Démasquons la liberté

Nous avions déjà publié en août dernier une tribune pour expliquer notre position concernant le masque.

La situation actuelle nous parait nécessiter une nouvelle mise au point.

Depuis plusieurs semaines, nous constatons sous nos publications que la plupart des commentaires se concentrent sur le port (ou non) du masque. Que ce soit des posts sur le Covid mais aussi et surtout sur tout autre sujet, notamment les luttes sociales.

Certains se scandalisent de manifestants sans masque. Mais, d'autres, encore plus nombreux, dénoncent les manifestants qui acceptent "docilement, en soumis", de porter le masque.

Ce nouveau point Godwin nous questionne et nous inquiète.

De notre côté, nous estimons qu'il n'y a pas à asséner une vérité absolue sur l'intérêt sanitaire du masque : FFP1, en tissu, en intérieur, en extérieur...

La question est très complexe et les études varient parfois dans leurs conclusions. Mais, globalement, nous pensons que le masque permet de limiter la propagation du virus, notamment dans des lieux clos.

Le gouvernement a soufflé sur les braises de la défiance, en affirmant il y a un an que le masque était totalement inutile pour le grand public. Tout simplement parce qu'il n'avait pas les stocks nécessaires (ils finiront par l'avouer dans quelques années). Aujourd'hui, il a opté pour un revirement à 180 degrés et impose le masque obligatoire, partout, tout le temps. Et surtout, verbalise à la moindre escapade non masquée.

On comprend donc que certains puissent se révolter de cette attitude répressive du pouvoir.

Mais, ce que nous ne comprenons pas, c'est cette focalisation extrême sur cette question. Le masque serait devenu le symbole de la nouvelle dictature mondiale. Tous ceux qui le portent seraient des "soumis" au "nouvel ordre mondial".

Cela serait drôle si ce n'était pas si grave.

Imaginons une personne ayant passé 5 ans dans le coma et qui se réveille aujourd'hui. Elle réalise que la culture, les concerts, le cinéma, la danse ou le théâtre n'ont plus leur place. Que les discothèques, les restaurants, les cafés sont fermés. Qu'il est désormais mal vu de se réunir entre amis. Que les fêtes sont pointées du doigt. Elle constate que les citoyens sont sous couvre feu, que leurs déplacements sont limités et contrôlés, qu'ils ne peuvent s'éloigner de chez eux que pour aller travailler.

Elle apprend qu'il est désormais interdit de filmer la police, que celle-ci a des pouvoirs accrus et quasi sans limites. Que la surveillance a été généralisée et, qu'il s'agisse d'actes ou d'opinions, que tous les citoyens sont désormais espionnés par l'Etat et la police. Et elle découvre que le combat principal pour retrouver ses libertés... serait de pouvoir enlever son masque ?

Et si la situation nous inquiète autant, c'est qu'elle n'est pas le fruit du hasard. Partout dans le monde, des manifs ont lieu contre la "dictature sanitaire". Des citoyens de différents horizons et profils sociaux y participent. Mais souvent, en sous main, l'extrême droite se place, voire initie les manifestations.

Pourquoi ? Parce que dans cette période où les libertés ont été dramatiquement diminuées, pour s'approcher objectivement d'une société autoritaire, voire dictatoriale, l'extrême droite n'a aucun intérêt à ce que la situation change. Au contraire. Elle n'a plus qu'à attendre pour cueillir les fruits de la crise économique. Et prendre le pouvoir avec tous les outils dont elle a toujours rêvé pour contrôler la population. Face à cela, il lui paraît plus que vital de faire en sorte que la population ne se focalise pas sur la perte de ses libertés fondamentales.

Mettre le paquet sur la question du masque est donc la stratégie idéale pour l’extrême droite. Une stratégie qui, in fine, n'est pas pour déplaire au pouvoir. Pendant que ces personnes dépensent leur énergie pour réclamer le droit de sortir sans masque, elles ne descendent pas dans la rue pour réclamer le retour de toutes leurs libertés, voire pire, exiger la chute du régime.

Alors oui, on aimerait pouvoir imaginer à moyen terme retrouver une vie où on sort dans un parc sans avoir à mettre le masque. On aimerait une société où chacun décide s'il est utile /pertinent de mettre un masque selon la situation. Mais, alors que nous perdons de jour en jour le peu de libertés qu'il nous reste, nous ne comprenons pas comment des personnes peuvent critiquer et dénigrer ceux qui continuent de lutter, dans la rue, face au pouvoir et à la police, au motif qu'ils portent un masque.

A ce jeu là, on finira peut-être par ne plus avoir de masque. Mais nous serons chacun dans notre cellule. Enfin libres de ne pas porter le masque.... A quel prix ?


Facebook menace de supprimer la page CND !

Samedi 3 avril 2021, Facebook nous envoie la notification la plus menaçante depuis la création de notre page. « Cerveaux non Disponibles risque de ne plus être publiée » (entendez supprimée). Elle est déjà, depuis ce samedi après midi très fortement déréférencée. La raison de ce bannissement ? Une vidéo publiée samedi matin d'une manifestation féministe ayant eu lieu vendredi à Mexico, suite au meurtre d'une salvadorienne étouffée par la police. Cette vidéo montre plusieurs manifestantes frapper les boucliers de la police avec des marteaux. Le post était très informatif mais avec un titre un peu provocateur : "Détruire la société patriarcale et capitaliste... au marteau !". La vidéo est toujours visible sur plusieurs comptes Twitter, Facebook et Instagram.

Ce signalement fait suite à d'autres, qui, selon Facebook, ont contribué à cette décision de potentiellement supprimer notre page. Il y a deux semaines, nous publions, dans la foulée des Césars, un visuel en soutien à l'action de Corinne Maserio, réalisée par l'artiste "Débit de beau". Le voici :

Facebook a supprimé le post, considérant qu'il y avait présence de "nudité ou actes sexuels" ! Là encore, nous avions fait appel, sans réussir à obtenir gain de cause (pas même un retour de Facebook).

Enfin, quelques semaines avant, Facebook nous avait également épinglé, cette fois pour "fake news". Nous avions publié un visuel avec un texte d'accompagnement, illustrant un article du Canard Enchainé. Nous expliquions que les hôpitaux d'Ile de France avaient perdu 800 places en réanimation depuis mars 2020. L'AFP a publié un factchecking nous accusant de fakenews. Et, en lien avec Facebook nous a épinglé et déréférencé. Voici le post :

Il se trouve que nous nous sommes trompés sur la date de l'article du Canard, qui datait non pas de mars 2021 mais d'octobre 2020. Autre erreur : le Canard ne parle pas de 800 lits mais d'une capacité en baisse de 30% par rappor à avril 2020, où il y avait 2500 lits de réa. Donc 30% de 2500 lits représentent 750 lits en moins par rapport à Avril ! Alors oui, il y a erreur sur la date, et 50 lits de différence. Mais peut-on pour autant parler de Fakenews ? Et décider d'invisibiliser une page pour ça ?

