Flics black bloc : A qui profite l'intox?

La mécanique avait déjà été actionnée après l'acte 45. Mais cela va aujourd'hui bien plus loin. De nombreuses personnalités, des médias alternatifs, des soutiens aux GJ et des GJ eux mêmes clament depuis dimanche que la police serait responsable de nombreuses dégradations de la Place d'Italie et/ou que celle-ci laisserait volontairement faire des manifestants casseurs.Deux séquences ont été très largement utilisées pour valider cette thèse. Les deux sont fausses :

Sur une vidéo, on voit trois hommes en noir passer à travers un cordon policier, en criant "C'est la BAC" . En fait, il s'agissait de deux policiers en civil (donc effectivement en tenue type BB), qui venaient d'interpeller un manifestant (celui du milieu). Des vidéos le prouvent.

L'autre séquence prétend que la personne ayant détruit la stèle du maréchal Juin serait un gendarme. Avec comme preuve, des photos de ce même manifestant posant à côté d'une personne avec un bouclier "Gendarmerie". Là encore, c'est totalement faux : ce bouclier est tombé suite à la confusion lorsque des manifestant ont réussi à sortir de la nasse en forçant un barrage. Ce bouclier s'est retrouvé dans une manif sauvage, et plusieurs manifestants ont posé avec.

Sur ces deux cas, CheckNews (de Libération) a fourni un gros travail de vérification qui ne laisse aucune place au doute. Les liens en commentaires.

Au final rien de bien nouveau ici : oui, il y avait probablement des flics infiltrés samedi à place d'Italie, il y en a toujours eu. Oui, il est très probablement arrivé que des flics cassent en manif. Mais non, ce ne sont pas eux qui sont responsables de la majorité des dégradations.

On se demande alors qui a intérêt a propager ce discours et cette suspicion. Et c'est là que toute cette déferlante anti BB/flics infiltrés devient très dangereuse pour le mouvement. Car les seuls à avoir intérêt à ce que la plupart des manifestants pensent que les BB sont des flics, c'est le pouvoir. Car la casse est l’une des expression de la colère sociale. Faut-il rappeler que sur les actes GJ ayant vu le plus de dégradations (vitrines brisées, voitures incendiées, police attaquée) ont été les premiers actes, alors qu'il n'y avait aucun manifestant en kway noir ? C'est à ce moment là que le pouvoir a vraiment tremblé. Il a aussi été inquiété le 16 mars, lorsque des milliers de manifestants en jaune ont exprimé leur colère sur les Champs avec des centaines de personnes en noir. Le pouvoir ne redoute rien de moins qu'une solidarité entre tous les citoyens en colère. Pour éviter cette jonction, il faut stigmatiser la frange la plus offensive. Et puisque le côté "violent" ne marche plus, de nombreux citoyens comprenant que la vraie violence est sociale, que la précarité tue, alors, le pouvoir n'a plus comme carte que celle de faire passer ces manifestants pour des "agents infiltrés".

De Hong Kong au Chili en passant par l’Iran, ce sont les mêmes gestes émeutiers destinés à ébranler le pouvoir et son ordre inégalitaire. L’intrusion de flic dans cette histoire n’est qu’anecdotique, sensationnaliste et a pour but de créer de la confusion dans les rangs de ceux qui ont intérêt à destituer le pouvoir pour un avenir meilleur.

Aussi, au delà du fait que cela soit faux, prétendre que toutes les dégradations sont le fait de policiers, c'est nier les milliers de personnes qui depuis des mois ont mis leur corps en jeu dans cette révolte. Ceux qui en ont payé le prix fort, aussi bien juridiquement que physiquement. Christophe Dettinger n'était pas un flic infiltré. Ceux qui ont défoncé la porte d'un ministère avec un transpalette non plus. Bref, participer à cette construction fantasmatique, c'est invisibiliser ceux qui ont fait le choix de se battre pour une société plus juste, y compris par des moyens offensifs et dangereux pour eux.

On l’a bien vu dans les soulèvements aux quatre coins du monde. C’est bien en partie la destruction des symboles d’un système en place, banques, grandes surfaces, assurance, statues du pouvoir, etc, qui a permis de stopper les réformes neo libérales.

Le fait qu’elle se fasse masquée est une emmerde pour les enquêtes policières. D'ailleurs, les GJ l'ont bien compris. Face aux nombreuses images qui circulent après chaque manif, face aux arrestations massives et aux condamnations (parfois pour simple fait d'avoir été présent sur une manif sauvage), de plus en plus de manifestants font le choix de s'anonymiser au plus possible. Et pour cela, rien de mieux que de s'habiller en noir et de se couvrir le visage. C'est une simple tactique. Cela ne veut pas dire que des GJ sont devenus BB. Ou que les BB ont infiltré les GJ. Et s'il y a moins de gilets jaunes dans les manifs, surtout à Paris, c'est tout simplement parce qu'il y a eu des centaines (milliers) de GAV pour simple port d'un GJ (ou même l'avoir dans son sac à dos). Certains ont même reçu des amendes ! Donc oui, quand on criminalise à ce point la contestation sociale, il ne faut pas s'étonner que de plus en plus de personnes adopte les techniques minimisant les risques d'être victimes d'arrestations et de condamnations !

Aussi le masque permet de projeter les pires fantasmes. Et la police ne s’en prive pas pour transformer l’expression d’une colère sociale en acte soit disant barbare et non assumé, donnant ainsi les éléments de langage à la pensée bourgeoise qui n’imagine pas qu’on puisse vouloir s’en prendre à la société inégalitaire qu’elle a construite. On le sait, le masque est à double tranchant. A la fois fantasme pour véhiculer une détestation et en même temps véritable tactique efficace pour ne pas être identifiable par la police de l’ordre bourgeois.

Plus que jamais, il convient donc de casser cette construction de flic BB et cette opposition entre bon manifestant et mauvais. Ce qui est mauvais, c'est cette société. Ce qui est bon, c'est notre solidarité et le respect de nos différences. Et c'est seulement cela qui pourra faire vaciller le système.


Amer Anniversaire

Une sorte de brouillard plane en ce début de semaine. Difficile d'y voir clair sur ces trois jours de festivités et de luttes. De savoir s'il s'agit d'une victoire pour les GJ ou pour le pouvoir. Sûrement aucune des deux. En tout cas, du côté des défaites, on peut clairement y mettre la démocratie et la liberté.

Si le pouvoir nous a habitué a pousser toujours plus loin la violence et l'arbitraire, ce weekend d'anniversaire est encore allé plus loin dans le délire totalitaire qui se met en place, insidieusement. Liste non exhaustive en fin d'article.

