actions, blocages, rassemblements, occupations... Viser sérieusement à se défaire de certains pans du monde marchand, c’est aussi se doter des formes d’autonomies à même de répondre aux besoins fondamentaux de celles et ceux que la crise sanitaire et sociale plonge dans une situation de précarité aggravée. Nous appelons donc aussi le 17 juin, dans la dynamique des campagnes covid-entraide et « bas les masques », à des occupations de terres en villes ou dans les zones péri-urbaines pour des projets de cultures vivrières, ainsi qu’à des réquisitions de lieux pour des centres de soins et redistributions. ----

Appel 17 juin : Agire contre la réintoxication du monde

Certes, nous ne reviendrons pas sur les espèces disparues, les millions d'hectares de terres ravagées, de forêts détruites, sur les océans de plastique et sur le réchauffement planétaire. Mais de manière inédite dans le capitalocène, les gaz à effet de serre ont diminué partout ou à peu près. Des pans de mer, de terres ont commencé doucement à se désintoxiquer, tout comme l'air des villes suffoquées de pollution. Les oiseaux sont revenus chanter. Alors pour qui se soucie des formes de vie qui peuplent cette planète plutôt que d'achever de la rendre inhabitable, la pandémie mondiale dans laquelle nous sommes plongé.es, en dépit de tous les drames qu'elle charrie, pourrait aussi représenter un espoir historique. Nous avons paradoxalement vu se dessiner le tournant que l’humanité aurait dû prendre depuis bien longtemps : faire chuter drastiquement la nocivité globale de ses activités. Ce tournant, même les incendies de territoires immenses, les sécheresses consécutives ou les déflagrations à la Lubrizol des mois derniers n’avaient pas réussi à nous le faire prendre.

Cependant ce tournant que nous désirions tant, nous n'avons généralement pas pu l'éprouver dans nos chairs parce que nous étions enfermé.es. Car mis à part dans certains territoires ruraux et quartiers solidaires où existent déjà un autre rapport au collectif, à la production ou au soin du vivant, le confinement a été pour la majorité de la population le début d'un cauchemar. Une période qui renforce encore brutalement les inégalités sociales, sous pression policière. Et le drame absolu c’est que, malgré tout ce que la situation a de bouleversant, nos gouvernants n'en sont pas moins déterminés à relancer dès que possible tout ce qui empoisonne ce monde et nos vies - tout en nous maintenant par ailleurs isolé.es et contrôlé.es dans des cellules numériques, coupé.es de ce qui fait le sel et la matérialité de l'existence.

Rien ne les fera bifurquer, si on ne les y contraint pas maintenant

Au cours des deux derniers mois, les exposés et tribunes se sont accumulées sur nos écrans à une rapidité inversement proportionnelle à notre capacité à se projeter sur des actions concrètes. Les analyses nécessaires ont été faites sur le lien entre cette épidémie et les flux économiques mondialisés et leurs dizaines de milliers d'avions, la déforestation et l'artificialisation des milieux naturels qui réduisent les habitats des animaux sauvages ou encore l’élevage intensif. Tout a été dit sur la dimension annonciatrice de la pandémie, sur la suite de confinements et de désastres à venir si nous n’en tirons

pas les leçons. D'autant que la marche courante de l'économie et des productions sur lesquelles reposent notre mode de vie, va continuer à tuer dans les décennies à venir bien davantage et plus durablement que le covid-19 (2). Mais pour l’État et pour les lobbys agro-industriels, aéronautiques, chimiques qui guident ses politiques, les conséquences à tirer de la crise sanitaire sont visiblement toutes autres. Ils en ont tout simplement profité pour faire sauter quelques lois environnementales et déverser des pesticides encore plus près des maisons, pour relancer la construction d’avions, d'antennes 5G ou l’extraction minière en Guyane...Il est donc maintenant avéré qu’aucune crise, aussi grave soit-elle, ne les fera dévier du nihilisme absolu de leur obsession économique. Nous avons eu deux longs mois pour nous en rendre compte. A nous maintenant d’agir et d’y mettre fin.

Le gouvernement parle du mois de juin comme d’une "nouvelle marche" dans un déconfinement qui n'est pour lui qu'une remise en marche de l'économie et de la destruction du vivant. La seule "marche" sensée c’est au contraire d’agir concrètement pour l’arrêt des secteurs de productions les plus empoisonnants. Nous appelons donc à une première série de mobilisations simultanées le mercredi 17 juin.

Comment agir ?

Le déconfinement doit être un élan historique de reprise en main sur nos territoires, sur ce qui est construit et produit sur notre planète. Il doit permettre de dessiner ce qui est désirable pour nos existences et ce dont nous avons réellement besoin. C'est une question de survie, davantage que toutes les mesures et tous les nouveaux types de confinements que l'on nous fera accepter. Cela signifie construire de nouvelles manières d'habiter le monde, chacun de nos territoires, mais aussi accepter de rentrer en conflit direct avec ce qui les empoisonne. Il y a des industries qui ne se sont pas arrêtées pendant le confinement et qui doivent aujourd’hui cesser. Il y en a d’autres qui ont été interrompues et dont l'activité ne doit pas reprendre. Cela ne pourra se faire sans constituer chemin faisant des liens avec les travailleurs qui en dépendent économiquement. L’urgence sociale c’est de penser avec elles et eux les mutations possibles des activités et les réappropriations nécessaires des lieux de travail. C'est aussi de contribuer à maintenir un rapport de force permettant de garantir les revenus pendant les périodes de transition et les besoins fondamentaux de ceux dont la crise aggrave encore la précarité. Nous n'atteindrons pas immédiatement toutes les productions qui devraient l'être. Mais il faut commencer, en stopper un certain nombre aujourd'hui pour continuer avec d'autres demain.

Nous appelons en ce sens, les habitant.e.s des villes et campagnes à déterminer localement les secteurs qui leur semblent le plus évidemment toxiques - cimenteries, usines de pesticides ou productions de gaz et grenades de la police, industrie aéronautique, publicitaire ou construction de plates-formes amazon sur des terres arables, unité d'élevage intensif ou installations de nouvelles antennes 5G, clusters développant la numérisation de l’existence et un monde sans contact avec le vivant, destructions de forêts et prairies en cours... Nous invitons chacun.e localement à dresser de premières cartographies de ce qui ne doit pas redémarrer, de ce qui doit immédiatement cesser autour d'eux, en s'appuyant sur les cartes et luttes existantes (1). Puis nous appelons le 17 juin à une première série d'actions, blocages, rassemblements... occupations...Viser sérieusement à se défaire de certains pans du monde marchand, c’est aussi se doter des formes d’autonomies à même de répondre aux besoins fondamentaux de celles et ceux que la crise sanitaire et sociale plonge dans une situation de précarité aggravée. Nous appelons donc aussi le 17 juin, dans la dynamique des campagnes covid-entraide et « bas les masques », à des occupations de terres en villes ou dans les zones péri-urbaines pour des projets de cultures vivrières, ainsi qu’à de réquisitions de lieux pour des centres de soins et redistributions.

Nous devons trouver des formes de mobilisations adéquates à la situation. Nous traversons une période où chacune d’entre elle peut avoir une portée décuplée. On peut faire beaucoup à peu (3) mais on peut aussi se donner les moyens d'être nombreux-ses. Nous nous appuierons sur la ténacité des zads, la fougue des gilets jaunes, l'inclusivité et l'inventivité des grèves et occupations climatiques d'une jeunesse qui n'en peut plus de grandir dans un monde condamné.