Doit-on rappeler les tonnes d'informations clairement erronées que les principaux médias diffusent sur leurs réseaux ? Ces médias qui ont diffusé des heures durant la soit disante arrestation de Xavier Dupont De Ligonnès, qui ont affirmé pendant des mois tout et son contraire sur la réalité sanitaire du covid, qui ont affirmé qu'un manifestant s'était maquillé le visage alors qu'il avait le visage en sang suite à une charge policière...

Nous ne prétendons pas avoir raison sur tout. Nous publions chaque mois plusieurs centaines d'articles, de tribunes, de vidéos. Nous faisons sûrement des erreurs. Mais ce n'est jamais un mensonge intentionnel. Contrairement à d'autres. Quelle société peut accepter qu'un géant du web décide de quelle information peut ou pas être vue par des citoyens, ayant pourtant fait le choix de s'abonner à une page ?

Cela fait près de deux ans que nous alertons et nous inquiétons des dérives de censure et d'invisibilisation de pages et médias militants par Facebook. A l'été 2019, la page CND et d'autres (Nantes Révoltée, Colère noire, Rouen dans la Rue...) connaissaient une très forte baisse de visibilité, pile une semaine avant le G7 à Biarritz.

Depuis, nous avons gagné plus de 200 000 abonnés sur facebook (atteignant presque les 450 000) mais avons vu notre audience chuter. C'est tout sauf un hasard. Et ce dernier épisode n'est que l'épilogue d'une lutte discrète mais bien efficace de Facebook et des gouvernements en place pour détruire l'émergence de contre-médias. Pour vous donner des chiffres précis, en avril dernier, alors que nous n'avions que 300 000 abonnés, la couverture moyenne quotidienne de nos posts était d'1,5 million. Un an plus tard, avec 150 000 abonnés de plus, elle est a 250 000 ! De nombreux abonnés, qui ont pourtant cliqué sur l'option pour mettre notre page en favoris, ne voient plus nos posts sur leur mur.

Les deux phénomènes sont étroitement liés : chaque signalement / suppression de post (pour pseudo fakenews ou pour appel à la violence) participe de la baisse de la visibilité de la page, qui, même sans signalement, baisse inexorablement. Nous savons que plusieurs groupes pro Macron , pro police ou d’extrême droite ont déjà lancé, via des groupes privés, des campagnes de signalement envers CND. Nous avons tenté à plusieurs reprises de prendre contact avec Facebook, et d'échanger avec eux. En vain.

Aujourd'hui, CND compte plus de 600 000 abonnés sur ces différents réseaux. Nous assumons d'être un média militant, de prendre parti, de donner notre avis, et de soutenir des luttes anti capitalistes, antiracistes, féministes, écologiques. Nous soutenons ceux qui luttent pour une société plus égalitaire. Nous avons dès le début soutenu les Gilets Jaunes. Et nous continuons et continuerons.  Cela ne fait pas de nous un groupe de dangereux terroristes. Certaines chaînes de TV ou de radios propagent bien plus de haine et d'appel à la violence, et ce, sur leurs chaînes mais aussi sur leur facebook. Sans être inquiété. Sans que leur page soit invisibilisée.

Il y a donc bien un choix qui est fait par Facebook dans la gestion des médias sur son réseau. Et c'est un choix politique.

Face à cette situation, nos moyens de riposte sont plus que limités. Facebook fait bien ce qu'il veut de son réseau puisque tout utilisateur (y compris les pages) ont signé les CGU qui lui donnent les mains libres pour supprimer tout ou partie de ce qui circule sur son réseau. Nous allons tout de même tenter de reprendre le dialogue avec eux, de montrer, contenu par contenu, que nous n'avons pas à subir cette censure. Mais nous savons que notre meilleur arme dans cette lutte, ce sera l'écho que peut avoir notre situation. Et notamment l'écho sur les réseaux sociaux (drôle de paradoxe). Nous comptons donc plus que jamais sur vous pour relayer et visibiliser notre cas, qui malheureusement, sera de moins en moins isolé.

Quoi de plus normal que se faire striker d’un média capitaliste lorsqu’on affirme qu’il faut démolir le capitalisme nous direz vous ?  Et bien nous n’avons pas de honte à venir sur son terrain pour perturber sa petite mécanique bien huilée. L’infrastructure des réseaux sociaux a notamment rendu possible la déferlante gilets jaunes qui a su amener le calendrier des exigences populaires comme un pavé dans la marre au sein du ronron politique et des médias du pouvoir.

Nous prenons les opportunités où elles sont pour rappeler partout que de démolir le système qui nous démolie est une question urgente et saine dans une société malade qui propulse l’idéologie néo-libérale et totalitaire. Il n’empêche que vous pouvez aussi nous rejoindre sur des réseaux libres que nous avons commencé à investir et qui correspondent plus à l’idée qu’on se fait de la liberté d’expression.

Voici tous les liens pour nous suivre sur les réseaux libres (et les autres) :


Sacrifice de jeunesse

Il y a eu la rave de Lieuron. Certains y ont vu un épiphénomène. Ou l'espéraient. Mais ces derniers jours, avec l'arrivée des beaux jours, il y a eu des rassemblements de jeunes à Lille, à Lyon, à Paris. Et, jeudi soir, l'énorme fête en plein air à Bruxelles. Plusieurs milliers de personnes, venues pour boire un verre, discuter, danser. La police a violemment réprimé. Comme prévu. Mais la jeunesse a aussi riposté, de façon assez massive et inattendue.

Il se passe quelque chose un peu partout en Europe.

Ne pas prendre en compte la situation, et se contenter de blâmer les "jeunes" qui seraient totalement inconscients et égoïstes, voilà la vraie posture dangereuse et inconsciente.

De notre côté, nous n'avons pas de bons points à distribuer. Encore moins de mauvais. Et surtout pas à cette jeunesse.

Sérieusement, qui peut croire que ces jeunes qui se rassemblent pendant une ou deux heures en fin d'après midi, en extérieur, vont propager le virus de façon plus importante que lorsque ces mêmes jeunes sont obligés de s'entasser tous les jours dans le métro, en salle de classe ou au boulot ?

Ces mêmes personnes ont totalement "joué le jeu" du confinement l'an dernier. Parce qu'il y avait l'espoir que cela s'arrête et que la vie "reprenne". Mais aussi parce que ces "efforts" étaient consentis partout : presque personne au travail, pas d'école, pas de transport...

Sauf que depuis 6 mois, nous vivons dans un couvre-feu permanent. Nos vies ne se résument plus qu'à travailler/étudier/consommer. Et cela, sans que le virus ne recule.

La situation est dramatique pour des millions de personnes. Dramatique socialement, moralement, économiquement. Et s'il est bien difficile de dresser un classement des populations les plus exposées, la jeunesse est sans aucun doute sur le podium.

Les lycéens, les étudiants, les jeunes précaires ont besoin d'air. Par leur âge, ils semblent moins conditionnés que beaucoup de leurs aînés à accepter de façon indéfinie ces restrictions sanitaires, qui ressemblent de plus en plus à un contrôle social, dont le danger est le glissement palpable désormais, vers une société totalitaire où seuls le travail et la consommation seront autorisés.