Le pouvoir et les médias ne parlent que des événements de la place d'Italie, et ce, uniquement sous le prisme des fameux "débordements". La belle affaire. Sauf que le pouvoir a tout fait pour empêcher tout autre événement : concerts, maison du peuple, happening... Tout a été sauvagement réprimé, et pas seulement les actions dites "offensives". Macron et Castaner poussent les citoyens à un choix particulièrement dangereux : accepter d'exprimer sa colère dans des manifestations totalement inoffensives et que le pouvoir n'écoute pas, ou entrer dans le "camp" adverse (selon les mots du préfet Lallement). Tout opposant sortant du cadre imposé par les puissants est désormais considéré comme un ennemi d'Etat (à l'image des prélèvements ADN à la Maison du Peuple).

Cette nouvelle doctrine trouve son illustration Place d'Italie, entre 12h et 14H : la préfecture, totalement débordée et surprise des actions offensives du matin, décide d'annuler la manifestation. Mais elle force des centaines de manifestants arrivés dans le quartier (et qui n'avaient pas l'info de l'interdiction) à entrer sur la place. Pour ensuite les empêcher d'en sortir, pendant plusieurs heures, le tout sous des centaines de lacrymo, de grenades de désencerclement et de charges ultra violentes.

Le message est clair : "Vous venez sur une place où il y a des GJ qui cassent ou brûlent. Vous êtes donc solidaire de cette violence inacceptable. Et vous allez en payer le prix. Vous êtes les ennemis de la France. Et nous allons vous traiter de la sorte."

Avec un double objectif : dissuader les manifestants de revenir à de futures manif GJ (car il y en aura encore et encore). Et casser la popularité du mouvement auprès des citoyens encore solidaires de cette révolte sociale.

Qu'on se le dise : la préfecture n'a pas planifié tout cela à l'avance comme certains ont pu le prétendre. Les autorités ne pensaient pas que les éléments les plus déterminés viendraient à cette manif. Personne ne l'avait vraiment prévu. Pas même une fantasmatique "internationale des Blacks Blocs". Non, ce qu'il s'est passé, c'est que plusieurs GJ, notamment de province, sont arrivés assez tôt sur Paris. Les Champs étant totalement barricadés, et vu l'expérience du 21 septembre, certains ont décidé d'aller sur le lieu de la manif déclarée, plusieurs heures en avance. Parmi ces GJ, quelques uns ont commencé à monter des barricades sur une place remplie d'objets de chantier. Un petit feu a été allumé. Les images ont très rapidement tourné. Et donc les GJ les plus déterminés ont eu la tentation de venir rejoindre la place. Le temps que la préfecture s'en rende compte, plus de 3 000 manifestants étaient Place d'Italie, plus d'une heure avant le début de la manif. Des barricades, des feux, des voitures renversées. Tout cela sans que la police ne soit en mesure d'intervenir.

En revanche, une fois que les forces de police étaient arrivées en force place d'Italie, les manifestants se sont retrouvés nassés et il n'y a quasiment plus eu de dégradation. Pourtant, c'est seulement à ce moment là que le carnage a commencé. Pendant des heures, la police a littéralement agressé les manifestants présents sur la place, et totalement coincés. Sans aucun discernement, sans même chercher à arrêter ceux qui avaient commis des dégradations. Non, il s'agissait de terroriser et punir ceux qui étaient présents. La terreur. On pourra noter d'ailleurs que ceux qui auront le plus souffert de cette terrible décision des autorités sont les personnes venues sans protection (et donc, logiquement, celles les moins à même d'avoir commis d'actes offensifs).

Cette attitude n'est pas une surprise pour ceux qui suivent et vivent les luttes sociales en France depuis plusieurs mois. Il n’empêche, un nouveau cap a été franchi. Les médias mainstream, comme prévu, n'en ont eu que pour des feux de poubelles, des bris de vitrines et une statue d'un maréchal pétainiste et partisan de l'Algérie française détériorée. L'Histoire n'est amère qu'à ceux qui l'attendent sucrée !

Du côté GJ, on peut se réjouir du nombre d'initiatives lancées sur ce weekend, même si beaucoup ont été rapidement réprimées (et parfois étouffées dans l’œuf) : des occupations, des ronds points, des blocages, des happenings, des concerts, des maisons du peuple... Réussite également au vu du nombre de manifs sauvages toute la journée de samedi, mais aussi le soir et le dimanche, dont beaucoup ont réussi à déborder le dispositif ultra sécuritaire.

On peut en revanche regretter le nombre quelque peu décevant de GJ descendus dans la rue. Si on est bien au dessus des chiffres annoncés par la pref et les médias, on pouvait tout de même espérer beaucoup plus. Aussi bien sur Paris qu'en Région. Alors que le mouvement reste apprécié et compris par une majorité de la population, alors que des centaines de milliers de Français sont déjà descendus dans la rue en jaune au moins une fois fin 2018, il n'a pas été possible de ramener à la lutte ces personnes. Il faut le prendre en compte et ne pas se voiler la face. Car ceux qui crient "révolution" dans les rues depuis des mois, et qui le veulent vraiment, doivent savoir que cet horizon ne sera possible qu'avec une adhésion très forte des autres citoyens, et leur participation active. Comme on peut le voir au Chili ou à Hong Kong.

Cela ne veut pas dire que ces GJ qui ne lâchent rien sont dans l'erreur. Bien au contraire. Mais il faut essayer de comprendre pourquoi les autres, bien que solidaires dans la pensée, ne descendent plus sur les ronds points, dans les manif, sur les occupations. Bien sûr que la terreur d'état est un des éléments importants. Mais pas que.

Samedi, Place d'Italie, la détermination était là. La colère aussi. Mais il manquait peut être de la folie, de la joie, de la fraternité. De la musique et de la danse aussi. La beauté du mouvement GJ, ce sont ces instants improbables, où dans la cruauté du monde libéral, quelques personnes arrivent à créer du lien, du beau, de l'amour.

Il a peut-être aussi manqué de stratégie et d'idées sur cette place d'Italie, qui fut un terrain de révolte pendant deux heures avant de devenir une énorme prison et une salle de torture. Des milliers de personnes étaient présentes. Toutes voulaient sortir de cet endroit, pour vraiment manifester (en déclarée ou en sauvage). Mais il n'y a pas eu suffisamment d'échanges et de propositions pour réussir à sortir de cette nasse. La lutte doit être aussi le moment d'expérimenter des actions collectives constituées de plusieurs actions individuelles. Il faut discuter, il faut proposer, il faut agir. Il faut également redonner du sens aux actions et clamer/afficher les objectifs de cette révolte sociale, d'autant qu'ils sont partagés par des millions de citoyens.

En cela, la mobilisation de ce week-end a parfois été décevante. Décevante mais pas décourageante. Car le feu est toujours là. L'envie de vivre et de connaitre un monde nouveau. L'envie de voir leur monde s'effondrer. De ne plus laisser cette précarité systémique nous tuer.

Pour cela, il faudra dépasser les limites rencontrées ce weekend. Ce ne sera pas facile. Mais existe-til une révolution facile ? Et n'oublions pas quil ne s'agissait que du premier anniversaire.

