Que jeunesse se lâche !

Le monde a plus que jamais besoin que la jeunesse désobéisse, qu'elle renverse la table et ne suive plus les règles de ce vieux monde. Et qu'elle emmerde ceux qui lui reprocheront d'agir avec autant de désinvolture. Car c'est de désinvolture et d'audace dont le monde a cruellement besoin.

Les adultes veulent une jeunesse raisonnable, enfermée, docile. Parce qu’ils ont peur. Et qu'ils ne savent pas vivre autrement.

Sauf que le pire arrivera justement si rien ne change. Le monde court littéralement à sa perte : écologiquement, socialement, moralement. Et ce sont ces mêmes adultes qui en sont responsables. Suivre leurs conseils ne serait pas seulement un échec de jeunesse mais une faute pour la nature et le vivant.

Dans l'histoire, les générations dont on se souvient sont celles où la jeunesse a clairement désobéi et refusé le monde qu'on leur imposait. Ils ont détruit les règles et les cadres dans lesquels leurs parents et grands parents vivaient. Pour leur propre bien, mais surtout pour le bien des générations d'après.

Les adultes de 2021 ont clairement échoué. Ils le savent. Mais il ne savent pas comment sortir de cette spirale et de ce monde qui nous étouffe. Seule la jeunesse pourra trouver l'issue, et cela se fera forcément de façon subversive, déraisonnable, insensée...

Alors oui, mille fois oui : soyez ivres. Ivres de vie, ivres d'alcool, ivres de sexe, ivres d'amour, ivres de musique. N'essayez pas d'être mesurés, de tenter de vous faire plaisir tout en ayant l'approbation du système. Faites vous plaisir. Point barre.

Et ouvrez des brèches. Tentez tout. L'erreur peut même être superbe.

Notre société est à détruire. De plus en plus de personnes en sont convaincues. Mais la plupart restent enchaînées par des années de constructions sociales. Constructions qui n'ont rien de naturelles et qui sont entretenues par les puissants de ce vieux monde.

Il faudra donc réussir à faire le deuil de ce système, de ce monde, de cette société, pour comprendre ce qu'il est possible de créer, le monde qui peut nous attendre. On pourra alors danser sur la tombe du vieux monde. Et tant pis si cela choque.

« Si je ne peux pas danser à la révolution, je n’irai pas à la révolution » Emma Goldman

 

Crédit photo DURSUN AYDEMIR / ANADOLU AGENCY


Démasquons la liberté

Nous avions déjà publié en août dernier une tribune pour expliquer notre position concernant le masque.

La situation actuelle nous parait nécessiter une nouvelle mise au point.

Depuis plusieurs semaines, nous constatons sous nos publications que la plupart des commentaires se concentrent sur le port (ou non) du masque. Que ce soit des posts sur le Covid mais aussi et surtout sur tout autre sujet, notamment les luttes sociales.

Certains se scandalisent de manifestants sans masque. Mais, d'autres, encore plus nombreux, dénoncent les manifestants qui acceptent "docilement, en soumis", de porter le masque.

Ce nouveau point Godwin nous questionne et nous inquiète.

De notre côté, nous estimons qu'il n'y a pas à asséner une vérité absolue sur l'intérêt sanitaire du masque : FFP1, en tissu, en intérieur, en extérieur...

La question est très complexe et les études varient parfois dans leurs conclusions. Mais, globalement, nous pensons que le masque permet de limiter la propagation du virus, notamment dans des lieux clos.

Le gouvernement a soufflé sur les braises de la défiance, en affirmant il y a un an que le masque était totalement inutile pour le grand public. Tout simplement parce qu'il n'avait pas les stocks nécessaires (ils finiront par l'avouer dans quelques années). Aujourd'hui, il a opté pour un revirement à 180 degrés et impose le masque obligatoire, partout, tout le temps. Et surtout, verbalise à la moindre escapade non masquée.

On comprend donc que certains puissent se révolter de cette attitude répressive du pouvoir.

Mais, ce que nous ne comprenons pas, c'est cette focalisation extrême sur cette question. Le masque serait devenu le symbole de la nouvelle dictature mondiale. Tous ceux qui le portent seraient des "soumis" au "nouvel ordre mondial".

Cela serait drôle si ce n'était pas si grave.

Imaginons une personne ayant passé 5 ans dans le coma et qui se réveille aujourd'hui. Elle réalise que la culture, les concerts, le cinéma, la danse ou le théâtre n'ont plus leur place. Que les discothèques, les restaurants, les cafés sont fermés. Qu'il est désormais mal vu de se réunir entre amis. Que les fêtes sont pointées du doigt. Elle constate que les citoyens sont sous couvre feu, que leurs déplacements sont limités et contrôlés, qu'ils ne peuvent s'éloigner de chez eux que pour aller travailler.

Elle apprend qu'il est désormais interdit de filmer la police, que celle-ci a des pouvoirs accrus et quasi sans limites. Que la surveillance a été généralisée et, qu'il s'agisse d'actes ou d'opinions, que tous les citoyens sont désormais espionnés par l'Etat et la police. Et elle découvre que le combat principal pour retrouver ses libertés... serait de pouvoir enlever son masque ?