Nous agirons en occupant l'espace adéquat entre chaque personne et pourquoi pas masqués.es quand cela s'avère nécessaire pour se protéger, mais nous agirons !

Pour signer l'appel ou pour envoyer un appel à mobilisation locale ou un texte d’analyse complémentaire, vous pouvez écrire à [email protected] Ils seront mis à jour et apparaîtront entre autres sur le site https://17juin.noblogs.org/ et la page facebook https://www.facebook.com/Agir17juin. Merci pour tout relais !

Premiers signataires : Youth For climate Paris, Génération Climat, Notre-Dame-des-Landes Poursuivre Ensemble, Revue Parade, Extinction Rebellion Pepps, Union Syndicale Solidaires, Solidaires 44, Sud Rail, le Front de mères, Partager C’est sympa !, des habitant.e.s de la zad de Notre-Dame-des-Landes, Youth for Climate Lyon, Espace autogéré des tanneries, la Cagette des terres, Assemblée des écologistes en lutte, Attac 44, la commune de Chantenay, Collectif pour le Triangle de Gonesse, la Dérive social club, Longo Mai Grange Neuve, Pour une Ecologie Populaire et Sociale, RISOMES (Réseau d’Initiatives Solidaires Mutuelles et Ecologiques), des opposant.es aux projets de Center Parcs en Isère, Jura et Saône-et-Loire, collect’IF paille, Exctinction Rebellion Nantes...

Dessins d'Alessandro Pignocchi 17 juin Agir contre la réintoxication Alessandro Pignocchi17 juin Agir contre la réintoxication Alessandro Pignocchi17 juin Agir contre la réintoxication Alessandro Pignocchi17 juin Agir contre la réintoxication Alessandro Pignocchi

 

(1) on peut aller chercher pas mal d'infos dans la carte superlocal https://superlocal.team/

(2) multiplication des cancers dus aux pesticides et aux substances toxiques, surpoids, diabète et hypertension tous trois liés à l’alimentation industrialisée (qui touche un tiers de l’humanité et est la principale co-morbidité des malades atteints du covid-19), morts prématurées de la pollution atmosphérique, résistance bactérienne liée à la surconsommation d’antibiotiques, et à une échelle autre qu’humaine, effondrement de la biodiversité, sixième extinction des espèces, un milliard d’animaux tués dans les incendies australiens sans fin l’été dernier.

(3) voir lien vidéo cimenterie partagez c’est sympa occupation de cimenterie https://blogs.mediapart.fr/partager-cest-sympa/blog/110320/fin-de-chantier-lafarge-est-bloque et d'autres


covid 18 chronique du confinement paris 18e Chateau Rouge La Chapelle

COVID 18 : dans le nord de Paris sous confinement [FILM + ITV]

Chronique sur la vie dans la rue durant le début du confinement, dans le nord de Paris, autour du quartier de La Chapelle dans le 18eme arrondissement, Covid 18 est un reportage qui redonne beauté et dignité aux quartiers populaires filmés pendant le confinement. Nous avons interviewé les réalisateurs qui sont aussi des habitants du quartier et mettons en lien leur film qui est paru sur Street Politics (durée : 41 min).

Le 18ème arrondissement est entré avec perte et fracas dans l’actualité du confinement. Au marché de Château Rouge une commissaire méprise et engueule les habitants, des policiers mettent violemment à terre une jeune femme, les contrôles sont hyper autoritaires, parfois violents et les amendes pleuvent. Comment avez-vous vécu ces images qu'on a pu voir sur les réseaux sociaux et à la télé ?

Au moment où sont tournées les images dont vous parlez, je me trouve moi-même à Château Rouge empêtré dans un interminable contrôle de police où l'on me postillonne dessus en me menaçant à moins de 30 cm du visage et en m'expliquant que le masque FPP3 que je porte (retrouvé intact dans mes affaires du samedi) ne sert à rien. Je suis dans mon quartier et on m’empêchera non seulement de filmer mais aussi de circuler. Ces images et l'usage qui en a été fait ont fait beaucoup de mal aux commerçants, à la majorité des habitants et aux habitués du quartier. Nous sommes actuellement en train de réaliser un petit reportage avec des commerçants et des habitués du marché Dejean. Ils nous racontent comment « le décret unique en France » qui a suivi cette séquence médiatique, imposant la fermeture des commerces alimentaires, s'inscrit dans une problématique plus large et dans une temporalité plus longue.

En ce qui nous concerne, la couverture des médias ne nous a pas trop intéressés, nous étions indifférents à leur traitement car nous en avons pris l´habitude. Ils disent toujours du mal de notre quartier, ils s'en servent même souvent comme symbole. A Château Rouge ce jour la, les flics ont principalement « fait le show », ici tout le monde sait ça. Ailleurs ils ont fait du sale. A Jaurès par exemple ils ont rabattu tous les sdf et les toxicomanes vers la Rotonde de Stalingrad en les contrôlant partout ailleurs dans Paris pour mieux les taper et les gazer lors de leurs interventions sur la place. Il y a un monsieur qui en parle très bien dans CoVid 18.

Quel était le dispositif pour faire le film ?

Le dispositif de confinement qui s'est imposé dans nos vies était brutal mais notre caméra était déjà bien habituée à la présence des CRS. En « temps normal » c'est elle qui nous sert à alimenter le site streetpolitics.eu en vidéos sur l’actualité des luttes. En fait nous n´avions pas vraiment de dispositif. La réalisation de ce reportage était quotidienne, « confinée », nous sortions peu et filmions encore moins… Le résultat lui-même ne représente qu'une infime vision de la réalité que nous avons traversée et qu'a traversé le quartier de la Chapelle durant le confinement. C'est une vidéo qui traite un peu de tout à la fois, dans des temps courts, dans un périmètre donné, à l'échelle de notre propre quartier où nous étions confinés. Il est vite devenu évident que toutes ces brèves sorties conjuguées ne formeraient au montage qu'une seule journée, la longue journée des premiers temps du confinement, où l'on voit le spectre du virus partout mais avec toujours en premier plan des gens à la rue, des flics et des ambulances.

Dans notre quotidien, il y a tous ces petits moments hallucinants comme lorsque tu es le seul client dans ton magasin alimentaire habituel et que les keufs entrent et mettent un coup de pression faussement amical au responsable derrière sa caisse. Et le lendemain, le magasin est fermé par décret du préfet Lallement. Il y a aussi ce témoignage d'un type à la rue qui sort du tribunal pour avoir squatté pendant une nuit un bar fermé à cause du confinement et qui te raconte que les tribunaux sont blindés de comparutions immédiates pour des faits de rébellion lors des contrôles d'attestations corona. Il y a aussi tous ces nombreux témoignages qui parlent des différences entre les « patrouilles corona », plus cordiales, et les flics du quartier qui en profitent pour régler leurs comptes et viennent chercher les gens directement lorsqu’ils les croisent. Ce que j´ai vécu de plus glaçant lors du « tournage » c'est peut-être ce moment où une infirmière du Samu explique à une voisine que sa mère allait être emmenée à Lariboisière mais qu'il n'y avait pas de place en réanimation pour les personnes comme elle. Elle venait déjà de rentrer d'un long séjour à l'hôpital une semaine auparavant. Elle s’appelait Catherine Amba Ngono, elle avait 84 ans et elle est décédée quelques jours plus tard. Bref... il y avait aussi beaucoup d'autres témoignages que nous n'avons pas filmés, comme celui de cet exilé Sénégalais qui s'est retrouvé à la rue, après avoir été sorti du CRA. Il assurait lui-même qu´il aurait préféré être expulsé du pays plutôt que de devoir vivre ça. Enfin il y a surtout cet incessant ballet d’ambulances sur les boulevards qui te montre comment les quartiers populaires sont particulièrement touchés par le virus. Il me semble que le reportage résume cela plutôt bien.