Annexes - Résumé de trois jours de totalitarisme en France :
- Le vendredi, une soirée concert sur les quais de Seine, totalement pacifique et ne gênant personne, est expulsée. Les deux musiciens sont embarqués et passent la nuit au poste. Les instruments sont gardés par la police tout le weekend

- Une maison des peuples est ouverte dans un lieu désaffecté depuis plus de 3 ans dans Paris. Elle est violemment expulsée par la police dès le lendemain. Avec de nombreuses interpellations.

- Plusieurs journalistes sont tabassés, au moins deux recevoient des grenades aux visages, dont un blessé gravement

- Des milliers de manifestants sont nassés pendant des heures Place d'Italie et interdits de sortir alors que la place est gazée et chargée en permanence. Une véritable boucherie.

- Des manifestants qui font une action totalement pacifique dans les Galeries Lafayette sont violemment arrêtés et embarqués au poste, y compris des personnes dans la rue qui soutenaient les GJ sur place.


Anniv GJ : Infos pratiques et liens utiles

Trois jours pour fêter un an de lutte, d'espoir et de solidarité ! De vendredi 15 à dimanche 17 novembre, des centaines d'initiatives sont lancées partout en France pour fêter comme il se doit le premier anniversaire des Gilets Jaunes.  Pour ceux qui souhaiteraient des informations sur toute la France, un pdf en ligne recense plus de 140 rdv : DISPONIBLE ICI.

Pour Paris, notamment pour le samedi 16, la tendance semble être à l'improvisation et à la volonté de ne rien planifier publiquement, pour éviter les nasses et interpellations abusives des derniers gros rdv sur la capitale. Quelques appels sont tout de même en ligne : manif déclarée, appels à retourner sur les champs, occupation de lieux stratégiques ou encore concerts et autres festivités.

Cet article sera actualisé très régulièrement durant les prochaines heures afin de vous donner un maximum d'informations sur ce qu'il se passe : appels à rassemblement, décisions de la prefecture, stations de métro fermées. Une fois le weekend de festivité lancé, nous continueront à alimenter cet article sous forme de fil info.

MISE A JOUR : 15/11/19 A 15H30

HEURES ET LIEUX DE RDV

VENDREDI 15
Surprise party dans Paris (concerts, danse, picnic)
Rassemblement festif à Montreuil

SAMEDI 16
- Le matin : blocage du périph sans lieu de rassemblement à 10h, formez vos propres groupes
- La journée : prendre les Champs Elysées
- A partir de la mi-journée : petite surprise, info à venir (suivre l'événement ci-dessous)
+ deux manifs déclarées : Place d'Italie: rendez-vous à 10h, départ vers 14h  /  Porte de Champerret: rendez-vous dès 8h, départ vers 11h30

DIMANCHE 17
Blocage d'un temple de la consommation.
+ Pl. Joaquim Du Bellay: rv à 9h, Fontaine des Innocents, Métro Les Halles

 

INFOS PREFECTURE / RATP

Arrêté préfectoral disponible ICI

Résumé, sur une carte, des secteurs interdits :

Les stations et lignes de métro fermées ne sont pas encore communiquées.

La RATP a annoncé qu'elle donnerait la consigne à ses agents d'effectuer des fouilles samedi dans les couloirs et lignes du métro.
IMPORTANT : les agents RATP n'étant pas assermenté, ces fouilles ne sont basées que sur le consentement de l'usager. Vous avez tout à fait le droit de refuser ces fouilles ! plus d'infos ICI.

LES EVENEMENTS FACEBOOK

Part 2 Acte 53 Appel Mondial Un An Après On Revient !
ACTE 53 : 16-17 Nov. 1 an de Gilets Jaunes Le Pouvoir Au Peuple!
Acte 53 : 1 AN DE LUTTE !!! TOUTE LA FRANCE À PARIS
Acte 53 Gilets Jaunes l’anniversaire sur les Champs-Élysée
Anniv GJ : infos et liens utiles
Manif et rassemblement de départ GJ Saint Ouen
16/17 Novembre - Convergence des Luttes
Paris capitale mondiale des Gilets Jaunes - Acte 53
Acte 53 TOUS A PARIS ET LES Alentours
Gilets Jaunes | Les origines
Les Écolos avec les Gilets jaunes - 16/17 nov, acte 53
Gilets Jaunes Act 50:Ultimatum Final
Gilets Jaunes. Acte anniversaire : ZAD à Paris. Winter Is Coming
Surprise party dans Paris (concerts, danse, picnic)
Rassemblement festif à Montreuil
blocage du périph
Gros Banquet à l'Elysée
Blocage d'un temple de la consommation.

ANTIREP

On ne répètera jamais assez qu'avant d'aller en manifestation, il est bon de connaitre le nom d'un avocat de la legal team de votre ville et de connaitre ses droits en cas d'arrestation :

- Droit de ne rien déclarer
- Droit de voir un médecin
- Droit de voir son avocat
- Pour ce qui est du refus de signalétique, ce n'est malheureusement pas légal, mais plusieurs jurisprudences existent et ont déjà donné raison à celles et ceux qui refusaient de s'y soumettre. De plus les poursuites ne sont pas systématiques en cas de refus. Au delà de ça il s'agit aussi d'un acte militant et étique d'opposition aux fichages de masse.

(NB : En GAV, les flics vous mentent très souvent. Ex : Tu sortiras plus vite si tu parles. Ton avocat n'est pas là, choisis un commis d'office)

Lien vers un réseaux de défense collective fiable, présent dans plusieurs villes : https://rajcollective.noblogs.org/

Infos pratiques pour la légal team Paris

Conseils en manif paris Paris Lutte


Une réponse à la lettre de Cléone, depuis le Cameroun

Cléone,

J’ai lu ta missive écrite depuis le futur, façon lance-flammes sans recul. Bouleversante de sensibilité et de justesse, chargée de sainte colère, celle que même les montagnes ne peuvent stopper. Je l’ai lue et relue, comme on sirote un exquis single malt, en te suivant à travers l’Histoire, au pas de tes mots articulant ténèbres et lumière. Esclave capturée au Congo par la noirceur insondable du mâle blanc, tu as pris la clé des champs en brisant les chaînes de cet asservissement. Marronne ou rien. Qui t’entendra ? Enfoncées dans le bruit de la Marchandise à tous les étages du pouvoir d’achat, les cohortes de la servitude volontaire continuent de mettre de l’eau au moulin du Détriment sur Terre. Pour un Levi’s 501, une escapade aux Seychelles, des Weston en croco, un robot-mixeur, un écran plat, pour le dernier-né de Apple, pour payer le loyer, pour se soigner, pour toutes sortes de raisons, bonnes et mauvaises. Ils/Elles continuent de se lever tous les matins que le Soleil fait, quelle que soit la saison, sous toutes les latitudes, au nom du travail. Emportés par le tapis roulant de la routine, cet assujettissement ne leur saute pas aux yeux, rouages parfaitement intégrés du dispositif cannibale qui utilise leur existence au profit d’un aréopage de milliardaires en devises-clés et se réservant le privilège exclusif de vivre, eux, dans la félicité permanente. Quand des myriades d’enfants meurent d’inanition parce que leurs parents sont démunis.

