Réelle rébellion ou réelle extinction ?

Il y a des promesses qu'il est important de tenir. Des espoirs qu'il ne faut pas décevoir. Le "nouveau" mouvement climat entre aujourd'hui dans une période clé de son existence. Le moment de tenir ses promesses et son ambition. Ou de disparaitre, en même temps que la planète !

Depuis plusieurs mois, le paysage des luttes écologiques dans le monde a totalement été bouleversé par l'arrivée de nouvelles têtes, très jeunes, et de nouveaux groupes tout aussi jeunes ( notamment Youth For Climat et Extinction Rebellion). Lancée il y a tout juste un an, la première "grève étudiante pour le climat" a, depuis, été reprise partout dans le monde. Le 15 mars 2019, plus de 2 000 manifestations ont été organisées partout dans le monde, avec plusieurs centaines de milliers de personnes dans les rues.

"Urgence climatique", "rébellion internationale", "ultimatum"...  au-delà de l'ampleur des mobilisations, on retient aussi le caractère offensif et radical de plusieurs slogans, discours, tracts et prises de positions publiques. Face à la situation extrêmement critique, XR et YFC veulent rompre avec les pratiques trop tièdes du militantisme à papa. Défendant une structure horizontale, XR promeut même les initiatives locales prises par n'importe lequel de ses membres.

De là à y voir les bases d'une écologie radicale prônant l'autogestion et l'horizontalité, il n'y a donc qu'un pas.

Oui mais voilà, depuis la création de XR France il y a quelques mois, les actions radicales et réellement bloquantes pour le pouvoir et les entreprises polluantes se font toujours attendre. Des actions coup de poing (et médiatiques) ont bien été menées (avec succès) : déversement de faux sang au Trocadéro, blocage du pont de Sully, ralentissement du périph en vélo, cercueils déambulant dans les rues…

XR a énormément gagné en notoriété et a vu de nombreux jeunes (et moins jeunes) rejoindre ses rangs. La couverture médiatique du mouvement a été énorme, aussi bien en France qu'à l'étranger. A Londres, XR a même fait son entrée au Victoria & Albert Museum. C'est donc une stratégie gagnante. Mais pas suffisante. Car il est évident que pour organiser des actions radicales de grande envergure, il faut de nombreux militants. Mais désormais que ce seuil est atteint (tout comme la notoriété), il ne faudrait pas que la structure reste sur ce type d'actions symboliques, médiatiquement fortes, mais sans réel impact sur le système.

Car il est désormais clair que les puissants de ce monde (politiques et économiques) ne changeront pas profondément le système. Sauf s'ils y sont obligés. Et nous ne pourront les obliger qu'en leur opposant un rapport de forces radical et puissant. Pour y parvenir, il faudra se décider à réaliser des opérations réellement bloquantes pour le système.

Le mouvement climat nous annonce une rentrée très chaude, avec deux temps forts : la grève du 20 septembre et une action internationale de XR le 07 octobre. Nous espérons les rassemblements massifs. Mais nous espérons aussi que les actions seront clairement offensives, radicales et porteuses d'une réelle insurrection climatique.

L'autre aspect sur lequel nous attendons XR et toute la nouvelle génération climat, c'est son positionnement face au système libéral. Nous voyons en effet deux tendances se détacher : celle qui cherche à lutter contre le réchauffement climatique en adaptant le système capitaliste, et celle qui cherche à détruire ce système, principal responsable de cette folle envolée climatique de ces dernières décennies.

Il ne s'agit même pas de parler de "convergence des luttes" mais simplement d'acter le fait que ceux qui se sont enrichis de façon indécente depuis plus de 40 ans l'ont fait au détriment de la planète, et qu'il n'y a pas lieu de penser qu'un cercle vertueux permettrait de continuer de vivre dans une société ultra libérale qui serait totalement écologique et respectueuse des autres espèces vivantes.

Il y a quelques jours, suite au nouveau rapport de GIEC, toujours aussi pessimiste, le journal Le Monde titrait "L'humanité épuise la terre". Sous ses airs innocents et préoccupés, ce titre résume à lui seul le danger actuel du mouvement climat : laisser penser que chacun de nous est autant responsable de la catastrophe climatique actuelle. Penser qu'un pays comme le Soudan doit autant contribuer à l'effort climatique que la France. Penser qu'un ouvrier doit autant faire d'efforts qu'un patron d'une multinationale prenant l'avion 4 fois par semaine et allant tous les weekends profiter de son yatch en Méditerranée.

Pour rappel, si le monde entier vivait comme les USA, il faudrait actuellement cinq planètes pour vivre. Il en faudrait trois si tout le monde vivait comme la France, et seulement 0,6 si tout le monde vivait comme l'Inde.

Envisager que la responsabilité soit partagée et égale, c'est dédouaner les principaux responsables de la situation, ceux qui se sont enrichis sur ce système. C'est aussi s’empêcher de changer profondément la situation puisque laisser le système économique et financier intact. Les entreprises tenues par ces ultra-riches polluent de façon indécente par leur simple recherche du profit le plus important et le plus immédiat. Et ce n'est pas leur Greenwashing, devenu nouvelle source de profits et de marketing, qui changera la donne.

S'il est louable et souhaitable que de plus en plus de citoyens décident de boire dans une gourde, de ne plus prendre de sac plastique dans les magasins ou de consommer en circuit court, il ne faudrait pas penser que ces gestes seront suffisants face à l'urgence climatique. Surtout, il ne faudrait pas que cela "suffise" à la majorité de la population dans leur geste environnemental. Les puissances politiques et économiques sont les principaux responsables et sont surtout ceux qui pourraient faire rapidement et profondément changer la donne. Il est intolérable que les mêmes qui ont voté les accords de Paris et qui se sont engagés dans les recommandations du GIEC puissent aujourd’hui voter le CETA, l’accord de libre-échange qui va augmenter le flux des containers polluants qui traversent les océans.

Il y a donc une double urgence : celle d'agir enfin de façon radicale et bloquante pour le système, et celle d'assumer clairement que le changement climatique ne passera que par un changement du système économique et social. Face à ces deux enjeux, nous espérons que XR et d'autres structures feront les bons choix et prendront les bonnes décisions. Il en va de l'avenir de leur mouvement, mais surtout, de la planète.