Et si la situation nous inquiète autant, c'est qu'elle n'est pas le fruit du hasard. Partout dans le monde, des manifs ont lieu contre la "dictature sanitaire". Des citoyens de différents horizons et profils sociaux y participent. Mais souvent, en sous main, l'extrême droite se place, voire initie les manifestations.

Pourquoi ? Parce que dans cette période où les libertés ont été dramatiquement diminuées, pour s'approcher objectivement d'une société autoritaire, voire dictatoriale, l'extrême droite n'a aucun intérêt à ce que la situation change. Au contraire. Elle n'a plus qu'à attendre pour cueillir les fruits de la crise économique. Et prendre le pouvoir avec tous les outils dont elle a toujours rêvé pour contrôler la population. Face à cela, il lui paraît plus que vital de faire en sorte que la population ne se focalise pas sur la perte de ses libertés fondamentales.

Mettre le paquet sur la question du masque est donc la stratégie idéale pour l’extrême droite. Une stratégie qui, in fine, n'est pas pour déplaire au pouvoir. Pendant que ces personnes dépensent leur énergie pour réclamer le droit de sortir sans masque, elles ne descendent pas dans la rue pour réclamer le retour de toutes leurs libertés, voire pire, exiger la chute du régime.

Alors oui, on aimerait pouvoir imaginer à moyen terme retrouver une vie où on sort dans un parc sans avoir à mettre le masque. On aimerait une société où chacun décide s'il est utile /pertinent de mettre un masque selon la situation. Mais, alors que nous perdons de jour en jour le peu de libertés qu'il nous reste, nous ne comprenons pas comment des personnes peuvent critiquer et dénigrer ceux qui continuent de lutter, dans la rue, face au pouvoir et à la police, au motif qu'ils portent un masque.

A ce jeu là, on finira peut-être par ne plus avoir de masque. Mais nous serons chacun dans notre cellule. Enfin libres de ne pas porter le masque.... A quel prix ?


Facebook menace de supprimer la page CND !

Samedi 3 avril 2021, Facebook nous envoie la notification la plus menaçante depuis la création de notre page. « Cerveaux non Disponibles risque de ne plus être publiée » (entendez supprimée). Elle est déjà, depuis ce samedi après midi très fortement déréférencée. La raison de ce bannissement ? Une vidéo publiée samedi matin d'une manifestation féministe ayant eu lieu vendredi à Mexico, suite au meurtre d'une salvadorienne étouffée par la police. Cette vidéo montre plusieurs manifestantes frapper les boucliers de la police avec des marteaux. Le post était très informatif mais avec un titre un peu provocateur : "Détruire la société patriarcale et capitaliste... au marteau !". La vidéo est toujours visible sur plusieurs comptes Twitter, Facebook et Instagram.

Ce signalement fait suite à d'autres, qui, selon Facebook, ont contribué à cette décision de potentiellement supprimer notre page. Il y a deux semaines, nous publions, dans la foulée des Césars, un visuel en soutien à l'action de Corinne Maserio, réalisée par l'artiste "Débit de beau". Le voici :

Facebook a supprimé le post, considérant qu'il y avait présence de "nudité ou actes sexuels" ! Là encore, nous avions fait appel, sans réussir à obtenir gain de cause (pas même un retour de Facebook).

Enfin, quelques semaines avant, Facebook nous avait également épinglé, cette fois pour "fake news". Nous avions publié un visuel avec un texte d'accompagnement, illustrant un article du Canard Enchainé. Nous expliquions que les hôpitaux d'Ile de France avaient perdu 800 places en réanimation depuis mars 2020. L'AFP a publié un factchecking nous accusant de fakenews. Et, en lien avec Facebook nous a épinglé et déréférencé. Voici le post :

Il se trouve que nous nous sommes trompés sur la date de l'article du Canard, qui datait non pas de mars 2021 mais d'octobre 2020. Autre erreur : le Canard ne parle pas de 800 lits mais d'une capacité en baisse de 30% par rappor à avril 2020, où il y avait 2500 lits de réa. Donc 30% de 2500 lits représentent 750 lits en moins par rapport à Avril ! Alors oui, il y a erreur sur la date, et 50 lits de différence. Mais peut-on pour autant parler de Fakenews ? Et décider d'invisibiliser une page pour ça ?

Doit-on rappeler les tonnes d'informations clairement erronées que les principaux médias diffusent sur leurs réseaux ? Ces médias qui ont diffusé des heures durant la soit disante arrestation de Xavier Dupont De Ligonnès, qui ont affirmé pendant des mois tout et son contraire sur la réalité sanitaire du covid, qui ont affirmé qu'un manifestant s'était maquillé le visage alors qu'il avait le visage en sang suite à une charge policière...

Nous ne prétendons pas avoir raison sur tout. Nous publions chaque mois plusieurs centaines d'articles, de tribunes, de vidéos. Nous faisons sûrement des erreurs. Mais ce n'est jamais un mensonge intentionnel. Contrairement à d'autres. Quelle société peut accepter qu'un géant du web décide de quelle information peut ou pas être vue par des citoyens, ayant pourtant fait le choix de s'abonner à une page ?