Refuser de faire partie de la caravane des dindons farcis demande un courage inouï que trop peu ont en ces jours insipides, Cléone. C’est bien plus confortable et facile de s’accommoder du climat suscité par la soumission à l’argent, cette vénalité ordinaire qui ne dit pas son nom et se pare de vertus fleurant l’encaustique des bancs de monastères. La planète bat pavillon de soumission au Lucre sous toutes les latitudes, avec ce que cela comporte de surdité obligée. Ce mur de granite auquel se heurtent les voix contraires comme la tienne, porteuses de tumulte dans le douillet ronronnement des acquis. Il y a belle lurette que cette gent mixte ne prête plus l’oreille qu’à la musique douce de l’oseille par tous les moyens. Plus que jamais le fric est inodore, alors même que son emprise sur les existences frise désormais la constriction, moyennant la dématérialisation croissante. L’argent accède à la qualité de médium produisant un milieu dans lequel les corps immergés d’une aube à l’autre ne sont que des débouchés pour le Marché. Réduire la voilure des besoins a le potentiel de porter un coup décisif à ces empires de biens et de services. Se désister ici et là, demain, sous toutes les latitudes, du Coca & Co, des cigarettes et plus, de toutes les inclinations sans issue. Qui osera descendre sine die du tapis roulant après avoir lu ta lettre publique, chère marronne qui fit naguère le serment de Bois Caïman, l’acte fondateur d’une Ayiti libre ?

Qui se joindra à cette conjonction des insubordinations à laquelle tu appelles si ardemment? Tu as mille et une fois raison, ardente Cléone : on ne demande pas justice à la main qui étrangle, on la coupe pour respirer à nouveau, c’est tout et ça ne souffre point de discussion. Il y va de vie et/ou de mort sur ce palier. L’empire de la futilité ne cesse de gagner du terrain chaque jour, chaque heure, chaque seconde, multipliant sur 360° ces mirages hypnotiques auxquels succombe l’ingénuité en toute ignorance entretenue par la médiarchie et ses affidés. Subjugués par les promesses irisées des Féticheurs, une large fraction de nos semblables renonce au libre arbitre et ses chemins de traverse si incertains mais poétiques, en échange d’un statut assuré dans une geôle dont les murs pour invisibles qu’ils soient n’en sont pas moins hauts et solides. La lucidité n’a rien à voir avec une croisière dans les Caraïbes à bord du Harmony of the Seas : c’est, dixit René Char, la brûlure la plus rapprochée du Soleil. Au regard des plus de 7 milliards de Bipèdes que nous sommes à arpenter la planète today, les Lucides ne sont encore qu’une goutte d’eau dans la mer.

Le capitalisme n’est nullement entré en phase terminale. Au contraire et tirant parti des critiques les plus virulentes, il met le grand braquet par ces jours sous algorithmes, big data et calcul quantique. Sa forme accomplie dans l’Histoire s’approche et elle ne tardera plus à se manifester, intelligence artificielle et blockchain aidant. Cette fascinante panoplie technologique ne vise en effet pas à un autre projet que permettre son apothéose, entre câbles sous-marins reliant les continents et essaims de satellites placés en orbite géostationnaire. La Nasse est en place, Cléone, pour ce New Big Game que va orchestrer le trading à haute fréquence depuis les black pools, ces places de marché qui font concurrence désormais au Nymex & Co et où s’échangent entre investisseurs des volumes insensés de titres à l‘échelle de la milliseconde. L’Hydre du profit à tout prix se porte comme un athlète préparant les jeux olympiques d’été et la Grande Altération suit son effroyable cours entropique dans l’écoumène. Qui se désistera et descendra du tapis roulant, céleste Refuseuse ?

Lionel Manga


Ode à la déraison

Dans un pays où le champs des possibles est rendu de plus en plus exsangue par un pouvoir fascisant, il ne reste plus que la folie pour sortir de l’impasse. Et depuis un an, combien d’actes complétement inconsidérés, déraisonnables, sont restés dans nos mémoires comme des moments de bravoure et de beauté absolue. Alors, oui, à toi qui refuse la raison du plus fort et qui préfère la déraison du plus faible, nous te dédions cette lettre d’amour.

A toi qui a défoncé la porte d’un ministère avec un transpalette
A toi qui te rends tous les samedis en manif alors que tu es en fauteuil roulant
A toi qui a occupé un rond point pendant des mois, sans jamais rien lâcher
A toi, Geneviève, qui est retournée manifester dès ta sortie d’hôpital
A toi qui es allé sur les Champs le 21 septembre malgré le dispositif ultra guerrier, et a réussi à y manifester !
A toi qui joue de la musique dans les manifs malgré la pluie de lacrymos et les coups de matraques
A toi qui a forcé un barrage policier pour partir en manif sauvage
A toi qui est allé dans la manif des policiers pour crier ta colère face à l’impunité de ces derniers
A toi Christophe, qui t’es battu à mains nues face à des policiers protégés et armés
A toi qui a continué de chanter et de manifester alors que tu étais dans une nasse policière
A toi qui est allé sur les Champs le 14 juillet, en plein défilé militaire, pour défier le pouvoir et son bras armé
A toi qui continuera à nous surprendre par ton audace et ta déraison

Tu es fou. Et c’est ce qui te rend si beau.


Nouveau blocage de Facebook : la censure En Marche ?

Notre page fb est à nouveau victime d'une censure (qui ne dit pas son nom). La troisième fois depuis fin août. Et surtout, la deuxième en deux semaines.

Nous avions été "invisibilisés" durant une semaine (jusqu'au 1er novembre). Et voilà que trois jours après un retour "à la normale", Facebook nous bloque à nouveau jusqu'au 11 novembre ! Concrètement, cela signifie que nos 130 000 abonnés ne voient plus aucune de nos publications, et qu'il est impossible de les partager. Autant dire que cela réduit à néant notre audience.

Ainsi, Fin août alors que nous couvrions le contre-sommet du G7, la même sanction nous était déjà tombée dessus (une première en 7 ans d'existence). Notre audience avait alors été divisée par 1000 pendant une semaine, passant de plusieurs centaine de milliers de vues par jour à quelques centaines. Après une petite enquête nous nous étions aperçu que nous n’étions pas les seuls et qu’une vingtaine de pages subissait le même sort (Lille Insurgée, Nantes Révoltée, Gilets Jaunes Toulouse ou Bretagne Noire…), toutes suivaient notamment le mouvement des gilets jaunes.

