Message aux indignés des poubelles (brûlées)

https://youtu.be/Xfe47nYlTCM

Face à la gravité de la situation, face à l'urgence sociale et climatique, nous pensons que vous n’êtes pas la hauteur. Vous, les partis, syndicats, organisations, coordinations. Vous, les personnalités, les représentants, figures, les têtes.

Nous sommes des millions à vouloir remettre l’Histoire en marche. On ne parle pas d'empêcher des réformes néolibérales ou pré-fascistes. Non, nous voulons démonter le système qui les produit, avant qu'il ne détruise toute la vie, toutes les vies. Nous savons que cela ne pourra se faire sans que l'ancien monde résiste, se batte, riposte.

En France, les Gilets Jaunes ont fait briller une lueur magnifique et entrouvert la porte de cet horizon, disons le, révolutionnaire. Mais la porte est restée fermée au prix d'une répression inouïe.

Feignant de rallier cet idéal, ou craignant de le porter pleinement, les structures qui ont depuis repris en main l'essentiel des luttes en cours ont trop souvent amené avec elle un jeu bien connu consistant à accepter les injonctions du pouvoir à se désolidariser des manifestants considérés comme violents.

Ça n’est pas nouveau, c’est même complètement périmé.

Dans un pays où des personnes se battent contre la montée d'un autoritarisme de plus en plus fou, contre le racisme, contre les violences policières, contre la violence sociale qui s'abat sur les plus faibles. Un pays où l’assassin de Zineb Redouane est toujours CRS, où la police entaille les tentes des migrants, où le gouvernement a pris tout le monde pour des cons en pleine pandémie. Vous, vous condamnez une infirmière parce qu'elle a jeté une pierre en direction de policiers en armure, vous condamnez un pompier parce qu'il a jeté un fumigène, un gilet jaune parce qu'il a lancé des feux d’artifice contre la BAC, et un black bloc parce qu'il a donné un coup de marteaux dans la vitrine d'un magasin de luxe.

Vous condamnez, vous condamnez, vous condamnez. Seulement chacune de vos condamnations légitime la prochaine réforme visant à nous empêcher de manifester. Prochaine réforme qui vous permettra de feindre de redécouvrir la dégueulasserie qui nous gouverne.

En réalité vous aidez le pouvoir.

Comme nous sommes alliés, nous allons être franc. C’est ça qui nous emmerde. Pas le fait que vous pensiez encore pouvoir réformer le système, de l'intérieur, peut-être en y tirant quelques intérêts pour vous et vos structures, ni le fait que vous n’ayez toujours pas compris qu’il n’y a plus de négociation possible à ce moment de la crise structurelle du capitalisme. Non. Le fait que bon gré mal gré vous participiez à la répression des luttes parce qu’après tout, une nasse de deux kilomètres à la place d’une manifestation, il faut bien ça pour empêcher les poubelles de bruler…

Ça ne fait pas de vous des ennemis. Mais sachez qu’à une époque où tout semble possible, et surtout le pire, nous sommes de ceux et celles qui ne comptent pas laisser l'espoir enterré par des jugements moralisateurs servis à des chaînes télé et des journaux propriétés d’oligarques.

Nous ne faisons pas de morale, nous faisons de la politique, dictée par notre envie de construire un autre pays, un autre monde. D’y vivre dignement et d'y être heureux.

Il semble que la question entre vous et nous n’est pas de savoir si nous sommes du même coté de la barricade. Si vous avez du temps et de l'énergie pour expliquer en quoi une BMW qui brule ne sert pas la cause alors que le monde brule, que des milices armées répriment toute les luttes sociales, que des millions de personnes crèvent en silence pendant que les milliardaires s'enrichissent de plus en plus... C’est objectivement que vous n’êtes pas sur la barricade.

Et c’est dommage car il nous semble que comme nous et des milliers d’autres, vous avez secrètement jubilé lors des actes Gilets Jaunes les plus insurrectionnels, quand Christophe Dettinger boxait et qu’une porte de ministère tombait sous les coups d’un Fenwick.

Assumez…

De notre coté nous le crions. C’était beau. C’était beau parce que ça avait la saveur de l’espoir. Et dire cela ne fait pas de nous des assoiffé.es de violence et de chaos. Dire cela c’est savoir où et quand le pouvoir vacille réellement, même de façon furtive et localisée, et c’est s’en réjouir.

Alors oui, assumons. Quand nous voyons de la révolte, notre cœur s'emballe, et quand nous voyons du feu, c’est notre corps qui brule de désir pour demain, parce que nous rêvons tous les jours d'un monde meilleur que celui qui ne tient plus que par la force. Un monde de liberté. Un monde solidaire. Un monde qui ne soit plus régi par le profit de quelques uns. Un monde où la nature est au centre de décisions prises collectivement. C'est pour cet horizon que nous nous battons. Que nous vibrons. Et c'est pour cet horizon que détruire l'ancien monde est notre désir le plus cher.

Vous le savez. Sous le vernis civilisé, c’est bien dans l’horreur et l’inhumanité sans nom que nous vivons. Le futur qui se dessine à la couleur de l’abîme. Soyons ensemble à la hauteur et faisons tout notre possible, maintenant, sans relâche et avec amour.


« C'est dur d'avoir 20 ans en 2020 » - Tribune

Ce n'est pas dur d'avoir 20 ans en 2020. C'est humiliant. C'est violent. C'est affamant. C'est froid, glacial.

En 2021, c'est mortel.

Inutile de rappeler les mort·e·s. Celles et ceux qui ont sauté, pris des cachets, tranché leurs veines. Inutile de compter le nombre de ceux qui y ont pensé. Vous n'y arriverez pas.

On parle beaucoup de cette jeunesse en ce moment. Celle qui déprime de manière industrielle. Celle qui décroche, qui arrête les études, qui démissionne. Celle qui va en rave party un 31 décembre. Cette jeunesse qui ne vote pas. Cette jeunesse isolée, individualisée, cachée derrière son écran pour suivre les cours, le code de la route, le travail, pour voir ses camarades, ses collègues ses amis, et même pour prendre l'apéro.

Cette jeunesse désignée comme responsable de la propagation du virus, responsable des couvre-feux.

On en parle pas mal de cette jeunesse qui doute du vaccin. De son efficacité, et même de ce qu'il y a dedans.

On en parle vraiment beaucoup de cette jeunesse. Les vieux en parlent beaucoup.

La jeunesse ici décrite ne correspond pas à une tranche d'âge mais à un mode de vie, à des envies et des besoins. La jeunesse ici décrite désigne l'ensemble des personnes qui aspire à quelque chose de plus sensible, de plus désirable et vivant qu'un mortifère mode de vie "métro, boulot, dodo". Qui n'a pas comme première préoccupation un crédit sur 20 ans ou des responsabilités. Ainsi, les vieux, ce ne sont pas ceux qui ont un certain âge, qui ont passé la crise de la quarantaine où qui sont à la retraite. Ce n'est pas ça un vieux. Un vieux c'est quelqu'un qui appartient à un autre temps. Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, 31 ans est un vieux quand il annonce le couvre-feu à 18h. Quand il dit aux "vieux" d'attendre avant de pouvoir prendre rendez-vous pour le vaccin. Il appartient à ce vieux monde, plein de mépris, d'arrogance, de conservatisme puant, que chaque enfant qui sommeille en nous veut voir pourrir.