"Soyez comme l'eau !" : sept tactiques gagnantes dans la révolution de Hong Kong

Ceci est une traduction d'un article du journal britannique "New Statesman"
Lien de l'article initial
Traduction réalisée par Nena Lonavill

 

Depuis bientôt deux mois, une vague de manifestations anti-gouvernemental secoue Hong-Kong. Initialement provoquées par une proposition du gouvernement d’introduire une loi qui permettrait l’extradition de suspects d'affaires criminelles vers la Chine afin qu’ils puissent y être jugés, les manifestations se sont transformées en un large mouvement pro-démocratique, demandant la transparence du gouvernement et le suffrage universel. Ces manifestations ont largement été menées par de jeunes activistes qui, au fur et à mesure des manifestations hebdomadaires et frictions avec la polices, ont adapté et développé leurs stratégies, offrant un cours magistral pour les activistes du monde entier. Voici certaines de leurs tactiques clés.

Fini l’occupation - « Soyez comme l’eau! »

Le mouvement international « Occupy » (ndt: équivalent des Nuits Debout en France), en réaction à la crise financière de 2008, a servi d’inspiration pour les précédents actes de désobéissance civile à Hong Kong - une série de manifestations connues sous les noms d’ « Occupy Central » ou du « Mouvement Parapluie » - durant l’année 2014. Ces manifestations ont adopté la logique d’occupation des mouvements précédents, les manifestants occupant les principales voies de circulation durant 79 jours dans l’espoir que les perturbations occasionnées forceraient le gouvernement à la table des négociations. Le gouvernement refusant de bouger, le mouvement échoua.

En ce moment, les manifestants d’Hong Kong prennent leur inspiration d’une source plus proche d’eux: le héros local, star du cinéma de kung-fu, Bruce Lee, qui professa : « Soyez comme l’eau »

Les jeunes manifestants évitent les anciennes stratégies, rigides et peu mobiles, en faveur d’un type de manifestation hautement mobile et agile. Un rassemblement peut se changer en marche; une marche peut commencer dans une direction pour brusquement en changer; l’objectif d’une action en particulier peut devenir apparente durant le cours même de la marche. Lors de récentes manifestations, de petits sous-groupes de manifestants se sont soudainement détachés pour mener des actions ciblées appelées « chats sauvages » sur un bâtiment du gouvernement, envahissant les entrées, escalators et ascenseurs. Lorsque le gouvernement déclara le bâtiment fermé et renvoya les employés pour la journée, les manifestants se dispersèrent pour bouger vers leur prochaine cible. Comme le disait Bruce Lee « L’eau peut couler, comme elle peut fracasser ».

(ADDENDUM de la traduction: Vus sur autres sources, utilisation de lasers pointés en nombre vers les caméras afin d’éviter d’être identifiés.)

Manifestation Open-Source

La vague actuelle de manifestation Hong Kongaise est sans leader. C’est en partie une réponse aux poursuites agressives du gouvernement à l’encontre des anciens meneurs: la figure du Mouvement Parapluie Joshua Wong n’as que récemment été libéré de prison, tandis que de nombreux autres leaders incluant les initiateurs du plan Occupy Central, Benny Tai et Chan Kin-Man, restent à ce jour derrière les barreaux. Sans leader évident, il n’y a personne à emprisonner.

De même, l’absence d’un leadership centralisé est un résultat de l’usage de tactiques online, en cela très organiques. Les manifestants utilisent des forums tels que LIHKG - une sorte de version local et lo-fi de Reddit avec possibilité de commenter et voter sur des posts - de même que des groupes chats Telegram (le plus grand d’entre eux en est à 10’000 membres), où la fonction sondage permet aux participants de décider des prochaines étapes: doivent-ils rester ou se disperser? Les manifestants votent sur l’instant et agissent en fonction.

Le professeur Francis Lee de l’Université Chinoise de Hong Kong a nommé de phénomène « la manifestation Open-Source ». Les volontaires dotés de mégaphones ou de talkies-walkies aident aux annonces et à la coordination, mais ne sont pas des meneurs à proprement dit. Les manifestants ont également expliqué que cette absence de leadership encourage tout le monde à s’investir et contribuer au mouvement. De cette manière, les manifestants promulguent le type de démocratie participative qu’ils veulent voir appliquée.

AirDrop

L’usage de Telegram des manifestants est bien connu, alors ce n’était peut-être pas une surprise que lorsque les premiers clash les plus intense entre manifestants et forces de l’ordre subvinrent, l’application reporta avoir été sujette à une attaque DDOS depuis la Chine continentale. Ajoutez à cela la surcharge massive du réseau mobile quand des centaines de milliers de gens se tiennent dans le même périmètre réduit tout en utilisant leurs appareils simultanément, la communication devient rapidement incertaine et très peu fiable. En réponse à cela, les manifestants se sont tournés vers les technologies « peer-to-peer » en alternatives, en particulier la fonction « AirDrop » dont sont équipés tous les appareils Apple (AirDrop permet aux utilisateurs d’iPhone de s’envoyer des images les uns aux autres par connection Bluetooth en se passant d’une connection mobile).

Les manifestants ont utilisé AirDrop dans deux objectifs: partager des messages avec les autres participants durant le déroulement de la manifestation, puis pour passer le mot au plus grand nombre. Les journaliers du métro Hong Kongais peuvent se retrouver à recevoir des slogans promouvant la cause ou même des informations sur les prochains rassemblements. Avant les manifestations, les groupes Telegram passent le message « Rappellez-vous d’activer AirDrop! ». Vers la fin d’une récente manifestation, alors que les manifestants se repréparaient à « être l’eau » et à se disperser, mon téléphone sonna soudain sous les notifications AirDrop, portant un simple message « Partez ensemble à 7:00 ».

Chaîne d’approvisionnement et langage des signes

L’expérience du Mouvement Parapluie et les récents affrontements avec la police ont appris aux manifestants quels équipements ils ont besoin en première ligne. Pour s’assurer que les nouvelles fournitures puissent arriver au front rapidement, les manifestants Hong Kongais ont développé un système de signaux de mains unique, afin d’envoyer des messages à travers la foule concernant quels équipements sont demandés.

Un signe est passé de l’avant, de main en main dans la foule, jusqu’aux dépôts d’équipements à l’arrière où les affaires ont été transportées près du site de la manifestation. Les objets demandés sont ensuite passés le long d’une chaîne humaine jusqu’à l’endroit d’où émane la demande. Ces chaînes humaines de ravitaillement se sont parfois vues étendues sur aussi loin qu’un kilomètre et sont un spectacle impressionnant.

Ce langage des signes est devenu tellement iconique que lors d’un récent rassemblement de « cheveux gris », des personnes âgées de Hong Kong marchant en support de la jeune génération, les anciens ont été vus apprenant et pratiquant le langage des jeunes en solidarité.