Alors oui, ces jeunes ont peut être permis au virus de se propager à quelques dizaines, voire centaines de personnes. Ce n'est pas une bonne chose. Sans être scientifiques, est-il raisonnable de rendre ces rassemblements responsables de la propagation de l'épidémie ? Alors que partout ailleurs, le virus continue à contaminer, pourquoi le gouvernement et leurs médias s'offusquent-ils d'un évènement ponctuel en extérieur ? La question est "vite répondue", cela s'appelle détourner l'attention du public, sur les manquements graves de la gestion sanitaire par l'Etat.

Pour rappel, la rave du réveillon à Lieuron n'a finalement donné lieu à aucun cluster. Quelle malhonnêteté de faire peser la responsabilité de la pandémie sur ces personnes alors que des centaines de milliers de contaminations se font ces dernières semaines au travail, dans les transports ou à l'école. Quand le manque de moyens pour l’hôpital, le manque de lits, provoque véritablement des morts. Quand la "ligne rouge" de Macron est le tri des malades, mais qu'en "même temps" il reconnait avoir attendu le plus longtemps possible avant de prendre des mesures plus drastiques ?

Si les morts s'accumulent, ce n'est pas à cause de quelques centaines de jeunes qui ont bu quelques bières en dansant sur un soundsystem. La responsabilité de ces morts revient aux pouvoirs publics, à l'Etat, au gouvernement, aux politiques qui ont fait des choix pour leurs amis milliardaires et actionnaires et certainement pas pour la population. Et que ce président se permet même de demander des efforts supplémentaires au corps soignant, déjà éprouvé par une politique de santé basée sur la diminution de moyens depuis des décennies, sans amélioration depuis le début du mandat macroniste.

Il ne s'agit pas de chercher d'excuse à ces jeunes. Ils font bien ce qu'ils veulent. Et c'est le propre de la jeunesse. On peut estimer que ce n'est pas opportun. En revanche, ceux qui vont au delà de cette simple "réprobation" et font de ces rendez-vous de véritables scandales, ces gens sont coupables et dangereux.

La jeunesse de 2021 est, à l'heure actuelle, une jeunesse sacrifiée. Et pas qu'en raison des restrictions sanitaires. Elle n'a aucun horizon. La planète se meurt, la précarité se généralise, les espaces de vie et l'insouciance disparaissent jour après jour.

Entendons ce cri de détresse. Encourageons cette jeunesse à reprendre en main sa vie, son avenir, et celui des générations futures. Il est bon et bien qu'elle refuse le vieux monde.

Cela se fera inévitablement. Reste à savoir quand, et comment. Mais nous sommes sûrs que cela ne sera pas au goût des gens de bon goût. Tant mieux.


Occupons-nous vraiment ?

Posons d'abord les bases : nous soutenons, sans réserve le mouvement des intermittents. Leur combat pour le prolongement de leur année blanche, une véritable politique de réouverture progressive des lieux et l'arrêt de la réforme de l'assurance chômage. Nous soutenons les occupations en cours sur tout le territoire depuis plus de trois semaines. Mais nous pensons que sans réel changement dans les prochains jours, ce mouvement n'aura d'autre force que la symbolique.et ne participera en rien au processus de basculement politique et sociétal.

A l'Odéon et ailleurs, cela parle de la Commune, cela parle révolution. Mais concrètement, les lieux sont "occupés" avec l'accord des directions, qui ne se mouillent pas, mais les laissent accessibles aux occupants, sous réserve qu'il n'y ait pas d'éléments trop déterminés. Deux exemples : à Bordeaux, des nouvelles personnes un peu deter ont voulu rejoindre l'occupation. Cela a donné lieu à des tensions sur les "règles" à respecter dans le lieu. Au point que les syndicats se sont désolidarisés (communiqué à l'appui). Quelques jours plus tard, la mairie donnait son accord pour évacuer, une première sur tout le territoire depuis le début du mouvement. A Toulouse, des agents de sécurité surveillent le lieu occupé, payés par la direction, avec contrôle du port du masque et du lavage de main dès l'entrée. Impossible pour ceux autorisés à dormir sur place de sortir avant la fin du couvre feu le matin à 6h, le contrôle des portes automatiques étant assuré par les mêmes agents de sécurité. Drôle d'occupation !

On remarque également l'absence assez forte d'acteurs des musiques actuelles ou encore de la fête libre. Ceux qui se sont mobilisés, par dizaines de milliers, pour soutenir la Rave Party de Lieuron. Ceux qui vont dans des concerts rap, hiphop, electro. Bref, la jeunesse. Celle pour qui la culture est aussi bien celle qui se joue ou se danse dans des lieux mythiques, que celle de la rue, des endroits festifs, des festivals ou des concerts.
Ces lieux, même s'ils sont "faciles" à occuper puisqu'il y a accord tacite des directions (souvent favorables aux réouvertures), sont une opportunité dans le champ social. Encore faut-il faire de ces lieux de vrais espaces pour créer le changement, la révolution. Et pas de simples tribunes médiatiques pour quelques syndicats.

Il faudrait aussi tenter d'occuper des espaces qui dérangent vraiment le pouvoir (politique et économique). Car là, les occupants peuvent rester des semaines à Odéon ou à Graslin sans déranger qui que ce soit. Et pour cause : il n'y a plus de spectacle ou de quelconque événement. C'est bien là le paradoxe de ces occupations.

Alors profiter de ces fermetures pour faire de ces lieux des espaces pour créer des dynamiques et préparer des actions : oui. Mille fois oui. Mais à condition de les ouvrir à tous ceux qui souffrent de la situation actuelle du pays, et qui désirent lutter. Syndiqués ou pas. Cultureux ou pas. Et que ces occupations ne soient pas considérées comme une victoire face au pouvoir mais plutôt comme une première étape pour aller le défier. A l'heure actuelle, le défi n'a même pas commencé. Macron et son monde ne tremblent pas. Pas même Bachelot. Nous avons eu espoir que le lancement des Vendredi de la colère s’inscrive dans cette dynamique et dans cette réflexion. Le résultat ? une manif syndicale déclarée, avec prise de parole en début et en fin de parcours.

La culture a pour mission de faire rêver. D'être ambitieuse. D'ouvrir de nouveaux possibles. De stimuler l'imaginaire en apportant l'impertinence, la joie, l'enthousiasme qui sont les moteurs de nos élans de lutte, de la mise en mouvement de nos corps en actes. L'Histoire a montré comment la Culture pouvait participer à une Révolution qui ne peut pas être seulement culturelle, mais qui se nourrit de l'Art sous toutes ses formes, pour s'épanouir.

Encore faut-il oser.


MACRON ET LE RACISME BANALISE

En janvier 2020, nous écrivions un article intitulé "Macron, Startup fasciste". C'était avant la loi sécurité globale, avant la pandémie et ses dérives liberticides, avant la loi séparatisme. déjà, nous pointions les éléments autoritaires et fascisants du régime Macron. Les 13 derniers mois n'ont fait qu'accentuer ces traits. Le côté autoritaire du pouvoir actuel fait presque consensus aujourd'hui, étant même pointé du doigt par plusieurs ONG et instances internationales.

Mais si autoritaire soit-il, Macron est-il raciste ?

