Grève nationale des coursiers : Deliveroo du mal !

Ce week-end du 3 et 4 août a vu naître une mobilisation des livreurs à vélo Deliveroo sans précédent. Dans une dizaine de villes en France, des coursiers se sont rassemblés pour protester contre la nouvelle tarification que vient d'imposer brutalement la société anglaise en pleine période estivale, faisant disparaître le tarif minimum par course.

La politique tarifaire n'a cessé de diminuer depuis le lancement de la plateforme en 2015. Assurant dans un premier temps un minimum horaire de 7,50€ + prix de la livraison, elle passe à une rémunération à la course en 2017, puis aux kilomètres parcourus avec un minimum variable de 4,50€. La cerise sur le gâteau est annoncée lundi 29 juillet avec la disparition d'un tarif minimum laissant ainsi place à des propositions de commandes indécentes avoisinant les 2,50€. La plateforme justifie cette nouvelle politique tarifaire en assurant que les courses les plus longues seront quand à elles mieux rémunérées. Une manière pour la multinationale de lutter contre les coursiers qui refusent des commandes trop longues car trop dangereuses, et pas assez rentables puisqu'ils reviennent trop souvent des périphéries à vide. Pour rappel, Franck Page, un jeune coursier travaillant pour Uber Eats est décédé cet hiver, accroché par un camion alors qu'il livrait en périphérie de Bordeaux aux abords d'un échangeur autoroutier, un endroit trop dangereux pour les cyclistes.

L'appel du CLAP (Collectif de Livreurs Autonomes Parisiens) a été rapidement entendu par plusieurs collectifs qui se sont massivement organisés sur les réseaux sociaux. Samedi 3 et dimanche 4 août entre 19h et 22h, des centaines de coursiers se sont rassemblés entre Paris, Bordeaux, Toulouse ou Besançon dans le but de refuser toutes les commandes proposées par l'application, bloquer des restaurants partenaires et alerter l'opinion publique.

Pour Edouard, secrétaire général du CLAP, la mobilisation des coursiers a commencé il y a déjà plusieurs années, mais cette nouvelle tarification « a convaincu des livreurs plutôt réticents aux syndicats qu’il fallait de véritables structures locales et nationales de représentation », faisant grossir les rangs des livreurs en grève. Les revendications portées par les collectifs de coursiers sont les suivantes :

    • Retour a un tarif minimal de 5.50€/course pour une zone de 3km + 1€ par km parcourus

    • Retour des minimums forfaitaires les week-ends

    • Retour des bonus intempéries

    • Une transparence sur l’algorithme

    • Obligation de négocier avec les travailleurs pour tout changement de contrat

Edouard et ses camarades sont déterminés à prolonger les actions de blocages et de déconnexions massives jusqu'à ce qu'il y ait une véritable négociation avec la direction de Deliveroo, ce qui n'est jamais arrivé depuis 2015 : « Ça fera perdre beaucoup de sous et beaucoup de clients à Deliveroo, histoire qu’ils aient un aperçu du sentiment que ça fait de perdre de l’argent comme ça du jour au lendemain ».

Dimanche soir à Nantes, une trentaine de livreurs étaient présents sur le cour des 50 otages. Les coursiers étant constamment atomisés dans la ville, tous ne se connaissent pas mais les rencontres se font vite. Les échanges sont vifs et engagés, on ressent un besoin urgent de se parler, de se fédérer.

Yoro, livreur à temps plein depuis 2017, s'adresse au passants : « Deliveroo profite de nous, c'est de l'esclavagisme moderne ! Depuis une semaine, on est payés 2,90€ pour livrer vos repas, notre chiffre d'affaire a chuté de 30% ! Ils nous prennent pour des chiens ! ». Un autre livreur continue : « On nous pousse toujours à aller livrer plus loin, plus vite. Pour eux il n'y a que le rendement qui compte. Tout ça c'est une question de dignité ! ».

A côté, Dorian et Damien, tous deux membres des Bikers Nantais, un collectif de livreurs en lutte pour de meilleures conditions de travail, scrutent leurs smartphones pour constater les répercutions de la grève sur les restaurants de la ville. 70 voire 80 minutes d'attente pour une pizza et la moitié des restaurants partenaires se sont déconnectés de l'application. « Ça nous amuse pas de perturber les restaurateurs comme ça mais c'est notre seul moyen de pression. Le chiffre d'affaire de Deliveroo a pris un coup ce week-end ».

