So Foutu

On a malheureusement pris l'habitude d'être déçus par les médias. Mais quand il s'agit d'un média qu'on estime très fort, cela fait toujours plus mal. C'est ce qu'il s'est passé ce week-end avec la couverture indigne de So Foot sur le match Hongrie-France, qui a donné lieu à une apologie à peine cachée de supporters hongrois qui, détail sans trop d'importance semble-t-il pour le journal, sont nazillons et homophobes.

So Foot, c'est un peu le média qui a bouleversé le paysage de la presse sportive française dans les années 2000. Un ton décalé et piquant, qui ne se cantonne pas qu'aux discussions tactiques, et qui inclut l'environnement des matchs, notamment les supporters. Et de nombreuses enquêtes liant intelligemment des sujets de société au monde du ballon rond. Avec So Foot, on pouvait kiffer le foot sans être ringard ! Mais c'était il y a 15 ans.

On aimait aussi So Foot pour sa façon nuancée et documentée de traiter de l'univers des supporters, entre autres les Ultras, loin des clichés et raccourcis considérant tout supporter comme un assoiffé d'alcool et de violence. C'est une (bonne) chose de ne pas stigmatiser les supporters. Mais c'en est une autre de traiter un groupe de nazillons sous le prisme de l'animation et de l'ambiance, en mettant de côté leur racisme et homophobie.

De quoi/qui parle t on ? Des supporters hongrois, et plus précisément du groupe Carpathian Brigade., qui est un regroupement de supporters de différents clubs hongrois, souvent ennemis, se réunissant le temps des matchs internationaux autour de la grande Hongrie. Une bonne partie des membres ne cache pas son appartenance aux mouvances néo nazies (ils faisaient le salut hitlerien en 2016 lors de la coupe du monde). Sur cet Euro, ils se sont déjà illustrés avec des banderoles anti LGBT et contre le mouvement BLM (Black Lives Matter) avec une opposition à l'idée de poser un genou à terre. Face à la France, certains ont poussé des cris de singes quand des joueurs noirs touchaient le ballon...

Résultat ? So Foot décide de mettre en avant les supporters hongrois, et notamment ce groupe, pour louer la folle ambiance qu'ils ont réussi à mettre dans et hors du stade.

On aurait aimé qu'il s'agisse d'une boulette d'un journaliste qui n'était pas au courant des tendances idéologiques de ces supporters. Mais non.
Après les avoir interpellés sur les réseaux, So Foot nous a répondu qu'ils n'avaient jamais fait l'éloge de ces fascistes, ayant même écrit un autre article sur le sujet.

Sauf que c'est pire. La rédaction avait donc connaissance du fait que le noyau de ce groupe était clairement composé de néo-nazis mais elle a tout de même décidé de mettre en avant leur formidable organisation et l'ambiance qu'ils ont su mettre. Même si, il est vrai, certains sont un peu racistes et un peu homophobes.

Comme si un média musical allait chroniquer un artiste ouvertement néo-nazi, en mentionnant qu'il est quand même un peu raciste. .. Mais que, putain, il assure musicalement !

Ce qui nous met en rage. C'est que cette attitude de So Foot valide et renforce l'idée qu'en 2021, être raciste, ce serait une opinion parmi tant d'autres...Être nazi aussi. Le discours serait : "Oui oui, on entend que ça ne plaise pas à tout le monde. Mais bon, ça ne plaît pas à tout le monde non plus que certains soient anarchistes, ou musulmans, ou homos, ou vegans... Bon bah c'est pareil ! Et puis, faites pas chier, on l'a bien précisé qu'ils étaient nazis, on peut donc parler du reste ? Et notamment de ce qu'ils font de formidable en termes d'animation des stades ?"

Dire cela, même en pointillé, c'est faire de la politique. C'est prendre position. Et, à nos yeux, c'est être du mauvais côté de l'histoire et de l'humanité.

Qui plus est, quand on sait les enjeux politiques du moment. Quand on voit l'offensive raciste qui a poussé l'équipe de France à ne pas poser un genou à terre. C'est d'autant plus rageant que So Foot avait publié une très belle tribune (Genoux à terre, debout à tort ?) prenant position pour que les Bleus ne cèdent pas à la pression de l'extrême droite sur cette question.

On a du mal à saisir qu'un média puisse prendre position pour que les bleus posent un genou à terre puis, deux jours plus tard, fasse l'apologie d'un groupe à l'opposé de ces valeurs antiracistes. Car les Carpathian combattent clairement les différences : de couleur de peau, de religion, de sexualité...

La seule explication encore plausible (et paisible) à nos yeux serait que la rédaction de So Foot ne se soit pas rendue compte que les lignes sur la superbe ferveur hongroise concernaient ce groupe. Et qu'elle n'ose pas le reconnaître.

Si ce n'est pas cela, So foot nous paraît bien foutu...


Colombie : la France complice

"Les entreprises françaises bénéficient en Colombie d’une excellente image. Outre les actions de fondations d’entreprise françaises sur le plan social, les filiales françaises apparaissent année après année comme le premier employeur étranger en Colombie (environ 100 000 emplois directs). De nombreuses entreprises françaises ont connu de beaux succès en Colombie." (source Site Officiel du Medef)

A l'heure où les massacres de la police colombienne et des paras menés par le binôme Uribe/Duque continuent, il nous paraissait important de souligner la complicité de la présence française en Colombie par son silence.

Cette présence c'est plus de 210 entreprises (source chambre du commerce), 130 accords de coopération universitaire, 12 Alliances françaises, des échanges culturels récurrents, une coopération avec la police française qui ne se cantonnerait pas qu'à la lutte contre le narcotrafic (comme un peu partout dans le monde). La Colombie est le premier bénéficiaire de l’aide publique du développement français sur le continent américain, et donc la France contribue à accroître les inégalités sur place. Dans tous les cas, le silence est accablant alors que la situation dans le pays se dégrade.

En effet : ni les dizaines de morts, ni les centaines de disparus, les milliers de blessés, les militants arrêtés arbitrairement, torturés, violés, frappés ne semblent peser sur la conscience morale des industriels venus faire fortune sur le sol colombien. Aucune condamnation réelle y compris de la part des associations d'échanges universitaires qui semblent peu soucieuses du sort réservé aux étudiants et enseignants colombiens au front pour défendre leurs droits depuis 2019.

Il nous paraît légitime et important de préciser que par le passé, dans presque toute l'Amérique du Sud, la France a participé de manière concrète à aider les dictatures et à la formation des groupes paramilitaires d'extrême droite, invitée à exporter son savoir-faire en matière de contre-révolutions pratiqué durant la guerre d'Indochine et surtout d'Algérie (Opération Phénix) mené par Paul Aussaresses. Sur ce sujet, on pourra citer le documentaire de Marie Monique Robin "Escadrons de la mort, l'école française 24". La France était seule à collaborer aussi étroitement avec les USA durant l'Opération Condor, elle avait une présence militaire plus ou moins secrète en Argentine, mais aussi en Colombie, Chili, Brésil et au Vénézuela, d'après Pierre Messmer ministre des armées sous De Gaulle. Dans les années 70, le président Giscard d'Estaing a appuyé les juntes de Videla en Argentine et de Pinochet au Chili. L'héritage diplomatique et industriel paraît assez logique. Nous savons aussi que la police française participe à aider la police colombienne, ici aux côtés de la DEA et du FBI.