Selon nous, le président de la République n'a pas un racisme viscéral. Il ne pense pas aux noirs, arabes et/ou aux musulmans tous les matins, terrorisé, en se rasant. Il ne pense pas que certaines "races" soient supérieures à d'autres. Sur la question des religions, il a même probablement une certaine ouverture et une compréhension de la diversité et de la richesse des cultes qui traversent le monde (et donc la France).

De ce point de vue, Macron n'est pas Le Pen (Marine, Jean Marie ou Marion).

Mais l'ensemble du tableau présidentiel n'en reste pas moins très sombre et inquiétant. Rarement les minorités (culturelles, religieuses, ethniques) n'avaient été aussi stigmatisées de façon structurelle, au plus haut niveau de l'état. Bien sûr, il y a eu Chirac avec "le bruit et l'odeur" ou plus récemment Sarko et son Karcher. Mais jamais le racisme n'avait été aussi présent et permanent dans les discours, les débats et les lois votées.

Comment expliquer ce "paradoxe" ?
Malheureusement très simplement. Macron n'est pas le président de tous les Français. Il est le président des riches. Des ultras riches. Ce sont eux qui l'ont placé au pouvoir, et c'est pour eux qu'il gouverne.

Or, dès le début du règne Macron, le système a été ébranlé comme rarement il l'avait été depuis mai 68. Le mouvement des Gilets Jaunes a frôlé l’insurrection et le renversement du système. Pendant des mois, une très large partie de la population a soutenu un mouvement qui appelait ouvertement à renverser la table, à redéfinir les règles du vivre ensemble, les principes de solidarité, de justice fiscale, de répartition des richesses. En ligne de mire, ce n'était pas Macron qui était visé, mais le système ultra libéral. Il ce système l'a bien compris.

Si l'arsenal sécuritaire et ultra répressif a permis de stopper la contestation dans la rue, il n'était pas suffisant pour stopper la révolte des esprits. Or, dans ce cas là, l'ultime recours est bien évidemment de diviser la population. Monter les pauvres les uns contre les autres, pour éviter qu'ils s'unissent pour combattre. Pointer des responsables. Faire la chasse aux sorcières.

Les questions de l'Islam et de l'immigration sont donc sciemment utilisées par le pouvoir pour créer des divisions et donc des diversions. Et cela marche.

A tel point que Macron se retrouve pris au piège de l'engrenage raciste : il a placé ces thèmes au centre des enjeux de la France 2021, bien aidé par ses médias amis. Il doit donc désormais porter ces thèmes racistes et nauséabonds jusqu'aux prochaines élections. Pire, avec Le Pen présentée (par les médias) comme adversaire principal, Macron se retrouve obliger, pour espérer être réélu, à devoir être plus royaliste que le roi. Enfin, plus raciste que la raciste pure souche.

Au final, qu'importe qu'il soit profondément raciste ou fasciste. Ce qui compte pour un président n'est pas ce qu'il pense mais ce qu'il dit, ce qu'il fait, ce qu'il vote. Et sur ce point, Macron est raciste. A la fin de son mandat, il laissera au pays un héritage autoritariste et raciste, à la fois dans les esprits, dans les débats mais aussi dans les lois.

Dans une époque où tout va très vite, où tout peut basculer de façon extrême et inattendue, ce qu'a fait Macron à la France est extrêmement grave et préoccupant. Et aura des conséquences pendant de longues années.

Si une personne se balade dans une forêt en renversant de l'essence et en laissant à plusieurs endroits des allumettes, sans jamais allumer de feu, dira-t-on d'elle que c'est un pyromane ? Est-elle aussi responsable de l'incendie que le pyromane qui, quelques heures après, découvre des allumettes, en craque une et la balance par terre, ravageant toute la forêt ?

En voulant sauver ses amis et le système ultra libéral, Macron a allumé la flamme du racisme. Seul feu capable de protéger le système de sa chute inévitable. Faire cela ne peut être considéré que comme du racisme, qu'importe si la finalité ultime n'était pas de faire du mal aux étrangers, aux musulmans ou au noirs.


A NUESTRXS AMIGOS Y AMIGAS DE ESPAÑA Y CATALUÑA

Los estados fascistas y autoritarios en toda Europa son màs fuertes. Lo observamos y lo experimentamos cada día. De Salvini a Orban, de Macron a Sánchez... Todos los Estados europeos han estado sometidos durante muchos años a la dictadura de la emergencia y la excepción. Desde la amenaza de atentados hasta la amenaza de la Covid...

Estos estados de excepción permanentes legitiman medidas coercitivas cada vez más asfixiantes y una justicia cada vez más severa. Estamos bajo arresto domiciliario y silenciados bajo amenaza de prisión. Esta es una observación común, compartida por todas las poblaciones occidentales. El liberalismo, por obstinación y frenesí, se está volviendo rígido y autoritario. En Francia, una pancarta de "Macronavirus" desplegada en un balcón provoca una detención. En España, las palabras de un rapero contra el rey se saldaron con una condena de prisión. El racismo, el sexismo, el fascismo, la acumulación de riqueza por parte de un puñado de personas aumenta en todas partes. Oponerse a este escenario catastrófico es vital.

Desde hace una semana, el pueblo de Cataluña, y más ampliamente en toda España, se ha rebelado tras la detención de Pablo Hasel. Desde donde estamos, a unos cientos de kilómetros de Barcelona, Valencia, Bilbao, Girona, Vic, Reus y Lleida, queremos deciros a vosotros, amigxs de la insurgencia, a los alborotadores, a los saqueadores, a las primeras filas, lo inspiradora que es esta revuelta para nosotros que nos sentimos inmóviles, estáticos, a la espera, amordazados.

Cuánto nos hace respirar la espontaneidad y la determinación que te caracteriza, nos da esperanza, nos da fuerza. Desde la misma noche de la detención del rapero hasta hoy, todas las noches sin faltar una, habéis invadido las calles y os habéis enfrentado a los uniformes del Estado y de la realeza. Cada noche, mientras una pandemia nos aprisiona y alivia las luchas, te has movido, has luchado.

Queremos llevar nuestra solidaridad a todxs los que en estos momentos están al otro lado de los Pirineos, enfrentándose a la policía y dando golpe por golpe a su brutalidad mutiladora y asesina (que aquí conocemos muy bien. Traumatizando nuestras revueltas, cubriendo de sangre los adoquines de nuestras calles).
A los que atacan las instituciones, saquean las tiendas de lujo y las grandes marcas, les aplican barricadas, se enfrentan y aguantan. Y a los que simplemente encuentran la fuerza para salir a la calle tras un año de pandemia y restricciones sanitarias. A todos vosotrxs, gracias por darnos fuerzas cada noche. Por mostrarnos que la rebelión aún es posible. Gracias por hacer que queramos unirnos a vosotros.

Como siempre, las luchas en otros lugares se hacen eco de las luchas aquí. Se alimentan mutuamente. Tú nos alimentas. Aquí es donde reside nuestra solidaridad internacional hoy en día. Y esto se refleja ya en la travesía de los Pirineos por un buen número de francesxs para apoyar, documentar y participar en las revueltas actuales. Otros se sumarán a España y Cataluña en los próximos días.

Estamos con usted.