Et puis y'a l'autre vieux, 43 ans, qui nous a regardé droit dans les yeux, avec son air de chien battu. Sa voix tremblante, ses mains l'une dans l'autre, comme en prière, et la répétition des premiers mots de sa phrase pour appuyer le drama. « C'est dur d'avoir 20 ans en 2020... c'est dur. »

Avoir 20 ans c'est humiliant, car l'ensemble de notre vie est à l'arrêt. Elle se résume à un appart exigu, une visioconférence, et un allez retour chez Lidl. Parfois derrière le Lidl pour récupérer les denrées périmées. C'est humiliant car il y a de ces vieux qui nous humilient. Tous les jours à la télé, dans les discours, dans les repas de famille, sur les réseaux sociaux. Nous sommes inconscients, irresponsables, nous manquons de jugeote. Après un an, on a rien pigé. On est tenus pour responsables de tous les maux.

Avoir 20 ans c'est violent car nous n'avons quasiment plus rien à quoi nous raccrocher. Plus rien de désirable. Alors on arrête ce qu'il nous reste car ce qui nous reste n'a plus de sens. Le travail n'a pas de sens, les études n'ont pas de sens. Rien n'a de sens. On perd le goût et l'odorat. On perd l'envie. On perd nos partenaires, on oublie des amis qu'on n'a pas sélectionné dans le cercle de personnes qu'on a le droit de continuer de voir, on arrête nos études, on démissionne.

Avoir 20 ans c'est affamant. Littéralement. On n'a pas de thunes, pas de quoi manger. Des gens quittent leur appart et retournent chez leurs parents. D'autres squattent des colocations où il y a de la place pour une personne en plus. D'autres ouvrent des squats, d'autres encore ne paient plus leur loyer et attendent la procédure d'expulsion.

On récupère les légumes de fin de marché ou les périmés des supermarchés. On attend dans les interminables files des restos du cœur.

Avoir 20 ans, c'est glacial. On est congelé dans une bulle sociale si étroite qu'elle nous étouffe. Toute chaleur humaine a disparu. Une froide tension envahit nos corps et nos esprits. On est irrité en permanence. Rester dans son appart devient insupportable aux bout de quelques heures. Ce lieu, on l'associe désormais à une extrême solitude.

Dans cet espace exigu, on ronge notre frein. On regarde le velux, ou le tas de médocs dans l'armoire. On voit notre vieux compas du lycée. On réfléchit, on y pense. On va dormir car il n'y a que ça à faire pour passer l'idée noire.

« C'est dur d'avoir 20 ans en 2020 ». Par cette phrase, le vieux qui nous gouverne balaie d'un revers de main toutes responsabilités, les faisant reposer sur une année et un virus.

L'état catastrophique de la jeunesse ne date pourtant pas du Covid qui ne sert que de révélateur au mépris dont ces vieux font chaque jour la démonstration. La pandémie n'est qu'un amplificateur d'un mal-être connu et chiffré depuis des années.

Un mal-être voulu, organisé.

Il n'y a qu'à voir le nombre de psychologues par étudiant.e.s. 1 pour 30 000 étudiant.e.s. Le chiffre va doubler paraît-il. 1 pour 15 000. Remercions le roi. Un psychologue pour quelques dizaines d'étudiant.e.s ne suffirait pas à endiguer la catastrophe. Un numéro vert encore moins.

Il n'y a qu'à observer les nombreuses réformes de l'enseignement et les impacts qu'elles ont eu sur les concerné·e·s.

Il n'y a qu'à voir le Service National Universel qui a pour unique but de mettre la jeunesse au garde à vous, où encore la mise en place des Pôles universitaires avec les nombreuses fusions, qui déshumanisent les lieux d'études.

Il y aurait tant d'exemples à donner.

Ils organisent la mise au pas et la léthargie d'une jeunesse déjà sous Xanax, et cela semble magistralement fonctionner.

Nos conditions d'études et de vies, nos états psychiques, nos mort.e.s auraient dû faire déborder le vase il y a bien longtemps. Mais le vase ne déborde jamais. Il ne fait qu'augmenter sa capacité à mesure que nous acceptons tel ou tel coup de massue. Pendant ce temps, nous nous avérons de plus en plus incapables d'organiser une nuit de fête, de retrouvailles, de révolte alors que ce serait sans doute la chose la plus réconfortante, la plus intéressante, la plus vivante et la plus utile que nous aurions faite ces 12 derniers mois.

Il y a à coté de chez moi un grand bâtiment, une ancienne école je crois.

Je rêve d'y faire venir mes anciens profs et mes anciens camarades que j'ai - comme des milliers d'autres - arrêté de côtoyer par webcam interposée.

Je rêve de nous y retrouver, d'investir le lieu, de nous l'approprier. D'échanger, de faire cours, de faire une assemblée générale, d'en faire un lieu d'apprentissage physique, libre et accessible à tous et toutes. Je rêve de la pause café, d'une balle au prisonnier dans la cour, d'un banquet prix libre pour le midi. Je rêve de discuter du cours précédent avec une personne qui en fut passionnée.

Je rêve de tout ça, mais ça n'arrivera pas, car la jeunesse, sa force de création, sa capacité à se révolter, sa joie de vivre est à l'état végétatif.

C'est dommage, on aurait pu faire un truc mortel de toute cette grisaille!


Le pouvoir de la censure

La puissance des GAFAM au service du pouvoir.

 

Depuis la prise du Capitole par des millitant·e·s pro-Trump à l'appel du futur ancien président des États-Unis lui-même, le débat public se cristallise autour de la censure dont Trump est victime sur les différents réseaux sociaux.

Facebook, Twitter, Instagram ont tous les trois mis un terme à la frénésie numérique de Donald Trump, amenant une question clivante. Faut-il le censurer ?

Pour lever toute ambiguïté sur notre position - il suffit de nous lire pour la connaître - Trump nous répugne. Sa ligne sexiste, raciste, identitaire, conservatrice, et son libéralisme autoritaire sont tout ce que nous combattons, chaque jour. Et, au plus profond de nous, nous nous réjouissons de voir un tel ennemi réduit au silence médiatique.

Pour autant, la censure nous interroge.

À qui profite-t-elle ? Que nous dit elle sur la puissance des Mark Zuckerberg & Co ? Faut-il laisser à des entreprises privées, au fonctionnement capitaliste et vertical la possibilité de brider l'expression ? Faut-il nous réjouir d'une telle décision ou nous en inquiéter ?

 

Qui est victime de la censure des réseaux sociaux ?

La censure sur les réseaux sociaux ne date pas d'aujourd'hui, et si elle est inédite dans son ampleur par le fait que le futur ex-président de la première puissance mondiale en soit victime, il y a des précédents inquiétants.