Jusqu'à 22h, les propositions de commandes défilent sur les applications : 2,90€, 2,81, 2,76.. record battu. Ensemble, ils s'indignent en constatant la baisse significative qu'engendre ce nouvel algorithme. Pour terminer la soirée, le cortège de vélos, gyroroues et scooters s'élance dans la ville laissant rugir leurs klaxons et en scandant des : « Deliveroo, délivre-nous ». Après une photo de groupe, les coursiers se quittent en se donnant rendez-vous le samedi 10 août pour un nouveau week-end de grève. Yoro conclue : « Les gars, à Paris ils ont déjà annoncé la prochaine grève, faut qu'on se cale avec eux et les autres villes pour la suite, faut rien lâcher c'est maintenant que ça se passe ».

Ce mouvement national et inédit saura-t-il inverser le rapport de force et redonner une once de dignité à ces travailleurs uberisés ? Les plateformes se protègent depuis le départ derrière le turnover des livreurs et la conviction que la flotte des coursiers ne serait constituée que d'ignares étudiants de passages. Ils se permettent donc de jouer avec les conditions de travail de manière insolentes et intolérables. Le recours au statut d’autoentrepreneur permet aux plateformes de ne pas payer un centime de cotisations sociales et de contourner le code du travail en toute impunité: pas de congés payés, d’arrêts maladies ou de primes de précarité. Certes, les jeunes qui entrent dans le monde du travail par la porte de l'uberisation n'ont pas de références et sont donc difficiles à mobiliser, mais la situation actuelle montre bien que beaucoup de coursiers se sont emparés de ces applications pour en faire leur gagne pain quotidien. Et c'est bien normal dans un pays où le chômage frôle les 10% et les discriminations à l'embauche sont trop fréquentes. On fait ce qu'on peut en Macronie, suffit pas de traverser la route.

Ces travailleurs autoentrepreneurs, donc en théorie libres, sont en réalité économiquement dépendants des plateformes et se retrouvent emprisonnés dans une spirale infernale de travail. S'arrêter de pédaler durant quelques jours, pour des congés par exemple, fait chuter leurs statistiques et ne leur permet pas de s'inscrire aux créneaux les plus intéressants la semaine suivante. Les coursiers sont constamment sous pression psychologique : pistés par GPS, rappelés à l'ordre en cas de retard de quelques minutes, notés par les clients... De plus, plusieurs coursiers se sont vu remercier des plateformes car leurs paroles sur les réseaux sociaux s'avéraient trop dangereuses, trop conscientes ou trop proches de mouvements syndicaux. Faire grève coûte cher pour n'importe quel travailleur en lutte, mais les livreurs Deliveroo, Uber Eats ou encore Stuart sont aux avants-postes d'une extrême précarité qui rend toutes mobilisations dissuasives : c'est là toute la stratégie des plateformes, et tout le mérite des coursiers en colère qui osent la grève.

Round 2 samedi 10/08 à 19h.


Manifestants nantais, n'ayez pas honte !

Comme on pouvait s'y attendre, la journée de samedi à Nantes a été le théâtre de nombreuses violences. Des manifestants hospitalisés, des journalistes touchés par des LBD, des centaines de lacrymo balancées dans la ville. Et aussi : des barricades, du mobilier urbain brulé et quelques vitrines cassées.

Comme on pouvait s'y attendre, le pouvoir et tous les puissants de ce pays se sont rués sur ces quelques objets cassés/brulés pour insulter et mépriser les milliers de manifestants présents. Même schéma qu'en décembre ou lors du 16 mars (feu Fouquet's). Mais avec cette petite nuance abjecte : tous les manifestants présents auraient souillé la mémoire de Steve. Manifester autrement que dans un calme absolu serait un manque de respect pour Steve et pour sa famille.

Ce discours facile mais très efficace auprès d'un public assez large a été celui utilisé lors des débordements ayant suivi la mort de Rémi Fraisse. A l'époque la mère de Rémi avait lancé plusieurs appels au calme et condamné toute violence. Si l'on comprend tout à fait sa réaction, comme celle de la maman de Steve, il n'est pas inutile de remettre ici la lettre envoyée à la maman de Rémi par Farid El Yamni, frère de Wissam (assassiné par la police le 1er janvier 2012). Ces quelques lignes d'une personne touchée, elle aussi, par les violences policières, expliquent que la voie de la non-violence absolue n'est pas toujours, malheureusement, celle qui peut faire changer les choses.

Si la parole de Farid ne vous semble pas assez emprunte de sagesse, voici quelques mots d'un prix Nobel de la paix, un certain Nelson Mandela : « La résistance passive non-violente est efficace tant que notre adversaire adhère aux mêmes règles que nous. Mais si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin. Pour moi, la non-violence n’était pas un principe moral mais une stratégie. Il n’y a aucune bonté morale à utiliser une arme inefficace ». Quelques années plus tard, Madiba récidive : "C'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'aura pas d'autre choix que de répondre par la violence."