 

Les entreprises françaises, numéro 1 parmi les étrangères sur le sol colombien

Nous avons choisi de lister ci-dessous quelques unes des plus grosses entreprises françaises présentes sur le sol colombien, estimant qu'elles se rendent complices des massacres d'état par leur silence :

Groupe Éxito ( groupe Casino), Sanofi-Genfar, Axa-Colpatria, Renault-Sofasa, Groupe Seb-Imusa, L’Oréal-Vogue, Teleperformance-Teledatos, Schneider Electric, Sodexo, Lactalis, EDF, Legrand, Veolia, BNP Paribas, Airbus, Nexans, Mersen, April, Vinci, Alcatel, Thalès, Suez, l'Occitane, Saint-Gobain, Natixis, Crédit Agricole, Accorhôtels (gros projet d'investissement en cours), Royal Canin, Servier, Bolloré, Total, Arcelor-Mital, Air Liquide etc.

Liste détaillée et un peu plus complète des entreprises françaises recensées sur le sol colombien, classées par secteurs comprenant l'adresse du siège social

 

EXITO, filiale du groupe Casino, main dans la main avec l'ESMAD

Premier fait établi, une filiale du groupe Casino : Exito a fait des dons à la police anti-émeute ESMAD ( qui correspond à un mélange de ce que sont nos BRAV et CRS). On doit à ces unités de police la responsabilité de nombreux morts, de cas de tortures et d'exactions très graves sur les manifestants.

Dans cette vidéo, EXITO félicite l'ESMAD et justifie son don félicitant son travail, en présence de Diego Molano (ministre de la défense depuis février 2021). Le représentant d'EXITO, explique que les entreprises privées sont là pour soutenir la force publique. Il remet une carte cadeau de 40 millions de Pesos (plus de 9000euros) au ministre pour les agents et leurs famille qui se seraient battus pour "la démocratie".

 

 

 

De plus, à Cali, épicentre des révoltes, un supermarché EXITO, aurait peut être servi de centre de détention provisoire où des manifestants auraient été torturés d'après cet article et de nombreux témoignages (le groupe nie). Il aurait fallu 24 heures pour que des représentants de l'exécutif et des défenseurs des droits humains puissent y entrer après ces révélations, de nombreuses informations contradictoires en sortie de commission sont décrites par des parlementaires et n'auraient pas été prises en compte dans le rapport officiel (nettoyage par des produits ménagers, emplacement des traces de sang...)

Le groupe français Casino ne serait-ce que par ce don, participe plus ou moins directement à la répression en cours. On se doute qu'il n'est pas seul, ce pourquoi nous espérons que des journalistes ouvriront des investigations.

Si vous avez des informations vérifiées ou vérifiables sur le rôle de la présence française : n'hésitez pas à nous transmettre tout ce qui concernerait cette porosité ou collaboration avec le régime de Duque/Uribe, mais aussi concernant les blocages ou grèves en cours dans ces entreprises.

Nous ferons de notre mieux pour que l'information circule.

 

Que pouvons nous faire ici ?

Nous ne nous faisons aucune illusion sur le fait que ni la diplomatie, ni les entreprises françaises, ni le gouvernement Macron, ni les organisations politiques ne prendront leurs responsabilités et bougeront le petit doigt à moins d'une très forte pression interne. Tout au plus un appel démagogique au "calme" ou "à calmer les tensions des deux cotés".

C'est donc aussi sur notre territoire que nous devons appeler à se mobiliser le plus massivement possible pour soutenir les révoltes actuellement en cours, et mobiliser la presse pour qu'elle enquête afin que la France et ses entreprises prennent leurs responsabilités. C'est un devoir non seulement pour le continent américain, mais aussi pour l'ensemble du sud global et donc pour l'avenir du monde.

Après deux ans de mobilisation, le Chili, pays le plus riche d'Amérique latine et l'un des plus à droite va finalement se débarrasser de la constitution mise en place depuis Pinochet, infligeant un sérieux revers au président Piñera, en sachant qu'une partie des manifestants a pourtant préféré s'abstenir méfiante à l'égard de la démocratie représentative. L'un des terreaux d'expérimentation le plus caricaturales du néo-libéralisme imposé par les USA en tête est donc en train de s'écrouler.

C'est aussi ce qui se joue en Colombie actuellement dont l'influence économique pèse dans de nombreux secteurs économiques de taille : portuaire, numérique, touristique, pétrole et hydrocarbures ou même le narcotrafic. Cinquième pays le plus riche d'Amérique du sud, chasse gardée des USA, prise en tenaille par les paras, l'extrême-droite et les narcos, elle est un exemple concret de tous les travers engendrés par le capitalisme.

L'épicentre révolutionnaire, Cali, n'est pas un symbole mais un exemple à suivre pour tous les révolutionnaires du monde incluant une lutte dans son ensemble : place des minorités, points de blocages, organisation autonome supervisée par les premières lignes, programme de démocratie directe etc.

N'importe quelle victoire remportée par les insurgé-e-s colombiens peut contribuer à l'effet château de cartes à l'échelle d'un continent gangrené par la corruption et par les déstabilisations venues de l'Oncle Sam pour défendre "son" territoire par tous les moyens du soutien à une gauche libérale (Equateur) en allant jusqu'à des coups d'états d'extrême droite échoués ou réussis ces dernières années (Honduras, Venezuela, Bolivie...).

Depuis la France : nous insurgés appelons à soutenir le peuple colombien de toutes les manières possibles.

Nous reviendrons très rapidement sur les événements en cours pour faire un point plus détaillé de la situation sur place avec l'appui de correspondants,

En attendant, toutes nos pensées et tout notre amour révolutionnaire accompagnent les victimes de la répression du régime Duque/Uribe et tou-te-s les manifestant-e-s colombiens.


Réforme de l'assurance chômage : la fabrique à pauvreté du gouvernement

Annoncée comme une lutte contre la précarité et la permittence (novlangue désignant l’alternance de contrats et de chômage) par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, la réforme de l’assurance chômage dite « universelle » était une mesure phare de son programme.

Mais derrière cette belle opération de séduction pré-électorale se cache surtout une économie à venir de 2.3 milliards d’euros par an selon les prévisions de l’Unédic.

Et depuis fin 2019, avec le début de sa mise en place en 3 phases, la réforme se révèle bien moins sociale que ce que le gouvernement voulait nous faire croire : sous couvert de lutter contre l’abus des contrats courts, elle permet en réalité de taper sur ceux qui n’ont pas d’autre choix que d’accepter ce type de contrats.

Un rapport édifiant de l’Unédic, l’association chargée de la gestion de l’assurance chômage en coopération avec Pôle Emploi, alerte sur les effets de cette réforme.