Cela fait près de deux ans que nous alertons et nous inquiétons des dérives de censure et d'invisibilisation de pages et médias militants par Facebook. A l'été 2019, la page CND et d'autres (Nantes Révoltée, Colère noire, Rouen dans la Rue...) connaissaient une très forte baisse de visibilité, pile une semaine avant le G7 à Biarritz.

Depuis, nous avons gagné plus de 200 000 abonnés sur facebook (atteignant presque les 450 000) mais avons vu notre audience chuter. C'est tout sauf un hasard. Et ce dernier épisode n'est que l'épilogue d'une lutte discrète mais bien efficace de Facebook et des gouvernements en place pour détruire l'émergence de contre-médias. Pour vous donner des chiffres précis, en avril dernier, alors que nous n'avions que 300 000 abonnés, la couverture moyenne quotidienne de nos posts était d'1,5 million. Un an plus tard, avec 150 000 abonnés de plus, elle est a 250 000 ! De nombreux abonnés, qui ont pourtant cliqué sur l'option pour mettre notre page en favoris, ne voient plus nos posts sur leur mur.

Les deux phénomènes sont étroitement liés : chaque signalement / suppression de post (pour pseudo fakenews ou pour appel à la violence) participe de la baisse de la visibilité de la page, qui, même sans signalement, baisse inexorablement. Nous savons que plusieurs groupes pro Macron , pro police ou d’extrême droite ont déjà lancé, via des groupes privés, des campagnes de signalement envers CND. Nous avons tenté à plusieurs reprises de prendre contact avec Facebook, et d'échanger avec eux. En vain.

Aujourd'hui, CND compte plus de 600 000 abonnés sur ces différents réseaux. Nous assumons d'être un média militant, de prendre parti, de donner notre avis, et de soutenir des luttes anti capitalistes, antiracistes, féministes, écologiques. Nous soutenons ceux qui luttent pour une société plus égalitaire. Nous avons dès le début soutenu les Gilets Jaunes. Et nous continuons et continuerons.  Cela ne fait pas de nous un groupe de dangereux terroristes. Certaines chaînes de TV ou de radios propagent bien plus de haine et d'appel à la violence, et ce, sur leurs chaînes mais aussi sur leur facebook. Sans être inquiété. Sans que leur page soit invisibilisée.

Il y a donc bien un choix qui est fait par Facebook dans la gestion des médias sur son réseau. Et c'est un choix politique.

Face à cette situation, nos moyens de riposte sont plus que limités. Facebook fait bien ce qu'il veut de son réseau puisque tout utilisateur (y compris les pages) ont signé les CGU qui lui donnent les mains libres pour supprimer tout ou partie de ce qui circule sur son réseau. Nous allons tout de même tenter de reprendre le dialogue avec eux, de montrer, contenu par contenu, que nous n'avons pas à subir cette censure. Mais nous savons que notre meilleur arme dans cette lutte, ce sera l'écho que peut avoir notre situation. Et notamment l'écho sur les réseaux sociaux (drôle de paradoxe). Nous comptons donc plus que jamais sur vous pour relayer et visibiliser notre cas, qui malheureusement, sera de moins en moins isolé.

Quoi de plus normal que se faire striker d’un média capitaliste lorsqu’on affirme qu’il faut démolir le capitalisme nous direz vous ?  Et bien nous n’avons pas de honte à venir sur son terrain pour perturber sa petite mécanique bien huilée. L’infrastructure des réseaux sociaux a notamment rendu possible la déferlante gilets jaunes qui a su amener le calendrier des exigences populaires comme un pavé dans la marre au sein du ronron politique et des médias du pouvoir.

Nous prenons les opportunités où elles sont pour rappeler partout que de démolir le système qui nous démolie est une question urgente et saine dans une société malade qui propulse l’idéologie néo-libérale et totalitaire. Il n’empêche que vous pouvez aussi nous rejoindre sur des réseaux libres que nous avons commencé à investir et qui correspondent plus à l’idée qu’on se fait de la liberté d’expression.

Voici tous les liens pour nous suivre sur les réseaux libres (et les autres) :


Sacrifice de jeunesse

Il y a eu la rave de Lieuron. Certains y ont vu un épiphénomène. Ou l'espéraient. Mais ces derniers jours, avec l'arrivée des beaux jours, il y a eu des rassemblements de jeunes à Lille, à Lyon, à Paris. Et, jeudi soir, l'énorme fête en plein air à Bruxelles. Plusieurs milliers de personnes, venues pour boire un verre, discuter, danser. La police a violemment réprimé. Comme prévu. Mais la jeunesse a aussi riposté, de façon assez massive et inattendue.

Il se passe quelque chose un peu partout en Europe.

Ne pas prendre en compte la situation, et se contenter de blâmer les "jeunes" qui seraient totalement inconscients et égoïstes, voilà la vraie posture dangereuse et inconsciente.

De notre côté, nous n'avons pas de bons points à distribuer. Encore moins de mauvais. Et surtout pas à cette jeunesse.