Rappelons-nous des censures et des baisses d'audience que les pages militantes proche du mouvement des gilets jaunes et du mouvement autonome - a l'instar de cerveaux non disponibles - ont connues au cours de l'été et de l'autonome 2019.

Des pages Facebook relayant les mobilisations et relatant des évènements du contre-sommet du G7 avaient été réduites au silence plusieurs semaines pour des raisons restant plus d'un an plus tard sans réponse.

Sur Twitter, plus récemment, divers compte de journalistes ou de militant.e.s ont été bloqués suite à des tweets. Le journaliste de "Là bas si j'y suis", Taha bouhafs en est l'une des plus fréquentes victimes. Révélateur de l'affaire Benalla, tweetos chevronné n'hésitant pas à révéler la présence de Macron dans une salle de théâtre, régulièrement contrôlé, fouillé, intimidé, parfois placé en garde-à-vue pendant l'exercice de sa profession, son compte Twitter est très certainement assidûment surveillé par les autorités politiques et du réseau social. Ses tweets examinés et parfois supprimés lorsque qu'il "ne respecte pas la charte".

Autre exemple de censure Twitter ayant fait grand bruit : la suppression du compte de Marcel Aiphan, relayeur de toutes les infos des luttes sociales de plusieurs milliers d'abonnés. La raison ? Une photo parodique de couverture représentant Marianne en gilet jaune, frappée par la police.

La censure avait fait monter #RendezNousMarcel en top tweet, et avait provoqué une migration de nombreux comptes Twitter vers le réseau social indépendant, libre et décentralisé Mastodon.

Si la censure des comptes de Trump peut réchauffer le cœur de celles et ceux qui luttent contre ses idées, n'oublions pas que celle-ci ne touche pas que lui, que nous, opposants au pouvoir en place, en sommes également victimes.

 

Les réseaux sociaux du côté du pouvoir

Pourquoi Trump n'est-il censuré que maintenant ? Malgré ses innombrables fake news, ses propos racistes, sexistes, incitant parfois même au viol, Trump n'a jamais ou que très peu souvent été victime de censure par les réseaux sociaux lorsqu'il était président, bien que les raisons ne manquaient pas.

La réponse est peut être ici : Trump incarnait le pouvoir, il avait en ce sens une "immunité" que lui accordaient les réseaux sociaux. Le président élu remplacera le président déchu. Donald Trump est indéniablement relégué au rang de twittos, tout au plus un opposant politique à la nouvelle présidence qui se met en place.

Les réseaux sociaux s'écraseront désormais devant le pouvoir élu qu'ils considèrent comme étant légitime, et dans quatre ans, un autre... qu'importe sa couleur politique. À la manière de la police, ils seront aux ordres d'un pouvoir puis d'un autre.

Le pouvoir de censure que les décideurs de ces plateformes ont réussi à acquérir grâce à l'hégémonie de leurs réseaux sociaux ont de quoi nous inquiéter. Comme le souligne le New York Times :

« En retirant son mégaphone à Trump, Twitter montre où se tient maintenant le pouvoir - la capacité d’une poignée de gens à contrôler nos discours publics n’a jamais été aussi évidente. Pour finir, deux milliardaires californiens ont fait ce que des légions de politiciens, de procureurs et de critiques du pouvoir ont essayé en vain de faire pendant des années : ils ont débranché le Président Trump. »

Une extinction collégialement effectuée avec les autorités. Pour reprendre le cas de la France et des liens étroits entre le pouvoir et les dirigeants des réseaux sociaux, rappelons que, en mai 2019, Emmanuel Macron recevait Mark Zuckerberg à l'Elysée pour discuter de la régulation d’Internet, alors que le parlement français se préparait à examiner une proposition de loi pour modérer les plateformes de manière plus efficace. Le PDG de Facebook était même en « tour d'Europe » des dirigeants. Quelques mois plus tard, le Patron de Facebook rencontrait de manière tout à fait cordiale Trump, qui tweeta après leurs échanges : "Bonne rencontre avec Mark Zuckerberg de Facebook dans le Bureau ovale aujourd’hui"

Si l'on peut légitimement penser que les dirigeants des réseaux sociaux ont pris un pouvoir débridé, n'oublions pas qu'il l'ont eu, en coordination avec les autorités des pays. Les réseaux sociaux servent les pouvoirs en place et les pouvoirs en place servent les réseaux sociaux.

 

Les réseaux sociaux responsables de la perte de démocratie ?

La démocratie n'était pas en meilleure santé avant Twitter et Facebook. Or, des analyses ont voulu voir dans les GAFAM le bouc émissaire idéal pour expliquer la piteuse situation dans laquelle se trouvent les plus grandes démocraties du monde.

Même s'il n'est pas bon signe qu'une plateforme privée gérant plusieurs millions, voire milliards de comptes puisse décider unilatéralement et arbitrairement la censure de tel ou tel contenu politique, n'oublions pas que la perte de démocratie et la montée des périls fascistes sont avant tout les résultats d'un système économique inégalitaire et de choix politiques pour le maintenir coûte que coûte.

Si Trump se sert habilement de Twitter, son réel pouvoir est possible parce qu'il y a un désastre capitaliste qui déclassent des millions de gens et que lui leur promet de garder leur privilège à condition d'exclure les autres.

 

Effet Streisand

Voilà un des effets pervers qu'a eu la censure de Trump, une forme de "l'effet Streisand" : le fait de vouloir empêcher la divulgation d'informations aboutit à l'effet inverse, c'est-à-dire que tout le monde en parle.

Ici, Trump se fait censurer et le débat public international est monopolisé par la question de savoir si oui ou non il fallait le censurer (nous n'y échappons d'ailleurs pas).

La question fait débat sur l'ensemble de l'échiquier politique et de la presse française. Elle pose une question que ni la justice, ni les dirigeants ne s'étaient posé auparavant bien que la censure des réseaux sociaux existe depuis longtemps.

Quelques dirigeants du secteur privées peuvent-ils se permettent de telles censures sans cadre légal ?

Chacun aura sa réponse. Et doutons-nous bien que si beaucoup se réjouiront de cette mise à néant des tweets toujours plus abjects du futur ex-président, les pro-Trump se renforceront dans l'idée d'un complot contre leur leader, et opéreront une radicalisation. Car pour eux, c'est une guerre qui se joue.

Si nous pouvons nous réjouir de la mise à silence médiatique d'un Trump dangereux, inquiétons nous d'une censure contre tout ceux qui ne font pas où plus parti du pouvoir.

 

La nécessité de s'organiser en dehors des GAFAM

Nous devons sortir des géants numériques pour privilégier d'autres réseaux sociaux, navigateur, système d'exploitation, adresse mail. Privilégions l'internet libre, décentralisé, indépendant et sécurisé.

