Je suis lutte des classes. Je suis notre Joker

Vous allez battre en retraite. Je suis lutte des classes. Je suis résistante ! Cléone - Lettre 3

"Je reprends corps.
Vous allez battre en retraite.
Je suis lutte des classes. 
Je suis les trente, les vingt prochaines années. 
Je suis le pire cauchemar de vos sociétés de contrôle.
Je suis notre Joker.

Je suis résistante !" (Cléone - Lettre 3)

Je suis Cléone et on ne me rattrapera jamais…
Je suis marronne, je suis le chœur du Bloc.
Je suis le cortège qui bille en tête vous a renversé et vous renversera encore.

Je suis la grève, celle que j’ai foulé il y a des siècles, le corps hagard, rompu et enchaîné, mais vivante. Je suis la fuite, l’échappée. Je suis la rapine, la ruse, l’incendie, le poison, la machette retournée contre vos gorges. Je suis la rumeur des soulèvements du passé parvenue jusqu’à vous. Les mornes, les oasis, les communes, les landes, les friches, les squats sont ma terre. Le monde qui vous survivra est un Quilombo.

Je suis le spectre de la révolution.

Mon esclavage, mon labeur, ma vie vous a nourri, soigné, blanchit et élevé, lavé, éduqué, transporté et diverti. Ma sueur, mon sang, mon sexe vous ont assez enrichis. A mon tour, je veux vous affamer.

Je suis la grève face à vous, la colère partout, ruinée mais déchaînée. Je suis désespoir, joie et fureur. Je suis la pénurie, le blocage, le sabot dans le rouage de la machine, je suis le train arrêté en pleine voie, le piquet de grève, le bateau à quai, l’occupation, l’amoncellement de palettes, de pneus, la barricades de chaises, le fumigène, le bris de verre… je suis l’obscurité du courant coupé.

Je suis lucidité.

Je suis nue ; sans robe noire, sans blouse blanche, sans cartable et sans livre, sans outils et sans arme… Je vous les jette à la gueule. Je suis combattante : danseuse, chanteuse et musicienne aux marches de vos palais, je suis solidarité.

Je suis celle qui t’aide à te relever en pleine embuscade, à t’échapper de la nasse, à revenir ensemble à la charge. Je suis Street Medic.

Je suis réalité.

Je suis le butin, la caisse de grève, le nerf de la guerre. Je suis condition d’existence.

Je reprends corps. Vous allez battre en retraite.

Je suis sans boulot. Exploitée, dépouillée, endettée, édentée, je suis celle qui dort dans sa voiture, qui roupille dans la rue, qui vole dans vos poubelles ; celle qui crève en EPHAD. Je suis votre bilan politique.

Des lustres à ingurgiter vos éléments de langage, vos flux d’images, vos insultes, vos imaginaires, vos dénis, vos trahisons, vos comptages, vos indignations, vos mépris, vos manipulations, vos compassions. Vous êtes nauséabonds.

Je vomis votre pouvoir d’achat, votre Etat de droit, votre rétablissement de l’ordre, votre universel, vos politiques d’égalité, votre épouvantail d’âge pivot, vos coupes budgétaires, vos fonds de pension, vos dividendes, votre PIB, votre société de consommation, votre plastique sur vos produits bio, vos RIO, vos tribunaux, votre Europe, vos privatisations, vos armées, vos pillages, vos saccages, votre morale, votre humanisme, vos humanitaires, vos égouts et vos décharges. Je suis lutte des classes.

Je suis la lutte idéologique même.

Je suis notre rencontre funeste. J’ai trébuché, ployé… Je suis ensanglantée, je suis assassinée. J’ai succombé sous la charge de votre brutalité meurtrière. Je suis l’eau dans les poumons de Steve Maia Caniço dans Nantes insurgée. Au milieu de la cour de la gendarmerie de Persan, je suis l’air qui manque dans les poumons d’Adama Traoré qui vous implore. Je suis le cœur qui cesse de battre de Cédric Chouviat au pieds de la Tour Eiffel. Partout vos genoux sur mon dos, je suis nos morts, je suis votre crime.

Dans les yeux endeuillés des familles : Cléone-Antigone est vérité. Je suis justice.

Je suis le bras fantôme qui ne cessera plus de vous renvoyer vos bombes et vos grenades assassines. Je suis Rémi Fraisse. Je suis Zineb Redouane.

Je suis la mémoire de la main coupée des esclaves en fuite repris par les colons et leurs chiens au nom du Code Noir. Je suis la main arrachée au nom de la République du peuple des ronds-points, monté à Paris pour fracasser vos fétiches de plâtres, piller vos boutiques de luxe et saccager vos immeubles haussmanniens. N’oubliez pas, d’un œil je vous vois encore.

Je souris à vos profilages ; je suis le pire cauchemar de vos sociétés de contrôle. Je suis notre Joker.

Du fin fond de ma geôle, des cales du néolibéralisme, je continue à hacker vos datas. Dans vos conseils au sommet, dans vos CA d’actionnaires, dans vos bureaux, dans vos réunions de crise… Je suis pirate.

Jusque dans vos abattoirs implantés à l’abri des regards, je vous filme. Vous savez que nous savons : nous savons que vous saviez.

L’information est mon Pharmakon, elle me gave, me sidère, m’épuise. Je suis désorientée, tétanisée, lobotomisée. Je voudrais oublier. Ne plus regarder, ne plus entendre l’insupportable, l’inexorable. Je suis folie.

Et l’intranquillité tapie dans mon intimité atomisée rencontre l’écho du soulèvement : ils sont les 1%, je suis les 99%. Je suis l’affrontement inévitable.

Je suis nécessité.

Je suis le marteau de la philosophie du Nous, l’accoucheuse de l’histoire d’un Commun.

Je suis l’éminence de la fin du monde. Je suis les trente, les vingt prochaines années.

Je ne suis pas encore morte et plus tout à fait vivante, je suis zombi.

Je suis les forêts et les arbres, les océans, les rivières, les oiseaux et les insectes, les mammifères et les poissons, je suis l’air, la terre et l’eau… j’agonise. Je suis l’espèce intoxiquée, chassée, massacrée, décimée. Vous êtes DDT, chlordécone, mercure, chlore, glyphosate, nitrite, E120, E129, E150, E250, E407, E621…

Je suis cendres, ruines, déchets. Je suis devenue votre vermine, votre parasite, je suis nuisible.

Vous êtes jetables. Vous puez la mort, le cramé, le roussi.

J’entends ici les craquements des glaciers et des forêts primaires, les hurlements assourdissants des bêtes brûlées vives sous les flammes. Tout flambe autour de moi, je me consume. Tout succombe à grande échelle… Vous êtes des colons, des bourgeois, des nationalistes, des fascistes, des pentecôtistes, des thatchéristes, des impérialistes, vous êtes les terroristes. Vous êtes le cœur radioactif de la centrale incendiaire, je suis immolée sur l’autel du Capitalocène.

Je suis feu de joie. Comme j’ai brûlé vos habitations, je brûlerai vos palais, vos centres commerciaux, vos bourses et vos banques.

Je suis vengeance.

Je suis l’urgence de la révolte, la carte globale des soulèvements, des exils, des replis, des zones à prendre et à défendre pour s’y sauver. Ici, je suis humble, locale, solidaire, là je suis massive, compacte et jusqu’au-boutiste ; partout je suis là pour renverser votre régime de mort. Je suis l’insurrection qui revient des basfonds de la terre, des faubourgs de la Modernité. Je suis damnation.

Je suis la lutte à la vie à la mort. Je suis adresse et prière à Hong Kong, à Beyrouth, à Santiago, à Port-au-Prince, à Alger et Oran, aux 480 districts en grève en Inde, …

Je suis le silence, le cri et la parole contre vos mains au cul, vos coups de poing, vos mains sur nos bouches et vos bites criminelles. Je lance des alertes, des pierres, des conques et des pavés pour me défendre et je garde des minutions pour les bouffons du Flore et de la Closerie des Lilas. A la mémoire des viols que j’ai subis, moi, toi, nous ; nos mères, nos sœurs, nos filles et nos fils des empires et des colonies, du Jardin du Luxembourg, de Megève, de Cannes, de Marrakech ou de Thaïlande, … du confessionnal : le prochain saccage sera celui des vies impunies, de vos genoux fragiles, de vos larynx littéraires. Je suis corps-arme.