Sérieusement, qui peut croire que ces jeunes qui se rassemblent pendant une ou deux heures en fin d'après midi, en extérieur, vont propager le virus de façon plus importante que lorsque ces mêmes jeunes sont obligés de s'entasser tous les jours dans le métro, en salle de classe ou au boulot ?

Ces mêmes personnes ont totalement "joué le jeu" du confinement l'an dernier. Parce qu'il y avait l'espoir que cela s'arrête et que la vie "reprenne". Mais aussi parce que ces "efforts" étaient consentis partout : presque personne au travail, pas d'école, pas de transport...

Sauf que depuis 6 mois, nous vivons dans un couvre-feu permanent. Nos vies ne se résument plus qu'à travailler/étudier/consommer. Et cela, sans que le virus ne recule.

La situation est dramatique pour des millions de personnes. Dramatique socialement, moralement, économiquement. Et s'il est bien difficile de dresser un classement des populations les plus exposées, la jeunesse est sans aucun doute sur le podium.

Les lycéens, les étudiants, les jeunes précaires ont besoin d'air. Par leur âge, ils semblent moins conditionnés que beaucoup de leurs aînés à accepter de façon indéfinie ces restrictions sanitaires, qui ressemblent de plus en plus à un contrôle social, dont le danger est le glissement palpable désormais, vers une société totalitaire où seuls le travail et la consommation seront autorisés.

Alors oui, ces jeunes ont peut être permis au virus de se propager à quelques dizaines, voire centaines de personnes. Ce n'est pas une bonne chose. Sans être scientifiques, est-il raisonnable de rendre ces rassemblements responsables de la propagation de l'épidémie ? Alors que partout ailleurs, le virus continue à contaminer, pourquoi le gouvernement et leurs médias s'offusquent-ils d'un évènement ponctuel en extérieur ? La question est "vite répondue", cela s'appelle détourner l'attention du public, sur les manquements graves de la gestion sanitaire par l'Etat.

Pour rappel, la rave du réveillon à Lieuron n'a finalement donné lieu à aucun cluster. Quelle malhonnêteté de faire peser la responsabilité de la pandémie sur ces personnes alors que des centaines de milliers de contaminations se font ces dernières semaines au travail, dans les transports ou à l'école. Quand le manque de moyens pour l’hôpital, le manque de lits, provoque véritablement des morts. Quand la "ligne rouge" de Macron est le tri des malades, mais qu'en "même temps" il reconnait avoir attendu le plus longtemps possible avant de prendre des mesures plus drastiques ?

Si les morts s'accumulent, ce n'est pas à cause de quelques centaines de jeunes qui ont bu quelques bières en dansant sur un soundsystem. La responsabilité de ces morts revient aux pouvoirs publics, à l'Etat, au gouvernement, aux politiques qui ont fait des choix pour leurs amis milliardaires et actionnaires et certainement pas pour la population. Et que ce président se permet même de demander des efforts supplémentaires au corps soignant, déjà éprouvé par une politique de santé basée sur la diminution de moyens depuis des décennies, sans amélioration depuis le début du mandat macroniste.

Il ne s'agit pas de chercher d'excuse à ces jeunes. Ils font bien ce qu'ils veulent. Et c'est le propre de la jeunesse. On peut estimer que ce n'est pas opportun. En revanche, ceux qui vont au delà de cette simple "réprobation" et font de ces rendez-vous de véritables scandales, ces gens sont coupables et dangereux.

La jeunesse de 2021 est, à l'heure actuelle, une jeunesse sacrifiée. Et pas qu'en raison des restrictions sanitaires. Elle n'a aucun horizon. La planète se meurt, la précarité se généralise, les espaces de vie et l'insouciance disparaissent jour après jour.

Entendons ce cri de détresse. Encourageons cette jeunesse à reprendre en main sa vie, son avenir, et celui des générations futures. Il est bon et bien qu'elle refuse le vieux monde.

Cela se fera inévitablement. Reste à savoir quand, et comment. Mais nous sommes sûrs que cela ne sera pas au goût des gens de bon goût. Tant mieux.


Occupons-nous vraiment ?

Posons d'abord les bases : nous soutenons, sans réserve le mouvement des intermittents. Leur combat pour le prolongement de leur année blanche, une véritable politique de réouverture progressive des lieux et l'arrêt de la réforme de l'assurance chômage. Nous soutenons les occupations en cours sur tout le territoire depuis plus de trois semaines. Mais nous pensons que sans réel changement dans les prochains jours, ce mouvement n'aura d'autre force que la symbolique.et ne participera en rien au processus de basculement politique et sociétal.