Utilisons Ubuntu (voire Tails) plutôt que Windows ou MacOS

Mozilla Firefox (voire Tor) plutôt que Chrome, Safari ou Internet explorer

DuckDuckGo plutôt que la recherche Google

Protonmail ou Riseup plutôt que Gmail

Mozilla Thunderbird plutôt qu'Outlook

Signal plutôt que WhatsApp

Peertube plutôt que Youtube

Mastodon plutôt que Twitter

Des outils qui remplacent l'ensemble des activités numériques du quotidien à la différence qu'elles sont libres, indépendantes et sécurisées. N'appartiennent ni à un milliardaire, ni à un état.


Une ardeur de vivre !

Tribune des organisateurs de la Rave Party de Lieuron

A toutes celles et ceux qui se demandent pourquoi une telle volonté de faire la fête pour ce nouvel an, la réponse tient en quelques mots : une année de tristesse, d’anxiété et de privations.

La détermination dont a fait preuve le public pour accéder à la fête n’est que la manifestation d’un désir profond de lâcher-prise. Ces espaces de liberté sont inhérents à nos sociétés depuis la nuit des temps. C’est un besoin inaliénable pour nombre d’entre nous.

Pourtant, la jeunesse, la fête et la culture sont montrées du doigt tous les jours. Nous serions les bourreaux irresponsables de nos ainé·e·s et des plus fragiles, grands vecteurs de la propagation du virus. Face à cette culpabilisation incessante, la jeunesse se retrouve réduite à ne voir qu’un obscur brouillard comme seule perspective. Et après le Covid, le climat !

Nous n’acceptons donc pas que seuls les intérêts économiques puissent passer outre les précautions sanitaires, encore davantage lorsque le malaise créé par l’absence d’espaces de culture et de sociabilisation engendre de graves conséquences sur la population. Nous comprenons que cela puisse être choquant. Nous avons tous et toutes dans nos proches une personne à risque et nous tenons aussi à les protéger. Mais il faut entendre qu’il existe aussi des vies déséquilibrées par cet état de morosité ambiante et d’isolement constant. La consommation d’antidépresseurs a considérablement augmenté. Les instituts psychiatriques sont saturés. Nombre de gens ont perdu leur emploi. Beaucoup ne supportent pas ce climat anxiogène et des alternatives socioculturelles sont nécessaires. Pourtant quasiment rien n’est fait de ce côté-là. Ni pour soigner ni pour prévenir.

Nous avons donc répondu à l’appel de celles et ceux qui ne se satisfont pas d’une existence rythmée uniquement par le travail, la consommation et les écrans, seul·e·s chez eux le soir. Notre geste est politique, nous avons offert gratuitement une soupape de décompression. Se retrouver un instant, ensemble, en vie.

Il aura suffi qu’une bande de ravers enthousiastes osent dire non à un ordre de dispersion pour que fusent les balles de défense et que les gaz lacrymogènes envahissent Lieuron, en Ille-et-Vilaine. Quelques heurts ont éclaté en réponse aux pressions policières, le temps d’ouvrir un passage dérobé par-derrière pour les piétons. Une immense joie retrouvée et un sentiment partagé de soulagement se sont fait sentir dès que le reste du public a pu accéder à la fête. S’ensuivirent diverses scènes de liesse où l’on put même apercevoir des riverain·e·s, des pompiers et des fêtard·e·s célébrer ensemble la fin de cette terrible année !

Nos services d’Etat étant plus prompts à réprimer qu’à secourir, il est logique qu’ils aient dépêché près de 200 gendarmes armés pour empêcher la tenue de cet événement. Mais, si le danger était si grand, pourquoi n’avoir envoyé sur place un dispositif sanitaire qu’après la fin ?

Dès les premières communications, nous avons donné une place primordiale à la prévention sur le Covid. Des consignes strictes de dépistage et d’isolement ont été données en amont, à l’entrée, pendant et après. Quelques milliers de masques et des dizaines de litres de gel étaient distribués à l’entrée et disponibles en libre-service. Avec l’aide précieuse de l’association Technoplus, les adresses de centres de dépistage ainsi que de nombreuses autres informations liées aux pratiques festives en temps de pandémie ont été communiquées aux participant·e·s. Le choix du site s’est fait en calculant les volumes d’air et l’aération, conditions principales pour réduire au maximum les risques de contamination.

Quant à la fête en elle-même, que dire si ce n’est que ce fut une belle bringue. Des couleurs, des sourires, de l’amour, du partage, de la musique, des lumières. Une ardeur commune de vivre. Un instant recouvré de liberté. Suite aux menaces d’évacuation par la force, nous avons fait le choix de partir dans la nuit, afin d’éviter que la violence d’Etat ne vienne ternir ce souvenir désormais indéfectible.

1 650 amendes. La seule réponse qu’a apportée l’Etat à cette lueur d’espoir a été de frapper au portefeuille une jeunesse pourtant déjà durement touchée par la crise économique. De les catégoriser publiquement comme «2 500 délinquants». Pire, pour ne pas perdre la face, deux participants lambda furent immédiatement arrêtés. Tout simplement parce qu’ils étaient en possession, pour l’un d’un instrument de musique électronique et pour l’autre d’une petite sono avec platines ainsi que d’un groupe électrogène de faible puissance. Eléments forts sympathiques pour une soirée chez soi mais inutiles pour une telle fête. Ces personnes furent donc humiliées et terrorisées pour une simple opération de communication.

Dans sa triste obsession de vouloir à tout prix envoyer un message d’autorité, l’Etat n’a pas hésité à engager de lourdes poursuites. Un maximum de chefs d’accusation furent alignés les uns à la suite des autres pour bien montrer la gravité de la réponse donnée. Nous, organisateurs et organisatrices, sommes dès lors «activement recherché·e·s», des termes habituellement réservés aux pires criminels. On voudrait donc nous voir incarcéré·e·s et décourager toute velléité de dissidence culturelle collective, quelles que soient les dispositions prises. Pourtant nous offrons ces fêtes par passion, à prix libre pour tenter de couvrir une petite partie des frais engendrés. Bien souvent, la seule chose que nous récoltons en retour, ce sont des emmerdes.

Mais ces fêtes sont un vecteur d’espoir et de cohésion sociale pour des centaines de milliers de jeunes, de toutes classes et de toutes origines. Elles sont ce qu’elles sont, mais elles sont surtout le reflet de toute une partie de notre société que nos gouvernant·e·s ne pourront éternellement continuer d’ignorer. Ainsi, en ces temps si troubles, nous sommes fièr·e·s d’avoir pu redonner le sourire à quelques milliers de personnes, ne serait-ce que l’instant d’un «raveillon» de nouvel an !

Tribune initialement publiée dans Libération


La lettre d'un jeune étudiant, Matéo, à son ancien professeur

Une longue lettre, qui ne vous laissera pas indemne.

 

Bonjour Monsieur,

Ce mail n’appelle pas nécessairement de réponse de votre part, je cherchais simplement à écrire mon désarroi. Ne sachant plus à qui faire part du profond mal-être qui m’habite c’est vous qui m’êtes venu à l’esprit.