Neutraliser les gas lacrymogènes

Quand la police a lancé les gaz sur les manifestants au tout début des manifestations du Mouvement Parapluie début 2014, ça a causé une indignation générale à travers toute la communauté Hong Kongaise, motivant de surcroît les 79 jours d’occupation de la ville. Avancée rapide à 5 ans plus tard, et le déploiement des gaz lacrymogènes dans les rues de Hong Kong est devenu tristement courant. Bien-entendu, durant le seul week-end passé, la police a tiré ses gaz au sein de quartiers résidentiels densément peuplé Samedi et Dimanche, et durant toute la soirée du Dimanche quasiment constamment sur une période de 4 heures. Une partie du pourquoi d’un tir aussi soutenu est que les manifestants ont appris comment les neutraliser.

De petites troupes mobiles de « soldats du feu » attendent à l’arrière de la première ligne, équipés de cônes de signalisations. Quand une grenade lacrymogène atterri dans la foule, ils y courent afin de la couvrir avec le cône, créant une cheminée qui contient et canalise au loin la fumée. Un autre membre de l’équipe intervient alors pour verser de l’eau dans le cône afin d’asperger la grenade afin de l’éteindre. Quand il n’y a pas de cône à disposition, de l’eau ou des serviettes mouillées sont utilisées pour étouffer les grenades, ou alors un manifestant particulièrement agile équipé de gants ignifuge se saisira de la grenade pour la relancer, soit vers la police soit au loin sur les côtés.

Eviter de se faire piétiner

Un des plus grands risques de blessures ou de morts dans une foule vient du danger d’être piétinés. Cette menace est appuyée par la géographie urbaine de Hong Kong: les manifestations récentes ont eu lieu dans les ruelles étroites et sinueuses du vieux quartier de Sheung Wan, ou dans le labyrinthe de passages à niveau et de passerelles entrelacés dans Hong Kong. Quand la police tire des gaz lacrymogènes dans une foule dense, ou que les équipes policières à réponse rapide dites « Raptor » lancent une de leurs charges éclaires, le risque que la foule panique - et que des piétinements subviennent - est très élevé. Conscients de ces risques, les foules de manifestants scandent « 1… 2… 1… 2… » à l’unisson durant leurs retraites, marchant au rythmes du compte. Cela assure une retraite ordonnée et lui évite de se transformer en écrasement mortel.

La Révolution sera crowdfundée

Voyant que le sommet du G20 serait tenu à Osaka fin-juin, les activistes Hong Kongais y virent une opportunité pour attirer l’attention international sur leur cause. Bien qu’incapable d’entrer aux tables de conférences du G20, ils visèrent la table d’à côté : celle du petit-déjeuner. Les activistes sortirent une série de publicités en pleine-page dans les journaux à travers le monde pour rendre leur combat public. Ils crowdfundèrent les pages grâce à une campagne qui leva plus de £600,000 en quelques heures. Des volontaires préparèrent et corrigèrent les textes en plusieurs langues, réservèrent les espaces publicitaires et délivrèrent le tout aux journaux à travers le monde. Durant les jours précédents et pendant le sommet du G20, de frappantes pleine-pages en noir et blanc clamant « Levez vous pour Hong Kong au G20 » sont apparues dans les journaux du monde entier, du New York Times au The Guardian, Le Monde et Suddeutsche Zeitung, The Australian et le Asahi Shimbun, le Globe&Mail et le Seoul Daily.

(ADDENDUM de la traduction: Vus d’autres sources, ils déposent de l’argent devant les machine de métro afin d’éviter aux manifestants d’utiliser leurs cartes d’abonnés et d’être ainsi identifiés.)


Contre sommet du G7

CONTRE G7 INTERGALACTIQUE : 21, 22, 23 AOUT A HENDAIA

Qu'on se le dise, les inégalités, le réchauffement climatique ainsi que d'autres problèmes d'envergure qui nous touchent tous ne seront jamais solutionnés par le capitalisme ni par les Etats, qui ne font que le protéger et assurer son déploiement. Les "rencontres intergalactiques" avaient commencé il y a trois ans à la Zad de Notre-Dame-des-Landes, cette fois ci elles se posent sur une autre zone à défendre, au Pays Basque, terre de résistance qui a prévu de faire un beau pied de nez au sommet du G7. Ces rencontres intergalactiques seront un lieu de convergences et de préparation de mobilisations contre le G7. En voici la présentation, le programme et une contribution vidéo.

Rencontres intergalactiques à Hendaia : 21, 22 et 23 août au port de Kaneta

Elles arrivent elles arrivent, les troisièmes rencontres intergalactiques ! Après avoir séjourné à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes durant deux ans, nous nous poserons cette fois-ci au Pays Basque, à l’occasion du contre sommet du G7. Ateliers et débats, fêtes et luttes au menu, dans un espace ouvert à tout le monde !

Vous avez dit impérialisme ? Il n’est pas qu’intergalactique. L’impérialisme capitaliste s’impose sur la terre et les peuples. Des peuples qui luttent. DES peuples, oui. En défense de leur terre, de leur liberté et qui gagnent à connaître d’autres peuples en lutte pour faire face à une même logique destructrice. La semaine intergalactique veut essayer de réunir ces peuples, ces luttes, ces territoires, les 21, 22 et 23 Août prochain, à Hendaye (Hendaia dans la langue autochtone), dans le cadre du contre-sommet au G7. En étudiant les méfaits de l’expansion capitaliste sur le vivant, les corps et les langues et cultures.

Le premier jour sera consacré aux mouvements de défense de la terre et aux différentes formes de luttes qui en ont découlé. Ce sera l’occasion d’une rencontre entre le mouvement européen naissant By 2020 We Rise Up et les différentes luttes de défense de la terre et de la nature en Euskal Herria (contre LGV, Gaz de schiste, barrage d’Itoiz, abattage de petits élevages paysans).

L’impérialisme et son monde. Son patriarcat. Le second jour sera celui des ateliers féministes contre le machisme et les violences sexistes. Machisme et violence qui apparaissent encore dans les milieux militants également. Ateliers non mixtes pour tout.e.s.

Le Vendredi mettra au jour les réalités auxquelles font face au quotidien des locuteurs de langues minorisées et sous domination de politique linguistiques impérialiste. Mapuches, tamazight, basques, occitans, bretons, kurdes etc. pourront témoigner sur les discriminations qu’ils et qu’elles subissent au quotidien. Et puis nous en profiterons pour faire un petit cours d’initiation pour tout.e.s afin de devenir polyglotte en une heure... Enfin presque.

Durant ces trois jours, des collectifs de défense juridique ainsi que des avocats seront là pour nous faire connaître nos droits et attitudes face à la répression du gouvernement français, à la veille de ce G7.