A l'Odéon et ailleurs, cela parle de la Commune, cela parle révolution. Mais concrètement, les lieux sont "occupés" avec l'accord des directions, qui ne se mouillent pas, mais les laissent accessibles aux occupants, sous réserve qu'il n'y ait pas d'éléments trop déterminés. Deux exemples : à Bordeaux, des nouvelles personnes un peu deter ont voulu rejoindre l'occupation. Cela a donné lieu à des tensions sur les "règles" à respecter dans le lieu. Au point que les syndicats se sont désolidarisés (communiqué à l'appui). Quelques jours plus tard, la mairie donnait son accord pour évacuer, une première sur tout le territoire depuis le début du mouvement. A Toulouse, des agents de sécurité surveillent le lieu occupé, payés par la direction, avec contrôle du port du masque et du lavage de main dès l'entrée. Impossible pour ceux autorisés à dormir sur place de sortir avant la fin du couvre feu le matin à 6h, le contrôle des portes automatiques étant assuré par les mêmes agents de sécurité. Drôle d'occupation !

On remarque également l'absence assez forte d'acteurs des musiques actuelles ou encore de la fête libre. Ceux qui se sont mobilisés, par dizaines de milliers, pour soutenir la Rave Party de Lieuron. Ceux qui vont dans des concerts rap, hiphop, electro. Bref, la jeunesse. Celle pour qui la culture est aussi bien celle qui se joue ou se danse dans des lieux mythiques, que celle de la rue, des endroits festifs, des festivals ou des concerts.
Ces lieux, même s'ils sont "faciles" à occuper puisqu'il y a accord tacite des directions (souvent favorables aux réouvertures), sont une opportunité dans le champ social. Encore faut-il faire de ces lieux de vrais espaces pour créer le changement, la révolution. Et pas de simples tribunes médiatiques pour quelques syndicats.

Il faudrait aussi tenter d'occuper des espaces qui dérangent vraiment le pouvoir (politique et économique). Car là, les occupants peuvent rester des semaines à Odéon ou à Graslin sans déranger qui que ce soit. Et pour cause : il n'y a plus de spectacle ou de quelconque événement. C'est bien là le paradoxe de ces occupations.

Alors profiter de ces fermetures pour faire de ces lieux des espaces pour créer des dynamiques et préparer des actions : oui. Mille fois oui. Mais à condition de les ouvrir à tous ceux qui souffrent de la situation actuelle du pays, et qui désirent lutter. Syndiqués ou pas. Cultureux ou pas. Et que ces occupations ne soient pas considérées comme une victoire face au pouvoir mais plutôt comme une première étape pour aller le défier. A l'heure actuelle, le défi n'a même pas commencé. Macron et son monde ne tremblent pas. Pas même Bachelot. Nous avons eu espoir que le lancement des Vendredi de la colère s’inscrive dans cette dynamique et dans cette réflexion. Le résultat ? une manif syndicale déclarée, avec prise de parole en début et en fin de parcours.

La culture a pour mission de faire rêver. D'être ambitieuse. D'ouvrir de nouveaux possibles. De stimuler l'imaginaire en apportant l'impertinence, la joie, l'enthousiasme qui sont les moteurs de nos élans de lutte, de la mise en mouvement de nos corps en actes. L'Histoire a montré comment la Culture pouvait participer à une Révolution qui ne peut pas être seulement culturelle, mais qui se nourrit de l'Art sous toutes ses formes, pour s'épanouir.

Encore faut-il oser.


MACRON ET LE RACISME BANALISE

En janvier 2020, nous écrivions un article intitulé "Macron, Startup fasciste". C'était avant la loi sécurité globale, avant la pandémie et ses dérives liberticides, avant la loi séparatisme. déjà, nous pointions les éléments autoritaires et fascisants du régime Macron. Les 13 derniers mois n'ont fait qu'accentuer ces traits. Le côté autoritaire du pouvoir actuel fait presque consensus aujourd'hui, étant même pointé du doigt par plusieurs ONG et instances internationales.

Mais si autoritaire soit-il, Macron est-il raciste ?

Selon nous, le président de la République n'a pas un racisme viscéral. Il ne pense pas aux noirs, arabes et/ou aux musulmans tous les matins, terrorisé, en se rasant. Il ne pense pas que certaines "races" soient supérieures à d'autres. Sur la question des religions, il a même probablement une certaine ouverture et une compréhension de la diversité et de la richesse des cultes qui traversent le monde (et donc la France).

De ce point de vue, Macron n'est pas Le Pen (Marine, Jean Marie ou Marion).

Mais l'ensemble du tableau présidentiel n'en reste pas moins très sombre et inquiétant. Rarement les minorités (culturelles, religieuses, ethniques) n'avaient été aussi stigmatisées de façon structurelle, au plus haut niveau de l'état. Bien sûr, il y a eu Chirac avec "le bruit et l'odeur" ou plus récemment Sarko et son Karcher. Mais jamais le racisme n'avait été aussi présent et permanent dans les discours, les débats et les lois votées.

Comment expliquer ce "paradoxe" ?
Malheureusement très simplement. Macron n'est pas le président de tous les Français. Il est le président des riches. Des ultras riches. Ce sont eux qui l'ont placé au pouvoir, et c'est pour eux qu'il gouverne.

Or, dès le début du règne Macron, le système a été ébranlé comme rarement il l'avait été depuis mai 68. Le mouvement des Gilets Jaunes a frôlé l’insurrection et le renversement du système. Pendant des mois, une très large partie de la population a soutenu un mouvement qui appelait ouvertement à renverser la table, à redéfinir les règles du vivre ensemble, les principes de solidarité, de justice fiscale, de répartition des richesses. En ligne de mire, ce n'était pas Macron qui était visé, mais le système ultra libéral. Il ce système l'a bien compris.