Je suis résistante.

Je suis l’archive inconsolée des féminicides. Je suis Zapatiste, Indienne, Argentine, Espagnole… Je suis les noms qui recouvrent les murs de France. Je suis passée depuis des siècles à l’autodéfense – je suis la chronique continue, foisonnante, des résistances sans mythologie ; ma rage est grimoire de sorcellerie, journal intime, manifeste. Je suis déclaration de guerre, puisque guerre il y a.

Je suis le linceul de mes entrailles qui périssent en méditerranée, dans vos checks points de Lybie, dans les déserts, les montagnes, les jungles urbaines, sur les barbelés de vos murs et sous vos fenêtres. Je suis l’hôte de Cédric Herrou, votre mauvaise conscience.

Je suis l’enfant né dans la rue.

Je suis cette puanteur de la vie destituée, exilée, harcelée. Le tremblement des corps apeurés, les gargouillis obscènes des ventres affamés, la crasse des vêtements mouillés, souillés. Je suis la taule, le carton des bidonvilles, le tissu des tentes lacéré dans l’ignominie des expulsions au petit matin. Je suis les regards adressés, les paroles, les histoires, les rires échangés, les vivres partagés autour de nos foyers de fortune. Je suis rencontre.

Je suis le miroir dans lequel se reflète le futur immédiat de nos vies traquées.

Alors, je suis l’offrande de la mémoire des combats remportés hier aux luttes d’aujourd’hui.

Je suis victoire.

Je suis Cléone, je suis violence.

Lettre #1 : https://cerveauxnondisponibles.net/2019/11/04/je-suis-cleone-je-fus-esclave-a-saint-domingue/
Lettre #2 : https://lundi.am/Cleone-seconde-lettre
Lettre à Cléone du Cameroun : https://cerveauxnondisponibles.net/2019/11/11/une-reponse-a-la-lettre-de-cleone-depuis-le-cameroun/
Lettre à Cléone du Chiapas : https://cerveauxnondisponibles.net/2020/01/06/lettre-a-cleone-depuis-le-chiapas-jerome-baschet/


18 Janvier : Infos et liens utiles

A l'approche de la date du 18 janvier et de l'appel de plus de 70 signataires à un rassemblement national sur Paris pour protester contre la réforme des retraites et la politique ultra libérale de Macron, voici une page pour retrouver toutes les infos et liens utiles. Cette page sera actualisée au fur et à mesure.

COVOITURAGE / HEBERGEMENT

Groupe GJ Covoiturages Solidaires
Groupe covoiturages et hébergement GJ

RDV / APPELS

APPEL NATIONAL : LE 18 LA FRANCE ENTIÈRE A PARIS
Plus d'infos prochainement

EVENEMENTS FACEBOOK

18 JANVIER : LA FRANCE ENTIERE A PARIS
Révolution générale
Le casseur, c'est toi

Par Régions :
Occitanie
Auvergne-Rhône Alpes
Lorraine
Provence-Alpes-Côte d'Azur

INFOS PREFECTURES / RATP

Plus d'infos prochainement

 

CONSEILS JURIDIQUES ET PRATIQUES

NUMÉRO DE LA LÉGAL TEAM : 07 52 95 71 11 (joignable sur Signal)
Appelle ou laisse un message, si tu assistes à des arrestations

AVOCATS :
Liste à venir

CONSEILS DE BASE EN CAS DE GAV :
– Demandez un avocat de la Legal Team (retenez un nom avant la manif)
– Demandez à voir un médecin
– “Je n’ai rien à déclarer” est un droit ! (et c’est votre meilleure défense, pour vous et les autres)
– Pas la peine de signer quoi que ce soit (aucune conséquence)
– Les flics mentent pour mettre la pression (ex : “Ton avocat.e n’est pas dispo, choisis un commis d’office”, “Tu sortiras plus vite si tu parles/donne ton ADN/empruntes”…)
– Légalement tu es juste tenu de décliner ton identité
– Renseigne toi sur la signalétique (le refus d’ADN ou d’empreinte est une infraction, mais s’opposer au fichage généralisé est un acte politique qui peut établir un rapport de force au service d’une défense collective…)

Groupe légal Paris
Conseils en manif
Comment échapper au fichage (de la police et des hôpitaux)

Les 10 Conseils « Numérique » avant manif, par ordre de priorité :

1 Laissez si possible votre téléphone chez vous.
2 Supprimez les historiques des discussions sensibles SMS / Signal / Telegram / Mails.
3 Quittez les groupes les plus sensibles, que les flics n’aient pas accès aux messages futurs.
4 Chiffrez le disque dur de votre téléphone, ou vérifiez que c’est déjà fait.
5 Programmez un code de déverrouillage robuste (composé d’au moins 6 chiffres et lettres).
6 Programmez un code d’accès à Telegram différent du code de déverrouillage du téléphone.
7 Supprimez vos historiques de localisation sur Facebook / Google / Apple.
8 Supprimez les photos/vidéos sensibles compromettantes pour vous ou des camarades.
9 Éteignez votre téléphone dès que le risque d’interpellation est réel.
10 Refusez de donner votre code de déverrouillage du téléphone. Les dernières jurisprudences donnent raison.


La semaine pivot

Macron avait tout écrit à l'avance. La grève serait longue et suivie mais les fêtes de noël auraient raison du mouvement.
Erreur.

En bon stratège, il avait une deuxième cartouche : la suppression (provisoire) de l'âge pivot. La fameuse mesure épouvantail rajoutée en dernière minute, pour justement pouvoir l'enlever en prétendant avoir fait une concession. La CFDT, fidèle à elle-même, a mordu à l'hameçon, où peut être simplement a profité de loccasion de sortir l'esprit tranquille, d'un conflit dans lequel en réalité elle n'est jamais entrée. Mais le tollé provoqué par cette sortie, chez les militants de base, est un désastre pour le syndicat réformiste. Tant pis pour eux, personne dans notre camp, n'a besoin de Berger.

Mais pour le reste, une grande partie de la société reste farouchement opposée à cette réforme. Opposée à l'idée de privatiser nos retraites, nos vies. A devoir confier notre épargne à des sociétés privées dans l'espoir d'avoir un peu d'argent pour survivre, au lieu de vivre notre retrait du monde du travail comme une période de vie agréable.

Cette semaine est celle de tous les possibles. Celle à ne pas rater en terme d'initiatives, de solidarité et de détermination. Les grévistes RATP et SNCF restent fortement mobilisés. A cela s'ajoute de nouveaux secteurs à l'image des avocats, des éboueurs, ou encore de la Banque de France, des archéologues... Les étudiants et les profs continuent également à se battre dans leurs établissements.

Reste que pour gagner, il va falloir se battre très fort.
Macron n'est pas dans le dialogue social. S'il recule sur cette loi, ce sera seulement parce qu’il n'a pas eu le choix.
Et pour cela, il faut qu'il se retrouve acculé. Qu'il ait peur : peur de perdre le contrôle de la situation, peur de perdre le soutien de son entourage, peur de perdre la confiance des puissances financières (dont il est une marionnette).

Et pour en arriver là, il n'y a pas 36 solutions : il faut que le pays soit totalement bloqué et que leur système ne puisse plus fonctionner "correctement". Bloquer Paris parait alors essentiel. Bloquer des flux, blocages des routes mais aussi occupations et manifestations déterminées.

Rien de nouveau en somme. Sauf que les manifestations de la semaine passées ont montré une vraie montée en puissance de la colère et de la détermination. Un refus de se laisser insulter, mépriser et tabasser par la milice du capital. Cette énergie doit se retrouver dans les prochaines manifestations et autres actions.