A cette "sanction" qui enlève nos publications des murs de nos abonnés, se rajoute une nouvelle sanction, qui court depuis plus de dix jours et se prolonge chaque jour d'une journée supplémentaire (au point que cela ressemble à une mesure permanente) : Facebook nous empêche de poster des publications avec des liens externes (un article d'un site Web, un lien vidéo YouTube, ou autre). D'autres pages ont subi ce même genre de restriction, à l'image du syndicat SUD Rail.

Malgré de nombreux appels de ces sanctions, nous n'avons reçu aucun retour ni explication. Plusieurs journalistes ont enquêté sur la situation, notamment suite à la sortie d'un article sur médiapart, mais aucun n'a réussi à avoir de réponse de Facebook, en dehors de réponses standards sur le "non respect des règles d'usages".

L'absence totale de transparence de Facebook à ce sujet laisse de sérieux doutes sur les raisons réelles de ces sanctions, d'autant que de nombreuses pages appelant à la haine (voir pire) ne connaissent aucune sanction. A cela s'ajoute les nombreux posts de militant En Marche qui se vantent de lancer des "campagnes de signalement" de pages jugées "hostiles" au gouvernement. A l'image de ce groupe facebook qui lance régulièrement des signalements sur la page CND, grâce à de nombreux profils (dont certains clairement créé pour l'occasion) :

Cerveaux Non Disponibles est un média engagé. Au vu des personnes au pouvoir en France, nous assumons même d'être un média "d'opposition". Mais, jusqu'à présent, cela n'est pas interdit en France. Et c'est même un élément important d'une démocratie. Si nous relayons des articles et tribunes parfois ouvertement révolutionnaire, il ne s'agit jamais de texte appelant à la haine ou contraire à la législation.

Si sur les deux premières sanction d'invisibilisation, ainsi que sur l'impossibilité de poster des liens, nous n'avons jamais su quel post avait été pris comme "raison officielle", nous avons eu un signalement précis pour la plus récente invisibilisation : c'est le relais d'une lettre anonyme sur notre page : Je suis Cléone. Je fus esclave à Saint Domingue. Une œuvre de fiction très forte, qui a également été reprise par Lundi Matin, Grozeille et d'autres médias français, et qui a aussi été diffusée sur des murs au Chili et à Hong Kong. Mais apparemment pour ce qu'on peut appeler "le réseau de la censure", la lettre "va à l'encontre des standards de la communauté en matière de discours haineux". Que le ton et le contenu de cette œuvre littéraire éminemment révolutionnaire ne plaise pas à tout le monde, notamment aux militants de la République en Marche et aux partisans d'un statut-quo politique et économique, cela ne nous étonne pas. Mais que Facebook accède à leur demande (voir l'anticipe) en supprimant notre publication puis en nous sanctionnant pour ce post, cela dépasse la raison.

Il est donc très inquiétant de voir que des structures politiques, médiatiques et syndicales puissent se retrouver totalement invisibilisées sur le plus gros réseau social de la planète, et ce, sans aucune explication. Que ce soit un acte volontaire de Facebook (en lien avec le gouvernement), ou le résultat de campagnes de trolls pro Macron, cela pose d'énormes questions.  Bien sûr, Facebook "fait ce qu'il veut" sur sa plateforme. Chaque utilisateur a signé les conditions d'utilisations qui permettent au réseau de décider comment faire apparaitre (ou non) les publications. Mais cela pose problème si ces choix se font de façon totalement opaque, sans réponse, et de façon très ciblée sur certaines pages (clairement opposée au pouvoir en place). Même si Facebook est un organe privé, vu son poids aujourd'hui dans nos sociétés, nous ne pouvons accepter que ce groupe décide de censurer des pages, avec les conséquences (politiques et sociales) que cela peut avoir. C'est une sérieuse menace pour la liberté d'expression et d'opposition.

Car ce qui arrive aujourd'hui à CND (et d'autres pages) pourra arriver dans quelques mois à Médiapart, à Libération, à la CGT, à ATTAC, à XR, à Greenpeace ou à n'importe quelle autre structure. Ne pas interroger aujourd'hui Facebook sur ces agissements, c'est laisser la porte grande ouverte à des dérives de plus en plus fréquentes et importantes.

Plus que jamais (surtout à l'approche de l'anniversaire des GJ), nous vous invitons à nous suivre sur nos autres réseaux :
Twitter
Instagram
Télégram
Youtube
Mastodon


Je suis Cléone. Je fus esclave à Saint Domingue.

Nous publions ci-dessous une lettre que nous avons reçue de la part d'une mystérieuse Cléone

Je suis Cléone, originaire du Congo, maronne à l’âge de 35 ans. J’ai fui le maître et ses chaînes, M. Galibert, le 30 avril 1766. Partout dans les rues cet avis fut placardé comme chaque fois qu'un frère ou une sœur se faisait la tchave :

Saint-Domingue, Affiches américaines - 1766-04-30

On ne me retrouva jamais. Les babtous ces bâtards m'ont pas québar ; leurs larbins, ni leurs ienchs m'ont pétée ; j'ai cavalé, j'ai gagné les montagnes où j'ai rejoint les autres marronnes et les autres marrons. Le 14 août 1791, à Bois-Caïman, je fus bien sûr avec les marrons et les maronnes qui fomentèrent la révolte ; j'ai été avec Boukman à la cérémonie vaudou, j'ai été avec la mambo Cécile Fatiman, j'ai fait le pacte de sang, j'ai signé le pacte dans le sacrifice d'un cochon noir.
À Haïti bien sûr avec les révolutionnaires, au mexique avec Zapatta, en Chine avec les Boxers, en Angleterre avec mes sistas les suffragettes du Self-Defense Club, en Algérie contre l'impérialisme français, en Espagne aux côtés de celles et ceux qui ont combattu les fascistes et la dictature de Franco, au Chili avec les résistantes et les résistants au régime de Pinochet soutenu par les ricains, au Rojava... de ouf j'ai cavalé !

Partout où des individus avaient compris qu'on ne négocie pas dans la loi du maître qui la réajuste, sa loi, à sa convenance, selon les situations et son avidité. Partout où des individus avaient refusé les règles tronquées d'un jeu pipé qui les oppressait, les tuait, les endormait... Partout où des individus en avaient fini de sagement réclamer justice à la justice du maître — réclame-t-on justice à la main qui vous étrangle !? On la coupe. Partout où des individus avaient jeté leur chair dans la bataille, avaient levé leur corps pour exploser leurs chaînes, défoncer les structures étatiques qui justifiaient ces chaînes et niquer la police qui défendait ces structures... Partout j'ai mené ma folle cavale.
De la moindre grève à la plus petite rebuffade, toute pompe j'ai cavalé. D'émeutes en soulèvements, de mutinerie en insurrections... avec les communardes en 1871, et sur chaque barricade j'ai été là ! Derrière le premier cacatov de Gilet Jaune — je suis Fouquet's ! — parmi les émeutiers de 2005 et les lycéennes et les lycéens de Mante-la-Jolie, de Grenoble, d'Aulnay-sous-Bois, de Bergson... j'ai été de toutes les révoltes. Et je ne suis pas seule. Vous n'êtes pas seules, vous n'êtes pas seuls.