Ah ! Puis on chantera aussi autour de bons repas (vegan) de la cantine... Puis on dansera aussi. Ou comment la danse en chaîne peut symboliser l’union des habitant-e-s d’une terre, celle des peuples en lutte. Liés, mais libres. Libres de l’avoir choisi.

Terre et liberté !

Programme et infos utiles

Mercredi 21 août : Défense de la terre et moyens d'action

  • 12h-13h : poteo en chant et repas en musique
  • 15h30 : rencontre entre la dynamique By2020 We Rise up et des collectifs basques
  • 17h30 : répression contre le mouvement des Gilets Jaunes
  • 19h: atelier de mur populaire
  • 20h30: soka dantza (danse de la corde) au campement

Jeudi 22 août : En finir avec les agressions sexistes

  • 12h-13h : poteo en chant et repas en musique
  • 15h30 : ateliers en non mixité pour femmes et hommes. Deux fois deux ateliers
  • 20h30: soka dantza (danse de la corde) au campement

Vendredi 23 août : Situation des langues ignorées et méprisées

  • 12h-13h : poteo en chant et repas en musique
  • 15h30-17h30 : témoignages des locuteurs-trices et rencontre
  • 18h : apprentissage express des bases
  • 19h : enregistrement du même texte dans plein de langues. Micro-rap ouvert à toutes les langues
  • 20h30: soka dantza (danse de la corde) au campement

Infos utiles

  • Horaires : de midi à 20h
  • Bar et restauration, infokiosk, expositions, atelier sérigraphie et montage de la structure en bois « Ambazadatxoa ».
Un espace informel sera disponible pour tout autre atelier, rencontre, débat.

Planning général du contre sommet

  • Du 19 au 24 : Semaine Intergalactique, Village Gilets Jaunes et contre sommet (Urrugne, Hendaia, Irun)
  • Vendredi 23 : blocages et actions autour de Biarritz
  • Samedi 24 : Manifestation contre le G7
  • Dimanche 25 : Constitution de la zone arc-en-ciel autour de la zone rouge et bleu contre l'interdiction de manifester. Prise de 7 rond-points ou places autour de Biarritz.

plus d'infos : https://g7ez.eus et GJ G7 !

Contre sommet du G7


Grève nationale des coursiers : Deliveroo du mal !

Ce week-end du 3 et 4 août a vu naître une mobilisation des livreurs à vélo Deliveroo sans précédent. Dans une dizaine de villes en France, des coursiers se sont rassemblés pour protester contre la nouvelle tarification que vient d'imposer brutalement la société anglaise en pleine période estivale, faisant disparaître le tarif minimum par course.

La politique tarifaire n'a cessé de diminuer depuis le lancement de la plateforme en 2015. Assurant dans un premier temps un minimum horaire de 7,50€ + prix de la livraison, elle passe à une rémunération à la course en 2017, puis aux kilomètres parcourus avec un minimum variable de 4,50€. La cerise sur le gâteau est annoncée lundi 29 juillet avec la disparition d'un tarif minimum laissant ainsi place à des propositions de commandes indécentes avoisinant les 2,50€. La plateforme justifie cette nouvelle politique tarifaire en assurant que les courses les plus longues seront quand à elles mieux rémunérées. Une manière pour la multinationale de lutter contre les coursiers qui refusent des commandes trop longues car trop dangereuses, et pas assez rentables puisqu'ils reviennent trop souvent des périphéries à vide. Pour rappel, Franck Page, un jeune coursier travaillant pour Uber Eats est décédé cet hiver, accroché par un camion alors qu'il livrait en périphérie de Bordeaux aux abords d'un échangeur autoroutier, un endroit trop dangereux pour les cyclistes.

L'appel du CLAP (Collectif de Livreurs Autonomes Parisiens) a été rapidement entendu par plusieurs collectifs qui se sont massivement organisés sur les réseaux sociaux. Samedi 3 et dimanche 4 août entre 19h et 22h, des centaines de coursiers se sont rassemblés entre Paris, Bordeaux, Toulouse ou Besançon dans le but de refuser toutes les commandes proposées par l'application, bloquer des restaurants partenaires et alerter l'opinion publique.

Pour Edouard, secrétaire général du CLAP, la mobilisation des coursiers a commencé il y a déjà plusieurs années, mais cette nouvelle tarification « a convaincu des livreurs plutôt réticents aux syndicats qu’il fallait de véritables structures locales et nationales de représentation », faisant grossir les rangs des livreurs en grève. Les revendications portées par les collectifs de coursiers sont les suivantes :

    • Retour a un tarif minimal de 5.50€/course pour une zone de 3km + 1€ par km parcourus

    • Retour des minimums forfaitaires les week-ends

    • Retour des bonus intempéries

    • Une transparence sur l’algorithme

    • Obligation de négocier avec les travailleurs pour tout changement de contrat

Edouard et ses camarades sont déterminés à prolonger les actions de blocages et de déconnexions massives jusqu'à ce qu'il y ait une véritable négociation avec la direction de Deliveroo, ce qui n'est jamais arrivé depuis 2015 : « Ça fera perdre beaucoup de sous et beaucoup de clients à Deliveroo, histoire qu’ils aient un aperçu du sentiment que ça fait de perdre de l’argent comme ça du jour au lendemain ».

Dimanche soir à Nantes, une trentaine de livreurs étaient présents sur le cour des 50 otages. Les coursiers étant constamment atomisés dans la ville, tous ne se connaissent pas mais les rencontres se font vite. Les échanges sont vifs et engagés, on ressent un besoin urgent de se parler, de se fédérer.

Yoro, livreur à temps plein depuis 2017, s'adresse au passants : « Deliveroo profite de nous, c'est de l'esclavagisme moderne ! Depuis une semaine, on est payés 2,90€ pour livrer vos repas, notre chiffre d'affaire a chuté de 30% ! Ils nous prennent pour des chiens ! ». Un autre livreur continue : « On nous pousse toujours à aller livrer plus loin, plus vite. Pour eux il n'y a que le rendement qui compte. Tout ça c'est une question de dignité ! ».

A côté, Dorian et Damien, tous deux membres des Bikers Nantais, un collectif de livreurs en lutte pour de meilleures conditions de travail, scrutent leurs smartphones pour constater les répercutions de la grève sur les restaurants de la ville. 70 voire 80 minutes d'attente pour une pizza et la moitié des restaurants partenaires se sont déconnectés de l'application. « Ça nous amuse pas de perturber les restaurateurs comme ça mais c'est notre seul moyen de pression. Le chiffre d'affaire de Deliveroo a pris un coup ce week-end ».