 

⏳ Sur la phase 1 mise en place au 1er Novembre 2019, la période de travail nécessaire au rechargement des droits au chômage d’un demandeur d’emploi a été rallongée. Elle est passée de 1 à 6 mois, puis généreusement revue à 4 mois le temps de la crise sanitaire.

En allongeant les délais et en durcissant les conditions pour être indemnisé, la mesure a fait ses premières victimes. Ce sont les salariés en CDD, les intérimaires, les extras, les saisonniers… qui doivent additionner les contrats courts renouvelables afin de pouvoir recharger leurs droits et continuer à toucher les allocations chômage.

Mais elle a également fait ses premières économies, car en retardant le rechargement de leurs droits, c’est autant de mois d’indemnisations non versées par le gouvernement.

Pour faire mine de respecter les promesses de campagne, l’assurance chômage a toutefois été ouverte à des catégories qui n’y avaient pas droit jusque-là, à des conditions à la limite du ridicule tant elles sont peu atteignables :

Pour les salariés démissionnaires

Avoir au minimum 5 ans d'ancienneté, dans la même entreprise, et présenter un projet de reconversion dont la faisabilité doit être validée par une commission.

Pour les travailleurs indépendants

Être impérativement en liquidation judiciaire après au moins 2 années d'exploitation et avoir eu un revenu annuel minimum de 10.000 euros sur ces 2 dernières années. Conditions pour pouvoir toucher une indemnisation fixée à 800 euros mensuels pendant 6 mois.

 

⏳ Sur la phase 2 qui sera mise en place au 1er Juillet, le montant de l’allocation chômage sera calculé selon de nouvelles règles. Le salaire journalier de référence, qui permet de définir le montant de l’indemnisation versée à un demandeur d’emploi, ne sera plus basé uniquement sur les jours travaillés d’une période, mais prendra également en compte les jours non travaillés de cette même période.

Le résultat de ce changement, une baisse pouvant aller jusqu’à 43% du salaire journalier de référence, qui entraînera donc une baisse d’indemnisation pour 1.15 million de chômeurs la première année.

Selon une étude de l’Unédic, si l’allocation augmentera pour 23% des allocataires de quelques dizaines d’euros, elle baissera de plusieurs centaines d’euros pour 63% d’entre eux, une perte énorme sur un budget.

Objectif assumé du gouvernement : faire en sorte que le travail paye plus que l'inactivité. Et s’il met en avant la durée d’indemnisation allongée par la réforme, passant de 11 à 14 mois en moyenne, il oublie de préciser que 27% des indemnisés reprendront une activité avant la fin de leurs droits, autant d’argent qui ne sera pas versé donc là aussi économisé.

 

⏳ Sur la phase 3 dont la date de mise en place devrait avoir lieu à partir de l’automne 2021, les conditions d’ouverture des droits seront durcies. Il faudra avoir travaillé 6 mois sur les 24 mois qui précèdent l’inscription pour avoir droit à une indemnisation, contre 4 mois sur les 28 précédents actuellement.

Une petite exception pour les plus de 53 ans qui auront eux 36 mois pour effectuer leurs 6 mois, soit 130 jours ou 910 heures.

Près de 500.000 chômeurs, selon l’Unédic, seront lourdement impactés par cet allongement du temps de cotisation qui retardera l’ouverture de leurs droits et repoussera de plusieurs mois leur indemnisation.

Et si dans cette réforme le gouvernement annonce mettre en place un bonus-malus sur les cotisations patronales de certaines entreprises pour les inciter à embaucher en CDI, nous ne sommes pas dupes, ça n’est pas là que se trouvent les 2.3 milliards d’économies annuelles.

Après 15 mois de crise sanitaire, alors que le taux de chômage est déjà élevé (9% en 2020) et qu’on note une augmentation des CDD (87% des embauches en 2019 contre 76% en 2000), la fabrique à précaires ne chôme pas. Et l’Unédic prévoit déjà 2.8 millions de personnes supplémentaires qui ouvriront un droit à l’allocation chômage entre juillet 2021 et juin 2022.

💥 Combien de demandeurs d’emploi déjà précaires basculeront dans la pauvreté ?

Ça l’Unédic ne le dit pas...

Lien source Unédic 📊 https://www.unedic.org/publications/etude-dimpact-de-levolution-des-regles-dassurance-chomage-au-1er-juillet-2021

Lien source embauches 📊 https://partageonsleco.com/2020/10/26/evolution-de-la-part-des-cdi-cdd-1993-a-2019-graphique/


FAIRE SÉCESSION

La manif policière devant l'Assemblée Nationale n'est pas qu'un épiphénomène. Elle révèle l'état de notre société et donne une idée assez précise de son évolution dans les prochaines années.

Alors que le pays a traversé une crise sanitaire catastrophique (plus de 100 000 morts, des hôpitaux et des soignants débordés) et qu'il entame une crise économique tout aussi dévastatrice (des millions de personnes au chômage, tombant dans la pauvreté, des faillites à la chaîne), il paraît que les deux "problèmes" majeurs sont :

- Le danger de l'islam et de l'étranger

- La police qui n'est pas assez reconnue et protégée

On pourrait presque en rire. Si tout cela n'allait pas aussi loin comme on l'a vu hier avec le ministre de l'Intérieur, le préfet et toute une partie de la classe politique (du PCF au RN) qui ont participé à un rassemblement putschiste prônant ouvertement la fin de l'indépendance de la justice...

Au passage, le même jour, après 200 jours de couvre-feu inédit dans l'histoire de la 5e République, des terrasses ont été évacuées avec des gaz lacrymogènes (à Rennes) et des policiers armés de mitraillettes automatiques (à Paris).

2022 est déjà perdue. La 5e République est déjà foutue.

On peut se lamenter, mais il faut surtout en prendre acte.

Acter qu'il n'y a plus rien à espérer du système, et de tous ceux qui composent avec. Partis politiques, syndicats, assos, collectifs... Tous ceux qui continuent de jouer "le jeu" de notre société actuelle en font partie et ne font que retarder sa chute. Sauf qu'avant de chuter, le système va mettre tout en œuvre pour vivre le plus longtemps possible, y compris des politiques racistes, inhumaines et meurtrières. Il sera prêt à tous les "sacrifices" pour peu que cela lui donne quelques années de plus.

Cela fait des décennies que les riches deviennent plus riches, de façon indécente et totalement déconnectée de toute réalité macro économique. Pendant ce temps, la planète se meurt, tout comme les classes les plus précaires. Les classes moyennes, elles, sont paupérisées, sur l'autel de la crise et de sacrifice... permettant aux ultras riches de gagner encore plus d'argent.

Alors oui, face à ce terrible constat, une seule issue : faire sécession.

Cesser de tenter de "réformer" le système de l'intérieur. Cesser de jouer le jeu de la "démocratie" en exprimant nos colères par des pétitions, par les élections ou par des manif/nasses. Cesser de composer avec des personnes et structures qui affirment vouloir changer le monde mais sans changer les règles. Cesser d'écouter et de regarder les médias des ultras riches. Cesser de participer à leur simulacre démocratique. Cesser de leur donner de l'importance.