Chaque fois que s'est levée la chair, notre horde se renforçait. Lorsqu'un corps se mettait en travers du pouvoir dans une usine, lorsqu'un corps se cabrait dans le Mac-do le plus pourri de la banlieue la plus abandonnée, lorsqu'un corps s'entêtait devant le canon d'un LBD... lorsqu'un corps se dressait, il se dressait puissant de nous toutes, il se dressait chargé de nous tous. Il s'élançait, ce corps, plein des autres marrons, fort des autres marronnes, hérissé de la mémoire des esclaves déportées dans les colonies, chaud du souvenir des communards... Sur les Champs Elysées on était là ! À Alger, au Soudan, à la zad de Notre-Dame-des-Landes, au Panthéon avec les Gilets Noirs, au Chiapas, au Palais de la femme, à Hong Kong... on était là !
Partout où nos corps se sont soulevés contre la tyrannie du patriarcat, nous avons attaqué la norme, nous avons brisé la laisse de l’identité civile. Ni monsieur, ni madame ! Queer n’est pas une fonction, fuck tes cases. Non, blanc blaireau, tu ne nous gères pas, tu ne me gères plus. Nous poussons sauvages. Au fil des luttes, notre puissance ne cessait de se renforcer. Avec nous la mémoire des femmes assassinées par les bourreaux du patriarcat, celle d’Adama Traoré, de Marielle Franco, de Steve Maia Caniço, de Zineb Redouane, avec nous les milliers d'hommes, de femmes et d'enfants disparus dans la méditerranée. Chaque fois que nous nous sommes relevés nous avons intensifié nos désirs, notre seum, notre histoire, nos liens et nous avons gagné.
Je suis Cléone et j’ai vu le maître sénile occidental, détruire les mondes multiples d’avant l’expansion de son commerce international. J'ai vu le mâle blanc, ce dégénéré, coloniser les corps pour épandre sa toxicité, détruire la biodiversité en imposant partout sur la planète une langue d’asphalte monochrome et unicellulaire. Je suis Cléone, l’histoire de la puissance d’agir, des mondes multiples et désirables.

Je me souviens en 2019 qu’en France un autre grand bourgeois, premier d'la classe dont l’histoire n’a pas retenu le nom, joua une fois encore au pyromane en soufflant sur les braises de la haine et du racisme. Il se rêvait tyran, réélu en 2022 sur les cendres d’un pays en ruine et divisé. Ces élections n’eurent jamais lieu.
Après les grands incendies de l’été 2019, les forêts du monde dévastées, le nuage du libéral-fascisme se déplaça sur la ville de Rouen. De cette métastase capitalistique, longue de 22 km et de 6 km de large, ruisselait la morgue et la malfaisance du maître.
Nuages lacrymogènes, nuage d'amiante, fumées hydrocarbures, incendies de forêts, quartiers populaires assiégés, opposants brutalisés, manifestants criminalisés... nasses par les milices zombies, plus nous suffoquions, plus se dessinait notre commune destinée : déchirer l’horizon funèbre du capitalisme.
En phase terminale, le patriarcat et le capitalisme n’arrivaient plus à dissimuler la relation directe entre pouvoir et hiérarchie, oppression et destruction du vivant. Les populations opprimées, de plus en plus lucides, descendaient dans les rues.

Gilets jaunes, gilets noirs, esclaves en fuite, protester, ouvrières, zadiste, précaires, lycéennes, écologistes radicaux... nous étions l’épaisseur historique de nos luttes. De Hong Kong au Chili, du Liban à l'Équateur, de l'Irak à la Catalogne... nous étions des millions armées de nos mains, armés de courage, de parapluies, de mémoire, de pavés, de gilets, de malice populaire...
Et plus dans les rues, sur les rond-points... nous nous rencontrions, nous nous reconnaissions, nous tissions de nouvelles amitiés, nous renforcions des complicités... plus devant les prompteurs affolés aboyaient ses chiens de garde. Et plus ses chiennes de gardes dans la lucarne s'égosillaient, plus le capitalisme thésaurisait dans sa fuite en avant, ravages, meurtres, nihilisme...
Le pouvoir et ses valets chiaient de trouille. Je me souviens en 2018 en France, l’hélico dans le jardin de l'Élysée. En 2019 toujours en France le ministère de l'intérieur — en plus des cargaisons usuelles de grenades, LBD, lacrymogènes — passait commande de 25 millions de cartouches pour fusil d'assaut... Dans le même temps à Hong Kong, le pouvoir faisait tirer, déjà, sur ses opposants à balle réelles. Testament dans la poche, les jeunes protesters pourtant se battaient.

En France, le président ni ses ministres ne pouvaient plus visiter un recoin du pays sans que le village soit colonisé par les forces de l'ordre et ses habitants confinés chez eux. Les flics en venaient à crever des ballons d'anniversaire au prétexte qu'ils étaient jaunes. Quand on lance sur ses enfants, les chiens, les grenades ; quand on les tire au LBD, qu'on les agenouille mains derrière la tête, qu'on envoie sur ses gosses ses milices de BACqueux... c'est qu'on a perdu son sang froid, sa dignité, qu'on se fait dessus.
Nous le savions, il était indispensable et possible de vivre autrement. Chacune devait entreprendre sa traversée, chacun devait se départir de l’assignation à se zombifier. L’intelligence collective produisit concrètement un paysage des plus désirables.
L’autonomie fut le principe actif d’une reconnexion vitale avec le réel. Ce fut long, compliqué, mais pas à pas, rue par rue, bloc après bloc... à base d'émeutes, de cantines populaires, d'occupations, de grèves sauvages, de ZAD, de collectifs de quartier, de sabotages... nous sommes parvenus à libérer tous les corps.
Plus personne n’avait a craindre d’apparaître dans sa singularité, autant de races et de sexualités possibles que d’individus. C’est la multiplicité des conditions d’existences qui permit d’amortir le choc de la catastrophe écologique et d’en finir avec la nécropolitique des oppresseurs. La substitution d’un monde gouverné par le manque au profit d’un monde de désirs a sauvé les vivants. Forts de la solidarité de toutes nos luttes dans le monde, un nouveau continent d’auto-défense émergeait. Seule comptait la puissance historique de nos luttes, notre puissance d’agir retrouvée, notre rage.

Je suis Cléone et c'est depuis le turfu que je vous parle — à force de cavales, de cavales et de révolutions, je suis allée loin... — je vous parle, depuis bien après ce 2022 qui n’a jamais eu lieu. Depuis là je vais vous raconter comment nous avons gagné.
Ma petite cicatrice entre le pouce et l'index, je l'ai toujours, mais de maison toujours pas... je poursuis mon évasion, je prolonge ma cavale, j'éprouve ma liberté. Je n'ai pas de maison, je posterai cette histoire, la nôtre, sur des sites amis.