Depuis plus d'un an, le paysage de la lutte sociale ne cesse de surprendre. Par son ampleur, par sa radicalité, par son horizontalité ou encore par son endurance. Il faut continuer à surprendre. Et à nourrir nos espoirs et nos envies.

RDV sur les piquets de grèves, sur les actions de blocage, dans les lycées ou dans les facs. En manifestation. Et bien sûr, dans les rues de Paris samedi 18 !


L'horreur et le sublime

La période actuelle a cela d'étonnant qu'elle fait monter en miroir l'horreur de la répression d'une société fascisante de Macron avec l'espoir et la beauté de ceux qui résistent. Tout est plus fort, de jour en jour : l'horreur et le sublime.
La manif parisienne du 09 janvier en fut une parfaite illustration. Elle fut aussi désespérante qu'enthousiasmante.
L'espoir perdu, c'est celui d'un état de droit, d'une société respectueuse où la violence est combattue et non encouragée par le pouvoir. Nous écrivions il y a quelques jours que le pouvoir était devenu objectivement autoritaire et qu'il était en voie évidente de fascisation. Tous ceux qui étaient parmi les milliers de manifestants en tête de cortège jeudi ne peuvent que constater que la deuxième étape est déjà là.

Les scènes sont vraiment hallucinantes : des centaines de forces de l'ordre (CRS, policiers, gendarmes mais aussi les terribles BRAV) se sont employés durant toute la journée à terroriser, à blesser. Au point qu'un mort n'aurait pas été une surprise ! Il y a eu un tir de LBD à bout portant. Il y a eu de multiples matraquages au crane. Un déchainement de brutalité et de sauvagerie.

Nous l'avons déjà dit mais il ne s'agit pas de bavures. Comment pourrait-on en parler quand il y a autant d'actes et qu'aucun n'est puni. En une semaine, la police française a tué deux fois, en dehors même des manifs. Sans compter les morts des deux dernières années.

La police tue. Le pouvoir couvre. Voire encourage. Car c'est sa dernière carte pour tenter d'écraser une révolte sociale qui n'en finit pas depuis plus d'un an. Avec ou sans gilet jaune.

Mais jeudi, c'était aussi l'espoir, à la hauteur de l'horreur. Car jamais depuis le 05 décembre nous n'avions vu un cortège aussi fort et courageux. Une motivation, une détermination, de la passion, une folle envie de résistance. Des milliers de personnes ont décidé de ne plus se laisser faire, de refuser de laisser la police les nasser en permanence, les menacer de leur LBD, les encadrer comme on "autoriserait" une manif dans une dictature qui chercherait à prendre les habits d'une démocratie.

Il y eut de nombreuses scènes improbables de manifestants avançant vers les cordons policiers, malgré les coups de matraque et les gaz, voire les tirs de LBD. Il y eut des charges de manifestants, qui réussirent plusieurs fois à casser les nasses et cordons policiers. Des œufs jetés sur les policiers, des légumes !

Le niveau de violence n'a pas été fixé par les manifestants mais bien par la police et la préfecture. Leur présence ultra anxiogène et leur nombreux assauts à l'intérieur même de la manif, juste pour séparer différents cortèges, les ont exposés comme rarement cela aura été le cas.

Cette stratégie voulue par Lallement et validée par Castaner et Macron est très dangereuse et pourrait conduire au pire. Jeudi à Paris, nous avons senti que le drame était vraiment proche. En blâmer les manifestants serait d'une malhonnêteté intellectuelle inouïe.

Quand la police tue, mutile et éborgne en toute tranquillité, il est normal (et même sain) que la population résiste et refuse de manifester dans de telles conditions.

L'espoir de jeudi, c'est aussi l'évidente Giletjaunisation du mouvement. Là encore, depuis le 05 décembre, aucune manifestation sur Paris n'avait autant pris l'ADN du mouvement GJ. Le cortège de tête était en fait une immense manif GJ, mais version 2020. D’apparence, à part quelques gilets jaunes visibles, cela ressemblait aux cortèges de tête de 2016. Sauf que parmi tous ceux en noirs, en rouge ou sans habits particuliers, se trouvaient énormément de GJ. Cela s'est notamment manifesté clairement lorsque le "chant des Gilets Jaunes" était lancé. A plusieurs reprises, des centaines de manifestants ont repris le chant, y compris des syndiqués ! Et puis il y a évidemment eu les désormais classiques "GJ, quel est votre métier ?" , "révolution !" , "on est là..."

Alors bien sûr, le cadre de la manif déclarée (et ultra encadrée par la police) n'a pas permis les débordements des actes les plus offensifs des GJ. Mais l'envie, la passion et la détermination étaient plus que jamais présentes, et pas que chez quelques dizaines de personnes.

On ne peut même plus parler de convergence. L'esprit GJ, la façon d'envisager le combat politique face à un pouvoir autoritaire a désormais imprégné une partie importante du paysage des luttes sociales. Cela crée forcément quelques contradictions (à l'image des manif déclarées) mais cela permet aussi au mouvement d'évoluer et de toucher de nouvelles personnes, tout aussi attachées à se battre pour un futur où l'humain et la planète passent avant les profits de quelques uns.

Alors après ce 09 janvier, il convient de prendre acte de deux réalités : le pouvoir ne connait aucune limite dans sa violence et sa volonté de casser les luttes sociales, quitte à blesser voire tuer. Une partie de plus en plus importante de ce mouvement social est prête à combattre et à résister face à cette dérive.

Cela peut parfois paraître vain de résister face à une armée sans limite et décidée à tous les massacres. Mais dans l'histoire, il n'est jamais vain de résister. Loin de là.


profs, écoles : grève illimitée !

PROFS : LE MOMENT EST HISTORIQUE, FAISONS VRAIMENT GRÈVE !

Les prochains jours seront décisifs dans la lutte contre la réforme des retraites, alors c’est maintenant ou jamais : fermons tous les établissements scolaires et ne les rouvrons qu’en cas de victoire !

Alors que les grévistes de la RATP et de la SNCF sont épuisé.es après ces courageux 35 jours de grève, nous risquons de perdre le combat si un autre gros secteur ne se mobilise pas fortement. Ils et elles auraient fait tout ça pour rien ?
Nous sommes des centaines de milliers, nous, les profs de la maternelle à l'université. Si on s’y met toutes et tous, on a dans nos mains le pouvoir de faire plier le gouvernement !
Mais une seule journée de grève, même massive, n’y suffira pas.

Alors oui, c’est dur de faire plusieurs jours de grève. On trouve toujours plein d’excuses… Mais d’autres y arrivent quand même : la RATP et la SNCF nous ont montré l’exemple, mais aussi de nombreux collègues profs mobilisés depuis le 5/12.

Oui, c'est dur de perdre plusieurs journées de salaire, même pour les profs. Nous aussi on a parfois du mal à la fin du mois. Mais si on compare cette perte là à l'énormité de ce qu'on risque de perdre au moment de partir à la retraite, y a pas photo! Nous qui rentrons parfois épuisés d’une journée de classe quand on a 30 ans, dans quel état rentrerons-nous quand on aura 63 ans ? Nous, les nombreuses enseignantes et mères, combien perdrons-nous si la retraite est calculée sur l’ensemble de notre carrière, avec les congés parentaux et les temps partiels, au lieu des 6 derniers mois ? Nous toutes et tous, qui consacrons toute notre carrière à préparer le futur de la société, de quel futur profiterons-nous avec une retraite au rabais ?

Oui, c’est dur de suspendre les apprentissages de nos élèves…..Il faudra annuler la visite au musée, la fête de la galette, les RDV avec les parents pour les livrets, zapper un chapitre de sciences ou plusieurs leçons d'orthographe et de maths… Mais prenons du recul : dans 9 mois, une nouvelle année scolaire commence, on n'y pensera déjà plus. Et dans 50 ans, nos élèves prendront leur retraite, encore assez jeunes pour en profiter, avec un revenu décent garanti chaque mois. Et pour ça, ils et elles pourront dire "heureusement que des gens se sont battus pour ça à l'époque!" Exactement comme nous pouvons dire aujourd'hui "heureusement que des gens avant nous se sont battus pour la réduction du temps de travail, pour les congés payés, pour la sécurité sociale, pour les droits des femmes…" Maintenant, à nous d’être une génération à la hauteur de notre époque !