Jusqu'à 22h, les propositions de commandes défilent sur les applications : 2,90€, 2,81, 2,76.. record battu. Ensemble, ils s'indignent en constatant la baisse significative qu'engendre ce nouvel algorithme. Pour terminer la soirée, le cortège de vélos, gyroroues et scooters s'élance dans la ville laissant rugir leurs klaxons et en scandant des : « Deliveroo, délivre-nous ». Après une photo de groupe, les coursiers se quittent en se donnant rendez-vous le samedi 10 août pour un nouveau week-end de grève. Yoro conclue : « Les gars, à Paris ils ont déjà annoncé la prochaine grève, faut qu'on se cale avec eux et les autres villes pour la suite, faut rien lâcher c'est maintenant que ça se passe ».

Ce mouvement national et inédit saura-t-il inverser le rapport de force et redonner une once de dignité à ces travailleurs uberisés ? Les plateformes se protègent depuis le départ derrière le turnover des livreurs et la conviction que la flotte des coursiers ne serait constituée que d'ignares étudiants de passages. Ils se permettent donc de jouer avec les conditions de travail de manière insolentes et intolérables. Le recours au statut d’autoentrepreneur permet aux plateformes de ne pas payer un centime de cotisations sociales et de contourner le code du travail en toute impunité: pas de congés payés, d’arrêts maladies ou de primes de précarité. Certes, les jeunes qui entrent dans le monde du travail par la porte de l'uberisation n'ont pas de références et sont donc difficiles à mobiliser, mais la situation actuelle montre bien que beaucoup de coursiers se sont emparés de ces applications pour en faire leur gagne pain quotidien. Et c'est bien normal dans un pays où le chômage frôle les 10% et les discriminations à l'embauche sont trop fréquentes. On fait ce qu'on peut en Macronie, suffit pas de traverser la route.

Ces travailleurs autoentrepreneurs, donc en théorie libres, sont en réalité économiquement dépendants des plateformes et se retrouvent emprisonnés dans une spirale infernale de travail. S'arrêter de pédaler durant quelques jours, pour des congés par exemple, fait chuter leurs statistiques et ne leur permet pas de s'inscrire aux créneaux les plus intéressants la semaine suivante. Les coursiers sont constamment sous pression psychologique : pistés par GPS, rappelés à l'ordre en cas de retard de quelques minutes, notés par les clients... De plus, plusieurs coursiers se sont vu remercier des plateformes car leurs paroles sur les réseaux sociaux s'avéraient trop dangereuses, trop conscientes ou trop proches de mouvements syndicaux. Faire grève coûte cher pour n'importe quel travailleur en lutte, mais les livreurs Deliveroo, Uber Eats ou encore Stuart sont aux avants-postes d'une extrême précarité qui rend toutes mobilisations dissuasives : c'est là toute la stratégie des plateformes, et tout le mérite des coursiers en colère qui osent la grève.

Round 2 samedi 10/08 à 19h.


Manifestants nantais, n'ayez pas honte !

Comme on pouvait s'y attendre, la journée de samedi à Nantes a été le théâtre de nombreuses violences. Des manifestants hospitalisés, des journalistes touchés par des LBD, des centaines de lacrymo balancées dans la ville. Et aussi : des barricades, du mobilier urbain brulé et quelques vitrines cassées.

Comme on pouvait s'y attendre, le pouvoir et tous les puissants de ce pays se sont rués sur ces quelques objets cassés/brulés pour insulter et mépriser les milliers de manifestants présents. Même schéma qu'en décembre ou lors du 16 mars (feu Fouquet's). Mais avec cette petite nuance abjecte : tous les manifestants présents auraient souillé la mémoire de Steve. Manifester autrement que dans un calme absolu serait un manque de respect pour Steve et pour sa famille.

Ce discours facile mais très efficace auprès d'un public assez large a été celui utilisé lors des débordements ayant suivi la mort de Rémi Fraisse. A l'époque la mère de Rémi avait lancé plusieurs appels au calme et condamné toute violence. Si l'on comprend tout à fait sa réaction, comme celle de la maman de Steve, il n'est pas inutile de remettre ici la lettre envoyée à la maman de Rémi par Farid El Yamni, frère de Wissam (assassiné par la police le 1er janvier 2012). Ces quelques lignes d'une personne touchée, elle aussi, par les violences policières, expliquent que la voie de la non-violence absolue n'est pas toujours, malheureusement, celle qui peut faire changer les choses.

Si la parole de Farid ne vous semble pas assez emprunte de sagesse, voici quelques mots d'un prix Nobel de la paix, un certain Nelson Mandela : « La résistance passive non-violente est efficace tant que notre adversaire adhère aux mêmes règles que nous. Mais si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin. Pour moi, la non-violence n’était pas un principe moral mais une stratégie. Il n’y a aucune bonté morale à utiliser une arme inefficace ». Quelques années plus tard, Madiba récidive : "C'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'aura pas d'autre choix que de répondre par la violence."

Or qui peut croire aujourd'hui que le pouvoir va s'inquiéter et se soucier d'une manifestation de 3000, 5000 ou même 10 000 personnes qui se passerait de façon totalement "pacifique" ? Macron, Castaner et tous ceux qui détiennent les moyens de faire changer les choses ont prouvé depuis des mois qu'ils n'avaient strictement rien à faire de la colère de milliers de citoyens. De centaines de milliers même. Pire : les seules fois où le gouvernement a semblé infléchir ses positions, ce sont les lendemains des manifestations les plus violentes de Gilets Jaunes. C'est donc lui, par son mutisme face à la mobilisation pacifique, qui oblige les manifestants à user de méthodes plus offensives.

Enfin, rappelons que de moins en moins de personnes restent sensibles à la sacralisation du mobiliser urbain, voitures et autres magasins. Alors oui, il y a des injustices et des personnes qui vont subir les conséquences financières de certains débordements. Mais sérieusement, qui peut encore s'indigner pour ça et laisser des personnes mourir dans l'indifférence totale. Urgence sociale, urgence climatique, urgence humanitaire. Jour après jour, cette société tue et blesse des milliers de personnes, pendant que les plus riches deviennent encore plus riches. Cela peut paraitre très simpliste comme discours. Mais c'est une réalité que même les plus riches ne peuvent contester.

Face à cela, le pouvoir n'a désormais plus qu'une seule arme : la répression. Celle-ci se doit d'être aveugle, violente et sauvage.  Elle doit faire peur. Elle doit obliger les plus modérés à quitter les rangs des manifestants, pour ne laisser que les plus radicaux, et pouvoir les écraser encore plus facilement. Sauf que la mécanique fonctionne de moins en moins.