Même si cela remonte à longtemps, l’année que j’ai passée en cours avec vous a eu une influence déterminante sur les valeurs et les idéaux qui sont aujourd’hui miens et que je tente de défendre à tout prix, c’est pour cela que j’ai l’intime conviction que vous serez parmi les plus à même de comprendre ce que j’essaye d’exprimer.

Ces dernières semaines ont eu raison du peu d’espoir qu’il me restait. Comment pourrait-il en être autrement ? Cette année était celle de mes 21 ans, c’est également celle qui a vu disparaître mon envie de me battre pour un monde meilleur.

Chaque semaine je manifeste inlassablement avec mes amis et mes proches sans observer le moindre changement, je ne sais plus pourquoi je descends dans la rue, il est désormais devenu clair que rien ne changera. Je ne peux parler de mon mal-être à mes amis, je sais qu’il habite nombre d’entre eux également.

Nos études n’ont désormais plus aucun sens, nous avons perdu de vue le sens de ce que nous apprenons et la raison pour laquelle nous l’apprenons car il nous est désormais impossible de nous projeter sans voir le triste futur qui nous attend.

Chaque semaine une nouvelle décision du gouvernement vient assombrir le tableau de cette année. Les étudiants sont réduits au silence, privés de leurs traditionnels moyens d’expression.

Bientôt un blocage d’université nous conduira à une amende de plusieurs milliers d’euros et à une peine de prison ferme.

Bientôt les travaux universitaires seront soumis à des commissions d’enquêtes par un gouvernement qui se targue d’être le grand défenseur de la liberté d’expression.

Qu’en est-il de ceux qui refuseront de rentrer dans le rang ?

Je crois avoir ma réponse.

Samedi soir, le 5 décembre, j’étais présent Place de la République à Paris.

J’ai vu les forces de l’ordre lancer à l’aveugle par-dessus leurs barricades anti-émeutes des salves de grenades GM2L sur une foule de manifestants en colère, habités par une rage d’en découdre avec ce gouvernement et ses représentants.

J’ai vu le jeune homme devant moi se pencher pour ramasser ce qui ressemblait à s’y méprendre aux restes d’une grenade lacrymogène mais qui était en réalité une grenade GM2L tombée quelques secondes plus tôt et n’ayant pas encore explosée.

Je me suis vu lui crier de la lâcher lorsque celle-ci explosa dans sa main.

Tout s’est passé très vite, je l’ai empoigné par le dos ou par le sac et je l’ai guidé à l’extérieur de la zone

d’affrontements.

Je l’ai assis au pied de la statue au centre de la place et j’ai alors vu ce à quoi ressemblait une main en charpie, privée de ses cinq doigts, sorte de bouillie sanguinolente.

Je le rappelle, j’ai 21 ans et je suis étudiant en sciences sociales, personne ne m’a appris à traiter des blessures de guerre.

J’ai crié, crié et appelé les street medics à l’aide.

Un homme qui avait suivi la scène a rapidement accouru, il m’a crié de faire un garrot sur le bras droit de la victime.

Un garrot… Comment pourrais-je avoir la moindre idée de comment placer un garrot sur une victime qui a perdu sa main moins d’une minute plus tôt ?

Après quelques instants qui m’ont paru interminables, les street medics sont arrivés et ont pris les choses en main.

Jamais je n’avais fait face à un tel sentiment d’impuissance. J’étais venu manifester, exprimer mon mécontentement contre les réformes de ce gouvernement qui refuse de baisser les yeux sur ses sujets qui souffrent, sur sa jeunesse qui se noie et sur toute cette frange de la population qui suffoque dans la précarité.

Je sais pertinemment que mes protestations n’y changeront rien, mais manifester le samedi me permet de garder à l’esprit que je ne suis pas seul, que le mal-être qui m’habite est général. Pourtant, ce samedi plutôt que de rentrer chez moi heureux d’avoir revu des amis et d’avoir rencontré des gens qui gardent espoir, je suis rentré chez moi dépité, impuissant et révolté.

Dites-moi Monsieur, comment un étudiant de 21 ans qui vient simplement exprimer sa colère la plus légitime peut-il se retrouver à tenter d’installer un garrot sur le bras d’un inconnu qui vient littéralement de se faire arracher la main sous ses propres yeux, à seulement deux ou trois mètres de lui.

Comment en suis-je arrivé là ? Comment en sommes-nous arrivés là ?

Je n’ai plus peur de le dire. Aujourd’hui j’ai un dégoût profond pour cette République moribonde.

Les individus au pouvoir ont perverti ses valeurs et l’ont transformée en appareil répressif à la solde du libéralisme.

J’ai développé malgré moi une haine profonde pour son bras armé qui défend pour envers et contre tous ces hommes et ces femmes politiques qui n’ont que faire de ce qu’il se passe en bas de leurs châteaux.

J’ai toujours défendu des valeurs humanistes et pacifistes, qui m’ont été inculquées par mes parents et desquelles j’ai jusqu’ici toujours été très fier.

C’est donc les larmes aux yeux que j’écris ceci mais dites-moi Monsieur, comment aujourd’hui après ce que j’ai vu pourrais-je rester pacifique ?

Comment ces individus masqués, sans matricules pourtant obligatoires peuvent-ils nous mutiler en toute impunité et rentrer chez eux auprès de leur famille comme si tout était normal ?

Dans quel monde vivons-nous ?

Dans un monde où une association de policiers peut ouvertement appeler au meurtre des manifestants sur les réseaux sociaux, dans un monde où les parlementaires et le gouvernement souhaitent renforcer les pouvoirs de cette police administrative qui frappe mutile et tue.

Croyez-moi Monsieur, lorsque je vous dis qu’il est bien difficile de rester pacifique dans un tel monde…

Aujourd’hui être français est devenu un fardeau, je suis l’un de ces individus que l’Etat qualifie de « séparatiste », pourtant je ne suis pas musulman, ni même chrétien d’ailleurs.

Je suis blanc, issu de la classe moyenne, un privilégié en somme…

Mais quelle est donc alors cette religion qui a fait naître en moi une telle défiance vis-à-vis de l’Etat et de la République ?

Que ces gens là-haut se posent les bonnes questions, ma haine pour eux n’est pas due à un quelconque endoctrinement, je n’appartiens à l’heure actuelle à aucune organisation, à aucun culte « sécessioniste ».

Pourtant je suis las d’être français, las de me battre pour un pays qui ne veut pas changer.

Le gouvernement et les individus au pouvoir sont ceux qui me poussent vers le séparatisme.

Plutôt que de mettre sur pied des lois visant à réprimer le séparatisme chez les enfants et les étudiants qu’ils s’interrogent sur les raisons qui se cachent derrière cette défiance.

La France n’est plus ce qu’elle était, et je refuse d’être associé à ce qu’elle représente aujourd’hui.

Aujourd’hui et malgré moi je suis breton avant d’être français. Je ne demanderais à personne de comprendre mon raisonnement, seulement aujourd’hui j’ai besoin de me raccrocher à quelque chose, une lueur, qui aussi infime soit-elle me permette de croire que tout n’est pas perdu.