Ne rêvons pas, nous n'aurons pas d'augmentation qui couvrira ce qu'on va perdre avec cette réforme. Ce que nous propose le gouvernement, c'est juste de toucher quelques primes ridicules en échange de travailler plus. Ne nous battons pas pour obtenir quelques privilèges pour nous ! Nous ne sommes pas égoïstes, sinon nous aurions choisi un autre métier. Si nous avons choisi ce métier, c'est aussi pour pouvoir agir sur le monde, alors faisons-le !

Nous qui travaillons au quotidien avec les injustices sociales, nous qui croyons encore que l’Éducation Nationale peut jouer son rôle d’émancipation et de réduction des injustices, va-t-on laisser le gouvernement détruire encore un de nos acquis sociaux, après les lois travail, les lois Blanquer, les lois ultra sécuritaires, les lois contre l’immigration, la « réforme » du chômage, la destruction des hôpitaux et des autres secteurs publics, les cadeaux fiscaux faits aux plus riches ?

Nous avons le pouvoir entre nos mains, soyons en grève dès demain, et ne retournons travailler que quand nous aurons obtenu le retrait de ce projet de réforme ! C’est maintenant ou jamais, il y a urgence à rejoindre tous les autres secteurs en lutte ! Le gouvernement joue le pourrissement, à nous de porter le coup fatal !

Des enseignantes en grève


Terre Liberté Egalité

Lettre à Cléone, depuis le Chiapas (Jérôme Baschet)

Cléone est un personnage mystérieux qui nous a adressé sa première lettre en novembre. Ancienne esclave qui s'est libérée de ses chaines, elle nous écrit d'un futur victorieux où parait il, nous avons vaincu le capitalisme. La réponse par cette lettre de Jérôme Baschet depuis le Chiapas, nous donne des nouvelles d'un territoire en lutte qui depuis plus de 20 ans construit l'autonomie au quotidien. Sûr que Cléone a dû passer par là, par ce territoire qui est un point d'une constellation autonome qui s'agrandit de jour en jour à travers les révoltes qui essaiment partout et qui construisent un temps et des solidarités libérés des diktats du monde marchand.

Chère Cléone,

C'est une joie de vous écrire, même si je sais l'impossibilité de se porter au degré d'intensité de votre verbe ardent et de votre rebelle périple à travers géographies et calendriers.
Bien sûr, le sentiment de fraternité-sororité m'inclinerait au tutoiement, mais votre être multiple impose tant de respect. Vous êtes si nombreuse, Cléone, si heureusement collective, que je crois plus convenable d'opter pour la seconde personne du pluriel.

Vous venez de plus loin que nous, et pourtant vous nous avez devancés. Chargée de féroces siècles d'expérience, vous avez pris de l'avance sur nos futurs possibles. Les plus tragiques, mais aussi les plus désirables d'entre eux. Ceux dont nous avons le devoir de débattre davantage, de parler sans cesse plus fort. Ceux qu'il nous incombe de rendre dès maintenant visibles, hautement sensibles et puissamment actifs. Non pour demeurer confits dans une attente béate ou pétrifiés par l'angoisse, mais pour nourrir l'action présente, au milieu des immenses périls qui s'accumulent.

*

Je vous écris depuis le Chiapas, au moment où s'achève un mois de décembre d'intenses activités zapatistes. Je devrais, en tout premier lieu, mentionner la Rencontre internationale des femmes qui luttent, qui s'est tenue dans le caracol de Morelia. Mais, à quoi bon ?, je suis certain que vous y avez pris part ; et de plus, moi, je n'y étais pas, puisque la gent masculine, héritière – consentante, ou bien malgré elle – de millénaires de domination patriarcale, n'y avait pas été conviée. Peut-être est-ce vous qui nous la raconterez un jour...

On peut quand même évoquer la forte impression d'une rencontre organisée de Z à A par les femmes zapatistes, qui a réuni près de 4000 personnes, venues de 47 pays des cinq continents. Et en particulier, la puissance émotive de cette inauguration au cours de laquelle les femmes réservistes de l'armée zapatiste vinrent former plusieurs cercles concentriques autour d'une fillette indienne, pour la protéger de leurs arcs tendus. Comme l'expliqua la commandante Amada, « notre devoir comme femmes que nous sommes, comme femmes qui luttent, est de nous protéger et de nous défendre. Et plus encore, s'il s'agit d'une petite fille. Nous devons la protéger et la défendre avec tout ce que nous avons. Et si nous n'avons rien, avec des bâtons et des pierres. Et si nous n'avons ni bâton ni pierre, alors avec notre corps... Les choses sont ainsi, il nous faut vivre à la défensive, et enseigner à nos filles à grandir à la défensive. Et cela, jusqu'à ce qu'elles puissent naître et grandir sans crainte. Nous, comme femmes zapatistes, nous pensons qu'il est préférable, pour y parvenir, d'être organisées. Nous savons que certaines pensent qu'on peut aussi y parvenir de manière individuelle, mais nous, comme zapatistes que nous sommes, nous le faisons de manière organisée ». Il y a peu, les zapatistes avaient dit déjà que leur lutte ne prendra fin que le jour où ce calvaire féminin de devoir grandir et vivre dans la peur sera entièrement éradiqué.

femme armée zapatiste
*

Mais tout cela, vous le savez bien, chère Cléone, et jusque dans votre chair, je crois. D'ailleurs, ces regards qui brillent de tendre fureur derrière les passe-montagnes, ce sont ceux de vos sœurs, n'est-ce pas ? N'oublions pas que les zapatistes sont depuis longtemps passés maîtres dans l'art de donner corps au moi collectif de celles et ceux qui luttent. Déjà, en 1996, lors de la Rencontre intercontinentale pour l'humanité et contre le néolibéralisme (rappelez-vous : c'était avant Seattle, au temps du triomphe encore incontesté de la pensée unique néolibérale), ils en accueillirent les participants par ces mots : « detrás de nosotros, estamos ustedes ». Derrière nous, derrière nos passe-montagnes, il y a vous. « Derrière nos passe-montagnes, il y a le visage de toutes les femmes exclues. De tous les indiens oubliés. De tous les homosexuels persécutés. De tous les jeunes méprisés. De tous les migrants maltraités. De tous les prisonniers pour leur parole ou leur pensée. De tous les travailleurs humiliés. De tous les morts d'oubli. De tous les hommes et femmes simples et ordinaires qui ne comptent pas, qui ne sont pas vus, qui ne sont pas nommés, qui n'ont pas de lendemain ». Les douleurs et les rages partagées tissent un pacte de reconnaissance qui déjoue l'enfermement dans les identités particulières. Le nous et le vous s'entrelacent, tout comme le je et le nous. La trop simple grammaire des trois personnes en perd son latin – et son cogito, par la même occasion. Je est un nous. Il y a nous, donc je est.

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En ce décembre zapatiste hyperactif, il y eut aussi une semaine de Festival de cinéma, occasion de faire communauté autour des dizaines de films projetés et aussi d'inaugurer le caracol flambant neuf de Tulan Kaw, avec son auditorium géant, baleine melvillienne échouée à flanc de coteau, exploit de travail collectif achevé en tout juste deux mois. Il y eut une nouvelle édition du « CompArte », partage des arts cette fois consacré spécifiquement à la danse. A noter que l'an prochain, il y aura à côté de la baleine, si les moyens réunis le permette, un théâtre en rond shakespearo-maya pour un futur « CompArte » théâtral...

Il y eut encore, cette fois dans l'enceinte du Cideci-Université de la Tierra devenue caracol Jacinto Canek, l'Assemblée du Congrès national indien (CNI) et du Conseil indien de gouvernement, puis les deux jours du Forum pour la défense du territoire et de la Terre-mère, qui ont permis de faire un bilan, à travers les multiples régions de la géographie mexicaine, de toutes les luttes contre les grands projets et autres atteintes aux territoires des communautés indiennes, ainsi que de dénoncer les actes de répression et les assassinats qui ont ensanglanté l'année écoulée.