A NOS AMI.E.S D'ESPAGNE ET DE CATALOGNE

Il y a partout en Europe, une montée en puissance des états fascistes et autoritaires. Nous l'observons et le vivons chaque jour. De Salvini à Orban, de Macron à Sanchez. Les états européens sont tous soumis depuis de nombreuses années à la dictature de l'urgence et de l'exception. De la menace des attentats à la menace du Covid.

Ces états d'urgence permanents légitiment des mesures coercitives de plus en plus étouffantes, une justice de plus en plus sévère. Nous sommes assignés à résidence et réduits au silence sous menace de croupir en prison. Ce constat est commun, il est partagé par l'ensemble des populations occidentales. Le libéralisme, par obstination et frénésie, se rigidifie et s'autoritarise. En France, une banderole "Macronavirus" déployé sur un balcon engendre une arrestation. En Espagne, les propos d'un rappeur contre le roi, une peine de prison. Le racisme, le sexisme, le fascisme, l'accumulation des richesse par une poignée de personne s'accentuent partout. S'opposer à ce scénario catastrophe est vital.

Depuis une semaine, les populations catalanes et plus largement de l'ensemble de l'Espagne se révoltent suite à l'arrestation de Pablo Hasel. De là où nous sommes à quelques centaines de kilomètres de Barcelone, Valence, Bilbao, Gérone, Vic, Reus ou encore Lleida, nous voulons vous dire, amis insurgés, émeutiers, pilleurs, premières lignes, ô combien cette révolte est inspirante pour nous qui nous sentons immobiles, statiques, dans l'attente, bâillonnés.

Combien la spontanéité et la détermination qui vous caractérise nous fait respirer, nous donne de l'espoir, nous donne de la force. Depuis le soir même de l'arrestation du rappeur, jusqu'à aujourd'hui, chaque soir sans en manquer un, vous avez envahi les rues et affronté les uniformes de l'état et la royauté. Chaque soir, alors qu'une pandémie nous emprisonne et atténue les luttes, vous avez bougé, vous avez lutté.

Nous voulons apporter notre solidarité, à toutes celles et ceux qui, actuellement, de l'autre côté des Pyrénées, affrontent la police et rendent coup pour coup à sa brutalité mutilante et assassine. (qu'ici nous ne connaissons que trop bien. Traumatisant nos révoltes, recouvrant de sang les pavés de nos rues).
A celles et ceux qui attaquent les institutions, pillent les magasins de luxe et les grandes enseignes, appliquent les gestes barricades, font face et tiennent bon. Ainsi qu'à celles et ceux qui trouvent simplement la force de descendre dans la rue après un an de pandémie et de restrictions sanitaires. A vous tous et toutes, merci de nous donner de la force chaque soir. De nous montrer que se révolter est encore possible. Merci de nous donner envie de vous rejoindre.

Comme depuis toujours, les luttes d'ailleurs font écho aux luttes d'ici. Elles se nourrissent les unes entres elles. Vous nous nourrissez. C'est ainsi que réside aujourd'hui notre solidarité internationale. Et celle-ci se traduit déjà par la traversée des Pyrénées par bon nombre de français pour soutenir, documenter, participer aux révoltes en cours. D'autres rejoindront encore l'Espagne et la Catalogne dans les prochains jours.

Nous sommes avec vous.


ARTISTES MAJEURS EN L'AIR

Racisme, violences policières, lois liberticides, harcèlement sexuel, sexisme, homophobie et transphobie... En quelques mois, le monde a été bousculé par de nombreux drames, et tout autant de luttes face à ces drames.

Dans ce sillage, certains artistes, y compris en France, sont montés au front. Front médiatique, et même parfois dans la rue. Omar Sy, Camelia Jordana, Yseult, Pomme, Adèle Haenel, Aissa Maiga, Sandra Nkake, Jeanne Added, Kiddy Smile...

Si le phénomène peut paraitre "anecdotique", il convient de le souligner, de s'en satisfaire et de rendre hommage à ces personnes. Certains diront que c'est par peur de se couper d'une partie du public que nombre d'artistes n'osent pas prendre position. Les exemples des énormes succès populaires d'Omar Sy ou de Camelia Jordana, après leurs prises de position, prouvent que s'engager n'est pas synonyme de briser sa carrière. Le palmarès des récentes Victoires de la Musique en est un autre exemple.

Valeurs Actuelles a d'ailleurs sorti un torchon raciste intitulé " Yseult, Nouvelle Star de la génération Ouin-Ouin". Ces réactionnaires ne supportent pas que des artistes réussissent tout en affirmant leurs combats contre le sexisme, le racisme, l'homophobie ou la grossophobie.

Cette génération d'artistes n'est pas "Ouin-ouin". Elle est deter, digne et fière. Et elle emmerde ceux qui n'arrivent pas à vivre avec elle.ux. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si tous les artistes cités plus haut sont pour la plupart des femmes, la quasi totalité racisées et/ou LGBTQ+ . Ces personnes ont vécu dans leur chair l'oppression de notre société, et ne peuvent penser leur art en dehors de cette réalité. Et c'est tant mieux.

Génération Adama. Génération Nous Toutes. Génération Metoo. Qu'importe le nom, cette jeunesse porte un vent de révolte, d'amour et de progrès comme il n'y en a pas eu depuis des décennies. Et ce, dans un monde qui offre si peu de perspectives émancipatrices. Les deux sont probablement liés.

Avouons le : nous aurions aimé que cette montée au front d'artistes et de personnalités se fassent quelques mois plus tôt, fin 2019, lorsque la France a été traversée par la vague révolutionnaire des Gilets Jaunes. A cette époque, à part quelques trop rares (et courageux) Bruno Gaccio et Yvan Le Bolloc'h, les artistes sont restés muets et distants de cette révolte, sûrement par peur d'être stigmatisés et traités de racistes.

On ne peut refaire le match. Mais la séquence actuelle permet d'espérer que de plus en plus d'artistes prennent conscience que le monde d’aujourd’hui, et encore plus celui de demain, ne laisse plus de place à un univers artistique tiède, sans prise de position.

Dans un monde où l'imaginaire ne cesse d'être obstrué, où le système fait tout pour réduire le champs des possibles, l'art fait parti des armes de résistance massive.

Merci Camélia, merci Pomme, merci Yseult, merci Omar. Il y aura toujours à redire et à critiquer pour certains. Mais vous avez pris le risque de vous livrer, de prendre position, de tenter d'exposer votre vision de la vie. Cela ne peut être que source de progrès et d'émancipation.

Nous vivons dans une société du spectacle. Et nous savons que la fin de ce monde ne pourra être que spectaculaire. Pour cela, nous avons besoin d'artistes, d'amour et de révolte.


Les mots me manquent - RIP Guillaume

Hier soir un étudiant mettait fin à ses jours dans sa chambre étudiante à Nanterre. 20 ans.

Je ne le connaissais pas, son nom ne m'était pas inconnu mais ce n'est pas le sujet, il avait 20 ans et n'en aura jamais plus.