Au tout début, rappelez-vous, l'annonce du confinement a pris beaucoup de monde de court : c'est ce que l'on a appelé « la stratégie du choc ». A ce moment beaucoup de Parisiens quittaient précipitamment la capitale tandis que d'autres se ruaient sur les magasins pour y faire des courses (parfois pour quitter la ville après, ou pour rentrer se confiner en banlieue). Beaucoup de gens prenaient des photos. A ce moment-là c´était encore quelque chose d´étrange...

Nous étions deux, confinés dans le 18e où nous vivons depuis toujours, et nous étions en train de travailler sur le montage d'un film sur des gilets jaunes de l'Oise. Et c’est devenu vite évident que nous devions en même temps prendre le temps d´essayer de saisir ces moments qui étaient en train de marquer les vies et de transformer la ville.

Tout votre film est traversé par une guerre aux pauvres menée par la police. Et pourtant on y voit aussi des moments de grâce, des moments très beaux. Quel était l'enjeu pour vous de faire ce film ?

La guerre aux pauvres ne date évidemment pas du confinement, elle est devenue visible de manière spectaculaire à ce moment-là, et la police s'en est effectivement emparé à bras le corps. Cela fait longtemps que les habitants historiques du quartier déménagent dans le 93 ou y sont relogés au nom de la lutte contre l'habitat insalubre. Le quartier poursuit une mutation forcée par les pouvoirs publics qui le dénaturent tout en renforçant un climat délétère entre les gens. Dans les années 2000, si tu voulais un paquet de clopes du bled, tu allais à la seule épicerie de nuit ouverte rue Marx Dormoy et aucun riverain ne se plaignait « du trafic de rue ». Les usagers de crack pouvaient compter sur un tissu associatif plus dense et moins précaire qu'aujourd'hui et l'ambiance du quartier était plus apaisée et regorgeait d'initiatives discrètes. Peu à peu, au nom de la lutte contre l'habitat insalubre et au nom de la « mixité sociale », la mairie a entreprit un plan de reconstruction similaire à celui de la Goutte d’Or au début des années 90, cette fois ci en préemptant la destruction et la reconstruction des immeubles et en fournissant la part de logements sociaux obligatoire à des catégories sélectionnées comme les étudiants via le CROUS par exemple. Souvent, au rez de chaussée de certain de ces nouveaux immeubles, on trouve des boutiques ou des restaurants modernes et vides. En 2019, la mairie de Paris a annoncé publiquement être prête à déclencher les « feux de l'enfer » sur « les commerces de mauvaise foi » « qui vendraient tous la même chose » à en croire les publicités ‘Lycamobile’ présentes sur nombre de magasins du secteur. Les besoins réels des habitants qui fréquentent ces commerces au quotidien et des habitués du quartier qui les font vivre en y venant faire leur courses ou retrouver leur proches, sont niés volontairement tandis que sont créés des espaces pour répondre aux besoins d’une autre catégorie de population, celle que l’on cherche à faire venir. Certains habitants, presque exclusivement des propriétaires, soutiennent très activement cette politique urbaine dans l'espoir de pouvoir tirer un immense profit de la vente de leur appartement, une fois le quartier transformé. Pour ce faire, ils tweetent et abreuvent la fachosphère d'images prises depuis leur balcons ou l'on voit des vendeurs à la sauvette et des rafles, accompagnées de pouces bleus en l'air. Cette situation est identique mais avec des implications différentes à la Chapelle comme à Château rouge. La présence policière et la fermeture des espaces publics qui a suivi le mouvement de solidarité avec les campements d'exilés, principalement de l’Afrique de l'est sur la Halle Pajol et dans tout le quartier entre 2015 et 2018, a focalisé l'attention sur l'implication de la police dans la gentrification du quartier via les opérations de démantèlement. Les campements ont été aujourd’hui repoussés, dans le quartier de la Plaine à Saint-Denis. En Novembre 2019, la colline du Crack de la Porte de La Chapelle a été évacuée, d’où l’errance de plus de 300 usagers de Crack dans le quartier pendant le confinement.

Qu’est-ce qu’a changé le confinement dans la guerre aux pauvres menée par la police ?

La police était naturellement très fortement présente au début du confinement autour de La Chapelle car le quartier est classé « zone de reconquête républicaine » après avoir fait partie des premières Zone de Sécurité Prioritaire de France. Des renforts liés au corona se sont vite déployés, et les flics ont pu régler certaines de leurs besognes habituelles avec une liberté d'action accrue par l’état d'urgence sanitaire. Ensuite c´était plus en mode présence continue sur des points fixes, contrôles sélectifs mobiles, harcèlement des commerçants et pêche aux amendes. Il y avait des gendarmes, des Crs, la Bac, des agents de la ville, on avait l´impression de vivre dans un grand terrain d´entrainement de contrôle social totalitaire au nom de l´application de règles sanitaires qu´ils ne respectaient eux même pas du tout. Puis à notre grande surprise, le préfet ordonna la fermeture de trois commerces alimentaires essentiels au quartier : résultat, la queue au monoprix était interminable. Ça a frappé le quartier de manière violente, il n'y avait plus d'endroits bon marché pour faire ses courses et tout le monde s'en est plaint. A la différence de Château Rouge où ce sont les clients vivant hors du quartier et les commerçants qui ont souffert du harcèlement policier dirigé contre eux, à Marx Dormoy, c'est une grande partie de la population résidente qui a été privée de ses commerces essentiels de proximité. C’est le seul quartier de France dans ce cas il me semble, alors que la précarité de beaucoup conduit aujourd’hui à une immense queue pour la distribution alimentaire devant la mosquée détruite de Barbès par exemple. Les gens dans la queue prennent même des photos de la file, tellement elle est longue.

Toutes ces logiques à l’œuvre depuis longtemps ont été exacerbées avec le confinement, comme partout, je pense. Vous l'aurez compris, nôtre quartier n’est pas seulement un quartier exclusivement populaire, c’est un quartier où l'extrême pauvreté des mal-logés et des sans-abris côtoie des lofts huppés avec des nouveaux résidents, qui se rendent au monoprix sans masques et avec beaucoup d'énervement parfois. Nous ne sommes pas en banlieue, nous ne sommes pas dans le centre de Paris, on est dans le 18eme et il s'en dégage toujours et encore un climat unique dans Paname. L'âme d un petit Paris qui résiste, avant tout en étant insaisissable pour les flics et les pouvoir publics et que nous avons cherché à présenter, en lui rendant hommage.