*

Puis vint le 31 décembre, vingt-sixième anniversaire du soulèvement zapatiste, dans le caracol de Morelia. L'atmosphère festive et joyeuse contrastait avec le goût amer de la même fête, un an plus tôt, à La Realidad. Elle avait été marquée par le très inattendu défilé de 3000 réservistes zapatistes et le véhément discours du sous-commandant Moisés, défiant le Président de la république tout juste entré en fonction et annonçant une opposition ferme à ses grands projets, en particulier le mal nommé « Train maya » devant relier le Chiapas aux sites touristiques et archéologiques du Yucatan. Cette fois-ci, la tonalité était tout autre ; l'heure était bel et bien à la fête, celle d'abord de la jeunesse zapatiste qui se retrouvait là, dans la danse prolongée tard sous les étoiles.

A minuit, la présence des commandantes et commandants de l'EZLN et leurs discours sobres et simples marquèrent avec force la détermination à poursuivre la construction de l'autonomie. Ils n'avaient pas besoin d'en dire davantage pour impressionner et émouvoir, car chacun des mots qu'ils prononçaient était chargé de plus d'un quart de siècle de lutte quotidienne, de la capacité à défendre, jour après jour, l'exercice effectif de l'auto-gouvernement populaire et l'art de se soustraire autant qu'il est possible aux injonctions de la marchandisation capitaliste. D'ailleurs, vous savez bien, chère Cléone, que les zapatistes ont annoncé, en août dernier, la création de 4 nouvelles communes autonomes (s'ajoutant aux 27 déjà existantes) et de 7 nouveaux centres régionaux (les caracoles) avec leurs Conseil de bon gouvernement respectifs, en plus des 5 déjà existants. Réjouissante reconfiguration de la géographie rebelle ! Et même si cela ne se concrétise qu'avec lenteur tant l'effort à accomplir est important, l'autonomie marque aussi son expansion dans des régions où, jusqu'à présent, elle n'était pas déclarée et visible. Voilà bien un signe manifeste de la vitalité de l'autonomie zapatiste : « nous avons grandi et nous sommes devenus plus forts », avait pu dire alors le sous-commandant Galeano.

Pourtant, si l'année s'est achevée par une séquence très active et même joyeuse, la situation n'est pas moins préoccupante qu'il y a an. Elle l'est sans doute plus encore. Entre temps, dans l'état de Morelos, Samir Flores, membre de la communauté d'Amilcingo en lutte contre l'installation d'une double centrale thermo-électrique, a été assassiné. D'autres membres du CNI aussi, comme le rappeur TíoBad, dans l'état de Veracruz, tout récemment encore. Le projet de « Train maya », resté un long moment en sommeil, semble sur le point d'entrer dans sa phase opérative, après la réalisation, à la mi-décembre, d'une simulation de consultation des communautés indiennes concernées, dont même le bureau de l'ONU au Mexique s'est inquiété qu'elle n'ait pas respecté les critères prévus par les accords internationaux en la matière. C'est pourquoi, le sous-commandant Moisés, quoiqu'usant cette fois d'un ton plus posé, a réitéré la même mise en garde que l'an dernier. Pour les zapatistes, le mal nommé « Train maya » et les autres grands projets du gouvernement fédéral porteraient des atteintes inacceptables à la Terre-mère, à la survie des peuples indiens et à la construction de leur autonomie. Face à ces menaces, ils ont donc réaffirmé qu'ils étaient prêts à se défendre, « jusqu'à la mort, si c'est nécessaire ».

Je serais bien incapable de vous dire, chère Cléone, ce que les prochains mois nous réservent. Mais j'aimerais du moins rappeler que contrairement à l'idée, énoncée parfois avec légèreté depuis de confortables positions, selon laquelle cette expérience n'aurait été tolérée qu'en raison de son caractère inoffensif, l'autonomie zapatiste a toujours dû s'affirmer au milieu d'attaques et de menaces constantes. Et pour peu qu'on ait le souci de voir croître partout les espaces libérés qui luttent pour échapper à l'emprise de la marchandisation capitaliste et des institutions étatiques qui la servent, peut-être m'accorderez-vous, chère Cléone, que, tout comme le Rojava rebelle récemment pris en tenaille entre les offensives turques et syriennes, le Chiapas zapatiste aurait quelques raisons de bénéficier d'un soutien international plus affirmé.

Enfin, le sous-commandant Moisés lança une dernière question, adressée à nous toutes et tous : « nous vous invitons à vous demander à quoi êtes-vous disposés pour arrêter la guerre qui est menée partout contre l'humanité, chacun.e dans sa géographie, son calendrier et avec ses façons d'être et de faire ». Pas une trop mauvaise interrogation pour commencer l'année, sinon pour démarrer la décennie.

Chiapas et Rojava
*

La question du moment sans doute – pour peu que l'on veuille bien comprendre la guerre en cours en son sens le plus global, et pas seulement militaire. Cette question n'est pas tant celle du constat et de l'analyse, même si cette dimension ne saurait être négligée, que celle du degré de détermination individuelle et collective à agir pour faire front à une Tourmente aussi colossale et ravageuse que les incendies qui se propagent actuellement d'un continent à l'autre, véritable holocauste planétaire où sont consumés des dizaines de milliers de kilomètres carrés de forêts et des milliards d'animaux, parmi lesquels quelques dizaines ou centaines d'humains.

A dire vrai, au cours de l'année écoulée, bien des peuples ont déjà commencé – et avec quelle puissance ! – à répondre à la question du sous-commandant Moisés, depuis le Soudan jusqu'en Haïti, de Hong Kong au Chili, en passant par l'Algérie, le Liban, l'Irak, l'Iran, l'Équateur, la Colombie et d'autres encore. En un peu plus d'un an, depuis ce 17 novembre 2018, qui a marqué le début du soulèvement des Gilets Jaunes, quelques pas de géants ont été accomplis. Dans tant de pays, le point d'innacceptation de l'inacceptable a été atteint. Il s'est produit l'inimaginable, parfois là où on l'attendait le moins. Là où les passivités routinières et la soumission aux normes néolibérales semblaient devoir se perpétuer inlassablement, la rupture soudaine du « Ya Basta » a fait son œuvre. L'impossibilité de continuer à vivre comme avant, le basculement dans l'insubordination, la communauté retrouvée dans la lutte, la découverte d'une autre vie possible se sont propagées à vive allure, malgré la violence de la répression, la montée de l'autoritarisme et les menaces néo-fascistes.

Et s'il n'était pas insensé de prétendre que l'irruption des Gilets Jaunes était le signe annonciateur de nouvelles formes d'explosion sociale appelées à se multiplier, le cycle planétaire des soulèvements qui se sont succédé depuis annonce probablement une phase plus aiguë encore de l'affrontement en cours. Dans un tel contexte, la question du sous-commandant Moisés revient à se demander ce qui permettra désormais d'aller plus loin encore, afin d'amplifier les dynamiques véritablement libératrices.

Que les colères soient amenées à se faire partout plus vives apparaît plus que probable. De fait, la Tourmente provoquée par la perpétuation des logiques marchandes-capitalistes ne peut que s'accentuer au cours des prochaines années : effets dramatiques du dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité et pollutions en tous genres, dégradation des conditions de vie du plus grand nombre, décomposition sociale sans cesse croissante, discrédit généralisé des gouvernants et des systèmes politiques, à quoi pourrait s'ajouter la spirale de la prochaine crise financière. En outre, un levier décisif des basculements en cours est la délégitimation croissante dont souffrent désormais les politiques néolibérales, sous le double effet de l'accentuation des inégalités, parvenues à des degrés d'obscénité insoutenables, et d'une catastrophe climatique devenue le potentiel foyer critique de remises en cause en cascade. En bref, la dynamique de destruction du monde engendrée par le productivisme capitaliste est en passe d'être mise à nue et identifiée comme telle.