Car au final, nous sommes des millions à en avoir clairement ras le cul de ce monde, de cette société. A vouloir tenter de tout renverser pour tout changer. Des millions à ne pas considérer l'étranger ou l'autre comme la cause de nos malheurs. Des millions à savoir que c'est le puissant, l'ultra riche, qui en est responsable.

Mais le système est si bien fait que les espaces médiatiques, politiques, publiques sont occupés par des personnes et des débats qui laissent à penser que les thématiques imposées par les puissants sont vraiment celles qui préoccupent le plus grand nombre.

Cessons d'être en réaction. Construisons à côté. Construisons sans eux. Détruisons aussi. Émancipons nous de nos chaînes, de nos maîtres, de nos peurs.

Quand une société nous parait si affreuse et inhumaine, et qu'elle prétend vouloir/devoir aller encore plus loin dans l'inhumanité, nous n'avons qu'une option : faire sécession.


PALESTINE : LE REFUS DE L'APARTHEID

Alors que le bilan s'alourdit, à l'heure ou nous écrivons ces lignes, on compterait déjà 126 morts dont 7 israéliens d'un côté et 119 Palestiniens de l'autre parmi lesquels au moins 31 enfants, plus de 800 blessés, la destruction d'écoles, de bâtiments officiels, du siège des médias et des dizaines d'habitations rasées par les bombardements. Beaucoup de choses ont déjà été dites.

Cependant, il nous paraît important de resituer le contexte dans lequel intervient cette escalade de la violence coloniale pouvant aboutir à une troisième intifada alors que les organisations palestiniennes, dont le Hamas, demandent à la communauté internationale d'encadrer et sécuriser un cessez-le-feu général, ce que le gouvernement israélien a délibérément refusé.

« Les terroristes n'ont pas payé un prix suffisamment lourd pour leurs attaques » (B. Netanyahu dans Times of Israel)

L'histoire se répète et va de mal en pis, l'état israélien accélère son processus de colonisation dans le quartier de Sheick Jarrah, autour de la mosquée de Al-Aqsa, lieu hautement symbolique de Jérusalem-Est, ville séparée par un mur, symbole même de ce régime d'apartheid. En effet, le feu aux poudres a été déclenché par la menace d'expulsion de 70 familles palestiniennes. Pour le coup, le procès en cours qui devait se dérouler le 10 mai, a dû être repoussé pour le moment.

A la veille du 73ème anniversaire de la Nakbah (synonyme de « grande catastrophe »), correspondant à l'édification de l'état sioniste et de l'exil forcé de 800 000 Palestiniens, tout laissait entrevoir une montée du conflit avec une voie sans issue. Une partie de la population palestinienne vit enclavée entre la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. D'autres Palestiniens appelés « arabes-israéliens » vivent en Israël (où ils représentent 20 à 30% de la population) le plus souvent dans la pauvreté et discriminés, en étant dotés d'un passeport israélien avec une mention spécifique à cette identité, également dans l'état civil.

Nous utilisons ce terme d'« arabes-israéliens » avec parcimonie, rappelant qu'historiquement et même actuellement, il existe de nombreux juifs de culture arabe qui le revendiquent (issus du Moyen-Orient et du Maghreb). Nous préférerons donc l'emploi général du terme Palestinien et refuserons cette expression, utilisée par Israël pour isoler la minorité palestinienne sur son sol du reste de la communauté palestinienne enclavée.

 

 

Renforcé après le mandat du précédent président américain Donald Trump, artisan de la normalisation des relations diplomatiques pré-existantes mais dorénavant officialisées d'Israël avec des pays arabes parmi lesquels l'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis ou le Maroc, le gouvernement de Netanyahu a le champ libre après l'échec total de la gauche israélienne.

Provocation suprême, après le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem, les palestiniens se retrouvent encore plus esseulés et ignorés par l'ensemble de la communauté internationale à de rares exceptions telles que l'Irlande (dont le nord subit encore une occupation militaire et étatique) et l'Afrique du Sud (qui a connu une situation similaire en termes d'occupation, on n'ignore pas non plus que ce pays a subi l'apartheid ), quand bien même Biden a rétabli l'aide financière américaine. Si le sort des Palestiniens n'intéresse pas outre mesure les institutions mondiales, il existe heureusement une solidarité internationale infaillible réunie autour de la campagne BDS afin de faire pression sur ces instances.

Le gouvernement d'extrême droite israélien a pu légiférer légalement l'apartheid avec une loi sur le concept d'un état juif approuvé par la Knesset (assemblée). Elle est dorénavant appliquée pour accélérer le processus de colonisation, incitant largement les colons à prendre possession des terres et des maisons à Jérusalem-Est dans le quartier de Sheick Jarrah autour de Al Quads (Esplanade des Mosquées), tandis que ce qui reste de territoires palestiniens rétrécit déjà à vue d'œil au fur et à mesure des années comme le montre le graphique ci-joint. Tout s'accélère.

Encouragés par ces mesures, des colons d'extrême droite protégés par Tsahal, ont multiplié les intimidations sous des formes pré-pogromistes aux cris de « Mort aux Arabes ! » au cours des derniers mois, alors que l'armée israélienne appuie cette multiplication des tentatives d'expulsions des logements et des terres palestiniennes dans le but de mettre à « bien » son projet d'annexion totale. Les recours juridiques de la population palestinienne passent à la trappe, certains qui devaient passer en appel le 10mai sont reportés à cause des événements en cours.

Aux abords de la mosquée Al Aqsa, l'occupation sioniste réprime les fidèles à l'approche de la fin de Ramadan, ce qui est vu comme une provocation extrême d'autant que le peuple palestinien s'apprête à commémorer la Nakbah. La colère populaire s'est ainsi logiquement propagée et reportée sur l'ensemble des territoires occupés.

Si nous voulons saisir les enjeux, même en les survolant, il est important de rappeler le facteur démographique (voir photo) notamment concernant la population de Jérusalem, environ 920 00 personnes dont environ 500 000 israéliens pour 220 000 colons à Jérusalem-Est.
Plus de la moitié de la population palestinienne a moins de 25 ans, la nouvelle génération a seulement des souvenirs de la deuxième Intifada, elle a grandi à la sortie d'une guerre civile fratricide entre le Hamas et le Fatah, pleine de désillusions sur son avenir, accentuée par la corruption de ses instances à Jérusalem, Gaza comme en Cisjordanie. Tous les Palestiniens subissent la répression féroce de l'occupant dès le plus jeune âge, souvent la prison, les seules perspectives d'avenir sont de partir sans pouvoir revenir (Israël interdit aux Palestiniens de revenir sur leurs terres), ou de rester, lutter, résister mais forcément subir.