Dans le reportage, les moments de beauté dont tu parles ont été vécus comme tels par la quasi omniprésence de la musique dans les rues. La musique était un élément très important au début du confinement. Les nombreuses scènes musicales qui servent avant tout à rythmer le récit ont été enregistrées dans la rue le plus souvent depuis les fenêtres des appartements et se sont toutes imposées au montage de cette manière là. Au-delà de la musique, il ne s'agissait pas de proposer une vision romantique du confinement mais de rendre compte de l’installation émouvante d'un nouveau cadre, inédit et brutal, qui s'emparait de nos vie et semblait nous relier tous en nous affectant de manière radicalement différentes en fonction de notre classe, des discriminations subies... le confinement a agi comme un révélateur de la violence sociale et politique. La police n'avait au final que relativement peu d’emprise réelle sur la lutte contre la pandémie, au-delà de leurs objectifs répressifs précis et ils s´en sont donnés à cœur joie, dès le début du confinement. Aussi il y a de l’amour dans ce reportage, c'est celui qui relie nombre d'entre nous à ce quartier et que nous n´avons pas su contenir au montage :)

Comment avez-vous organisé les tournages et les rencontres en plein confinement et sans carte de presse ?

Pour ce qui est du tournage, nous avons fait de manière complètement aléatoire, sans plans précis. Nous aussi étions affectés par la situation, nous sortions en alternance une heure maxi par jour, nous promener dans le quartier pour faire des courses, prendre l'air et quelques clichés du moment, comme la plupart d’entre nous l'avons fait avec un téléphone portable. En sortant notre caméra dans nos rues, nous avons eu spontanément beaucoup de gens qui se sont manifestés derrière leur masques, ou en nous faisant des signes à distance, des gens se rapprochaient de nous, et nous n’avons cherché à aborder personne en particulier. Comme cela marchait bien et que le rythme et la manière nous semblaient naturels, nous nous sommes prêtés au jeu, sans même penser à appeler nos connaissances militantes ou autres voisins qui auraient pourtant eu beaucoup de choses intéressantes à nous raconter. Nous nous sommes laissés entrainer dans ces dérives urbaines quotidiennes, stupéfaits par l'ampleur de ce que révélait le confinement, en terme de logique classiste ou raciste de la société. Le fait de ne pas avoir de carte de presse nous a empêché de trop nous rapprocher de la police lors des interpellations et opérations de contrôle, on a donc dû se passer de leur parole (qui, vu la situation, se serait de toute façon retournée contre eux). Nous avons mis l’accent sur tous les gens qui n'ont pas d'autre choix que de faire face à la police au quotidien parce qu’ils vivent dans la rue. Il y a aussi les voisins derrières les masques qui ont besoin d’y être pour souffler deux minutes ou pour aller travailler, mais subissent en permanence les contrôles. Dans le reportage, on voit par exemple un mec qui se fait verbaliser alors qu'il rentre du boulot.

Nous adressons à tous les intervenants du reportage toute notre reconnaissance pour avoir affronté avec dignité et solidarité cette période difficile.


COVID : la colère en prime. Oppositions de soignants aux primes COVID

COVID : LA COLÈRE EN PRIME. Opposition de soignants aux primes COVID

A la mi-avril, le gouvernement annonce vouloir gratifier les soignants impliqués dans l'épidémie à Coronavirus de primes, de 1500 euros pour les personnels hospitaliers directement impliqués, de 500 euros pour les autres. Loin de nous réjouir, ces primes nous choquent et nous humilient. Nous, personnels hospitaliers, membres du Collectif Hôpital Ouvert, nous opposons à ces primes.

Ces derniers temps, le monde hospitalier a connu deux mobilisations notables, en réponse à deux crises différentes.

La première mobilisation a fait face à une crise structurelle et dure depuis des années. A travers la constitution de collectifs, de nombreuses grèves, et des démissions administratives, le personnel hospitalier était unanime : les politiques d’austérités mises en place par les gouvernements successifs mettent l’hôpital en danger. Des moyens, humains et financiers étaient sollicités mais le gouvernement faisait la sourde oreille et réprimait nos manifestations. Les personnels de santé, eux, palliaient les manquements de l’État pour que les patients n’en fassent pas les frais.

La deuxième mobilisation fait face à une crise sanitaire et dure depuis plus de deux mois. Pour affronter la pandémie à Coronavirus, le monde hospitalier s’est réorganisé, renforcé, et nous avons tous, directement ou indirectement, agi avec la population afin que les victimes soient les moins nombreuses possible. Pendant que le gouvernement et les instances dirigeantes administratives étaient débordés par la situation, les services se sont très rapidement transformés et adaptés localement et spontanément. Cependant, bien nombreux ont été les acteurs de soins à avoir souffert du manque de réactivité du gouvernement pour soutenir sa population et ses hôpitaux, cette fois en conditions d’urgence.

Le 15 avril, Edouard Philippe annonce une prime exceptionnelle pour les soignants mobilisés dans cette crise sanitaire.
Cette annonce ne nous réjouit pas. Au contraire, elle nous offense et nous scandalise.Une prime ponctuelle de 1500 euros pour les mieux lotis, de 500 euros pour celles et ceux « qui n’ont pas eu la chance » d’être « au front » contre le Covid-19. Et passé le mois de mai ? Cette prime est une réponse ponctuelle à la crise sanitaire et permet au gouvernement d’occulter la nécessité de répondre à la crise structurelle que connait notre Hôpital. Après le mois de mai, donc, retour à la situation antérieure, c’est-à-dire à une situation critique.

Par ailleurs, nous, soignants de l’hôpital public, sommes des fonctionnaires d’État, et à ce titre, travaillons à une mission de service public, en l’occurrence le soin. Notre mission est indépendante de la charge de travail, physique ou psychologique qu’elle implique. Aussi, notre actuelle mobilisation n’a rien d’héroïque, elle fait partie intégrante de notre engagement professionnel. Nous ne la menons pas par motivation financière, mais par engagement social et humain. Vouloir y répondre par une gratification monétaire est un affront que nous fait le gouvernement.

La tendance est à l’héroïsation des personnels de santé. Et cette prime va dans ce sens. Héroïser de façon ponctuelle notre engagement, c’est finalement nier celui que nous apportons quotidiennement, indépendamment de cette crise sanitaire, pour pallier la crise sociale dont l’État est responsable.

« Au fond, nous savons ce que nous leur devons. », nous dit Edouard Philippe. Ce que le gouvernement doit à son peuple et à son hôpital public, ce n’est pas une prime exceptionnelle. C’est le respect de l’humain, des valeurs sociales sur lesquelles est basé le service public, et par là, c’est une revalorisation globale, financière et humaine de l’Hôpital, la même que nous demandons depuis des mois. Gratifier financièrement les soignants, les récompenser, c’est, de la part du gouvernement, se donner le beau rôle. Une position trop facile après nous avoir ignorés et humiliés lorsque nous nous battions pour notre Hôpital. Bien sûr, l’annonce de cette prime a pu être vécue positivement par les plus précaires d’entre nous, ceux pour qui cette somme représenterait une bouffée d’oxygène. Cela révèle à quel point leur salaire habituel est insuffisant et renforce l’idée selon laquelle le besoin n’est pas à une gratification ponctuelle mais à une revalorisation durable, en l’occurrence, des salaires hospitaliers les plus bas. Ne nous méprenons pas, la honte n’est en aucun cas à ceux qui accepteraient ces primes, mais à ce gouvernement qui ose la proposer comme réponse unique à une précarisation progressive de l’hôpital public.

Pour finir, nous considérons, dans ce contexte difficile, avoir la chance de conserver nos revenus, quand d’autres souffrent des conséquences financières dues aux stratégies de confinement : chômage et licenciement pour certains salariés, absence de revenus pour les indépendants. La précarité explose ces derniers mois, et nous pensons que ces primes aux soignants, qui n’ont de but que la gratification, devraient bénéficier aux plus démunis de notre population, ceux qui souffrent des dommages collatéraux de cette épidémie.