Pour le reste, il est certain que nous avons besoin de davantage de détermination et de force collective, de plus d'expériences partagées, de plus d'intelligence et de créativité, de plus de capacité d'organisation et de plus de liens transnationaux (les zapatistes appellent avec insistance à la formation de réseaux planétaires de rébellion et de résistance). Serons-nous suffisamment préparés, dans les moments critiques, pour tenir à distance la bête capitaliste et déployer assez de savoir-faire pour commencer à vivre sans elle ? Pour éviter l'imposition des vieilles formules institutionnelles (gouvernement de transition et assemblée constituante) qui reconduiraient l'oppression dont il s'agit de se débarrasser ? Pour que l'emporte la capacité d'auto-organisation, dans les assemblées populaires de base et les communes libres, afin de donner corps à de nouvelles formes politiques, localisées mais aussi supra-locales, autonomes et capables de déjouer la capture étatique de la puissance collective ?

Puisse votre sagesse, forgée par la traversée des siècles et des continents, nous aider, chère Cléone, à surmonter petitesses, goût de l'entre-soi et dogmatismes, certitude d'avoir raison et incapacité à écouter, exacerbation des petites particularités et démesure des égos, afin de trouver, au plus loin des appartenances identitaires, le chemin d'un faire-commun avec nos différences.

Et, dans ce monde où l'imprévisible devient, chaque jour un peu plus, la seule chose qu'on puisse prévoir, il peut nous être précieux de garder à l'esprit ce que les zapatistes ont l'habitude de dire : jusqu'au jour d'avant, tout paraît impossible...

San Cristobal de Las Casas, 4 janvier 2020

Un je-nous,
traversé par les multiples rencontres sans lesquelles il ne serait pas grand-chose

PS (au Chiapas, le post-scriptum est une coutume presque obligée) : vous y serez, j'en suis sûr, chère Cléone ; en France, la décennie décisive commence le 9 et le 11 janvier...


Macron, start-up fasciste

Les mots sont importants. Dans une période où les termes sont dévoyés, où plus rien ne semble vrai ou faux, il nous est toujours apparu important de tenter de laisser chaque mot à sa place et de les utiliser avec la plus grande attention. Aussi, alors qu'Emmanuel Macron arrive à la moitié de son mandat de Président, il nous apparaît crucial de nommer avec précision le régime actuellement en place et qui pourrait influer pour de nombreuses années sur l'avenir de notre société.

Dans une période où les USA sont dirigés par Trump, le Brésil par Bolsonaro et le Royaume-Uni par Boris Johnson, on pourrait s'estimer "heureux" d'avoir comme chef d'Etat une personne comme Macron, celui-ci pouvant apparaitre comme moderne et mesuré face aux caricatures précédemment citées  .

Mais c'est en cela qu'il est si dangereux. Car oui, depuis deux ans et demi, Macron mène une politique ultra-autoritaire : opposants politiques mutilés, tués ou emprisonnés, journalistes et observateurs des droits de l'Homme agressés et persécutés juridiquement, lycéens humiliés, installation de milices ultra violentes et sans compte à rendre. De semaine en semaine, la France plonge, sans même s'en offusquer, dans un état autoritaire. Plus personne ne s'étonne de voir des centaines de policiers équipés d'armes de guerre dans les rues de nos villes. La norme est désormais placée du côté d'une vie régie par des cadres autoritaires.

Définition de l'autoritarisme ? Système politique où l'autorité est érigée en valeur suprême.  Un régime politique autoritaire est celui qui par divers moyens (propagande, encadrement de la population, répression) cherche la soumission et l'obéissance des individus composant  la société.

Comment ne pas considérer la France comme répondant parfaitement à ces termes ? Désormais, le préfet de Paris parle d'être dans un camp, et assume que son parti est celui de l'ordre. Le bruit des bottes est déjà derrière nous.

Dans plusieurs décennies, on regardera notre période en se disant qu'en quelques mois, les citoyens français ont vu leur liberté se réduire, avec le silence complice du plus grand nombre des secteurs qui auraient pu s'y opposer (politiques, associatifs, médiatiques...). Une période où il aura été accepté que des personnes soient arrêtées pour simple port d'un gilet jaune. Où des milliers de citoyens se sont vus privés de leur droit de manifester. Ou une personne en fauteuil roulant s'est vue condamnée à de la prison parce que présente en manif avec une arme (son fauteuil). Où deux jeunes allemands ont été emprisonnés pour possession de livres jugés "trop radicaux" (mais pourtant en vente libre).

C'est également ce moment de l'histoire où la force aura tué, de Steve à Zineb en passant par Aboubacar. Et ce, sans jamais être inquiétée puisque faisant partie d'une stratégie claire de l'état. Il n'y a pas eu de bavure pour toutes ces victimes. Elles étaient nécessaires pour le pouvoir.

Alors oui, depuis plusieurs mois, nous utilisons le terme d'autoritarisme pour parler du système politique français de 2019. Il ne s'agit pas de totalitarisme puisque la pluralité de partis et de syndicats est toujours présente. Mais il s'agit bien d'autoritarisme. Et c'est déjà énorme, et trop pour être compatible avec la démocratie. Pire. Nous estimons aujourd'hui que le pouvoir actuel prend la direction d'un post fascisme, celui d'un système économique ultra libéral qui use de tous les coups possibles pour se maintenir.

Le pouvoir actuel est tolérant, ouvert et moderne... tant qu'il n'est pas remis en cause. En cela, il rappelle certains dictateurs récemment tombés lors des révolutions arabes. En Tunisie, tant qu'on ne remettait pas en cause Ben Ali, tout semblait aller très bien. Mais on ne peut être libre partiellement. On est libre. Ou on ne l'est pas. Et les "démocraties" actuelles nous disent ceci : "vous êtes libres, tant que vous ne remettez pas en cause le système".

En France, l'inattendu mouvement des Gilets Jaunes a permis de révéler véritable visage du pouvoir. Si sa violence s'était déjà manifestée lors des mouvements contre la Loi Travail, avec déjà des milices hors de tout contrôle (Benalla power), tout a éclaté au grand jour et de façon évidente avec le mouvement GJ. Jamais depuis 60 ans la France n'avait connu une telle régression autoritaire.Les opposants politiques de 2020 se savent traqués , virtuellement et sur le terrain. Des centaines de citoyens sont derrière les barreaux pour simple participation à des mouvements sociaux. D'autres ont perdu un œil, une main ou une jambe. Les chiffres ressemblent à ceux d'une guerre civile. Parce que le pouvoir en a voulu ainsi.

Peut-on malgré tout parler de fascisme en France ? Le fascisme "originel" se définissait, selon la propre formule de Mussolini par : « Tout dans l'État, rien hors de l'État, rien contre l'État ! »  L’État est ainsi érigé comme la structure ultime à protéger, bien plus que la démocratie, ou, hérésie, l'humanisme, l'égalité, la fraternité.  A l'époque, le fascisme se définissait comme une réaction aux valeurs de l'humanisme démocratique du siècle des Lumières et rejetait les droits de l'homme, le communisme, l'anarchisme, les libertés individuelles et le libéralisme.

Évidemment que le pouvoir actuel en France est très éloigné de ce qu'a pu mettre en œuvre Mussolini. Mais il révèle de plus en plus une couleur objectivement fasciste dans sa criminalisation de tous ses opposants, dans sa volonté de contrôle absolu de la vie des citoyens, dans la terreur quotidienne imposée, dans sa volonté de faire de l'état une structure au-dessus de la justice, au-dessus de tout contrôle, ayant tous les droits.

Si on enlève le décorum de la Ve république, les belles images d'un gouvernement moderne, jeune et à l'écoute, si l'on regarde les faits, les chiffres (d'arrestations, de blessés, de morts) la France n'a plus grand chose d'une démocratie. Si ce n'est ses élections (où gagne celui ou celle qui a le plus d'argent et de médias dans sa poche). Car la démocratie, ce n'est pas pouvoir voter tous les cinq ans.