 

 

Revenant à l'aspect démographique, il y a une réelle peur chez une partie des israéliens d'être « remplacée » sur ses terres conquises, la natalité « arabe » étant plus forte et sa population plus jeune sur son sol et dans les territoires occupées. La peur d'un « grand remplacement » et la férocité du nationalisme israélien ainsi que son arsenal militaire et répressif, fait que cet état est de plus en plus érigé en tant que modèle par une partie non-négligeable de l'extrême-droite largement antisémite et de la suprématie blanche de manière globale, on pourra citer Bolsonaro, le gouvernement polonais qui légifère des lois mémorielles négationnistes, ou encore Orban en Hongrie, en passant par Modi en Inde.

Israël accuse forcément le Hamas d'être à la manœuvre parce que ses milices sont celles qui disposent du plus de moyens pour lui tenir tête. Tsahal en profite pour riposter, attaquer ses bases et se débarrasser de ses têtes de réseaux. A plusieurs reprises, les Cerveaux non Disponibles ont été interpellé-e-s voir accusé-e-s de soutenir le Hamas. Il nous paraît nécessaire de répondre brièvement et d'éclairer notre grille de lecture analytique d'un point de vue décolonial et matérialiste. Il faut souligner que par le passé, Israël a tenté d'affaiblir le Fatah par tous les moyens possibles.

L'arrivée au pouvoir du Hamas en 2000 par un processus démocratique est le résultat d'un demi siècle d'occupation et de colonisation. Le Hamas qui n'existe que depuis 1987, n'est pas un État et ne dispose en aucun cas des moyens militaires de Tsahal, malgré des aides financières parfois importantes venues de l’étranger.

Les Palestiniens de Gaza étouffent tous, sous le blocus israélien. Ce n'est ni le Hamas, ni le FPLP, ni le Djihad Islamique, ni même le Fatah qui sont en capacité de stopper la colonisation, les blocus sur l'eau et l'électricité, de freiner les humiliations quotidiennes de la police et l'armée, l'attitude "pogromiste" des colons, donc et surtout de décréter une paix, juste et durable à laquelle aspirent les palestiniens.

 

 

Le président de l'autorité palestinienne Mahoud Abbas, qui semble avoir lâché sa population, ne répond plus par la force , et par le passé le Hamas a respecté les cessez-le-feu, auxquels il appelle encore aujourd'hui. En dehors des "regains de tensions", l'expansion des territoires annexés n'a jamais cessé, ni les persécutions envers les palestiniens, ni les check-points, ni toutes les persécutions coloniales.

Israël est seule à pouvoir manœuvrer si toutefois elle désirait l'arrêt du "conflit", ses interlocuteurs sont prêts, mais ça ne pourra se faire qu'à la seule condition de la justice et la dignité trop longtemps bafouées. Seulement voilà, le 1er ministre, B.Netanyahou, plutôt préoccupé de légitimer sa position devenue fragile à force de procès pour détournements et corruption, en sollicitant l'appui des partis ultraorthodoxes d'extrême droite, ne semble pas du tout être engagé dans un processus de paix... Bien au contraire, ce dirigeant, qui a tout de même permis l’implantation de ces nouvelles colonies israéliennes, n'a jamais donné de signe en ce sens et une partie de la gauche israélienne se tait, à de rares exceptions.

Toutes les vies se valent, qu'importe les confessions, mais les cartes de la résolution du conflit sont donc logiquement dans la main de l'oppresseur, l'opprimé lui, ne fait que résister par tous les moyens qui lui semblent bons et possibles, cela a toujours été le cas durant les guerres coloniales.

Face à cette injustice insupportable qui dure depuis trop longtemps, nous appelons à nous mobiliser dans différentes villes de France, et ailleurs dans le monde, ce samedi et pour la suite des événements. Vous trouverez ci dessous une liste des rassemblements dans la francophonie :

Vive la Palestine libre et vive la paix et la dignité pour tous !

Mobilisations ce samedi :

• Albertville, devant la sous-préfecture, 11h
• Bordeaux, place de la Victoire, 15h
• Bruxelles, place Albertine, à 15h
• Caen, place du théâtre, à 16h
• Clermont-Ferrand, place de Jaude, 15h
• Genève, zone piétonne du Mont Blanc, 14h
• Lannion, devant la sous-préfecture, 11h
• Le Havre, Hotel de ville, 14h
• Lille, Grand Place, à 15h00
• Lyon, place Bellecour, à 15h
• Marseille, place Bargemon, à 15h
• Metz, place Saint-Jacques, à 11h
• Montpellier, St Paul la Paillade, à 10h30
• Nancy, place Maginot, à 15h
• Nantes, carrefour Barillerie/50 otages, 14h30.
• Nice, place Massena, à 15h
• Nîmes, avenue Feuchères, à 15h
• Orléans, place du Martroi, 15h
• Paris, métro Barbès, à 15h
• Poitiers, place de la mairie, 15h
• Reims, Fontaine de la solidarité (Place d’Erlon), à 14h30
• Rennes, place de la République, à 15h
• Saint-Étienne, place Chavanelle, à 15h
• Strasbourg, place de l’Université, à 14h30
• Toulouse, place du Capitole à 11h
• Tours, place Jean Jaurès, 15h


Que jeunesse se lâche !

Le monde a plus que jamais besoin que la jeunesse désobéisse, qu'elle renverse la table et ne suive plus les règles de ce vieux monde. Et qu'elle emmerde ceux qui lui reprocheront d'agir avec autant de désinvolture. Car c'est de désinvolture et d'audace dont le monde a cruellement besoin.

Les adultes veulent une jeunesse raisonnable, enfermée, docile. Parce qu’ils ont peur. Et qu'ils ne savent pas vivre autrement.

Sauf que le pire arrivera justement si rien ne change. Le monde court littéralement à sa perte : écologiquement, socialement, moralement. Et ce sont ces mêmes adultes qui en sont responsables. Suivre leurs conseils ne serait pas seulement un échec de jeunesse mais une faute pour la nature et le vivant.

Dans l'histoire, les générations dont on se souvient sont celles où la jeunesse a clairement désobéi et refusé le monde qu'on leur imposait. Ils ont détruit les règles et les cadres dans lesquels leurs parents et grands parents vivaient. Pour leur propre bien, mais surtout pour le bien des générations d'après.

Les adultes de 2021 ont clairement échoué. Ils le savent. Mais il ne savent pas comment sortir de cette spirale et de ce monde qui nous étouffe. Seule la jeunesse pourra trouver l'issue, et cela se fera forcément de façon subversive, déraisonnable, insensée...

Alors oui, mille fois oui : soyez ivres. Ivres de vie, ivres d'alcool, ivres de sexe, ivres d'amour, ivres de musique. N'essayez pas d'être mesurés, de tenter de vous faire plaisir tout en ayant l'approbation du système. Faites vous plaisir. Point barre.

Et ouvrez des brèches. Tentez tout. L'erreur peut même être superbe.

Notre société est à détruire. De plus en plus de personnes en sont convaincues. Mais la plupart restent enchaînées par des années de constructions sociales. Constructions qui n'ont rien de naturelles et qui sont entretenues par les puissants de ce vieux monde.