Pourtant aujourd'hui ce n'est pas ce qui semble poser problème. Ce n'est pas son nom que l'on retrouve en "tendances" Twitter mais celui d'un politicien. Les débats ne portent pas sur les raisons qui peuvent pousser un jeune de 20 ans à mettre fin à ses jours mais portent sur la présomption d'innocence. N'avez-vous donc aucun respect pour la mort ? Un garçon de 20 ans s'est ôté la vie et vous trouvez que c'est le moment adéquat pour vous lamenter des accusations qu'il a eu le courage de formuler quelques semaines plus tôt. N'avez-vous donc pas la moindre décence ?

L'heure n'est pas aux règlements de comptes mais au deuil. Un jeune de 20 ans n'est plus, une vie de plus broyée par notre impitoyable société. Ayez la délicatesse de laisser ses proches le pleurer. Justice sera rendue, cela ne fait aucun doute, car nous n'oublierons pas. D'ici là il n'appartient à personne d'autre qu'au juge de remettre sa parole en question.

A tous les médias qui ne voient dans cette tragédie qu'une opportunité pour faire du clic : Je vous méprise. Vous publiez des articles sans la moindre pudeur, violez et exposez à tous la vie privée d'un homme dont le corps est encore chaud. Quelle belle société qu'est celle dans laquelle nous vivons, là où la mort fait vendre et là où elle est instrumentalisée à des fins politiques !

Un étudiant est mort, il avait 20 ans. Je ne le connaissais pas et je ne le connaîtrai jamais. Je sais néanmoins qu'il était bien plus que "X, l'étudiant qui avait accusé un élu parisien de viol" (L'Obs, 10/02/21), chose à quoi tous les médias et justiciers du net veulent le réduire.

J'ai honte, honte de cette société qui ne respecte pas la mort, honte de cette société qui n'hésite pas à salir la mémoire d'un étudiant à peine décédé, honte de cette société qui ne prend plus le temps de pleurer ses morts et qui laisse les précaires mourir dans l'indifférence la plus totale à moins qu'ils aient proféré des accusations graves à l'encontre d'une figure de la haute société (car oui, un élu du PCF reste un homme politique aux nombreux privilèges). Notre passivité et notre silence nous rendent coupables. Honte à nous qui acceptons d'évoluer dans une telle société.

Un étudiant est mort, il avait 20 ans. Mes pensées lui vont à lui et à ses proches ainsi qu'à tout ceux qui ont vu leur vie broyée par cette société dans laquelle nous évoluons.

Un étudiant dans un monde à la dérive.


Inde : rdv demain pour une page de l'histoire

Près de 300 000 paysans entourent la capitale indienne pour manifester demain, 26 janvier, jour anniversaire de la création de la fête nationale. Personne ne sait comment cela va évoluer. Face à l'afflux hallucinant de manifestants, le pouvoir a finalement autorisé la manifestation. Explication très détaillée de la situation par Jacques Chastaing :

Depuis le 26 novembre 2020 et ses 250 millions de grévistes et millions de paysans en lutte, l'Inde toute entière est en ébullition incessante à la suite d'un soulèvement paysan à caractère révolutionnaire en lutte contre des lois détruisant la toute petite propriété paysanne (80% des 600 millions de paysans) qui a donné une suite ininterrompue de mobilisations au 26 novembre entraînant peu à peu toutes les classes populaires de tout le pays dans un maelstrom de luttes de plus en plus importantes et déterminées contre le pouvoir du gouvernement d'extrême droite, qui pour sa part, en même temps qu'il voulait détruire le monde paysan au profit de l'industrie agro-alimentaire, détruisait absolument toutes les lois ouvrières en même temps qu'il privatisait toute la fonction publique, de la Défense à l’Éducation.

Or le soulèvement paysan contrairement à tous les mouvements économiques jusque là, a donné un but politique avec comme cible centrale la capitale Delhi et ses lieux de pouvoir, ministères et siège du gouvernement.

Toute la trajectoire et la construction du soulèvement se sont faits dans un premier temps autour de cette marche vers Delhi pour encercler ses ministères, puis, bloqué par des forces policières importantes aux portes de la capitale, le mouvement est passé à une seconde étape où il a fait le siège de la capitale avec environ 300 000 paysans campant aux portes de la ville, puis enfin une 3e étape en appelant les paysans du pays entier mais aussi toutes les classes populaires à les aider à forcer l'entrée dans la ville interdite le 26 janvier 2021.

Toute la situation se focalisait ainsi sur le 26 janvier : les paysans pourraient-ils forcer l'entrée de la ville tenues par des forces policières et paramilitaires importantes et comment cela se passerait-il, un bain de sang, une insurrection ?

Or, ces derniers jours, le gouvernement paniqué parce qu'il n'arrivait pas à arrêter cette vague montante, a fini par céder et a accordé aux paysans le droit de rentrer dans Delhi et manifester dans la capitale le 26 janvier.

Ainsi la question de l'entrée dans Delhi a été apaisée mais du coup a changé de dimension.

Ainsi, au lieu d'assister le plus probablement soit à un bain de sang soit à une insurrection incertaine et surtout pas préparée au pouvoir, on s'oriente le 26, jour de la fête nationale, vers deux défilés concurrents à Delhi, celui traditionnel de la fête nationale par et pour les puissants organisé par le gouvernement et celui du peuple par et pour le peuple organisé par les paysans et ses soutiens.

Ce qui ouvre une toute nouvelle situation.

 

Que se passera-t-il demain 26 janvier et après ?

C'est bien sûr difficile à savoir d'une part parce qu'il s'agit de millions de personnes en mouvement mais aussi d'autre part parce que le pouvoir autorisant sous la pression du soulèvement, la manifestation des paysans dans Delhi, ce qu'il refusait jusque là depuis le 26 novembre, fait tout à la fois une énorme concession mais en même temps évite peut-être le pire puisqu'il a obtenu de cantonner la manifestation des paysans sur le périphérique intérieur de 50 km, en pleine ville, mais dans les quartiers populaires et pas sur le quartier des ministères et du siège gouvernemental que visaient à l'origine le soulèvement paysan.

Le geste du gouvernement de lever les barrages policiers et paramilitaires tenus par 100 000 hommes à l'entrée de Delhi a été perçu à l'échelle nationale comme un important recul du pouvoir.

Et sa reculade en suit deux autres en peu de temps.

La Cour Suprême a en effet suspendu il y a quelques jours les lois anti-paysans. Cela a été perçu comme un aveu de faiblesse du pouvoir. Mais ça a aussi beaucoup fait rire. En effet, comme c'était dans l'intention de discuter ces lois avec des partisans des lois, cette ruse grossière – pourtant soutenue par les grands média durant plusieurs jours - a fait rire toute l'Inde populaire et discrédité la Cour Suprême et les institutions.

Par ailleurs dans un second moment, juste après cela, le gouvernement a proposé de suspendre ces lois durant 18 mois là aussi avec un gros soutien de la presse mainstream. Or cela a été rejeté par les paysans qui ne veulent pas la suspension des lois anti-paysans mais leur abrogation pure et simple.

Face au nombre très important de paysans mobilisés et à leur détermination, insensibles aux tentatives de corruption et division, il ne restait au pouvoir plus que de se lancer dans un bain de sang ou céder.