Définition de la démocratie ? Prenons trois définitions :

Selon Paul Ricoeur : « une société qui se reconnaît divisée, c'est-à-dire traversée par des contradictions d'intérêt et qui se fixe comme modalité, d'associer à parts égales, chaque citoyen dans l'expression de ces contradictions, l'analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d'arriver à un arbitrage ». La France n'y est clairement pas.

Selon Alexis de Tocqueville, la démocratie est un Etat social dans lequel les citoyens sont égaux : l'égalité devant la loi, l'égalité des chances, l'égalité de considération.

Selon Montesquieu, la démocratie est un système politique basé sur la vertu et dans lequel le peuple est sujet et souverain. Tous les citoyens sont égaux et leurs représentants sont choisis par tirage au sort.

Clairement, sur aucune de ces définitions, la France ne peut se prétendre aujourd'hui une démocratie.

Alors oui, les mots sont importants. Très importants. Et c'est pour ça que nous affirmons qu'il n'est plus possible de parler d'un état démocratique en France. Et qu'il est désormais essentiel de l’appeler selon les termes qui conviennent : un état autoritaire, en voie de fascisation.

Dire cela n'est pas une posture provocatrice ou militante mais l'unique possibilité pour celles et ceux qui respectent vraiment la démocratie et qui se battent pour elle. Dire cela, c'est aussi prendre acte de la situation et en tirer les conséquences dans nos vies quotidiennes. On ne vit pas pareil si on se sait dans un état fasciste. On résiste différemment. On fait des choix différents. Et c'est pour cela qu'il est important de ne plus laisser passer l'imposture du voile médiatique d'une démocratie en France.

Ce fascisme particulier qui nous pend au nez, dont on ne sait pas si on est déjà dedans ou non, c'est aussi celui qui s'organise autour des "innovations" technologiques. Après l'arsenal de lois "renseignement" et antiterroristes de ces dernières années, la France se situe clairement à la pointe des pays dits démocratiques par ses moyens juridiques et policiers de surveillance et de contrôle de sa population civile. Loin de questionner cette singularité et d'en évaluer les risques en termes d'atteintes aux libertés publiques, et sous l'impulsion des acteurs économiques du secteur, ce gouvernement semble lancé, sans aucun débat public sérieux, dans une course aveugle au déploiement de technologies de surveillance de masse.

On constate par exemple aujourd'hui la mise en place de nombreux dispositifs locaux de type "Smart City" : « Observatoire de la tranquillité publique » à Marseille, « Safe City » de Thalès à Nice et à La Défense, portiques de reconnaissance faciale dans deux lycées de la région Sud, vidéosurveillance intelligente à Toulouse, Valenciennes, dans les Yvelines ou dans les couloirs du métro à Paris, capteurs sonores à Saint-Etienne, déploiement de drones à Istres (cf. projet Technopolice). Derrière cette dénomination inoffensive de "Smart City" se cache en réalité le projet de mise sous surveillance totale de l’espace urbain à des fins policières.

Au niveau national, le Fisc peut désormais procéder à la captation et l'analyse de masse des données des réseaux sociaux. Et le gouvernement veut donner à la police l'accès à l'ensemble des données nominatives de voyage en train, avion ou bateau. Par ailleurs le projet Alicem poussé par le gouvernement constitue clairement la première pierre d'une identification administrative par reconnaissance faciale.

De manière insidieuse, des cadenas se verrouillent donc autour de nous.  Petit à petit, à coup de "il n'y a pas d'alternative", à coups de conflits d'intérêts privés, l'Etat, qui n'est plus qu'un gouvernement technique doté d'une police, nous amène dans une voie qui entrave nos libertés fondamentales en appelant ça le progrès. Mais ça n'est pas le progrès. La Chine et son effrayant système de "crédit social" sont là pour nous rappeler à quel point l'idée - qui nous est vendue par la start-up nation - que le progrès technologique serait nécessairement porteur de progrès social  constitue un leurre fécond d'une dystopie technologique de marché, une tyrannie de ceux qui détiennent les moyens de contrôle sur l'ensemble de la population.

Le pouvoir politique peut évidemment continuer d'arborer ses fétiches démocratiques - suffrage universel, pluralité des partis politiques, séparation des pouvoirs, laïcité - mais si l'état néolibéral moderne est, par certains côtés, très éloigné du fascisme historique du 20è siècle, il dispose de moyens de contrôle et de coercition arbitraires incomparables qu'il mobilise déjà contre ses opposants. Après deux ans et demi de pouvoir Macron, le fameux barrage du second tour de l'élection présidentielle apparaît de plus en plus comme un mariage.


18 janvier la France entière à Paris

NE PERDONS PLUS ! 18 janvier La France entière à Paris

NE PERDONS PLUS !

Le bilan est simple : nous régressons à tous les niveaux. Excepté en matière de surveillance et de répression policière. Mais sinon : la nature et les espèces meurent, les pollutions augmentent, l’espérance de vie a commencé à stagner, les services publics sont à genoux et les travailleurs du privé sont sur les rotules avec des jobs de plus en plus précaires et mal payés.

L’État dans tout ça n’est qu’un orchestre de techniciens hors sol au service de l’argent. Et à ce niveau de bureaucratie, il ne pourra jamais en être autrement.

Il est temps de ne plus perdre, ne plus accepter les régressions sociales qui vont avec leur lot de politiques autoritaires et discriminantes. Il est temps de se lever. Toutes et tous ! Citoyens français ou non, tout le monde est concerné, car cet ennemi qui nous fait la guerre, lui, n’a pas de frontière.

Le 18 janvier est un samedi. Cette date va de pair avec le jeudi 9 janvier. A la différence que tous les plus précaires qui n’auront pas pu faire grève pourront venir manifester. C’est l’occasion d’être massif dans la rue pour exprimer notre refus de la réforme des retraites et du monde de Macron.

La réforme des retraites devrait être présentée au conseil des ministres le 24 janvier. Faisons en sorte qu'elle ne le soit jamais et que tout comme ses scribes elle parte à la poubelle de l’Histoire.

Passez le mot. Le 18, la France entière à Paris !

Un événement a déjà été crée pour être diffuser massivement : https://www.facebook.com/events/3149928615034973/

Groupe de covoiturages solidaire : https://www.facebook.com/groups/377822533019608/

Signataires :

- Action Climat
- Article 35
- AG interpro d'Aubervilliers
- AG interpro St Denis 93
- AG des personnels du collège Marx Dormoy
- Bruno Gaccio
- Cabane Gilets Jaunes de Champigny
- Cemil Choses A Te Dire
- Cerveaux non Disponibles
- CGT Geodis Calberson filiale SNCF Île-de-France
- Collectif Act
- Collectif agents RATP l’union fait la force
- Combat Lyonnais
- Comité de Libération et d’Autonomie Queer (CLAQ)
- Cortège de tête
- Désobéissance Ecolo Paris
- Dijon DTR
- Eric Drouet
- Fac de philo en lutte - Lyon 3
- Femmes En Lutte 93
- Femmes Gilets Jaunes
- Femmes Gilets Jaunes Île-de-France
- Gilets Jaunes Argenteuil
- Gilets Jaunes Gennevilliers
- Gilets Jaunes Loiret 45
- Gilets Jaunes Lyon
- Gilets Jaunes Place des Fêtes
- Gilets Jaunes Poitiers
- Gilets Jaunes Réfractaires du 80
- Gilets Jaunes Rungis
- Gilets Jaunes de St Ouen
- Gilets Jaunes Toulouse
- Gilets Jaunes union Île-de-France (groupe)
- Gilets Verts
- Grève Jaunérale : Riposte Générale
- Journal l’Autre Quotidien
- Kurdistan au Féminin
- La France en colère (groupe)
- La France en Colère Carte de Rassemblement (groupe)
- Le Peuple Uni
- Le pouvoir du peuple 22 (groupe)
- Le printemps du changement
- Le Tour des Femmes
- Lille Insurgée
- Les AinDisponibles
- Les Jeunes Gilets Jaunes
- Lyon en lutte
- Lyon Insurrection Civile
- Lyon Rébellion
- Lyon Résistance
- Maison du peuple-Marseille
- Marseille en lutte
- Mouloud Sahraoui - Syndicaliste CGT Geodis
- Nantes Révoltée
- NnoMan
- Ossama
- Parisiens et Banlieusards Gilets Jaunes depuis 40 ans
- Paris 8 en Lutte
- Peuple Révolté
- Plateforme d’Enquêtes Militantes
- Priscillia Ludosky
- Rennes DTR
- Syndicat Sud CT Mairie de Saint-Denis
- Sud éducation 93
- Teleia Les Luttes
- Toulouse en action
- Toulouse en lutte
- Union Juive Française pour la paix (UJFP)
- Vieilles et Pas Sages
- Youth For Climate Lozère
- Youth For Climate Paris
- Youth For Climate France

Affiche à diffuser :

18 janvier la France entière à Paris


Légion d'honneur pour BlackRock !