Mon visage comme la nuit est insaisissable et comme elle mon récit sera nomade,

Cléone


GJ, il n'y aura pas d'après !

Novembre 2019 est arrivé, avec dans son sillage l'anniversaire des GJ. Ceux qui parlaient d'essoufflement en janvier, puis au printemps, puis pendant l'été, n'ont toujours pas compris l'essence du mouvement, qui, de part son ADN, ne peut se terminer. 

A chaque mouvement social sa temporalité, sa spécificité et sa façon de se terminer. Quelques mois après une grosse grève, des manifestations massives ou des soulèvements populaires, les experts médiatiques et politiques enveloppent la séquence dans du papier journal et la rangent dans les archives de l'Histoire. On en reparle alors au passé, en en analysant les conséquences. 

Avec les Gilets Jaunes, il ne sera pas possible d'en faire autant. Car analyser l'après GJ signifierait que le mouvement GJ est terminé. Hors, nous sommes des milliers, des dizaines de milliers même, à savoir qu'il ne sera jamais terminé. 

Pourquoi ? Parce que les Gilets Jaunes ne sont pas un énième mouvement de grève ou de manifestations. Les personnes qui se sont impliquées depuis 11 mois dans cette dynamique ne retourneront jamais à leur vie d'avant. 

Les Gilets Jaunes n'ont pas vécu un mouvement social mais ont vécu une rupture dans leur vie. Une rupture du train train quotidien imposé par la société de consommation. Une rupture dans la façon de se voir par rapport aux autres. L'idée que des liens autres que professionnels ou familiaux sont possibles. Que l'atomisation voulue et forcée de cette société ultra libérale n'est pas une fatalité. 

Une rupture également face aux pouvoirs : politique, économique et policier. Des milliers de personnes ont été blessées, arrêtées, condamnées, insultées et méprisées. Toutes ces personnes ont vu les mécanismes en place pour sauver les intérêts de quelques uns. Mécanismes de stigmatisation, d'exclusion et de terreur permanente. Pour beaucoup, la police n'est plus cette institution censée protéger les citoyens. La justice n'est plus cette institution censée punir les personnes malhonnêtes. 

Les Gilets Jaunes ont compris, parce qu'ils ont du l'expérimenter dans leur corps et dans leur vie, que les institutions sont désormais utilisées par les puissants pour protéger leurs acquis et leurs richesses, pour empêcher tout changement radical de la société. 

Cette prise de conscience, ce changement de regard, il ne pourra plus jamais disparaitre. On ne retourne pas dans l'obscurité d'une caverne après en être sorti et avoir vu la lumière du soleil. 

Il n'y a pas d'après. Car il n'y a pas de fin. 

Les Gilets Jaunes sont en perpétuel mouvement. Une dynamique des corps et des esprits. Sur les rond points, dans les cabanes, lors des blocages, dans les manifestations, les GJ se rencontrent et se découvrent. Ils ne sont pas figés sur des principes théorisés par d'autres. Chaque rencontre, chaque discussion, chaque action fait évoluer ces personnes. 

Il n'y aura pas d'après. Car les Gilets Jaunes sont dans le présent. Car les Gilets Jaunes font le présent. 

Cerveaux Non Disponibles censuré par Facebook ?

Mis à jour le 25 octobre à 19h30

Restrictions arbitraires de Facebook

La page Cerveaux Non Disponibles subit pour la deuxième fois un dé-référencement drastique de la part de Facebook. Cela veut dire que vous ne verrez plus nos publications arriver sur votre mur.

réstriction et déréférencement

 

Et de fait, la couverture de nos publications a été réduite d'environ 600k affichages par jour à 30k :

Fin août alors que nous couvrions le contre-sommet du G7, la même sanction nous était déjà tombée dessus. Notre audience avait alors été divisée par 1000 pendant une semaine, passant de plusieurs centaine de milliers de vues par jour à quelques centaines. Après une petite enquête nous nous étions aperçu que nous n’étions pas les seuls et qu'une vingtaine de pages subissaient le même sort (Lille Insurgée, Nantes Révoltée, Gilets Jaunes Toulouse ou Bretagne Noire...), toutes suivaient notamment le mouvement des gilets jaunes. La seule différence cette fois c’est qu’une notification nous a été envoyée avec un motif.

En cliquant sur le bouton "en savoir plus" on tombe sur des phrases comme ça : « Nos Standards de la communauté ont pour objectif d’encourager l’expression et de créer un environnement sûr. » La bonne blague ! Quant au bouton "faire appel" nous n'avons jamais obtenu de réponse.

Nous sommes un média de critique sociale. Récemment nos publications ont relaté ce qu’il se passe au Rojava où l’Etat turc mène une guerre d’invasion aux ambitions génocidaires, au Chili où la révolte contre la vie chère est matée dans le sang, en Catalogne où ont éclaté des manifestations gigantesques pour l'indépendance, en France avec les Gilets jaunes qui battent le pavé depuis 49 semaines, ou à Rouen avec l'usine Lubrizol qui a intoxiqué toute une agglomération dans la sous-estimation indécente des pouvoirs publics.

Quelle est l’expression qu’encourage Facebook en rendant muet un média comme le notre ? Quelle est donc leur idée de la démocratie quand hier par exemple ils empêchaient le syndicat Sud Rail de s’exprimer par le biais de leur page en les déréférençant eux aussi* ? Ou que la semaine passée des pages italiennes comme Oscurate Milan In Movimento, GlobalProject et Contropiano qui avait relayé des informations sur la campagne militaire turque au nord de la Syrie étaient bannies**…

Le moins qu’on puisse dire c’est que le climat que Facebook fait régner sur son réseau est tout sauf sûr. Car si on peut propager la propagande des États qui bombardent sans problème, il semblerait que si on est une parole d'opposition on subisse des restrictions.

On ne le dit pas assez, mais beaucoup trop de pages de collectifs qui ont juste le culot de relayer les luttes sociales du coté de la résistance se font tout simplement invisibiliser honteusement et arbitrairement. Celles qu'on connait s'appellent Lille Insurgée, Paris Luttes info, Nantes Révoltée, Luttes Invisibles, Gilets Jaunes Toulouse, Peuple Uni, Mr Propagande, Collective auto média énervé, Bretagne Noire, Média Jaune Lorraine, Lyon Résistance, Le Nouveau Web Média 2019, Paris Blocage Résistance, Black & Yellow France, Gilets jaunes du 92, Alexandre Ribeiro t'rien engagé, Humanité tout simplement, Résistance Gilets Jaunes France, Liberté j'écris ton nom, L'information pour l'action, Les citoyens en colère jaune, Printemps jaune, je suis légion...