En effet, 300 000 paysans et soutiens assiègent Delhi et leur nombre croît sans cesse avec, en plus, pour le 26 janvier une véritable marée populaire qui marche actuellement de toutes les régions du pays sur la capitale et encombre les routes du pays avec des files interminables de tracteurs sur des dizaines et des dizaines de km indiquant que ce seraient peut-être des millions de personnes qui entreraient dans Delhi le 26 janvier.

Or ces marcheurs ne sont pas que des paysans mais les membres de toutes les classes populaires, ouvriers, étudiants, enseignants, soignants, femmes, jeunes, Intouchables, aborigènes, tribus, habitants des bidonvilles, précaires en tous genres... tout un peuple que le soulèvement paysan entraîne avec lui sur son passage partout où il passe, certains posant un congé, demandant une autorisation d'absence, quittant le travail, la famille, se mettant en grève, repoussant un mariage... pour être présent le 26, en fait probablement les 26, 27 et 28 puisque la manifestation paysanne à Delhi devrait durer 72 H.

Le gouvernement a renoncé au bain de sang pas par grandeur d'âme, mais probablement parce qu'il n'était pas sûr de gagner.

Aussi le défilé paysan du 26 pourrait bien marquer politiquement largement cette défaite. Il y a bien sûr toujours un risque que ce défilé sans toucher aux ministères soit une concession de trop, une erreur, mais les faits semblent pencher dans l'autre sens. Et l'intelligence politique des paysans semble pouvoir l'emporter et entraîner tout le soulèvement et le pays, voire le monde dans une dimension infiniment plus politique et révolutionnaire que jusque là.

 

Pour la première fois depuis longtemps, les paysans entraînent les autres classes populaires

Le nombre et la diversité du soulèvement font peur au pouvoir, car il s'agit de quelque chose de nouveau.

En effet, si jusqu'ici, il y a eu de nombreux soulèvements paysans, ils n'ont jamais, en tous cas depuis longtemps, réussi à entraîner les autres classes populaires car ils étaient souvent sous la direction des paysans les plus riches (comme en France par exemple avec la FNSEA).

Or, si dans le soulèvement actuel, il y a des paysans moyens voire aisés, ce sont cette fois les paysans pauvres et les plus radicaux, qui dirigent.

En effet, la politique du gouvernement ne fait que relayer les appétits de l'industrie agro-alimentaire indienne, mais aussi et surtout la pression des grands industriels de l'agro-alimentaire dans le monde, qui comme les "Big Four" dans les Céréales ( dont le franco-suisse Dreyfus) mais aussi les groupes mondiaux de la transformation ou de la distribution alimentaire comme pour la France Danone ou Carrefour, cherchent à détruire toutes les protections étatiques autour de la paysannerie – comme ils cherchent à privatiser tout le secteur public - pour mettre la main sur les marchés agricoles du monde.

Cette tendance générale s'est par exemple illustrée aux Philippines, ce qui y a conduit à une destruction de la toute petite propriété paysanne mais aussi de la moyenne voire plus aisée.

En Inde, le monde paysan est surtout composé d'un immense prolétariat agricole ou d'une paysannerie misérable plus ou moins prolétarisée. Or cette fois, c'est cette partie du monde paysan, qui entraîne les plus riches en le faisant dans un combat commun contre l'industrie agro-alimentaire capitaliste, ce qui évidemment ne plaît pas vraiment idéologiquement aux plus riches des paysans mais qui suivent quand même car ils se savent aussi menacés.

Ainsi, les paysans pauvres dans leur soulèvement ont tendance bien plus qu'avant à se rapprocher des couches les plus prolétaires de la ville ou de la campagne et réciproquement.

Ainsi voit-on des slogans anti-capitalistes chez les paysans ce qui n'est pas si fréquent, qui les rapprochent des revendications ouvrières et citoyennes et les amène à chercher cette alliance avec les autres classes populaires et d'une certaine manière les met sous leur pression idéologique tout en les entraînant par leur exemple.

Cela renforce également l'énorme détermination des paysans et donne naissance à des directions paysannes de combat très différentes de ce qu'on a pu connaître jusque là, dont personne ne sait vraiment jusqu'où elles peuvent aller, et probablement pas elles-mêmes, évoluant avec les logiques des classe en lutte.

La détermination des paysans s'affiche ainsi clairement en disant qu'ils allaient enfoncer les barrages policiers à Delhi même s'il y avait des morts – détermination qu'ils avaient prouvé à différents endroits en enfonçant les barrages policiers partout où ils sont passés ces dernières semaines – faisant de "vaincre ou mourir" leur devise principale. Mais aussi une détermination encore plus importante qu'ils affichent en appelant les habitants des bidonvilles à les rejoindre leur expliquant en quoi ils auraient à souffrir d'une défaite des paysans et cherchant par ailleurs en permanence l'alliance avec les forces ouvrières... c'est-à-die, de fait, dépassant les revendications paysannes.

Cette détermination du mouvement est aussi celle de ses dirigeants.

Il y a à l'heure actuelle plus de 400 organisations paysannes coordonnées dans l'AIKSCC (All India Kisan Sangarsh Coordination Committe [Comité de coordination des paysans en lutte de toute l'Inde]), associées au soulèvement actuel et qui l'animent. C'est énorme.

De plus et surtout, cette coordination a été créée en 2017 dans le cours de luttes paysannes. C'était déjà un pas important en avant dans la voie de la radicalisation, puisqu'il s'agissait d'un comité de lutte, pas d'une organisation conçue dans les habitudes syndicales des négociations habituelles institutionnelles.

Or, depuis le 26 novembre 2020 date du soulèvement paysan, une nouvelle étape a été franchie dans l'organisation et dans le radicalisme paysan.

En effet, à cette date, s'est créée une nouvelle coordination plus restreinte mais plus radicale qui chapeaute la première dans le but de faire aboutir le soulèvement. C'est le SKM (Sanyukt Kisan Morcha, Front Paysan Uni) qui regroupe une quarantaine d'organisation paysannes parmi les plus radicales des 400 avec lui-même un comité exécutif de 7 membres. Le SKM qui est aujourd'hui la principale autorité sur le soulèvement paysan s'est fait connaître à partir du 26 novembre dans le cadre de la marche sur Delhi et avec l'objectif de sa réussite, c'est-à-dire à l'origine avec l'objectif de faire le siège des bâtiments gouvernementaux à Delhi pour faire céder le pouvoir.

Il y a donc une radicalisation progressive des organisations qui apparaissent et sont propulsées à la tête du soulèvement paysan.

Ces organismes ne sont pas directement élus par les paysans en lutte mais ils sont en quelque sorte révocables à tout moment s'ils n'épousent pas la volonté générale. En effet, s'ils sont à la tête du soulèvement, ils ne le dirigent pas vraiment, étant plus portés par la vague ascendante du mouvement que ne la dirigeant.

Il s'agit encore une fois de comités de lutte récents avec une souplesse de fonctionnement qui laisse la parole à qui veut la prendre – il n'y a pas une voix du chef, mais une multitude de voix - c'est-à-dire pour le moins les porte-paroles des 400 organisations paysannes associées et bien d'autres – ce qui fait du monde avec de multiples initiatives diverses - et qui fonctionne donc au consensus de ce qui marche, de ce qui est approuvé par le soulèvement dans son entier plus que décidé par quelques chefs par dessus la volonté de la base.