Samedi à Nantes, les milliers de manifestants sont restés solidaires les uns avec les autres, chacun avec ses pratiques et ses limites. Tous ceux présents dans la rue, malgré les menaces à peine voilées de la préfecture et du pouvoir, malgré les interdictions de manifester, tous, avaient une tristesse et une colère face à la mort de Steve. Qu'une barricade soit brulée, qu'une vitrine vole en éclat, ne change strictement rien à ce constat. Ces milliers de personnes pleuraient Steve.  Sûrement bien plus que ne le fait la préfecture, Castaner ou Macron.

Alors à tous les Nantais présents samedi : n'ayez pas honte d'être descendus dans la rue. N'ayez pas honte si certains ont exprimé leur colère de façon violente. Ceux qui doivent avoir honte, ce sont ceux qui ont du sang sur les mains, et ceux qui les couvrent. Ou ceux qui laissent faire et ne s'indignent pas. Vous, vous êtes descendus dans la rue pour honorer la mémoire de Steve, pour demander justice. Jamais vous n'aurez à avoir honte de cela !

Enfin, à ceux qui crient à la récupération de ce drame par l'extrême gauche et/ou les Gilets Jaunes : si les GJ se sont les premiers indignés de la disparition de Steve, c'est parce qu'ils vivent depuis 38 semaines la violence aveugle de l'état. Une violence qu'ils savent totalement calculée, qui n'a rien de dérapages individuels mais qui fait désormais partie de la stratégie de la terreur du pouvoir. C'est parce qu'ils savent que la justice est de plus en plus muselée et de moins en moins indépendante. Ils l'ont vu et vécu dans leur propre chair, dans leurs propres familles, auprès de leurs amis. Des milliers de blessés, de mutilés, et toujours aucune condamnation. Tout ce qui peut être couvert par l'IGPN ou d'autres instances le sera.

Alors oui, quand Steve a disparu, ils ont été parmi les premiers à se révolter. Et c'est en grande partie grâce à eux si l'élan de colère et le mouvement #oueststeve ont pu être aussi forts. Que la famille de Steve ne souhaite pas s'associer à cet élan de solidarité est tout à fait légitime. Mais cela n'enlève en rien la légitimité de ces milliers de personnes à demander justice et à faire pression pour que ces drames ne se reproduisent plus. Car si rien ne change, la liste va continuer à s'allonger après Steve, Zineb, Rémi ou Adama. C'est donc un combat pour la mémoire autant que pour un avenir meilleur où on ne meurt pas "pour rien", juste parce que la police est passée par là. Ce combat, au vu du mutisme du pouvoir, et au vu de sa stratégie de la terreur, devra peut-être prendre des formes radicales et offensives. Il ne faut pas en avoir honte. La honte, c'est pour ceux qui tuent, qui blessent et qui s'enrichissent sur ce système.


Mort de Steve : Les mensonges de l'IGPN

Les révélations sur l‘enquête de la mort de Steve sont accablantes pour l’IGPN. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a eu mensonge par omission. Nous vous résumons ici ce qu’on peut apprendre des derniers articles de presse sérieux. (Précision : ce rapport relève d’une enquête administrative prédisciplinaire, et sera suivi d’une enquête judiciaire)

1/ L’IGPN a écarté le compte-rendu d’un commandant de CRS qui a refusé l’emploi de gaz lacrymogène, qu’il jugeait dangereux compte tenu de la situation, de la proximité avec le fleuve et du manque de garde corps. Pourquoi l’IGPN n’a pas souhaité l’entendre ? Parce que ça aurait remis en question la légitimité du déluge de moyens offensifs qui venaient d’être utilisés : pas moins de 33 grenades lacrymogène, 12 grenades désencerclantes et 12 tirs de LBD.

2/ Alors que le commissaire Chassaing lui même affirme qu’après une salve de gaz lacrymogène, il était informé que deux personnes étaient tombées dans la Loire, le rapport IGPN ose affirmer que l’usage de lacrymogène était approprié. L’IGPN affirme donc entre les lignes qu’il était normal de mettre en danger la vie de personnes qui faisaient la fête.

3/ L’enquête IGPN est confiée à un subalterne du commissaire Chassaing. Compte tenu des relations hiérarchiques dans la police, il est sûrement compliqué pour un enquêteur de mettre en cause un supérieur.

4/ Les 95 témoignages des jeunes présents ce soir là ont été écartés du rapport. Notamment la plainte de Romain G. qui a été médiatisée et qui fait voler en éclat les conclusions de l’IGPN en affirmant clairement que l’atmosphère était surchargée en lacrymo, qu’on n'y voyait rien, que lui même a rattrapé sa copine de justesse alors qu’il entendait d’autres corps tomber dans l’eau du fleuve. Pourtant l’IGPN se permet d’affirmer qu'« aucune des personnes repêchées par les sauveteurs n’avait déclaré avoir été poussée par l’action de la police à se jeter à l’eau, et aucune n’avait imputé sa chute à cette action ».

5/ Dernière chose : le profil du commissaire Grégoire Chassaing chargé de l’opération et qui est réputé pour être un proche de l’extrême droite et pour ses méthodes particulièrement violentes. On sait notamment qu’il est critiqué au sein même de la police. Dans la vidéo principale diffusée sur Nantes Révoltée on voit un policer non casqué matraquer au sol une personne : sa couleur de cheveux ainsi que sa tenue permettent sérieusement de se demander si ce n’est pas le commissaire en personne. A ce sujet l’IGPN mentionne dans le dossier que des investigations seront menées quant à ces faits.

Le rapport conclut pourtant : « il n’y a pas à remettre en cause l’intervention collective des forces de police. La seule question de l’usage de la matraque sur une personne au sol pendant l’intervention fera l’objet d’une enquête spécifique distincte de la présente. »

C’est le déni le plus total. S’il est possible que la suite de la procédure jette en pâture un gradé pour sauver l’institution, nous pensons qu’au contraire c’est bien la faute de toute l’institution. A commencer peut-être par Castaner qui donne une carte blanche totale à une suite hiérarchique qui le dépasse par son autonomie et sa capacité à légitimer les pires atrocités jusqu’à la mort d’un jeune homme et la chute dangereuse de 14 fêtards dans la Loire. Le plus haut crime n’est-il pas là ? Légitimer sans cesse l’intolérable, qu’il existe une institution qui lave les crimes. En attendant, aux yeux de beaucoup de citoyens la police devient chaque jour une menace de plus en plus grande. En l’occurence ici la Police montre qu’elle assume de pouvoir tuer des gens et mettre des centaines de personnes en danger de mort pour mettre fin à une fête !
« En fait la Police a été depuis le 18e siècle une formidable instance de régulation sociale, de surveillance perpétuelle, de correction incessante du comportement des gens, non pas tellement une instance de justice que de normalisation » nous disait Michel Foucault.