Si l'arsenal sécuritaire et ultra répressif a permis de stopper la contestation dans la rue, il n'était pas suffisant pour stopper la révolte des esprits. Or, dans ce cas là, l'ultime recours est bien évidemment de diviser la population. Monter les pauvres les uns contre les autres, pour éviter qu'ils s'unissent pour combattre. Pointer des responsables. Faire la chasse aux sorcières.

Les questions de l'Islam et de l'immigration sont donc sciemment utilisées par le pouvoir pour créer des divisions et donc des diversions. Et cela marche.

A tel point que Macron se retrouve pris au piège de l'engrenage raciste : il a placé ces thèmes au centre des enjeux de la France 2021, bien aidé par ses médias amis. Il doit donc désormais porter ces thèmes racistes et nauséabonds jusqu'aux prochaines élections. Pire, avec Le Pen présentée (par les médias) comme adversaire principal, Macron se retrouve obliger, pour espérer être réélu, à devoir être plus royaliste que le roi. Enfin, plus raciste que la raciste pure souche.

Au final, qu'importe qu'il soit profondément raciste ou fasciste. Ce qui compte pour un président n'est pas ce qu'il pense mais ce qu'il dit, ce qu'il fait, ce qu'il vote. Et sur ce point, Macron est raciste. A la fin de son mandat, il laissera au pays un héritage autoritariste et raciste, à la fois dans les esprits, dans les débats mais aussi dans les lois.

Dans une époque où tout va très vite, où tout peut basculer de façon extrême et inattendue, ce qu'a fait Macron à la France est extrêmement grave et préoccupant. Et aura des conséquences pendant de longues années.

Si une personne se balade dans une forêt en renversant de l'essence et en laissant à plusieurs endroits des allumettes, sans jamais allumer de feu, dira-t-on d'elle que c'est un pyromane ? Est-elle aussi responsable de l'incendie que le pyromane qui, quelques heures après, découvre des allumettes, en craque une et la balance par terre, ravageant toute la forêt ?

En voulant sauver ses amis et le système ultra libéral, Macron a allumé la flamme du racisme. Seul feu capable de protéger le système de sa chute inévitable. Faire cela ne peut être considéré que comme du racisme, qu'importe si la finalité ultime n'était pas de faire du mal aux étrangers, aux musulmans ou au noirs.


A NUESTRXS AMIGOS Y AMIGAS DE ESPAÑA Y CATALUÑA

Los estados fascistas y autoritarios en toda Europa son màs fuertes. Lo observamos y lo experimentamos cada día. De Salvini a Orban, de Macron a Sánchez... Todos los Estados europeos han estado sometidos durante muchos años a la dictadura de la emergencia y la excepción. Desde la amenaza de atentados hasta la amenaza de la Covid...

Estos estados de excepción permanentes legitiman medidas coercitivas cada vez más asfixiantes y una justicia cada vez más severa. Estamos bajo arresto domiciliario y silenciados bajo amenaza de prisión. Esta es una observación común, compartida por todas las poblaciones occidentales. El liberalismo, por obstinación y frenesí, se está volviendo rígido y autoritario. En Francia, una pancarta de "Macronavirus" desplegada en un balcón provoca una detención. En España, las palabras de un rapero contra el rey se saldaron con una condena de prisión. El racismo, el sexismo, el fascismo, la acumulación de riqueza por parte de un puñado de personas aumenta en todas partes. Oponerse a este escenario catastrófico es vital.

Desde hace una semana, el pueblo de Cataluña, y más ampliamente en toda España, se ha rebelado tras la detención de Pablo Hasel. Desde donde estamos, a unos cientos de kilómetros de Barcelona, Valencia, Bilbao, Girona, Vic, Reus y Lleida, queremos deciros a vosotros, amigxs de la insurgencia, a los alborotadores, a los saqueadores, a las primeras filas, lo inspiradora que es esta revuelta para nosotros que nos sentimos inmóviles, estáticos, a la espera, amordazados.

Cuánto nos hace respirar la espontaneidad y la determinación que te caracteriza, nos da esperanza, nos da fuerza. Desde la misma noche de la detención del rapero hasta hoy, todas las noches sin faltar una, habéis invadido las calles y os habéis enfrentado a los uniformes del Estado y de la realeza. Cada noche, mientras una pandemia nos aprisiona y alivia las luchas, te has movido, has luchado.

Queremos llevar nuestra solidaridad a todxs los que en estos momentos están al otro lado de los Pirineos, enfrentándose a la policía y dando golpe por golpe a su brutalidad mutiladora y asesina (que aquí conocemos muy bien. Traumatizando nuestras revueltas, cubriendo de sangre los adoquines de nuestras calles).
A los que atacan las instituciones, saquean las tiendas de lujo y las grandes marcas, les aplican barricadas, se enfrentan y aguantan. Y a los que simplemente encuentran la fuerza para salir a la calle tras un año de pandemia y restricciones sanitarias. A todos vosotrxs, gracias por darnos fuerzas cada noche. Por mostrarnos que la rebelión aún es posible. Gracias por hacer que queramos unirnos a vosotros.