Il faudra donc réussir à faire le deuil de ce système, de ce monde, de cette société, pour comprendre ce qu'il est possible de créer, le monde qui peut nous attendre. On pourra alors danser sur la tombe du vieux monde. Et tant pis si cela choque.

« Si je ne peux pas danser à la révolution, je n’irai pas à la révolution » Emma Goldman

 

Crédit photo DURSUN AYDEMIR / ANADOLU AGENCY


Démasquons la liberté

Nous avions déjà publié en août dernier une tribune pour expliquer notre position concernant le masque.

La situation actuelle nous parait nécessiter une nouvelle mise au point.

Depuis plusieurs semaines, nous constatons sous nos publications que la plupart des commentaires se concentrent sur le port (ou non) du masque. Que ce soit des posts sur le Covid mais aussi et surtout sur tout autre sujet, notamment les luttes sociales.

Certains se scandalisent de manifestants sans masque. Mais, d'autres, encore plus nombreux, dénoncent les manifestants qui acceptent "docilement, en soumis", de porter le masque.

Ce nouveau point Godwin nous questionne et nous inquiète.

De notre côté, nous estimons qu'il n'y a pas à asséner une vérité absolue sur l'intérêt sanitaire du masque : FFP1, en tissu, en intérieur, en extérieur...

La question est très complexe et les études varient parfois dans leurs conclusions. Mais, globalement, nous pensons que le masque permet de limiter la propagation du virus, notamment dans des lieux clos.

Le gouvernement a soufflé sur les braises de la défiance, en affirmant il y a un an que le masque était totalement inutile pour le grand public. Tout simplement parce qu'il n'avait pas les stocks nécessaires (ils finiront par l'avouer dans quelques années). Aujourd'hui, il a opté pour un revirement à 180 degrés et impose le masque obligatoire, partout, tout le temps. Et surtout, verbalise à la moindre escapade non masquée.

On comprend donc que certains puissent se révolter de cette attitude répressive du pouvoir.

Mais, ce que nous ne comprenons pas, c'est cette focalisation extrême sur cette question. Le masque serait devenu le symbole de la nouvelle dictature mondiale. Tous ceux qui le portent seraient des "soumis" au "nouvel ordre mondial".

Cela serait drôle si ce n'était pas si grave.

Imaginons une personne ayant passé 5 ans dans le coma et qui se réveille aujourd'hui. Elle réalise que la culture, les concerts, le cinéma, la danse ou le théâtre n'ont plus leur place. Que les discothèques, les restaurants, les cafés sont fermés. Qu'il est désormais mal vu de se réunir entre amis. Que les fêtes sont pointées du doigt. Elle constate que les citoyens sont sous couvre feu, que leurs déplacements sont limités et contrôlés, qu'ils ne peuvent s'éloigner de chez eux que pour aller travailler.

Elle apprend qu'il est désormais interdit de filmer la police, que celle-ci a des pouvoirs accrus et quasi sans limites. Que la surveillance a été généralisée et, qu'il s'agisse d'actes ou d'opinions, que tous les citoyens sont désormais espionnés par l'Etat et la police. Et elle découvre que le combat principal pour retrouver ses libertés... serait de pouvoir enlever son masque ?

Et si la situation nous inquiète autant, c'est qu'elle n'est pas le fruit du hasard. Partout dans le monde, des manifs ont lieu contre la "dictature sanitaire". Des citoyens de différents horizons et profils sociaux y participent. Mais souvent, en sous main, l'extrême droite se place, voire initie les manifestations.

Pourquoi ? Parce que dans cette période où les libertés ont été dramatiquement diminuées, pour s'approcher objectivement d'une société autoritaire, voire dictatoriale, l'extrême droite n'a aucun intérêt à ce que la situation change. Au contraire. Elle n'a plus qu'à attendre pour cueillir les fruits de la crise économique. Et prendre le pouvoir avec tous les outils dont elle a toujours rêvé pour contrôler la population. Face à cela, il lui paraît plus que vital de faire en sorte que la population ne se focalise pas sur la perte de ses libertés fondamentales.

Mettre le paquet sur la question du masque est donc la stratégie idéale pour l’extrême droite. Une stratégie qui, in fine, n'est pas pour déplaire au pouvoir. Pendant que ces personnes dépensent leur énergie pour réclamer le droit de sortir sans masque, elles ne descendent pas dans la rue pour réclamer le retour de toutes leurs libertés, voire pire, exiger la chute du régime.

Alors oui, on aimerait pouvoir imaginer à moyen terme retrouver une vie où on sort dans un parc sans avoir à mettre le masque. On aimerait une société où chacun décide s'il est utile /pertinent de mettre un masque selon la situation. Mais, alors que nous perdons de jour en jour le peu de libertés qu'il nous reste, nous ne comprenons pas comment des personnes peuvent critiquer et dénigrer ceux qui continuent de lutter, dans la rue, face au pouvoir et à la police, au motif qu'ils portent un masque.

A ce jeu là, on finira peut-être par ne plus avoir de masque. Mais nous serons chacun dans notre cellule. Enfin libres de ne pas porter le masque.... A quel prix ?


Facebook menace de supprimer la page CND !

Samedi 3 avril 2021, Facebook nous envoie la notification la plus menaçante depuis la création de notre page. « Cerveaux non Disponibles risque de ne plus être publiée » (entendez supprimée). Elle est déjà, depuis ce samedi après midi très fortement déréférencée. La raison de ce bannissement ? Une vidéo publiée samedi matin d'une manifestation féministe ayant eu lieu vendredi à Mexico, suite au meurtre d'une salvadorienne étouffée par la police. Cette vidéo montre plusieurs manifestantes frapper les boucliers de la police avec des marteaux. Le post était très informatif mais avec un titre un peu provocateur : "Détruire la société patriarcale et capitaliste... au marteau !". La vidéo est toujours visible sur plusieurs comptes Twitter, Facebook et Instagram.

Ce signalement fait suite à d'autres, qui, selon Facebook, ont contribué à cette décision de potentiellement supprimer notre page. Il y a deux semaines, nous publions, dans la foulée des Césars, un visuel en soutien à l'action de Corinne Maserio, réalisée par l'artiste "Débit de beau". Le voici :

Facebook a supprimé le post, considérant qu'il y avait présence de "nudité ou actes sexuels" ! Là encore, nous avions fait appel, sans réussir à obtenir gain de cause (pas même un retour de Facebook).

Enfin, quelques semaines avant, Facebook nous avait également épinglé, cette fois pour "fake news". Nous avions publié un visuel avec un texte d'accompagnement, illustrant un article du Canard Enchainé. Nous expliquions que les hôpitaux d'Ile de France avaient perdu 800 places en réanimation depuis mars 2020. L'AFP a publié un factchecking nous accusant de fakenews. Et, en lien avec Facebook nous a épinglé et déréférencé. Voici le post :

Il se trouve que nous nous sommes trompés sur la date de l'article du Canard, qui datait non pas de mars 2021 mais d'octobre 2020. Autre erreur : le Canard ne parle pas de 800 lits mais d'une capacité en baisse de 30% par rappor à avril 2020, où il y avait 2500 lits de réa. Donc 30% de 2500 lits représentent 750 lits en moins par rapport à Avril ! Alors oui, il y a erreur sur la date, et 50 lits de différence. Mais peut-on pour autant parler de Fakenews ? Et décider d'invisibiliser une page pour ça ?