Comme s'il fallait une preuve supplémentaire que ce gouvernement est aux ordres des milliardaires et des puissances financières !
Ce 1er janvier, Jean-François Cirelli, actuel dirigeant de BlackRock France, a été élevé par le premier ministre au rang d'officier de la Légion d'Honneur.

Blackrock, c'est le premier gestionnaire d’actifs au monde, il gère près de 7 000 milliards d’euros et finance la plupart des fonds de pension.
Un monstre bien plus puissant que de nombreux pays !

Et Blackrock serait l'un des grands gagnants de la réforme des retraites dont rêve Macron. Jean-François Cirelli a d'ailleurs rencontré plusieurs fois le président ces derniers mois pour discuter de cette réforme et pour faire un lobbying de moins en moins caché.

Certains députés s'en sont inquiétés et ont demandé au gouvernement une plus grande transparence dans leur liens avec ce monstre de la finance.

Mais quand Blackrock parle, les gouvernements suivent.

La loi Pacte, adoptée en avril 2019, était un des premiers requis pour les fondations de cette réforme, qui, quoi qu'en dise Macron, signe l'abandon du système par répartition, au profit de la capitalisation des retraites, système fortement prôné par Blackrock, puisqu'il lui permettrait de gérer ces milliards d'euros.

Nous produisons ici un extrait tiré du site de Blackrock.

"Elle ( la loi pacte) vise à combler les lacunes structurelles des régimes d'épargne retraite volontaire existants. Elle permet à l'épargnant : de bénéficier d'un allègement fiscal pour les cotisations versées en réduisant sa base imposable sur le revenu, d’accéder à son capital avant la retraite dans certains cas prédéfinis […], de transférer son patrimoine à une entité plus concurrentielle sans frais de transfert après cinq ans »

Ainsi, sur le même site, on retrouve, au calme, toutes les directives données au gouvernement pour réussir une belle réforme.

On citera pour anecdote, celui ci :
Dans les "Dispositifs indispensables pour réussir la réforme de l’épargne-retraite"...et une sous rubrique intitulée "Mesures complémentaires envisageables pour améliorer la qualité du dispositif et lui permettre de dépasser ses objectifs" on trouve notamment:
"Imposer à terme la mise en place des dispositifs d’épargne-retraite de type auto-enrolment (adhésion automatique)"...

En gros, aller au delà de l'objectif serait donc d'imposer aux français une adhésion à ces dispositifs, sans plus de possibilité de choix.

Fabuleux et tellement Orwellien!

On conçoit aisément que la loi Pacte ne fût donc qu'un début, et que cette réforme de retraites n'en est finalement que le carburant destiné à générer un maximum de profits, sachant qu'en France ou Blackrock est très bien implanté, le montant des profits ( 130 milliards d'euros en 2017, d'après Médiapart) reste largement insuffisant pour ce mastodonte.

Les accointances du monstre financier avec Emmanuel Macron, ne datent pas de peu, et en l'occurrence la bienveillante attention de Larry Fink, co-fondateur et président de BlackRock, envers le futur président français, était connue dès la campagne électorale de 2017.

Finalement cette promotion n'est pas une grosse surprise. Dans leur arrogance coutumière, les élites dirigeantes estiment qu'elles n'ont même plus à se cacher et pensent jouir d'une totale impunité.

2020 leur donnera raison... ou pas !


au delà des retraites

PRENDRE LE GOUVERNEMENT A CONTRE-PIED

Voici un texte reçu aujourd'hui qui questionne notre rapport à cette grève et à ses revendications

On aura été des milliers de personnes à manifester pour ne pas travaillez plus longtemps et pour une allocation retraite digne. Mais, quelle est cette frontière magique qui retient cette grève à mettre en discussion le temps de travail tout au long de la vie et le montant de l'allocation chômage ? Ne pas travaillez plus longtemps, n'est-ce pas aussi travaillez moins. Il serait donc utile de parler de la réduction du temps de travail et du partage du travail. Lutter pour une allocation de retraite digne, n'est-ce pas aussi lutter pour une allocation digne quand on ne travaille pas ? Pourquoi ne parle-t-on pas de l'allocation chômage, de minima sociaux, voir même d'un revenu minimum ?

Étrange frontière encore, entre la volonté de "ne pas travailler plus longtemps" et l'absence de la critique de la valeur travail. Quand des milliers de personnes luttent pour ne pas travailler plus longtemps, c'est donc que travailler, ce n'est peut-être pas si bien que ça, que le travail comme centralité se discute et que peut-être, il serait bon d'en parler. Étrange frontière aussi, entre la volonté de "ne pas travailler plus longtemps" et l'absence de critiques des formes que prend le travail.

Si beaucoup ne veulent pas travailler plus longtemps, n'est-ce pas aussi parce que leur travail n'a pas beaucoup de sens ou que la forme dans lequel il s'exerce - salariat, autoentrepreneur... - n'est peut-être pas très agréable, ou que leur travail est tout simplement pénible, nul, bête.

Bref, c'est assez étrange cette grève massive sur les retraites sans que partout ne se multiplient des meetings sur le travail et sa place dans nos vies. C'est aussi à ça qu'on mesure la richesse d'un mouvement dans sa capacité à faire avancer le dit "progrès social". En quoi les centrales syndicales sont-elles réellement débordées par la grève en cours ? En presque rien. Car rien ne vient dans ce mouvement déborder le mouvement - non pas seulement au niveau des actions - mais au niveau des énoncés. Et ce faisant la maîtrise reste toujours du côté du gouvernement. C'est lui, qui continue d'imposer les sujets, les énoncés. Et notre imaginaire n'aura pas beaucoup bougé. Et on aura sans doute gagner à travailler moins longtemps mais on travaillera toujours davantage, et ainsi, ce qui aura été gagné là, aura immédiatement été perdu ailleurs.

Alors, toi qui dépend financièrement d'une allocation chômage ou du RSA, toi qui ne veux pas construire ta vie autour de ton travail, toi qui envisage la richesse autrement qu'en monnaie... Rejoins la grève et fais ce lien entre le montant des retraites et le montant des allocations chômage, des minima sociaux. Toi qui est en surcharge de travail, rejoins la grève et fais ce lien entre travailler moins longtemps et travailler moins. Réduire le temps de travail, augmenter les allocations, questionner le travail, questionner le revenu en dehors du travail, c'est le sujet de cette grève.

Prendre le gouvernement à contre pied, sur l'une de ces réformes, c'est l'enjeu d'une lutte. Politiser la retraite c'est déborder les centrales syndicales et se ré-approprier la grève et la lutte sociale. Et quand on aura fait le chemin qui va de la retraite à l'allocation chômage et de l'âge de la retraite à la réduction du temps de travail et qu'on sera tout aussi nombreux et peut-être même plus, alors le caractère plan plan des manifs sera bien secondaire, au regard de ce qu'on aura réussi à énoncer collectivement et à hisser à l'ordre du jour.

Gagner, c'est faire la connexion entre la retraite et le chômage. Gagner, c'est faire la connexion entre travailler moins longtemps et travaillez moins tout court. Gagner, c'est connecter ce qui est tenu séparé. C'est conquérir des droits.