Ainsi c’est à regret que je dis cela mais cette lueur je ne la retrouve plus en France, nous allons au-devant de troubles encore plus grands, le pays est divisé et l’antagonisme grandit de jour en jour.

Si rien n’est fait les jeunes qui comme moi chercheront une sortie, un espoir alternatif en lequel croire, quand bien même celui-ci serait utopique, seront bien plus nombreux que ne l’imaginent nos dirigeants.

Et ce ne sont pas leurs lois contre le séparatisme qui pourront y changer quelque chose.

Pour certains cela sera la religion, pour d’autre comme moi, le régionalisme.

Comment pourrait-il en être autrement quand 90% des médias ne s’intéressent qu’aux policiers armés jusqu’aux dents qui ont été malmenés par les manifestants ?

Nous sommes plus de 40 heures après les événements de samedi soir et pourtant je n’ai vu nulle part mentionné le fait qu’un manifestant avait perdu sa main, qu’un journaliste avait été blessé à la jambe par des éclats de grenades supposées sans-danger.

Seul ce qui reste de la presse indépendante tente encore aujourd’hui de faire la lumière sur les événements terribles qui continuent de se produire chaque semaine.

Soyons reconnaissants qu’ils continuent de le faire malgré les tentatives d’intimidation qu’ils subissent en marge de chaque manifestation.

Je tenais à vous le dire Monsieur, la jeunesse perd pied.

Dans mon entourage sur Paris, les seuls de mes amis qui ne partagent pas mon mal-être sont ceux qui ont décidé de fermer les yeux et de demeurer apolitiques.

Comment les blâmer ?

Tout semble plus simple de leur point de vue. Nous sommes cloîtrés chez nous pendant que la planète se meurt dans l’indifférence généralisée, nous sommes rendus responsables de la propagation du virus alors même que nous sacrifions nos jeunes années pour le bien de ceux qui ont conduit la France dans cette impasse.

Les jeunes n’ont plus l’envie d’apprendre et les enseignants plus l’envie d’enseigner à des écrans noirs.

Nous sacrifions nos samedis pour aller protester contre ce que nous considérons comme étant une profonde injustice, ce à quoi l’on nous répond par des tirs de grenades, de gaz lacrymogènes ou de LBD suivant les humeurs des forces de l’ordre.

Nous sommes l’avenir de ce pays pourtant l’on refuse de nous écouter, pire, nous sommes muselés. Beaucoup de choses ont été promises, nous ne sommes pas dupes.

Ne gaspillez pas votre temps à me répondre. Il s’agissait surtout pour moi d’écrire mes peines. Je ne vous en fait part que parce que je sais que cette lettre ne constituera pas une surprise pour vous. Vous êtes au premier rang, vous savez à quel point l’abîme dans laquelle sombre la jeunesse est profond.

Je vous demanderai également de ne pas vous inquiéter. Aussi sombre cette lettre soit-elle j’ai toujours la tête bien fixée sur les épaules et j’attache trop d’importance à l’éducation que m’ont offert mes parents pour aller faire quelque chose de regrettable, cette lettre n’est donc en aucun cas un appel au secours.

J’éprouvais seulement le besoin d’être entendu par quelqu’un qui je le sais, me comprendra.

Matéo


Darmanin : mytho de l'intérieur et de l'arbitraire

MYTHO DE L’INTÉRIEUR ET DE L'ARBITRAIRE

Il devait casser du "méchant Black Bloc", il arrête des militant.es, des mineur·es, des journalistes, des daronnes, des membres des Brigades de Solidarité Populaire, un avocat, monsieur et madame tout le monde, des gens très ordinaires, nous et vous... En tout plus de 150 interpellations et 120 gardes à vue. Retour sur un fiasco qui vaut aujourd’hui aux malchanceux·ses de passer leur 3e nuit derrière les barreaux pour justifier les mythos du ministre de l’intérieur.

Darmanin avait une mission en ce jour de manifestation contre les lois liberticides. Comme l’a révélé le Canard Enchaîné du 9 décembre ; Macron l’avait chargé de faire un coup de filet sur les « Black Blocs ».

Après une semaine de propagande contre-insurrectionnelle des médias et de certains partis de gauche, il ne faisait pas bon pratiquer l’émeute samedi dernier. Le dispositif hors norme avait pour consigne d’empêcher toute casse et il a réussi.

Néanmoins, Darmanin devait saisir du Black bloc pour remplir sa mission. Ni une, ni deux, il suffisait d’envoyer quelques CRS pour arrêter n’importe qui. C’est ainsi que des personnes se sont retrouvées extirpées manu militari de la manifestation au hasard.

Cependant, il est fort probable que la bleusaille en ait aussi profité pour arrêter les têtes connues, qui ne leur reviennent pas. C’est ainsi que Mélanie, en procès contre Dominique Caffin, le commandant de CRS qui lui avait asséné un violent coup de matraque derrière la tête en 2019 et qui par ailleurs commandait l'unité impliquée dans l'opération du Burger King contre des gilets jaunes, a aussi été arrêtée. Vengeance ? Intimidation ? Humiliation ?

Aujourd’hui, nous n’avons pas toutes les informations sur les gardé.es à vue. Certains sont sortis après 24H, comme les mineurs qui avaient été arrêté·es. Mais nous savons que trois militantes vont effectuer leur 3ème nuit derrière les barreaux, pour des motifs fallacieux comme attroupement en vue de commettre des violences. Rappelons que dans cette répression aveugle de samedi, les porteur·ses de banderoles, de parapluie et de simples pancartes, les mots qui contestent le pouvoir, ou le tournent en dérision, ont aussi été pris pour cible et semblent aussi devoir être définitivement éradiqués.

Ces trois personnes passeront mardi au TGI de Paris devant le procureur puis le juge des libertés. La justice va-telle ce soir et demain se faire l'instrument de la police et valider les mythos de Darmanin qui s’était vanté d’avoir arrêté « des individus ultra violents »?

Hormis ces personnes dont nous avons eu des nouvelles. Il y en a qui manquent encore à l’appel et sont certainement dans des situations compliquées, enfermées en attendant que la police trouve de quoi convaincre la justice de les poursuivre.

Soutien inconditionnel à tous·tes les interpellé·es qui manifestaient samedi contre des lois liberticides, contre la loi sécurité globale, contre la loi séparatisme et contre l’islamophobie.

Il est intolérable que des vies soient mises en danger pour satisfaire les challenges qu'un président donne à son ministre de l'intérieur.

 


Arrestation arbitraire : dissuader la remise en cause de l'ordre social

ARRESTATION ARBITRAIRE : Dissuader ceux qui remettent en cause l'ordre social et policier

Mélanie fait partie des quelques 150 personnes qui ont été placées en garde à vue lors des violentes charges orchestrées par la préfecture de police de Paris contre les manifestant.es, lors de la manifestation « Contre les séparatismes » et « Sécurité globale » du samedi 12 décembre 2020. Au moment où nous écrivons, elle est toujours détenue au commissariat du 19e arrondissement.