Doit-on rappeler les tonnes d'informations clairement erronées que les principaux médias diffusent sur leurs réseaux ? Ces médias qui ont diffusé des heures durant la soit disante arrestation de Xavier Dupont De Ligonnès, qui ont affirmé pendant des mois tout et son contraire sur la réalité sanitaire du covid, qui ont affirmé qu'un manifestant s'était maquillé le visage alors qu'il avait le visage en sang suite à une charge policière...

Nous ne prétendons pas avoir raison sur tout. Nous publions chaque mois plusieurs centaines d'articles, de tribunes, de vidéos. Nous faisons sûrement des erreurs. Mais ce n'est jamais un mensonge intentionnel. Contrairement à d'autres. Quelle société peut accepter qu'un géant du web décide de quelle information peut ou pas être vue par des citoyens, ayant pourtant fait le choix de s'abonner à une page ?

Cela fait près de deux ans que nous alertons et nous inquiétons des dérives de censure et d'invisibilisation de pages et médias militants par Facebook. A l'été 2019, la page CND et d'autres (Nantes Révoltée, Colère noire, Rouen dans la Rue...) connaissaient une très forte baisse de visibilité, pile une semaine avant le G7 à Biarritz.

Depuis, nous avons gagné plus de 200 000 abonnés sur facebook (atteignant presque les 450 000) mais avons vu notre audience chuter. C'est tout sauf un hasard. Et ce dernier épisode n'est que l'épilogue d'une lutte discrète mais bien efficace de Facebook et des gouvernements en place pour détruire l'émergence de contre-médias. Pour vous donner des chiffres précis, en avril dernier, alors que nous n'avions que 300 000 abonnés, la couverture moyenne quotidienne de nos posts était d'1,5 million. Un an plus tard, avec 150 000 abonnés de plus, elle est a 250 000 ! De nombreux abonnés, qui ont pourtant cliqué sur l'option pour mettre notre page en favoris, ne voient plus nos posts sur leur mur.

Les deux phénomènes sont étroitement liés : chaque signalement / suppression de post (pour pseudo fakenews ou pour appel à la violence) participe de la baisse de la visibilité de la page, qui, même sans signalement, baisse inexorablement. Nous savons que plusieurs groupes pro Macron , pro police ou d’extrême droite ont déjà lancé, via des groupes privés, des campagnes de signalement envers CND. Nous avons tenté à plusieurs reprises de prendre contact avec Facebook, et d'échanger avec eux. En vain.

Aujourd'hui, CND compte plus de 600 000 abonnés sur ces différents réseaux. Nous assumons d'être un média militant, de prendre parti, de donner notre avis, et de soutenir des luttes anti capitalistes, antiracistes, féministes, écologiques. Nous soutenons ceux qui luttent pour une société plus égalitaire. Nous avons dès le début soutenu les Gilets Jaunes. Et nous continuons et continuerons.  Cela ne fait pas de nous un groupe de dangereux terroristes. Certaines chaînes de TV ou de radios propagent bien plus de haine et d'appel à la violence, et ce, sur leurs chaînes mais aussi sur leur facebook. Sans être inquiété. Sans que leur page soit invisibilisée.

Il y a donc bien un choix qui est fait par Facebook dans la gestion des médias sur son réseau. Et c'est un choix politique.

Face à cette situation, nos moyens de riposte sont plus que limités. Facebook fait bien ce qu'il veut de son réseau puisque tout utilisateur (y compris les pages) ont signé les CGU qui lui donnent les mains libres pour supprimer tout ou partie de ce qui circule sur son réseau. Nous allons tout de même tenter de reprendre le dialogue avec eux, de montrer, contenu par contenu, que nous n'avons pas à subir cette censure. Mais nous savons que notre meilleur arme dans cette lutte, ce sera l'écho que peut avoir notre situation. Et notamment l'écho sur les réseaux sociaux (drôle de paradoxe). Nous comptons donc plus que jamais sur vous pour relayer et visibiliser notre cas, qui malheureusement, sera de moins en moins isolé.

Quoi de plus normal que se faire striker d’un média capitaliste lorsqu’on affirme qu’il faut démolir le capitalisme nous direz vous ?  Et bien nous n’avons pas de honte à venir sur son terrain pour perturber sa petite mécanique bien huilée. L’infrastructure des réseaux sociaux a notamment rendu possible la déferlante gilets jaunes qui a su amener le calendrier des exigences populaires comme un pavé dans la marre au sein du ronron politique et des médias du pouvoir.

Nous prenons les opportunités où elles sont pour rappeler partout que de démolir le système qui nous démolie est une question urgente et saine dans une société malade qui propulse l’idéologie néo-libérale et totalitaire. Il n’empêche que vous pouvez aussi nous rejoindre sur des réseaux libres que nous avons commencé à investir et qui correspondent plus à l’idée qu’on se fait de la liberté d’expression.

Voici tous les liens pour nous suivre sur les réseaux libres (et les autres) :


Sacrifice de jeunesse

Il y a eu la rave de Lieuron. Certains y ont vu un épiphénomène. Ou l'espéraient. Mais ces derniers jours, avec l'arrivée des beaux jours, il y a eu des rassemblements de jeunes à Lille, à Lyon, à Paris. Et, jeudi soir, l'énorme fête en plein air à Bruxelles. Plusieurs milliers de personnes, venues pour boire un verre, discuter, danser. La police a violemment réprimé. Comme prévu. Mais la jeunesse a aussi riposté, de façon assez massive et inattendue.

Il se passe quelque chose un peu partout en Europe.

Ne pas prendre en compte la situation, et se contenter de blâmer les "jeunes" qui seraient totalement inconscients et égoïstes, voilà la vraie posture dangereuse et inconsciente.

De notre côté, nous n'avons pas de bons points à distribuer. Encore moins de mauvais. Et surtout pas à cette jeunesse.

Sérieusement, qui peut croire que ces jeunes qui se rassemblent pendant une ou deux heures en fin d'après midi, en extérieur, vont propager le virus de façon plus importante que lorsque ces mêmes jeunes sont obligés de s'entasser tous les jours dans le métro, en salle de classe ou au boulot ?

Ces mêmes personnes ont totalement "joué le jeu" du confinement l'an dernier. Parce qu'il y avait l'espoir que cela s'arrête et que la vie "reprenne". Mais aussi parce que ces "efforts" étaient consentis partout : presque personne au travail, pas d'école, pas de transport...

Sauf que depuis 6 mois, nous vivons dans un couvre-feu permanent. Nos vies ne se résument plus qu'à travailler/étudier/consommer. Et cela, sans que le virus ne recule.

La situation est dramatique pour des millions de personnes. Dramatique socialement, moralement, économiquement. Et s'il est bien difficile de dresser un classement des populations les plus exposées, la jeunesse est sans aucun doute sur le podium.