Ainsi, il y a 6 campements paysans de masse aux portes de Delhi mais chacun de ces campements a une couleur politique différente prenant les initiatives qu'il veut, comme il veut, quand il veut en accord avec sa sensibilité politique particulière (de l'extrême gauche à la gauche ou sans attachements politiques particuliers), mais avec le souci permanent de l'intérêt général. Si l'un prend une initiative qui ne marche pas, on oublie, si elle marche, on la reprend et le mouvement avance ainsi.

Ainsi ces derniers jours, avec les hésitations du pouvoir, qui menaçait avec la plus grande fermeté de la pire des répressions puis qui additionnait reculs sur reculs, du côté paysan, il y a eu toute une évolution qui est passée par différentes voix et voies.

Face à la fermeté du gouvernement, ça a d'abord été l'affirmation par certains leaders paysans de la plus grande des fermetés, sans aucune concession, en affirmant qu'ils passeraient en force en brisant les barrages policiers, en rendant coup pour coup, et en étant prêts à mourir pour cela ; une attittude qui a été plébiscitée par la majorité.

Puis, au fur et à mesure que le pouvoir reculait face à cette détermination et acceptait l'entrée dans Delhi, d'autres voix se sont élevées pour transformer la marche guerrière en marche pacifique mais victorieuse, unificatrice et pleine de défi d'un défilé concurrent à celui du pouvoir le jour de la fête nationale pour ravir la fête nationale au gouvernement, défier son pouvoir et même le ridiculiser aux yeux de tous, et préparer à partir de là les étapes suivantes.

Cette attitude fut à son tour plébiscitée par le soulèvement paysan - plus peut-être par les nouveaux arrivant que par ceux qui sont là depuis le début – mais enthousiaste dans l'ensemble pour cette nouvelle tactique et implicitement pour la nouvelle étape que cela annonce.

Bien sûr, tout peut arriver le 26, des provocations policières – les paysans ont arrêté un provocateur qui a avoué être chargé d'assassiner 4 personnalités pour semer le chaos et en accuser les paysans. Des jeunes paysans ou d'autres disent qu'il tenteront d'aller jusqu'aux ministères, etc, etc...

Mais globalement, on a une situation où face au pouvoir dictatorial du gouvernement qui s'affaiblit, grandit peu à peu une force qui par son nombre, sa détermination, son intelligence paraît le concurrencer au point de la paralyser y compris en le rendant incapable d'utiliser la force au risque de sombrer.

En effet, il n'était pas du tout sûr que le bain de sang ait été possible pour le pouvoir sans risquer de transformer le soulèvement en insurrection qui aurait alors tout à fait pu retourner les forces de répression et renverser le gouvernement.

 

Un pouvoir qui n'est plus sûr de ses forces de répression

Les paysans ont toujours affirmé que la police n'oserait pas tirer sur eux, étant des fils de paysans. Et des soldats témoignaient ici ou là, malgré la répression, qu'ils soutenaient les paysans.

Mais ces derniers jours, on est passés à une autre étape, témoignage de la fièvre qui gagne probablement la police et l'armée, non seulement on a vu de plus en plus de vétérans de l'armée manifester en uniforme et médailles avec les paysans, mais des responsables de l'armée en retraite, un amiral, deux généraux de division et de très nombreux officiers supérieurs ont appelé à rejoindre le soulèvement paysan. Cela traduisait certainement l'agitation qui gagne les forces militaires et policières car ces retraités parlaient probablement au nom, au moins en partie, de ceux qui en "active" ne peuvent pas le faire.

Témoignant de ce climat, le pouvoir témoignant de sa panique a alors interdit aux policiers et soldats de manifester avec les paysans, même en civil, en particulier les sikhs et les soldats du Pendjab (où l'agitation paysanne est la plus forte et où les traditions de sécession militaire sont nombreuses) sous peine de sanctions graves en même temps qu'il "demandait" (le terme est important) aux vétérans de ne pas manifester en uniforme, pour qu'il n'y ait pas de confusion possible entre le défilé traditionnel de l'armée le jour de la fête nationale et le défilé des militaires avec les paysans.

Bref, pour qu'on ne voit pas que l'armée était du côté des paysans ou tout au moins qu'elle était très partagée et que le pouvoir avait perdu ses forces de répression, était nu et bien fragile.

 

Portée du 26 janvier

Dans la situation, y compris dans les choix des paysans pour le défilé pacifique du 26, il faut bien comprendre que le pouvoir s'était fait jusque là une réputation d'inflexibilité dans sa destruction des acquis sociaux face aux révoltes populaires.

Or là, il recule.

Le défilé paysan du 26 est la traduction de ce recul du pouvoir et du succès du soulèvement.

Il ne peut qu'encourager non seulement l'amplification du mouvement paysan lui-même, mais surtout lui donner une portée nationale infiniment plus importante et surtout plus politique.

En effet, dans cette dimension du 26 où deux forces égales vont montrer respectivement leurs muscles, c'est la question de qui, de quelle classe sociale, doit diriger le pays qui est posée.

Ce ne sont plus des revendications paysannes voire élargies à d'autres ouvrières ou sociétales, qui se posent mais qui a le pouvoir. Ce n'est plus le hasard d'un coup de force qui est en jeu, mais la construction d'une révolution et à partir de là de ses organes de pouvoir . C'est cela que dit le 26.

Ce n'est pas encore la question du double pouvoir qui s'affiche, mais deux pouvoirs qui se montrent, l'un en place, l'autre embryonnaire dans deux défilés concurrents le même jour dans la capitale.

Cela annonce pour la période à venir une marche vers une situation qui posera de plus en plus cette question de quel pouvoir choisir, quel pouvoir défendre ou quel pouvoir construire, avec toutes les questions de l'auto-organisation qui s'ensuivent et donc une inflexion de soulèvement vers cette auto-organisation, considérée comme un embryon de pouvoir naissant et plus seulement de contestation du pouvoir en place. Le mouvement et sa direction iront-ils vers cela, tout semble indiquer que oui pour le moment, ? Quoi qu'il en soit, les événements du 26 et des jours qui vont suivre le montreront..

Par ailleurs et en même temps, le 26 sera probablement aussi un signal au niveau international encourageant non seulement aux luttes dans le monde entier en montrant que la détermination paye vu l'importance du pays (notamment au Pakistan où la lutte semble suivre un chemin parallèle) mais aussi à les poser dans une toute autre dimension et avec des perspectives politiques plus avancées, en ciblant encore un peu plus la construction du renversement du pouvoir – voire du capitalisme - comme dynamique et condition du succès de tout mouvement populaire dans la période actuelle.

En retour de cet écho international, on peut s'attendre aussi à l'amplification à nouveau des luttes ouvrières ou citoyennes en Inde elles-mêmes en leur montrant toutes leurs dimensions internationales voire internationalistes, etc... et en montrant aussi à chaque lutte nationale dans chaque pays, qu'elle appartient à un mouvement mondial dont la logique est le renversement du capitalisme et dont les objectifs dans chaque étape sont la construction de cette révolution

Jacques Chastaing le 24.01.2021