Blessée le 20 avril 2019, au cours d’un des actes du mouvement des gilets jaunes, Mélanie a, comme beaucoup d’autres blessés, déposé plainte devant l’IGPN. Et comme pour tous les autres, cette plainte a été classée sans suite par le Parquet de Paris. Elle explique ici pourquoi :

Mélanie n’a pas l’intention d’en rester là et décide de porter plainte contre le commandant Dominique Caffin, le CRS réputé pour sa brutalité qui est l’auteur des coups reçus le 20 avril 2019 :

https://www.liberation.fr/france/2020/07/13/violences-policieres-un-chef-crs-jamais-inquiete_1794198

Défendue par Arié Alimi, son procès est prévu pour le 15 avril 2021.

L’arrestation de Mélanie lors de la manifestation du 12 décembre ressemble étrangement à une sanction pour « outrecuidance ». Comme d’autres gilets jaunes, Mélanie n’est pas du genre à accepter les verdicts de la justice lorsque ceux-ci entérinent purement et simplement l’impunité des forces de l’ordre. En témoignent son engagement constant depuis 2019 dans un certain nombre de collectifs de blessés par la police (Collectif vies volées, Les mutilé.es pour l’exemple), et sa participation à de très nombreuses rencontres ou émissions de radio aux côtés de l’Assemblée des blessés des Familles et des Collectifs contre les Violences Policières ou encore du collectif Désarmons-les, dont l’un des membres, Ian B, vient d’écoper de huit mois de prison ferme (soit une peine extrêmement lourde eu égard à la fragilité des preuves apportées). Sans compter l’investissement très important de Mélanie au sein du groupe des Réfractaires du 80, qui a été un des fers de lance de la lutte des gilets jaunes dans les Hauts de France. Le 4 décembre dernier, avec trois autres membres des Réfractaires du 80, Mélanie a assisté au procès d’Aurélien et de Jérémy, deux membres du groupe qui ont eux aussi pris très cher, en termes de mépris social et de peines infligées. Mélanie est alors photographiée à de nombreuses reprises par un gendarme, en dépit des protestations de ses camarades.

Si on accepte l’hypothèse que la police est venue « faire son marché » lors de la manifestation parisienne du 12 décembre, il est à parier que cette forte tête ait été délibérément ciblée, l’objectif étant d’intimider durablement, d’humilier, et finalement de dissuader ceux et celles qui ont eu l’audace de contester l’ordre social et policier et de s’opposer de toutes leurs forces aux dérives autoritaires qui caractérise aujourd’hui l’État français. L’acharnement dont Mélanie est l’objet est inacceptable : blessée une première fois dans son corps, elle est maintenant enfermée pour un temps indéterminé, le temps sans doute d’évaluer si elle ne pourrait pas, sur la base de faux en écriture publique, être inculpée.

EDIT Lundi 16H53 : Mélanie va passer une nouvelle nuit au dépôt. Elle ne passera que demain matin devant le juge des libertés. On ne connaît toujours pas le motif de l'inculpation. Cet acharnement vise à la détruire. (message de ses proches)

 

 

 


Paris Xe : Une école maternelle transformée en commissariat

UNE ÉCOLE MATERNELLE TRANSFORMÉE EN COMMISSARIAT ! Sur les ruines du Paradis commence l’enfer

Dévastée par une pluie torrentielle en 2019, l’école Paradis dans le Xe arrondissement de Paris va définitivement fermer ses portes.

Cette maternelle, situé dans le Xe bobo, était dans l’attente des travaux promis par la Mairie. Les élèves, les enseignant-e-s et le périscolaire étaient hébergés depuis plus d’un an dans les écoles avoisinantes dans des conditions précaires et dégradées. Las ! Début novembre 2020, sans concertation ni information préalable, on apprend lors du conseil d’école d’une des écoles « hôtes » que Paradis n’ouvrirait pas. L’école Chabrol élémentaire deviendrait polyvalente à la rentrée 2021, les enseignant-e-s de Paradis renvoyé-e-s dans l’enfer des mutations sans priorité pour garder leur poste !

photo et texte : Le Parisien

A la tête de la décision de fermeture, Alexandra Cordebard, de sinistre mémoire bras armé d’Hidalgo dans la mise au pas des enseignant-e-s opposé-e-s aux rythmes scolaires avec le mercredi matin travaillé, prouve une fois de plus son mépris à l’égard de l’école.

Cerise sur le gâteau, les locaux de feu Paradis seront occupés par la police municipale, nouvelle acmé de la politique de la mairesse de Paris, dont l’ambition est de donner des gages bien réacs en vue d’une candidature aux présidentielles.

L’annonce de la transformation de Paradis en hôtel de police a provoqué l’émoi des parents et de quelques élus de l’arrondissement ; leur réaction n’est quand même pas à la hauteur de l’attaque !

Transformer une école en commissariat, qu’elle soit municipale ou nationale, est un symbole fort de la dérive autoritaire des puissant-e-es qui se veulent en charge de nos vies.

Depuis la crise sanitaire, la mobilisation des gilets jaunes, les mobilisations sociales de ces dernières années, les thuriféraires de la « démocratie blindée » ont tombé le masque : leur seul rempart semble être de renforcer la police et le contrôle social des populations en établissant un flicage serré du territoire.


Marche des libertés à Paris - l'intention de briser

Il est plus grave de casser une vitrine qu'une personne. Telle est la devise d'une République bourgeoise et de son bras armé qui n'ont pas hésité à blesser et arrêter des manifestants sans même savoir pour quelle raison.

Samedi 12 décembre a été une des manifestations les plus compliquées que nous ayons connues jusqu'alors. Une répression violente, une nouvelle stratégie offensive de la part de la préfecture difficilement comparable avec des évènements précédents. Les prémices d'une vie dans un pays totalitaire.

Plus de 3000 policiers (contre 2000 samedi dernier), entouraient une zone géographique entière, de Châtelet à République. Des dizaines de rues fermées pour y stocker les camions de CRS, les 6 canons à eau rien que place du Châtelet, les barrières anti-émeute et autres engins de maintien de l'ordre. Coté manifestants le nombre était d'au moins 10 000. Un nombre honorable au vu des défections d'organisations dites de gauche et des très nombreux contrôles policiers des manifestant.es visant clairement à les décourager de rejoindre le cortège, certains policiers allant jusqu’à déclarer que la manifestation était interdite alors qu’elle était autorisée. Mais le nombre est clairement insuffisant pour faire face à l'état policier.

Lors du mouvement des gilets jaunes, nous observions ces dispositifs d'ampleur (en particulier le 8 décembre 2018) sans pour autant pouvoir les comparer avec la manifestation de ce samedi : Une manifestation déclarée, rassemblant collectifs, associations, parti politique (le NPA ) descendus dans la rue contre la loi sécurité globale et la loi séparatisme, cette loi moins connue qui vise à établir une ségrégation islamophobe.

Nous avons, depuis la place de Châtelet jusqu'à la place de la République, subi de manière ininterrompue des charges policières violentes et frénétiques complètement incompréhensibles au vu du calme dont faisait preuve le cortège. Et pour cause. Une chose a changé dans le maintien de l'ordre. La police intervenait de façon "préventive" ! Une doctrine que Lallement affectionne et qui lui a en partie valu sa nomination à Paris.