Les lycéens, les étudiants, les jeunes précaires ont besoin d'air. Par leur âge, ils semblent moins conditionnés que beaucoup de leurs aînés à accepter de façon indéfinie ces restrictions sanitaires, qui ressemblent de plus en plus à un contrôle social, dont le danger est le glissement palpable désormais, vers une société totalitaire où seuls le travail et la consommation seront autorisés.

Alors oui, ces jeunes ont peut être permis au virus de se propager à quelques dizaines, voire centaines de personnes. Ce n'est pas une bonne chose. Sans être scientifiques, est-il raisonnable de rendre ces rassemblements responsables de la propagation de l'épidémie ? Alors que partout ailleurs, le virus continue à contaminer, pourquoi le gouvernement et leurs médias s'offusquent-ils d'un évènement ponctuel en extérieur ? La question est "vite répondue", cela s'appelle détourner l'attention du public, sur les manquements graves de la gestion sanitaire par l'Etat.

Pour rappel, la rave du réveillon à Lieuron n'a finalement donné lieu à aucun cluster. Quelle malhonnêteté de faire peser la responsabilité de la pandémie sur ces personnes alors que des centaines de milliers de contaminations se font ces dernières semaines au travail, dans les transports ou à l'école. Quand le manque de moyens pour l’hôpital, le manque de lits, provoque véritablement des morts. Quand la "ligne rouge" de Macron est le tri des malades, mais qu'en "même temps" il reconnait avoir attendu le plus longtemps possible avant de prendre des mesures plus drastiques ?

Si les morts s'accumulent, ce n'est pas à cause de quelques centaines de jeunes qui ont bu quelques bières en dansant sur un soundsystem. La responsabilité de ces morts revient aux pouvoirs publics, à l'Etat, au gouvernement, aux politiques qui ont fait des choix pour leurs amis milliardaires et actionnaires et certainement pas pour la population. Et que ce président se permet même de demander des efforts supplémentaires au corps soignant, déjà éprouvé par une politique de santé basée sur la diminution de moyens depuis des décennies, sans amélioration depuis le début du mandat macroniste.

Il ne s'agit pas de chercher d'excuse à ces jeunes. Ils font bien ce qu'ils veulent. Et c'est le propre de la jeunesse. On peut estimer que ce n'est pas opportun. En revanche, ceux qui vont au delà de cette simple "réprobation" et font de ces rendez-vous de véritables scandales, ces gens sont coupables et dangereux.

La jeunesse de 2021 est, à l'heure actuelle, une jeunesse sacrifiée. Et pas qu'en raison des restrictions sanitaires. Elle n'a aucun horizon. La planète se meurt, la précarité se généralise, les espaces de vie et l'insouciance disparaissent jour après jour.

Entendons ce cri de détresse. Encourageons cette jeunesse à reprendre en main sa vie, son avenir, et celui des générations futures. Il est bon et bien qu'elle refuse le vieux monde.

Cela se fera inévitablement. Reste à savoir quand, et comment. Mais nous sommes sûrs que cela ne sera pas au goût des gens de bon goût. Tant mieux.


Occupons-nous vraiment ?

Posons d'abord les bases : nous soutenons, sans réserve le mouvement des intermittents. Leur combat pour le prolongement de leur année blanche, une véritable politique de réouverture progressive des lieux et l'arrêt de la réforme de l'assurance chômage. Nous soutenons les occupations en cours sur tout le territoire depuis plus de trois semaines. Mais nous pensons que sans réel changement dans les prochains jours, ce mouvement n'aura d'autre force que la symbolique.et ne participera en rien au processus de basculement politique et sociétal.

A l'Odéon et ailleurs, cela parle de la Commune, cela parle révolution. Mais concrètement, les lieux sont "occupés" avec l'accord des directions, qui ne se mouillent pas, mais les laissent accessibles aux occupants, sous réserve qu'il n'y ait pas d'éléments trop déterminés. Deux exemples : à Bordeaux, des nouvelles personnes un peu deter ont voulu rejoindre l'occupation. Cela a donné lieu à des tensions sur les "règles" à respecter dans le lieu. Au point que les syndicats se sont désolidarisés (communiqué à l'appui). Quelques jours plus tard, la mairie donnait son accord pour évacuer, une première sur tout le territoire depuis le début du mouvement. A Toulouse, des agents de sécurité surveillent le lieu occupé, payés par la direction, avec contrôle du port du masque et du lavage de main dès l'entrée. Impossible pour ceux autorisés à dormir sur place de sortir avant la fin du couvre feu le matin à 6h, le contrôle des portes automatiques étant assuré par les mêmes agents de sécurité. Drôle d'occupation !

On remarque également l'absence assez forte d'acteurs des musiques actuelles ou encore de la fête libre. Ceux qui se sont mobilisés, par dizaines de milliers, pour soutenir la Rave Party de Lieuron. Ceux qui vont dans des concerts rap, hiphop, electro. Bref, la jeunesse. Celle pour qui la culture est aussi bien celle qui se joue ou se danse dans des lieux mythiques, que celle de la rue, des endroits festifs, des festivals ou des concerts.
Ces lieux, même s'ils sont "faciles" à occuper puisqu'il y a accord tacite des directions (souvent favorables aux réouvertures), sont une opportunité dans le champ social. Encore faut-il faire de ces lieux de vrais espaces pour créer le changement, la révolution. Et pas de simples tribunes médiatiques pour quelques syndicats.

Il faudrait aussi tenter d'occuper des espaces qui dérangent vraiment le pouvoir (politique et économique). Car là, les occupants peuvent rester des semaines à Odéon ou à Graslin sans déranger qui que ce soit. Et pour cause : il n'y a plus de spectacle ou de quelconque événement. C'est bien là le paradoxe de ces occupations.

Alors profiter de ces fermetures pour faire de ces lieux des espaces pour créer des dynamiques et préparer des actions : oui. Mille fois oui. Mais à condition de les ouvrir à tous ceux qui souffrent de la situation actuelle du pays, et qui désirent lutter. Syndiqués ou pas. Cultureux ou pas. Et que ces occupations ne soient pas considérées comme une victoire face au pouvoir mais plutôt comme une première étape pour aller le défier. A l'heure actuelle, le défi n'a même pas commencé. Macron et son monde ne tremblent pas. Pas même Bachelot. Nous avons eu espoir que le lancement des Vendredi de la colère s’inscrive dans cette dynamique et dans cette réflexion. Le résultat ? une manif syndicale déclarée, avec prise de parole en début et en fin de parcours.

La culture a pour mission de faire rêver. D'être ambitieuse. D'ouvrir de nouveaux possibles. De stimuler l'imaginaire en apportant l'impertinence, la joie, l'enthousiasme qui sont les moteurs de nos élans de lutte, de la mise en mouvement de nos corps en actes. L'Histoire a montré comment la Culture pouvait participer à une Révolution qui ne peut pas être seulement culturelle, mais qui se nourrit de l'Art sous toutes ses formes, pour s'épanouir.

Encore faut-il oser.