Como siempre, las luchas en otros lugares se hacen eco de las luchas aquí. Se alimentan mutuamente. Tú nos alimentas. Aquí es donde reside nuestra solidaridad internacional hoy en día. Y esto se refleja ya en la travesía de los Pirineos por un buen número de francesxs para apoyar, documentar y participar en las revueltas actuales. Otros se sumarán a España y Cataluña en los próximos días.

Estamos con usted.


A NOS AMI.E.S D'ESPAGNE ET DE CATALOGNE

Il y a partout en Europe, une montée en puissance des états fascistes et autoritaires. Nous l'observons et le vivons chaque jour. De Salvini à Orban, de Macron à Sanchez. Les états européens sont tous soumis depuis de nombreuses années à la dictature de l'urgence et de l'exception. De la menace des attentats à la menace du Covid.

Ces états d'urgence permanents légitiment des mesures coercitives de plus en plus étouffantes, une justice de plus en plus sévère. Nous sommes assignés à résidence et réduits au silence sous menace de croupir en prison. Ce constat est commun, il est partagé par l'ensemble des populations occidentales. Le libéralisme, par obstination et frénésie, se rigidifie et s'autoritarise. En France, une banderole "Macronavirus" déployé sur un balcon engendre une arrestation. En Espagne, les propos d'un rappeur contre le roi, une peine de prison. Le racisme, le sexisme, le fascisme, l'accumulation des richesse par une poignée de personne s'accentuent partout. S'opposer à ce scénario catastrophe est vital.

Depuis une semaine, les populations catalanes et plus largement de l'ensemble de l'Espagne se révoltent suite à l'arrestation de Pablo Hasel. De là où nous sommes à quelques centaines de kilomètres de Barcelone, Valence, Bilbao, Gérone, Vic, Reus ou encore Lleida, nous voulons vous dire, amis insurgés, émeutiers, pilleurs, premières lignes, ô combien cette révolte est inspirante pour nous qui nous sentons immobiles, statiques, dans l'attente, bâillonnés.

Combien la spontanéité et la détermination qui vous caractérise nous fait respirer, nous donne de l'espoir, nous donne de la force. Depuis le soir même de l'arrestation du rappeur, jusqu'à aujourd'hui, chaque soir sans en manquer un, vous avez envahi les rues et affronté les uniformes de l'état et la royauté. Chaque soir, alors qu'une pandémie nous emprisonne et atténue les luttes, vous avez bougé, vous avez lutté.

Nous voulons apporter notre solidarité, à toutes celles et ceux qui, actuellement, de l'autre côté des Pyrénées, affrontent la police et rendent coup pour coup à sa brutalité mutilante et assassine. (qu'ici nous ne connaissons que trop bien. Traumatisant nos révoltes, recouvrant de sang les pavés de nos rues).
A celles et ceux qui attaquent les institutions, pillent les magasins de luxe et les grandes enseignes, appliquent les gestes barricades, font face et tiennent bon. Ainsi qu'à celles et ceux qui trouvent simplement la force de descendre dans la rue après un an de pandémie et de restrictions sanitaires. A vous tous et toutes, merci de nous donner de la force chaque soir. De nous montrer que se révolter est encore possible. Merci de nous donner envie de vous rejoindre.

Comme depuis toujours, les luttes d'ailleurs font écho aux luttes d'ici. Elles se nourrissent les unes entres elles. Vous nous nourrissez. C'est ainsi que réside aujourd'hui notre solidarité internationale. Et celle-ci se traduit déjà par la traversée des Pyrénées par bon nombre de français pour soutenir, documenter, participer aux révoltes en cours. D'autres rejoindront encore l'Espagne et la Catalogne dans les prochains jours.

Nous sommes avec vous.


ARTISTES MAJEURS EN L'AIR

Racisme, violences policières, lois liberticides, harcèlement sexuel, sexisme, homophobie et transphobie... En quelques mois, le monde a été bousculé par de nombreux drames, et tout autant de luttes face à ces drames.

Dans ce sillage, certains artistes, y compris en France, sont montés au front. Front médiatique, et même parfois dans la rue. Omar Sy, Camelia Jordana, Yseult, Pomme, Adèle Haenel, Aissa Maiga, Sandra Nkake, Jeanne Added, Kiddy Smile...

Si le phénomène peut paraitre "anecdotique", il convient de le souligner, de s'en satisfaire et de rendre hommage à ces personnes. Certains diront que c'est par peur de se couper d'une partie du public que nombre d'artistes n'osent pas prendre position. Les exemples des énormes succès populaires d'Omar Sy ou de Camelia Jordana, après leurs prises de position, prouvent que s'engager n'est pas synonyme de briser sa carrière. Le palmarès des récentes Victoires de la Musique en est un autre exemple.