Après avoir rongé son frein pendant quelques semaines, le préfet a pu revenir à sa méthode préférée, et même l'amplifier : les offensives policières se sont intégralement effectuées sur la base d'intentions et non d'actes ou de tentatives d'actes.
Les policiers ont multiplié les arrestations arbitraires sur le simple fait qu'ils estimaient que tel ou tel individu avait l'intention de commettre des dégradations. Ainsi, l'ensemble des personnes qui étaient venues à la manifestation habillées de manière un peu trop sombre, qui avaient combiné masque et capuche, étaient immédiatement prises en chasse par les voltigeurs ou les compagnies d'intervention puis interpellées. Si elles n'avaient pas été interpellées lors des fouilles préventives effectuées avant la manifestation.
Rappelons que l'intention ne peut pourtant aucunement faire l'objet de procédure pénale.
Principe de droit fondamental mais totalement ignoré par les donneurs d'ordre.

Ainsi, pour effectuer ces interpellations au cœur des cortèges sur les personnes qui avaient eu le malheur de mettre un pantalon et un sweat noir, la police chargeait et matraquait au passage des dizaines de personnes qui n'étaient même pas leurs cibles initiales. Souvent d'ailleurs, devant l'impossibilité d'interpeller de par la densité de la foule et le chaos que les charges ont créé, la personne vêtue de noir, la police changeait de cible pour interpeller la personne la plus proche.

Ce genre de charges, il y en a eu des dizaines. Les policiers disposés de chaque côté du cortège, effectuaient plusieurs charges consécutives, de chaque côté du cortège, à intervalle de 5 à 10 minutes. Les manifestant.e.s à minima déboussolé.es, tombaient, se poussaient, couraient, se faisaient matraquer, puis interpeller. Nous avons clairement observé une politique du chiffre et de la terreur ce samedi 12 décembre à Paris. Les policiers ont appliqué à la lettre les volontés de la Place Beauvau révélées dans le Canard Enchaîné du 9 décembre : prendre de gros risques. Assumer les dégâts collatéraux.

De l'avis de tous les témoignages, avec pour preuve les multiples vidéos, la violence a été inouïe, et les dégâts humains du côté des manifestant.e.s, colossaux. La soixantaine de street-medics, dont certains ont été interpellé.es, nous disent ne jamais avoir autant pris en charge de blessures à la tête. Les coups de matraques ont fait apparaître de multiples hématomes, ont ouvert des crânes.

Les interpellations elles, sont à l'image de l'absurdité de la répression. Deux gilets jaunes, mutilées pendant le mouvement et qui font partie du collectif "Les mutilé.es pour l'exemple" passeront une deuxième nuit en garde à vue. Un avocat du collectif "Black robe brigade" relâché plusieurs heures après. Un millitant du comité de sans papiers de Montreuil, interpellé en sortant du cortège. Des membres des Brigades de solidarité populaire qui avaient un cortège lors de la manif, prolongé.es également pour 24h de plus. Quatre journalistes et photos-reporters qui exerçaient leur metier dont un reporter du média QG, qui va passer sa deuxième nuit au poste. Des lycéen.ne.s mineur.e.s. Et beaucoup d'autres qui n'ont pour seul "tort" que de s'être habillé un peu trop en noir.

149 interpellations, 123 gardés à vue qu'on aura privés de liberté pendant 24 ou 48 heures et que pour beaucoup on libérera faute de pouvoir caractériser des faits qui n'ont pas eu lieu. 6 seront emmenés devant le tribunal en comparution immédiate pour des faits comme "groupement en vue", "outrage" ou "dissimulation du visage". Des charges qui permettent de condamner sur la base de faux en écriture, d'intentions ou pour avoir simplement porter le masque obligatoire.

L'ensemble des médias "mainstreams" parlent de la réussite de cette manifestation en termes de maintien de l'ordre effectué. De cette nouvelle stratégie gagnante. Ils prennent pour exemple des images de la manifestation sans casse. En effet, la casse n'a pas été matérielle. Elle a été humaine.

Le pouvoir et les médias nous ont confirmé une chose que nous savions déjà depuis longtemps mais que le pouvoir refusait d'admettre de manière aussi explicite. La vie d'une vitrine vaut plus que celle d'un.e manifestant.e. La bourgeoisie capitaliste au pouvoir ne peut se permettre de voir ses privilèges menacés. Que ce soit par la grève ou la casse de ses symboles. Alors elle casse les grèves et les corps.

Samedi, non seulement nos libertés ont été bafouées mais des vies ont été brisées, dans l’indifférence générale.

 

Crédit photo : @ParisHS_ (twitter)


13'12 contre les violences policières

13'12 CONTRE LES VIOLENCES POLICIÈRES

Il est des projets musicaux qui marquent leur Histoire. 13'12 contre les violences policières épingle un fléau qu'on voudrait dire "de notre époque", et qui pourtant dure depuis des générations et semble se refiler comme la peste. A l'heure où on tente de minimiser l'entendue du problème sur les télés poubelles du pouvoir, voici un morceau sans détour qui parle du vécu et d'un sentiment grandissant en France, celui d'une police qui a fait main basse sur le territoire et qui humilie, blesse, mutile ou tue au gré de ses pulsions. Et toujours, couverte par la hiérarchie...

Parce que la police tue en moyenne 18 personnes chaque année en France, majoritairement de jeunes hommes arabes ou noirs.

Parce que ça dure depuis trop longtemps et que trop peu s'en émeuvent.

Parce que l'agenda politique ne semble pas avoir pour objectif d'y mettre un terme, à l'heure où au contraire un projet de loi sur la "sécurité globale" (sic) prévoit entre autres choses d'interdire de photographier ou filmer les policiers dans l'exercice de leurs fonctions, et est en cours d'examen par l'Assemblée Nationale.

Pour que l'information circule. Pour assurer notre soutien plein et entier aux victimes et à leurs familles. Pour que ces exactions cessent. Parce que nous refusons d'être les complices silencieux de ces meurtres racistes.

Pour toutes ces raisons, nous avons choisi de parler. Ou plus exactement de rapper.

Nous sommes 33 MC's, sur un seul morceau, tou.te.s uni.e.s derrière une même exigence de justice, derrière une seule et unique bannière sur laquelle il pourrait être inscrit: "13'12 contre les violences policières".

L'intégralité des fonds réunis, au delà des 1000 premiers euros nécessaires à la production du CD, iront aux victimes et familles de victimes de la police : LIEN DE LA CAGNOTTE

Lien vers le morceau audio sur Bandcamp

Lien pour retrouver le morceau sur les autres plateformes habituelles : ICI

Le clip est réalisé par source-media.fr

CRÉDITS...

Crédits 12'13 contre les violences policières

Les featurings dont on se serait bien passé... Ceux que l'Histoire jugera.
Darmanin avec les violences policières, sexuelles et racistes