Or qui peut croire aujourd'hui que le pouvoir va s'inquiéter et se soucier d'une manifestation de 3000, 5000 ou même 10 000 personnes qui se passerait de façon totalement "pacifique" ? Macron, Castaner et tous ceux qui détiennent les moyens de faire changer les choses ont prouvé depuis des mois qu'ils n'avaient strictement rien à faire de la colère de milliers de citoyens. De centaines de milliers même. Pire : les seules fois où le gouvernement a semblé infléchir ses positions, ce sont les lendemains des manifestations les plus violentes de Gilets Jaunes. C'est donc lui, par son mutisme face à la mobilisation pacifique, qui oblige les manifestants à user de méthodes plus offensives.

Enfin, rappelons que de moins en moins de personnes restent sensibles à la sacralisation du mobiliser urbain, voitures et autres magasins. Alors oui, il y a des injustices et des personnes qui vont subir les conséquences financières de certains débordements. Mais sérieusement, qui peut encore s'indigner pour ça et laisser des personnes mourir dans l'indifférence totale. Urgence sociale, urgence climatique, urgence humanitaire. Jour après jour, cette société tue et blesse des milliers de personnes, pendant que les plus riches deviennent encore plus riches. Cela peut paraitre très simpliste comme discours. Mais c'est une réalité que même les plus riches ne peuvent contester.

Face à cela, le pouvoir n'a désormais plus qu'une seule arme : la répression. Celle-ci se doit d'être aveugle, violente et sauvage.  Elle doit faire peur. Elle doit obliger les plus modérés à quitter les rangs des manifestants, pour ne laisser que les plus radicaux, et pouvoir les écraser encore plus facilement. Sauf que la mécanique fonctionne de moins en moins.

Samedi à Nantes, les milliers de manifestants sont restés solidaires les uns avec les autres, chacun avec ses pratiques et ses limites. Tous ceux présents dans la rue, malgré les menaces à peine voilées de la préfecture et du pouvoir, malgré les interdictions de manifester, tous, avaient une tristesse et une colère face à la mort de Steve. Qu'une barricade soit brulée, qu'une vitrine vole en éclat, ne change strictement rien à ce constat. Ces milliers de personnes pleuraient Steve.  Sûrement bien plus que ne le fait la préfecture, Castaner ou Macron.

Alors à tous les Nantais présents samedi : n'ayez pas honte d'être descendus dans la rue. N'ayez pas honte si certains ont exprimé leur colère de façon violente. Ceux qui doivent avoir honte, ce sont ceux qui ont du sang sur les mains, et ceux qui les couvrent. Ou ceux qui laissent faire et ne s'indignent pas. Vous, vous êtes descendus dans la rue pour honorer la mémoire de Steve, pour demander justice. Jamais vous n'aurez à avoir honte de cela !

Enfin, à ceux qui crient à la récupération de ce drame par l'extrême gauche et/ou les Gilets Jaunes : si les GJ se sont les premiers indignés de la disparition de Steve, c'est parce qu'ils vivent depuis 38 semaines la violence aveugle de l'état. Une violence qu'ils savent totalement calculée, qui n'a rien de dérapages individuels mais qui fait désormais partie de la stratégie de la terreur du pouvoir. C'est parce qu'ils savent que la justice est de plus en plus muselée et de moins en moins indépendante. Ils l'ont vu et vécu dans leur propre chair, dans leurs propres familles, auprès de leurs amis. Des milliers de blessés, de mutilés, et toujours aucune condamnation. Tout ce qui peut être couvert par l'IGPN ou d'autres instances le sera.

Alors oui, quand Steve a disparu, ils ont été parmi les premiers à se révolter. Et c'est en grande partie grâce à eux si l'élan de colère et le mouvement #oueststeve ont pu être aussi forts. Que la famille de Steve ne souhaite pas s'associer à cet élan de solidarité est tout à fait légitime. Mais cela n'enlève en rien la légitimité de ces milliers de personnes à demander justice et à faire pression pour que ces drames ne se reproduisent plus. Car si rien ne change, la liste va continuer à s'allonger après Steve, Zineb, Rémi ou Adama. C'est donc un combat pour la mémoire autant que pour un avenir meilleur où on ne meurt pas "pour rien", juste parce que la police est passée par là. Ce combat, au vu du mutisme du pouvoir, et au vu de sa stratégie de la terreur, devra peut-être prendre des formes radicales et offensives. Il ne faut pas en avoir honte. La honte, c'est pour ceux qui tuent, qui blessent et qui s'enrichissent sur ce système.