Pour toutes ces raisons, nous sommes opposés à ces primes, et refusons tout ce qu’elles représentent. Nous profitons de ce texte pour réitérer les revendications de revalorisations humaines et financières de l’Hôpital Public, indispensable à son bon fonctionnement et à la prise en charge de ses patients. Le temps n’est pas à la construction de héros mais au soin de la population, de ses précaires, et donc, aux services publics qui garantissent ce soin.

Collectif Hôpital Ouvert


On a visité le futur proche. On vous raconte !

A quelques heures du déconfinement et du monde d'après, voici une vision pour le moins sombre du futur. Sombre mais totalement crédible. Ce qui pourrait se passer si aucun soulèvement majeur ne s'opère pour bloquer les processus économiques et répressifs en cours. On a visité le futur proche, et on vous raconte :

16 MAI - Premier samedi post confinement. De nombreux appels (GJ mais pas que) à ressortir dans les rues, notamment à Paris. Les rassemblements restent interdits. La préfecture et le ministère de l'Intérieur communiquent massivement là-dessus, arguant de danger sanitaire. Résultat, 400 personnes à Paris, qui n'arriveront même pas à se rassembler vu l'arsenal policier mobilisé. Au moindre attroupement de 20 ou 30 personnes, la police nasse, verbalise, et emmène certains en GAV. Cela n'indigne pas grand monde.

21 MAI - Création de 50 Centres de Rétention Sanitaire (CRS) répartis sur le territoire et destinés à mettre en quarantaine les arrivants hors espace Schengen. Le principe des CRA s'étend pour gérer les potentiels malades étrangers.

25 MAI - Le gouvernement annonce prolonger l'état d'urgence sanitaire jusqu'à fin octobre. La courbe des nouveaux cas et des décès continue de baisser de façon très encourageante mais le pouvoir annonce craindre une seconde vague, peut être encore plus forte que la première.

01 JUIN - Fin du chômage partiel pour cause de garde d'enfants. 15 millions de parents sont contraints de remettre leurs enfants à l'école et retournent au travail. La mesure est ressentie comme une double peine touchant les foyers les plus modestes. Parents et enfants sont désormais susceptibles de ramener le covid à la maison.

02 JUIN - Les syndicats appellent à une grosse journée d'action pour le service public et contre la réforme des retraites. Du monde, mais moins que début décembre. La manif est totalement entourée d'une nasse mobile policière, comme lors des précédents rassemblements. Le gouvernement communique sur de nouvelles primes de fin d'année pour les soignants, les pompiers et la police.

08 JUIN - Panique générale avec un nouveau krach boursier à Paris et sur les principales places financières du monde. Le CAC descend à son plus bas niveau depuis 2003.

12 JUIN - Le ministère du Travail annonce des mesures pour faire face à la crise économique et, selon lui, éviter trop de fermetures d'entreprises. Cela se concrétise par une application stricte du code du travail version 2016 et la facilitation des licenciements en masse (du droit du travail; des baisses de cotisations et la fin des 35h). Et également évoqué, sans être voté, la suppression d'une semaine de congés payés.

21 JUIN - Trois policiers de la BAC de Nantes se filment dans la base de loisirs de la Roche-Ballue, non loin de la métropole. L'un d'eux mime une noyade devant ses collègues, hilares. La vidéo, postée sur le profil Instagram de l'agent, provoque immédiatement la consternation des proches de Steve Maia Caniço, mort dans la Loire un an plus tôt, suite à une charge de la police lors de la Fête de la Musique. Aucune mise à pied ne serait prévue à ce jour.

03 JUILLET - Remaniement ministériel : Lallement devient ministre de l'Intérieur, Strauss Kahn est nommé à la Culture. Et le Premier Ministre est désormais... Nicolas Sarkozy !

14 JUILLET - Des opposants tentent de manifester sur les Champs-Elysées, comme en 2019. Mais les ordres venant d'en haut, afin de ne pas revoir les images de l'an passé, ont pour conséquence un véritable carnage. Dès le matin, tous ceux qui semblent être venus pour manifester et non pour acclamer Macron sont arrêtés : charges, lacrymo, LBD. Avant même le défilé, de nombreuses violences. Un jeune de 17 ans, militant écolo et GJ, perd un œil suite un tir de flashball. Un autre manifestant, âgé de 63 ans, reste trois jours dans le coma suite à une grenade de désencerclement (GM2L, remplaçante de la GLI-F4), ayant explosée au niveau de son torse alors qu'il était au sol.

15 JUILLET - Tous les recours juridiques contre l'usage de drones ont été déboutés. La police annonce l'embauche et la formation de 950 pilotes de drones supplémentaires.

07 SEPTEMBRE - Rentrée des classes un peu spéciale. Depuis le 1er déconfinement du 11 mai, le mouvement des professeurs itinérants Proferrants (en hommage à l'auteur Alain Damasio) a essaimé partout en France. Des milliers d'enseignants proposent, gratuitement, dans les quartiers populaires et les zones rurales désertées, des ballades pédagogiques pour apprendre à l'air libre. Mais de son côté, le lobby des Écoles privées et lucratives fait quasi-systématiquement stopper les cours, se référant à des textes de loi sur la protection de l'enfance et la sécurité à l'éducation.

11 SEPTEMBRE - Le gouvernement soumet son nouveau grand projet de loi santé, taillé pour affronter les épidémies futures. Peu d'investissement dans les salaires et les moyens matériels des soignants, mais une mesure phare : la généralisation de la collecte de données médicales ("tracing") et leur partage via des plateformes ouvertes aux assurances maladie privées, aux banques et aux GAFAM.

3 NOVEMBRE - Réélection, haut la main, de Donald Trump à la Maison Blanche, le tout sur un programme encore plus outrancier. En ces temps de crise, il affirme que seule la survie (économique, sociale et religieuse) de l'Amérique compte. Plus que jamais, les murs se dressent et les frontières se durcissent.

30 NOVEMBRE - La 2ème vague n'est toujours pas arrivée, les brigades sanitaires ont de moins en moins de suspects atteints du covid à traquer, mais l'application stopcovid fonctionne depuis juin et commence à obtenir le graph social de tous les individus. L’État y voit une aubaine pour pouvoir enfin tout gérer au millimètre et devenir un des premiers "gouvernement parfait" de l'histoire.

05 DÉCEMBRE - Devant une crise économique sans précédent, beaucoup de foyers se retrouvent sans rien à manger. En vogue la nouvelle mouture de l'application de l’État permet à quiconque de devenir manager d'immeuble, de rue ou de quartier et d'obtenir des crédits pour la banque alimentaire ou des avantages sur les factures énergétiques avec les compteurs intelligents Linky. Filmer une infraction rapporte ainsi 5€, obtenir les coordonnées du contrevenant 5€ de plus. Faire un rapport étayé sur un individu ou un groupe qui aurait des projets contre l’État peut rapporter jusqu'à 400€. Les meilleurs d'entre eux sont recrutés par LREM et obtiennent des emplois stables avec des droits à la nouvelle couverture sociale créée par Blackrock.