Valeurs Actuelles a d'ailleurs sorti un torchon raciste intitulé " Yseult, Nouvelle Star de la génération Ouin-Ouin". Ces réactionnaires ne supportent pas que des artistes réussissent tout en affirmant leurs combats contre le sexisme, le racisme, l'homophobie ou la grossophobie.

Cette génération d'artistes n'est pas "Ouin-ouin". Elle est deter, digne et fière. Et elle emmerde ceux qui n'arrivent pas à vivre avec elle.ux. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si tous les artistes cités plus haut sont pour la plupart des femmes, la quasi totalité racisées et/ou LGBTQ+ . Ces personnes ont vécu dans leur chair l'oppression de notre société, et ne peuvent penser leur art en dehors de cette réalité. Et c'est tant mieux.

Génération Adama. Génération Nous Toutes. Génération Metoo. Qu'importe le nom, cette jeunesse porte un vent de révolte, d'amour et de progrès comme il n'y en a pas eu depuis des décennies. Et ce, dans un monde qui offre si peu de perspectives émancipatrices. Les deux sont probablement liés.

Avouons le : nous aurions aimé que cette montée au front d'artistes et de personnalités se fassent quelques mois plus tôt, fin 2019, lorsque la France a été traversée par la vague révolutionnaire des Gilets Jaunes. A cette époque, à part quelques trop rares (et courageux) Bruno Gaccio et Yvan Le Bolloc'h, les artistes sont restés muets et distants de cette révolte, sûrement par peur d'être stigmatisés et traités de racistes.

On ne peut refaire le match. Mais la séquence actuelle permet d'espérer que de plus en plus d'artistes prennent conscience que le monde d’aujourd’hui, et encore plus celui de demain, ne laisse plus de place à un univers artistique tiède, sans prise de position.

Dans un monde où l'imaginaire ne cesse d'être obstrué, où le système fait tout pour réduire le champs des possibles, l'art fait parti des armes de résistance massive.

Merci Camélia, merci Pomme, merci Yseult, merci Omar. Il y aura toujours à redire et à critiquer pour certains. Mais vous avez pris le risque de vous livrer, de prendre position, de tenter d'exposer votre vision de la vie. Cela ne peut être que source de progrès et d'émancipation.

Nous vivons dans une société du spectacle. Et nous savons que la fin de ce monde ne pourra être que spectaculaire. Pour cela, nous avons besoin d'artistes, d'amour et de révolte.


Les mots me manquent - RIP Guillaume

Hier soir un étudiant mettait fin à ses jours dans sa chambre étudiante à Nanterre. 20 ans.

Je ne le connaissais pas, son nom ne m'était pas inconnu mais ce n'est pas le sujet, il avait 20 ans et n'en aura jamais plus.

Pourtant aujourd'hui ce n'est pas ce qui semble poser problème. Ce n'est pas son nom que l'on retrouve en "tendances" Twitter mais celui d'un politicien. Les débats ne portent pas sur les raisons qui peuvent pousser un jeune de 20 ans à mettre fin à ses jours mais portent sur la présomption d'innocence. N'avez-vous donc aucun respect pour la mort ? Un garçon de 20 ans s'est ôté la vie et vous trouvez que c'est le moment adéquat pour vous lamenter des accusations qu'il a eu le courage de formuler quelques semaines plus tôt. N'avez-vous donc pas la moindre décence ?

L'heure n'est pas aux règlements de comptes mais au deuil. Un jeune de 20 ans n'est plus, une vie de plus broyée par notre impitoyable société. Ayez la délicatesse de laisser ses proches le pleurer. Justice sera rendue, cela ne fait aucun doute, car nous n'oublierons pas. D'ici là il n'appartient à personne d'autre qu'au juge de remettre sa parole en question.

A tous les médias qui ne voient dans cette tragédie qu'une opportunité pour faire du clic : Je vous méprise. Vous publiez des articles sans la moindre pudeur, violez et exposez à tous la vie privée d'un homme dont le corps est encore chaud. Quelle belle société qu'est celle dans laquelle nous vivons, là où la mort fait vendre et là où elle est instrumentalisée à des fins politiques !

Un étudiant est mort, il avait 20 ans. Je ne le connaissais pas et je ne le connaîtrai jamais. Je sais néanmoins qu'il était bien plus que "X, l'étudiant qui avait accusé un élu parisien de viol" (L'Obs, 10/02/21), chose à quoi tous les médias et justiciers du net veulent le réduire.

J'ai honte, honte de cette société qui ne respecte pas la mort, honte de cette société qui n'hésite pas à salir la mémoire d'un étudiant à peine décédé, honte de cette société qui ne prend plus le temps de pleurer ses morts et qui laisse les précaires mourir dans l'indifférence la plus totale à moins qu'ils aient proféré des accusations graves à l'encontre d'une figure de la haute société (car oui, un élu du PCF reste un homme politique aux nombreux privilèges). Notre passivité et notre silence nous rendent coupables. Honte à nous qui acceptons d'évoluer dans une telle société.

Un étudiant est mort, il avait 20 ans. Mes pensées lui vont à lui et à ses proches ainsi qu'à tout ceux qui ont vu leur vie broyée par cette société dans laquelle nous évoluons.

Un étudiant dans un monde à la dérive.