Aujourd'hui nous tentons de sortir de ce monopole dangereux qu'à constitué Facebook et nous avons notamment ouvert un compte sur Mastodon, un équivalent de Twitter mais libre et décentralisé. C'est une des meilleurs alternatives. On vous invite à nous y rejoindre pour rendre ce réseaux le plus massif et intéressant possible. L'infrastructure est là, il faut s'en saisir. Nous n'avons que trop tarder à faire le pas.

Nous n'imaginions pas qu'il aurait pu en être autrement. Bien sûr que Facebook est un outil de propagande des pouvoirs. Mais nous défendrons notre média jusqu'au bout, partout, au dedans et au dehors du système.

 

Conseils pour nous suivre

En attendant, pour nous soutenir nous vous proposons ces quelques conseils.

– Aller régulièrement voir notre site : www.cerveauxnondisponibles.net

On vous encourage vivement à adopter Mastodon, un réseau décentralisé où on ne sera jamais censuré (et où vos données personnelles vous appartiennent vraiment !) :

- @[email protected] si vous êtes déjà inscrit

- et sinon suivez ce lien : https://mamot.fr/invite/pwKsq3Yt

- applications mobiles pour mastodon : https://joinmastodon.org/apps

– Choisir l’option “voir en premier” sur notre page facebook (cliquez sur “déjà abonné(e)” puis choisissez l’option)

– Aller régulièrement voir les dernières actus sur notre page

– Mais aussi en vous abonnant à nos autres réseaux : Twitter / Youtube / Instagram

- Chan Telegram : https://t.me/cerveauxnondisponibles

* Facebook a fait marche arrière depuis en déclarant que c'était une faille du système...

** Traduction de l'article de Dinamo Press


insurrection chili

Chili : le plus grand soulèvement depuis des décennies

Ce dimanche 20 octobre est le troisième jour des pires émeutes qu’ait connu le pays depuis très longtemps. L’explosion populaire s’inscrit dans un contexte global d'injustices sociales, les inégalités face à l’accès aux soins, à l’éducation, font le lit de la contestation d’un peuple en extrême souffrance et acculé.

C’est alors qu’une nouvelle taxe intervenant dans une société déjà fragile, fait émerger la rage de toute une population. En effet, l’augmentation du prix du ticket de métro à Santiago, déclencheur de l’arrivée en masse des chiliens dans la rue, n’est qu’en partie à l'origine du sursaut du Peuple qui connaît il semblerait, son grand réveil.

La remise en cause de tout un système économique est exprimée avec détermination.

Santiago s’est embrasée, incendies, émeutes, barricades, appels à monter dans les trains sans billets, confrontations avec la police, puis maintenant l’armée. En face, usage de canons à eau, gaz lacrymogène, ces scènes de lutte de rue n’ont pas été vues dans la capitale depuis longtemps.

Situation :

🔸 Violents affrontements entre manifestants et les forces de l’ordre. Les 164 stations de métro de la capitale sont bouclées, le réseau est le plus étendu (140 km), et le plus moderne d’Amérique du sud, environ 3 millions de passagers y transitent chaque jour.

🔸 Le président chilien Sebastian Pinera a décrété vendredi soir l'état d'urgence à Santiago, étendu dimanche soir à plusieurs grandes villes du Nord et du sud du pays.

"J'ai décrété l'état d'urgence et, à cette fin, j'ai nommé le général de division Javier Iturriaga del Campo à la tête de la défense nationale, conformément aux dispositions de notre législation concernant l'état d'urgence", a déclaré Sebastian Pinera.

🔸 Des autobus sont incendiés, des dizaines de stations de métro sont détruites, des concerts de casserole en soutien aux manifestants s'organisent, rappelant la contestation apparue après le coup d’Etat mené par Pinochet fin 1973.

Coup d’état qui ne fut pas seulement militaire, il fut aussi un tournant radical vers le néolibéralisme et le capitalisme. La répression est massive, la stratégie de choc est efficace, permettant insidieusement l’émergence d’une nouvelle droite monétariste, conservatrice. Les premières mesures radicales et violentes tombent très vite, entreprises d’Etat privatisées, budgets sociaux coupés, retraite par capitalisation… Tout tend vers la concurrence généralisée, l’individu-entreprise émerge et le peuple chilien en sera la souris de laboratoire. Tout tend vers la destruction organisée du collectif et la naissance d’un citoyen « carte de crédit ».

Témoignage d’un contact à Santiago : « Ça se voyait venir, il y a un ras le bol général car les classes populaires vivent à crédit. C’est un modèle à l’américaine qui incite à la surconsommation de tout. Là où mes parents habitent c est calme, mais lundi tout sera fermé, écoles, facs, etc. Il y a trop de supermarché, de pharmacies, c’est consommer, consommer, consommer… Et payer à crédit, et tout est cher, tout est payant, tout est privatisé. »

Le massif mouvement social que vit le Chili s’oppose avec vigueur aux conséquences désastreuses du néolibéralisme, notamment autour de la question de la marchandisation des services publics éducation, santé, système de pensions, eau…

Des premiers décès sont malheureusement à déplorer.

Samedi le couvre feu est décrété dans la capitale ainsi que dans cinq autres régions à ce jour.

La répression est féroce, les militaires patrouillent, ainsi que des carabineros en pick up banalisés qui procèdent à des enlèvements nocturnes dans les rues, rappelant aux Chiliens, la sombre époque de la dictature.

Ces exactions font écho à la dernière sortie du Président, sa déclaration ce dimanche : "Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, qui est prêt à faire usage de la violence sans aucune limite".

Cette allocution à la télévision depuis le siège de l'armée n'éteindra certainement pas la rébellion populaire.

La révolte de tout un peuple n'étouffe pas. L’indignation est grandissante au rythme de « Piñera cagón, me paso por la raja tu estado de excepción », « Piñera enfoiré, je me fous de ton état d’urgence ».

La réaction des travailleurs ne se fait pas attendre, l’appel à une grève générale est le mot d’ordre. Dockers, étudiants, agents du métro, camionneurs remplissent les assemblées générales et appellent dans un premier temps à faire tomber l’état d’urgence, chasser les militaires de la rue, avancer ainsi vers une grève totale amenant à la démission de tout le gouvernement.

716 personnes ont été arrêtées, au moins 7 décès, de nombreux blessés, dont plusieurs par balle.

Le ministre de la Défense a précisé que 10500 policiers et militaires étaient déployés.

Quelques rares bus circulent encore, de nombreux vols sont annulés, les employés ne pouvant rejoindre leur lieu de travail, des ports sont bloqués.

De nombreuses écoles seront fermées ce lundi.

Dimanche, M. Pinera a réuni ministres et autres hauts responsables.

Un dialogue est annoncé "large et transversal", espérant calmer les revendications sociales.

Les émeutes ne faiblissent pas.

"Marre des abus" est le leitmotiv au coeur de ce soulèvement historique.

Le Chili s’est réveillé.

Photo : Martin Bernetti