Sources :

https://www.mediapart.fr/journal/france/010819/nantes-l-igpn-omet-des-elements-charge-pour-la-police
https://www.presseocean.fr/actualite/nantes-steve-les-curieuses-lacunes-de-l-enquete-de-l-igpn-01-08-2019-310131
https://www.humanite.fr/la-doctrine-securitaire-et-violente-du-commandement-policier-nantais-675389
Le rapport de 10 pages de l'IGPN : https://www.documentcloud.org/documents/6224985-Rapport-IGPN.html

Justice pour Steve : liste des rassemblements de samedi

Face à l'horreur et face au mensonge d'Etat, de nombreux rassemblements sont prévus ce weekend (principalement samedi) partout en France pour réclamer "Justice pour Steve". Voici donc une liste actualisée en temps réel pour suivre les infos dans votre ville :

Nantes : 11h Grue Jaune / 13h Commerce

Paris

Amiens

Angers

Avignon

Bagnols-sur-Cèze : 10h

Bézier : vendredi 14h Place du 14 juillet

Brive-la-Gaillarde : 15h

Boulogne-sur-Mer : 9h30

Calais

Clermont Ferrand : 14h

Caen : 14h devant la préfecture

Chambery : 14h Place du Palais de Justice

Cherbourg : 14h Place Napoléons

Dijon

Forcalquier

Grenoble

La Rochelle

Le Havre : 14h Hôtel de ville

Le Puys En Velay

Laval : 11H

Lille

Limoges

Lyon

Le Mans : 14h30 (lieu inconnu)

Marseille

Montpellier

Montpon-ménesterol : 13h30

Narbonne : 14h

Orleans : 15h Place Jeanne D'arc

Nice

Poitiers

Rennes

Rouen

Roye: 14h

Somain : 14h30

Strasbourg

Tarbes

Toulouse

Tours

Troyes


Samedi, tous dans la rue pour Steve, pour Zineb. Pour la vie.

Il peut paraitre parfois vain de sortir dans la rue crier sa colère et son indignation face à un drame, face à une injustice. Mais nous n'avons pas d'autres choix. Car ne pas sortir, ne pas manifester, ce serait laisser s'installer un peu plus l'inacceptable dans nos vies. Laisser la mort s'installer partout.  Laisser l'injustice devenir la norme.

Steve Maia Caniço est mort noyé dans la Loire le soir de la fête de la musique.  Son crime ? Avoir dansé au delà de l'horaire "autorisé" par la préfecture.
Zineb Redouane est morte dans son salon le 02 décembre dernier. Son crime ? Avoir eu sa fenêtre ouverte pendant une manifestation de Gilets Jaunes.

Ces morts sont une honte pour la République. Une tâche qui ne s'effacera jamais dans l'histoire de notre pays. Car au delà des morts qu'ils ont causées, ce qui rend la chose encore plus affreuse et intolérable, c'est l'attitude du pouvoir et de toutes les structures capables à un moment donné d'offrir justice aux proches des victimes.

Aujourd'hui, l’État persiste à dédouaner totalement et sans aucune mesure l'ensemble des forces de police, des chaînes de commandement, de la préfecture et du ministère de l'intérieur pour ces deux drames. L'affaire Legay nous a montré qu'un procureur a volontairement menti pour "protéger" le président de la République. l'IGPN enchaîne les rapports totalement ubuesques dignes de régimes totalitaires n'acceptant pas la moindre remise en cause. 14 personnes sont tombées dans la Loire suite à la charge policière du 21 juin à Nantes. Comment accepter qu'un rapport de l'IGPN puisse conclure qu'aucun lien ne peut être établi entre cette charge policière et la mort de Steve ?

Aujourd'hui, la police des polices n'est qu'une coquille vide. La séparation des pouvoirs, un lointain souvenir. Ce qui se passe actuellement en France est particulièrement dangereux pour nous tous, et pourrait se révéler totalement mortifère à moyen et long terme. Si nous acceptons aujourd'hui que la pouvoir musèle la justice et les instances censées contrôler/punir les corps de l’État, que se passera-t-il quand ce pouvoir sera aux mains de personnes encore plus dangereuses ?

C'est pour cela qu'il ne peut y avoir qu'une réponse samedi face à cette situation : la mobilisation, la colère et la résistance. Pour honorer la mémoire de Steve mais aussi pour refuser cette nouvelle démocratie qui n'a plus rien de démocratique. Si nous ne nous levons pas aujourd'hui, nous courrons le risque de rester à genoux pendant des décennies.

Les Gilets Jaune ont soutenu depuis le lendemain de la fête de la musique les recherches autour de Steve. Ils se sont mobilisés pour maintenir la pression. Aujourd'hui, ils appellent à manifester pour que la vérité soit faite sur les conditions de la mort de Steve. Et que justice soit rendue.

Certains pourraient trouver que cette attitude relève de la récupération puisque Steve n'était pas GJ et qu'il participait "simplement" à la fête de la musique. Sauf que les GJ sont parmi ceux qui comprennent le mieux ce qui est en train de se jouer depuis plusieurs mois en France : le glissement totalitaire et ultra sécuritaire. L'attitude ultra offensive des forces de l'ordre, qui attaquent pour mieux se défendre. Le principe du présumé coupable par simple présence sur un lieu.

Alors oui, les Gilets Jaunes sont révoltés par le drame de Steve. Et c'est tout à fait normal. Non, ce qui pose question, ce qui n'est pas normal, c'est que si peu d'autres citoyens (non GJ), ne descendent dans la rue et s'opposent à cette nouvelle France où l'on peut mourir pour avoir été à la fête de la musique. Où l'on peut mourir pour avoir ouvert sa fenêtre.

C'est toute la société qui devrait être mobilisée et révoltée : les syndicats, les partis politiques, les ONG, les associations, le monde de la culture.  Et tout un chacun.

Alors samedi, plus que jamais, soyons tous dans la rue, à Nantes, à Paris et partout ailleurs. Pour Steve, pour Zineb, pour la vie.

 


LE VRAI COMBAT ÉCOLOGIQUE N'EST IL PAS LA ?

Pendant que les cours d'eau sont pollués au Tritium, pendant que le permafrost fond 70 ans plus tôt que prévu, pendant que beaucoup discutent pour faire du lobbying écolo, pendant que dans la Creuse ces lobbies tentent d'éveiller les consciences par un festival écolo branché, etc... Et bien pendant ce temps il y en a qui agissent directement pour l'écologie. A Bure, conscience et action ne font qu'un. Dans un début de siècle qui part comme une bombe des starting blocks et qui part en sucette il faut bien l'avouer, beaucoup restent sur la ligne de départ... Scotchés, discutant encore, aménageant leur positionnement politique, pendant que d'autres se donnent corps et âmes pour défendre la nature et une vie désirable ! Qu'on se le dise, aujourd’hui l’écologie est déjà ce qui trace une limite entre les riches et les pauvres. Entre ceux qui boufferont du homard bio et ceux qui boufferont du gaz.