14 DÉCEMBRE - Nouvelle étape dans la censure des médias critiques envers le pouvoir. En lien avec Facebook et Google, le gouvernement a désormais la possibilité de demander la fermeture des comptes Facebook et Youtube si les services de renseignements fournissent des éléments portant à penser que ces comptes portent atteinte à la sécurité nationale. Résultat, la semaine qui suit, Nantes Révoltée, Rouen dans la Rue et Lille Insurgée voient leurs pages Facebook et Youtube fermées, sans aucun recours possible. Certains administrateurs sont convoqués par la police pour incitation à la haine et promotion du terrorisme. Peu de réaction, notamment chez les médias de masse ou dans la classe politique.

« La vérité, c'est qu'il y a une quantité incroyable de gouttes qui ne font pas déborder le vase. »
Romain Gary


lettre à mes élèves déconfinement rentrée des classes 11 mai

Lettre à mes élèves de maternelle

A quelques jours d'une rentrée des classes controversée, une institutrice écrit cette lettre à destination de ses élèves.

Mes chers petits élèves,

Cela fait maintenant 50 jours que l’on s’est brutalement quittés… Du jour au lendemain, sans prévenir, nous avons du fermer toutes les écoles. Et les mêmes adultes sans cœur veulent maintenant nous forcer à les ouvrir. Pourquoi est-ce que je ne suis pas d’accord ?

Parce que dans notre classe, chaque jour, je vous aide à apprendre à vivre ensemble, à partager vos jeux, à communiquer avec les autres. A chercher des solutions toutes et tous ensemble quand on a un problème. A aider un copain à fermer son manteau ou à finir sa construction. Je vous observe, je vous écoute inventer des jeux, des histoires entre vous… je vous vois grandir et devenir de plus en plus capables de vivre et de créer des choses en groupe.
Dans notre classe, vous pouvez circuler librement, parfois vous rouler par terre, vous coucher sur le banc, ramper sous une table ou vous asseoir sur une chaise... et changer de position quand vous le voulez. Parce que je sais qu’à votre âge bouger est un besoin vital. Tout comme toucher les autres et échanger.
Dans notre classe, quand vous avez du chagrin, ce qui arrive souvent à votre âge, je vous prends la main, vous montez sur mes genoux, je vous caresse la tête… Parce que je veux que notre classe soit un endroit qui vous sécurise autant qu’il vous inspire.
Et c’est là tout ce qui fait que cette classe est un endroit vivant, bouillonnant, joyeux, chaleureux. Humain.

Je mesure combien vos copains et copines vous manquent, ou peut-être le toboggan, ou le grand tableau de peinture, les jeux de construction, les histoires, le parcours de sport, nos projets… Et j’ai moi aussi beaucoup de tristesse à ne plus vivre tout ça avec vous. Peut-être aussi que vous en avez marre de rester à la maison, que vos parents sont très fatigués par tout ça, qu’ils aimeraient retrouver leur vie « normale ».

Mais l’école qui sera ouverte la semaine prochaine, ce n’est pas cette école : certains adultes imaginent que nous pourrons faire classe sans rien toucher, sans bouger, en restant éloignés les uns des autres. Ils ont dû oublier que l’école ça ne pouvait pas être ça. Ils ont pourtant été petits comme vous.

Et c’est parce que je souhaite le meilleur pour vous que je refuse que vous reveniez dans notre classe dans ces conditions. De vous voir en petits robots inactifs, passifs.
Parce que je ne peux pas imaginer passer la journée à vous empêcher de vous approcher les uns des autres, à vous interdire de vous prêter du matériel.
A détruire tous vos repères affectifs et votre confiance qui ont mis tant de temps à se construire. Certains d’entre vous commençaient à peine à oser m’adresser la parole.
Vous forcer à rester assis à la même table toute la journée.
Vous forcer à circuler dans les couloirs en respectant un sens de circulation.
Désinfecter chaque chose que vous aurez touchée.
De faire de ma classe un endroit où vous aurez peur de tomber malade, voire de mourir.
Que votre famille ait peur de mourir à cause de l’école.
Parce que je ne veux pas vous imposer l’absurdité du monde de certains adultes.

Évidemment, si vos parents n’ont pas le choix, qu’ils sont forcés d’aller travailler, je serai là pour vous, comme je l’ai été pour les enfants des médecins, des infirmières… Et j’essaierai tout pour que ce ne soit pas traumatisant pour vous, mais j’ai très peur que ça ne marche pas.
Tant que nous n’avons pas de traitement contre ce vilain virus, il faudrait que les patrons de vos parents ne les forcent pas à aller travailler. Et que ceux qui doivent y aller soient bien protégés.
Il faudrait que l’on puisse toutes et tous s’organiser pour garder les enfants les uns des autres, par petits groupes, hors de l’école.
Que l’on continue de s’organiser pour aider les familles des copains et copines qui n’ont pas assez à manger, pas d’attestation pour sortir, pas de matériel informatique, qui ont de graves problèmes à la maison.
Il faudrait que les parcs et jardins soient ouverts pour que vous puissiez vous y défouler, et pourquoi pas, y organiser des moments d’école !

Quand vous serez adultes, j’espère que tout ça ne sera qu’un mauvais souvenir. En attendant, on va continuer à se téléphoner, à s’écrire, à s’envoyer des photos, des vidéos, à se donner des nouvelles… Et c’est aussi de ça qu’il faudra se souvenir plus tard !

A bientôt je l’espère, dans les meilleurs conditions possibles.

Votre maîtresse

illustration : classe de maternelle dans laquelle ont été appliquées les 63 pages du protocole sanitaire des écoles (Jura, Conliège)lettre à mes élèves déconfinement rentrée des classes 11 mai


Olivier frappé à coups de muselière à Toulouse : la version policière mise à mal

Olivier, frappé à coups de muselière à Toulouse : la version policière mise à mal

"Loin d’être le fou dangereux décrit aux fins de couvrir une énième violence injustifiable, Olivier est avant tout un père de famille avec deux filles qui ce jour là fumait tranquillement sa clope devant chez lui avant de connaitre tout ce qui allait lui arriver." 

Les images ont fait le tour des réseaux sociaux et des médias : Olivier, la cinquantaine, s'est fait frapper à coup de muselière par une brigade de police la nuit du vendredi 24 au samedi 25 avril à Toulouse. L'auteur de la vidéo nous a envoyé ses images prises de son balcon.

Très rapidement, France 3, La Depêche et France Bleu traite l’affaire avec pour seul axe la communication du syndicat policier d’extrême droite Alliance qui fait alors un portrait à charge pour justifier l’injustifiable violence de l’arrestation. L’homme lynché à coup de muselière alors qu’il est à terre et sans arme est dépeint comme un fou dangereux au passé judiciaire. Il viendrait de « s’évader de l’hôpital psychiatrique » et il serait «  potentiellement porteur d’une grenade et d’un pistolet ».
Pour la police à ce moment, une seule chose compte : faire croire qu’il fallait à tout prix arrêter une menace ambulante pour la société.

Sauf que la réalité est assez différente. Nous nous sommes entretenus avec son avocat Maitre David Lanes ainsi qu'avec ses proches. Qu’avons nous appris ?

- Olivier n’a jamais eu d’antécédents psychiatriques
- Son passé judiciaire remonte aux années 90
- Il avait le droit de partir de l’hôpital
- Ce jour là il a eu une altercation avec un voisin violent qui était venu devant chez lui
- Olivier a utilisé une relique de fusil pas chargé et une hachette à couper son bois de barbecue afin d’éloigner le voisin
- Les armes ont été remises à la gendarmerie
- Avant l’arrivée des gendarmes, Olivier a pris beaucoup de médicaments pour se calmer
- A cause des coups des policiers qu’on voit sur la vidéo, Olivier a perdu des dents et a de nombreuses marques sur le corps
- Olivier dément certaines charges retenues contre lui, notamment la violence envers dépositaires de l’ordre public
- Il va porter plainte

Il y a donc eu deux temps dans cette affaire. En premier une altercation entre voisins à Longages et dans un deuxième temps les violences policières à Toulouse. Son avocat nous raconte qu’après l’altercation avec le voisin « Olivier a été accompagné à l’hôpital par les pompiers sur décision de la gendarmerie à cause de la surdose de médicaments. Il les avait pris pour "redescendre". »

Mais au bout d’un moment, il veut rentrer chez lui et quitter l’hôpital contre l’avis des médecins. La sécurité appelle alors la police et transmet qu’il serait « potentiellement porteur d’une grenade et d’un pistolet ». Olivier dément avoir évoqué ces termes ou proféré des menaces. Quoi qu’il en soit il n’est pas arrivé à l’hôpital avec des armes et la sécurité le savait bien. Alors pourquoi ces termes si incriminants alors qu’à ce moment tout le monde sait qu’il n’a pas d’armes ? Ça reste une zone d’ombre…

« Partir de l’hôpital comme il l’a fait, il en avait tout à fait le droit. Il voulait rentrer pour se reposer chez lui. » (Maitre David Lanes)

La police le retrouve un peu plus tard dans les rues de Toulouse et décide de l’interpeller. Les agents lancent le chien sur Olivier qui se fait mordre plusieurs fois. Alors qu’il saigne à cause des morsures, Olivier informe la police qu’il a l’hépatite C.
Dans la version policière cela se transformera en volonté de « transmission d’une substance dangereuse sur dépositaire de l’ordre public ». Olivier et son avocat démentent cette menace ou la tentative de contamination.

La suite, nous la voyons sur les images filmées par un témoin. Olivier se fait plaquer au sol par derrière et tombe violemment face contre terre. Un autre policier frappe plusieurs fois Olivier sur la tête avec la muselière du chien alors qu’il est plaqué par terre et tente tant bien que mal de se protéger des coups. Olivier a vu la vidéo et dit que c’est à ce moment là qu’il a perdu des dents.

Après ça, les pompiers l’ont amené à l’hôpital suite à ses blessures. Il a été mis en garde à vue dans la foulée et mis en examen le dimanche.

La certitude de son avocat, c’est que la police a très vite pu constater qu’il n’avait aucune arme et que l’argument qui avait été invoqué pour justifier l’ultra violence ne peut pas entrer en ligne de compte. D’ailleurs, a-t-on déjà vu une police choisir comme dispositif un plaquage hasardeux et une muselière pour arrêter un homme potentiellement armé d'une grenade et d'un pistolet ?

Loin d’être le fou dangereux décrit aux fins de couvrir une énième violence injustifiable, Olivier est avant tout un père de famille avec deux filles qui ce jour là fumait tranquillement sa clope devant chez lui avant de connaître tout ce qui allait lui arriver.

Dans cette affaire, la police est allée chercher des faits de justice remontant à 20 ans et a brandi la menace psychiatrique (qui s’avère être fausse) pour s’en servir comme d’arguments aggravants et justifiant l'injustifiable. La criminalisation des victimes est une recette systématiquement employée pour tenter de faire admettre les violences policières dans l'opinion publique. Il faut aussi noter que les journaux ont montré une grande disponibilité à relater une telle version.

Comment se fait-il qu’un homme parti d’un hôpital pour rentrer se reposer chez lui après un épisode éprouvant, se retrouve quelques minutes plus tard tabassé par la police et un jour après traîné dans la boue par un de ses syndicats d’extrême droite repris en fanfare par les médias ?

Maintenant Olivier est confronté à une autre institution aussi connue pour sa disponibilité à entériner les versions policières : la justice. Mercredi, Olivier a été placé en détention provisoire. Motifs : Son casier judiciaire de plus de 20 ans justifie aux yeux du juge une crainte de récidive. Autre argument invoqué : l’altercation avec le voisin pourrait se réitérer. Bien que son avocat ait proposé qu’Olivier réside loin de ce voisin, dans sa famille, cette option n’a pas été entendue. Ce choix plus que contestable a fait l’objet d’un recours par l’avocat qui va porter plainte avec Olivier contre les violences injustifiables qu’il a subies.


Violence et autodéfense : Interview d'Elsa Dorlin

Il n'aura peut-être jamais été autant question de la violence dans nos vies. Paradoxalement, notre société est aujourd'hui l'une des plus "pacifiée" que l'histoire n'ait jamais connu, sauf du côté de la violence d'état. C'est pourtant cette violence qui est la plus minimisée et niée, tandis que les autres "violences" sont totalement exagérées et stigmatisées. Pour tenter de prendre un peu de recul, nous avons interrogé la philosophe Elsa Dorlin, autrice de l'ouvrage "Se défendre".

 

https://youtu.be/kY_C1d6sVus

 

Interview intégrale disponible ici :
https://youtu.be/nb5lh2F_SLw


DANS L’ENFER DES EHPAD

Un article de Lille Insurgée :

Nous avons reçu un témoignage accablant d’une personne ayant travaillé dans un EHPAD du Nord au mois d’avril. Alors que depuis des semaines, le gouvernement décompte dans les « points presse » de Jérôme Salomon le nombre de morts dans les hôpitaux et les EHPAD, comme si les décès n’étaient qu’une série de chiffres lointains, les témoignages montrant la réalité inavouable du terrain ne sont que trop peu nombreux dans les médias de masse.

Il y a celles et ceux qui comptent les morts et celles et ceux qui pleurent les drames.

Le témoignage raconte la situation vécue dans un établissement abritant environ 80 résident·e·s. Un lieu décrit comme chaleureux, aux espaces de vies communs animés et aux visites fréquentes des familles. Un lieu qui tient aujourd'hui grace à la force et au courage d'une poignée de femmes, majoritaire à 95% dans l'établissement. Un EHPAD privé et familial qui était loin de penser devoir gérer une telle situation.

🔸 L’ORGANISATION DE L’ÉTABLISSEMENT FACE AU CONFINEMENT

Le confinement a considérablement transformé le visage de l'établissement. Dès les premiers jours, et du fait de soupçons de cas dans la structure, la décision a été prise de confiner tout le monde en chambre pour éviter toute transmission. Une tache compliquée à mettre en place, tout d’abord parce qu’il faut expliquer, plusieurs fois, à chaque résident·e, les raisons pour lesquelles il faut rester en chambre. « Il y a un moment où on essayait qu’ils ne sortent pas du tout de leurs chambres car on avait très peur que le virus se promène dans tout l’établissement. » Sans grand succès. Le bilan est très lourd. 40 résident·e·s ont eu des symptômes et 16 décès ont été jugés liés au coronavirus, dont la moitié ont été confirmés.

🔸LA GUERRE DES TESTS

Le directeur de l’établissement a rapidement mis en place des mesures pour faire matériellement face à la situation. Si le matériel de protection n’a pas été le problème majeur de l’établissement, les tests, eux, nécessaires à un déconfinement chambre par chambre ont manqué et manquent toujours.