COMMUNIQUÉ DES OCCUPANTS DU BOIS LEJUC A BURE

Bure : Le bois Lejuc est réoccupé !
Près de Bure, le bois Lejuc est réoccupé depuis le 18 juillet à 14h. De nombreuses personnes ont réinvesti ce lieu au sol comme dans les arbres pour réaffirmer leur opposition au projet de centre d’enfouissement de déchets radioactifs Cigéo, au nucléaire et à son monde, industriel, colonial, militaire. Les forces policières qui occupaient jusque là ce lieu stratégique et protégeaient les intérêts de l’Andra ont été contraintes de quitter les lieux. Nous appelons dès maintenant à converger dans le bois Lejuc ainsi que dans les villages de Bure et Mandres-en-Barrois, situés à deux kilomètres de la forêt.

Le bois Lejuc est sur la zone du projet de poubelle nucléaire. L’Andra projette de le défricher pour y faire des fouilles archéologiques et des forages, et à terme de le bétonner pour y construire des puits de ventilation. Le bois a déjà été occupé à deux reprises auparavant, en juillet 2016 puis du 15 août 2016 au 22 février 2018, date à laquelle 500 gendarmes ont expulsé la forêt et détruit les habitations des occupantes.

Sur place, la répression s’exprime par une présence policière quotidienne, des contrôles judiciaires, des interdictions de territoire, des perquisitions, et des peines de prison ferme et avec sursis. Cette réoccupation se veut aussi une réponse à la répression de l’État, affirmant que l’opposition sur le terrain n’a pas été étouffée. L’État réprime et expulse, ces dernières années comme toujours. Bure n’est qu’un de ses nombreux laboratoires du maintien de l’ordre. Ce 18 juillet, nous avons essayé de le mettre en déroute et les flics n’ont eu d’autres choix que de reculer.

Nous appelons à converger dans le bois Lejuc ainsi que dans les villages de Bure et Mandres-en-Barrois, situés à deux kilomètres de la forêt. Si vous souhaitez nous soutenir, vous pouvez venir sur place, où nous avons besoin d’aide au sol, dans les arbres, dans les villages. Que ce soit pour grimper dans les arbres, construire des barricades, les tenir, apporter du matériel, préparer à manger, etc. Vous êtes bienvenues. Vous pouvez aussi diffuser le plus largement possible ce communiqué. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, c’est aussi possible de nous soutenir de loin, les infrastructures de l’industrie nucléaire et les sous-traitants travaillant pour l’Andra sont partout.

Si vous souhaitez venir, vous pouvez consulter le site �bureburebure.info pour des informations actualisées concernant la situation sur place.

À l’attention des journalistes : les personnes sur place ne souhaitent pas répondre aux questions ou aux interviews et ne souhaitent pas en dire davantage que ce qui est écrit ci-dessus. Si vous souhaitez diffuser une information, relayez ce communiqué.


14 juillet - Défaite Nationale

Malgré le dispositif ultra sécuritaire, malgré la venue de "figurants en marche" sur les champs, malgré les centaines d'arrestations arbitraires du matin, Macron a raté son pari d'avoir un 14 juillet en mode "carte postale" !

Très tôt le matin, des centaines (voir milliers) de Gilets jaunes sans gilets jaunes arrivent à entrer de façon individuelle sur les champs, comme tout citoyen voulant assister au défilé. La préfecture est au courant et tente tant bien que mal d'embarquer un maximum de manifestants. Près de 200 arrestations seront signalées sur Paris, la plupart avant même le début du défilé, et pour simple possession d'un gilet jaune dans le sac (ou pour avoir chanter un chant anti Macron). Le pouvoir décide également de frapper fort dès le début de cette journée en arrêtant les "figures" du mouvement (Rodrigues, Drouet, Nicolle), là encore sans aucune raison légale.

Qu'importe, les GJ sont trop nombreux et trop "discrets" pour que la police puisse tous les empêcher d'accéder au défilé. Le résultat est impressionnant : Emmanuel Macron est sifflé et hué sur l'ensemble de la très grande avenue des Champs Élysées. L'image est forte. Et même les médias de masse n'arrivent pas à masquer la réalité de ce président sifflé le jour de la fête nationale !

Une autre image forte, c'est celle de ce commissaire de police perdant totalement son contrôle (au point d'être retenu par un de ses policiers). Le commissaire violente une femme absolument pas agressive mais qui avait eu le tort de lui demander "Ou est Steve ?"

Le pouvoir montre plus que jamais qu'il ne tolère aucune remise en cause, et que, violents ou non, les résistants seront tous traités comme des criminels. Pour preuve, ces images de manifestants blessés (dont une femme qui risque de perdre un œil) aux abords des champs.

L'autre échec du pouvoir, c'est la prise de la Bastille... mais surtout des Champs Elysées par les Gilets Jaunes ! Si le début de l'après midi voit plusieurs petites manifs sauvages partir des alentours des Champs, très vite nassées ou dispersées par une tactique très agressive de la police (notamment avec les voltigeurs et la BAC), les GJ arrivent finalement à investir les Champs Elysées, notamment grâce à des barricades composées de dizaines de barrières (présentes pour le défilé). Là encore, l'image est forte. Le préfet Lallemand et sa stratégie de la terreur (voltigeurs, chiens, attaques de la moindre manif non déclarée) n'ont pas réussi à empêcher une partie du peuple en colère de revenir sur ces Champs Élysées devenus le symbole de la lutte des laissés pour compte face aux Fouquet's et au Homard !

Impossible de chiffrer le nombre de GJ présents sur Paris en ce 14 juillet tant la dispersion était forte en raison de la tactique des forces de l'ordre mais aussi des différents points de rdv tout au long de la journée. Il y a peut être eu moins de monde que lors des deux premiers ultimatums de 2019 (16 mars et 20 avril) mais ce qui est sûr, c'est que plusieurs milliers de GJ ont répondu à l'appel.
Que la détermination, la motivation et la joie étaient intacts chez tous ces manifestants.
Et que malgré l'énorme dispositif de sécurité, ces GJ ont réussi à faire dérailler le système et empêcher que Macron puisse fanfaronner et nier la réalité sociale et le mouvement contestataire toujours bien présent.

C'est sa défaite nationale.
Et c'est déjà une bien belle victoire pour tous ceux qui continuent de résister.

Crédit photo : https://stuvpic.me/