« Le directeur avait réussi en bataillant avec l’ARS à obtenir 50 tests naseaux pour les résident·e·s uniquement […] malgré la volonté du directeur et le fait qu’il essaye de tout faire pour, on a refusé que les tests soient faits pour les soignant·e·s. Son but était de faire tester tout l’établissement pour pouvoir déconfiner progressivement des chambres et pour l’instant, ce n’est pas possible. Ce que l’on sait c’est qu’il y a au moins la moitié du personnel qui l'a eu, il y a eu énormément d’arrêts maladie, beaucoup de symptômes très différents. »

🔸FAIRE FACE À L’ISOLEMENT

Le confinement par chambre met les résident·e·s dans une situation d’isolement total. Un isolement encore plus strict pour les personnes suspectées d’avoir contracté le Covid. À savoir que si un·e patient·e avait l’un des symptômes suivants : la fièvre, une extrême fatigue ou une diarrhée, le résident·e était considéré·e comme un cas de Covid.

L’isolement des personnes en chambre a engendré d’importantes problématiques, surtout pour les personnes psychologiquement fragiles qui ne comprennent pas pourquoi elles ne peuvent pas sortir, pourquoi elles ne peuvent pas voir leurs familles, rendant le confinement difficile à faire respecter. Les soignant·e·s, équipé·e·s de blouses, de masques, de charlottes, de sur-blouses, de tabliers, ne sont pas toujours reconnu·e·s des résident·e·s, créant déséquilibre et désorientation. Certain·e·s résident·e·s ne savent plus où iels sont, cela crée des dépressions.

« Ça a créé ce qu’on appelle le syndrome de glissement : les personnes se laissent mourir ou dépérir. Donc il y a des personnes qui pleurent toute la journée, on a beau essayer de les sortir deux minutes, une par une au jardin en prenant toutes les précautions, c’est compliqué à mettre en place et pas toujours utile car ce dont elles ont besoin, c’est de voir leurs proches. Donc on a des personnes qui se sont laissées mourir de chagrin. Réellement. Et on ne sait pas si le Covid était là en plus ou pas car il n’y a pas de test post-mortem. »

🔸LA GESTION DES CAS DE CORONAVIRUS ET DES DÉCÈS

« Quand on isole encore plus strictement, on change de masque, de gants, après être rentré·e dans les chambres, et tous les vêtements des résident·e·s qui sont suspecté·e·s de Covid ou qui sont Covid sont dans des sacs hydrosolubles et on met tout à 60° pour détruire le virus au maximum. »

La gestion des cas de coronavirus est stricte et les personnels de l’EHPAD doivent gérer la quasi-totalité de la période d’incubation. Les hospitalisations sont rares, uniquement en cas de syndrome respiratoire aigu. « Et encore, quand c’est maintenable en EHPAD, ils nous les laissent ».

« On a deux résident·e·s qui sont parti·e·s en hôpital et qui sont revenu·e·s. La dame est décédée quelques jours plus tard à l’EHPAD alors que l’hôpital nous avait dit « y’a plus de soucis, y’a plus de danger, tout ira bien » mais en fait les syndromes respiratoires s’étaient calmés et finalement elle est décédée de fatigue parce que c’est épuisant ».

La gestion des cas de coronavirus est extrêmement difficile, mais plus dur encore, c’est la gestion des décès. Les soignant·e·s, après chaque décès, ne peuvent pas toucher au corps qui est placé dans une housse, en l’état, sans soins. C’est à dire que si une personne porte une couche, une perfusion, sonde urinaire ou autre, rien n’est retiré. Les pompes funèbres viennent chercher le corps dans l’EHPAD. Les pompes funèbres passent le corps au spray javel, le placent dans un cercueil et l’emmènent à l’incinérateur. « C’est inhumain comme traitement et c’est une des choses pour lesquelles les soignant·e·s sont de plus en plus mal », de laisser partir les corps dans ces conditions.

Alors que les directives nationales demandent qu’il n’y ait aucune visite des familles des personnes en fin de vie, la direction de l’établissement a tout de même autorisé des visites si les familles le souhaitaient, pour dire au revoir à leurs proches, considérant les directives nationales comme inhumaines. Cette décision implique de prendre sur les réserves de masques pour permettre que ces visites aient lieu sans risques. Depuis la ré-autorisation des visites, un parloir avec plexiglas a été mis en place et les visites sont limitées à une par semaine.

On observe aussi une régression des résident·e·s, qui parfois ne savent plus marcher du fait d’être resté·e·s confiné·e·s dans leurs chambres. Les soignant·e·s surmené·e·s passent parfois à côté d’autres pathologies, le coronavirus étant devenu une priorité du jour au lendemain.

🔸LA DETRESSE DES SOIGNANT·E·S

Qu'adviendra t-il des soignant·e·s quand tout cela sera terminé ?

Surmené·e·s, les personnel·le·s de l'EHPAD font preuve d'un courage exemplaire mais risque rapidement de se prendre un retour de bâton une fois l'intense période passée.

Si aujourd'hui, le travail est tellement nécessaire et important que les soignant·e·s ne peuvent penser à autre chose et mettent toute leur énergie pour que les conditions de vie des résident·e·s ne soit pas inhumaines, une fois la pression redescendue, les risques de dépression sont important pour des personnes qui ont été confrontées à la mort tous les jours pendant des semaines. « Le plus compliqué franchement à gérer, c’est déjà les personnes qu’on voit partir doucement. C’est difficile pour les personnes qui travaillent à l’année, parce que c’est leurs résident·e·s, elles les connaissent par cœur, elles font beaucoup de choses avec eux et elles les voient partir sans pouvoir les accompagner au mieux. »

Ces situations sont émotionnellement intenables, et font craindre une vague de dépressions après cette dramatique période. De plus, le fait d'être confronté-e à la mort n’est pas la seule charge émotionnelle à gérer. Les soignant·e·s doivent gérer le sentiment d'être pestiféré·e·s, de ne pas être reconnu·e·s.

La traduction la plus symbolique de ce manque de reconnaissance est sans doute la prime de 1500€ annoncée par Macron, que les soignant·e·s ne pourront pas toucher, l'établissement n'étant pas un centre hospitalier.

La traduction la plus violente de ce manque de reconnaissance est sans doute le sentiment d’être des pestiféré·e·s. « Dans les villages de campagne, tout le monde sait où les gens travaillent. »

Les soignant-e-s se sentent montré·e·s du doigt, jusque dans leurs foyers. Le sentiment de ne pas être reconnu·e dans la société grandit à mesure que la méfiance s’amplifie dans la population locale et que les distances sociales se ressentent comme du rejet. Aucune mesure ne permet d’arranger ça.

Il faut ajouter à cela le manque d'entraide dans les campagnes. Alors qu’en ville, des réseaux d’entraides solides se sont créés et que les dons aux centres hospitaliers sont nombreux, la situation en campagne est beaucoup plus complexe. S'il y a bien des dons, ils sont minimes et loin d’être de la même ampleur qu’en métropole. Cette situation pèse sur les soignant·e·s, se sentant d'autant plus isolé·e·s et seul·e·s face au virus, accentuant leur détresse.
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Retranscrire les réalités du terrain, malgré les difficultés, doit être, à l'heure où l'ensemble des médias télévisés ne parlent que de chiffres représentés sur des graphiques de façon managériale, une priorité pour ne jamais oublier, ne jamais pardonner ce à quoi les corps et les esprits ont été confrontés durant cette crise sanitaire. Et dont les responsables sont les technocrates qui ont pensé en chiffres, en euros.