Mort de Steve : Les mensonges de l'IGPN

Les révélations sur l‘enquête de la mort de Steve sont accablantes pour l’IGPN. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a eu mensonge par omission. Nous vous résumons ici ce qu’on peut apprendre des derniers articles de presse sérieux. (Précision : ce rapport relève d’une enquête administrative prédisciplinaire, et sera suivi d’une enquête judiciaire)

1/ L’IGPN a écarté le compte-rendu d’un commandant de CRS qui a refusé l’emploi de gaz lacrymogène, qu’il jugeait dangereux compte tenu de la situation, de la proximité avec le fleuve et du manque de garde corps. Pourquoi l’IGPN n’a pas souhaité l’entendre ? Parce que ça aurait remis en question la légitimité du déluge de moyens offensifs qui venaient d’être utilisés : pas moins de 33 grenades lacrymogène, 12 grenades désencerclantes et 12 tirs de LBD.

2/ Alors que le commissaire Chassaing lui même affirme qu’après une salve de gaz lacrymogène, il était informé que deux personnes étaient tombées dans la Loire, le rapport IGPN ose affirmer que l’usage de lacrymogène était approprié. L’IGPN affirme donc entre les lignes qu’il était normal de mettre en danger la vie de personnes qui faisaient la fête.

3/ L’enquête IGPN est confiée à un subalterne du commissaire Chassaing. Compte tenu des relations hiérarchiques dans la police, il est sûrement compliqué pour un enquêteur de mettre en cause un supérieur.

4/ Les 95 témoignages des jeunes présents ce soir là ont été écartés du rapport. Notamment la plainte de Romain G. qui a été médiatisée et qui fait voler en éclat les conclusions de l’IGPN en affirmant clairement que l’atmosphère était surchargée en lacrymo, qu’on n'y voyait rien, que lui même a rattrapé sa copine de justesse alors qu’il entendait d’autres corps tomber dans l’eau du fleuve. Pourtant l’IGPN se permet d’affirmer qu'« aucune des personnes repêchées par les sauveteurs n’avait déclaré avoir été poussée par l’action de la police à se jeter à l’eau, et aucune n’avait imputé sa chute à cette action ».

5/ Dernière chose : le profil du commissaire Grégoire Chassaing chargé de l’opération et qui est réputé pour être un proche de l’extrême droite et pour ses méthodes particulièrement violentes. On sait notamment qu’il est critiqué au sein même de la police. Dans la vidéo principale diffusée sur Nantes Révoltée on voit un policer non casqué matraquer au sol une personne : sa couleur de cheveux ainsi que sa tenue permettent sérieusement de se demander si ce n’est pas le commissaire en personne. A ce sujet l’IGPN mentionne dans le dossier que des investigations seront menées quant à ces faits.

Le rapport conclut pourtant : « il n’y a pas à remettre en cause l’intervention collective des forces de police. La seule question de l’usage de la matraque sur une personne au sol pendant l’intervention fera l’objet d’une enquête spécifique distincte de la présente. »

C’est le déni le plus total. S’il est possible que la suite de la procédure jette en pâture un gradé pour sauver l’institution, nous pensons qu’au contraire c’est bien la faute de toute l’institution. A commencer peut-être par Castaner qui donne une carte blanche totale à une suite hiérarchique qui le dépasse par son autonomie et sa capacité à légitimer les pires atrocités jusqu’à la mort d’un jeune homme et la chute dangereuse de 14 fêtards dans la Loire. Le plus haut crime n’est-il pas là ? Légitimer sans cesse l’intolérable, qu’il existe une institution qui lave les crimes. En attendant, aux yeux de beaucoup de citoyens la police devient chaque jour une menace de plus en plus grande. En l’occurence ici la Police montre qu’elle assume de pouvoir tuer des gens et mettre des centaines de personnes en danger de mort pour mettre fin à une fête !
« En fait la Police a été depuis le 18e siècle une formidable instance de régulation sociale, de surveillance perpétuelle, de correction incessante du comportement des gens, non pas tellement une instance de justice que de normalisation » nous disait Michel Foucault.

Sources :

https://www.mediapart.fr/journal/france/010819/nantes-l-igpn-omet-des-elements-charge-pour-la-police
https://www.presseocean.fr/actualite/nantes-steve-les-curieuses-lacunes-de-l-enquete-de-l-igpn-01-08-2019-310131
https://www.humanite.fr/la-doctrine-securitaire-et-violente-du-commandement-policier-nantais-675389
Le rapport de 10 pages de l'IGPN : https://www.documentcloud.org/documents/6224985-Rapport-IGPN.html

Justice pour Steve : liste des rassemblements de samedi

Face à l'horreur et face au mensonge d'Etat, de nombreux rassemblements sont prévus ce weekend (principalement samedi) partout en France pour réclamer "Justice pour Steve". Voici donc une liste actualisée en temps réel pour suivre les infos dans votre ville :

Nantes : 11h Grue Jaune / 13h Commerce

Paris

Amiens

Angers

Avignon

Bagnols-sur-Cèze : 10h

Bézier : vendredi 14h Place du 14 juillet

Brive-la-Gaillarde : 15h

Boulogne-sur-Mer : 9h30

Calais

Clermont Ferrand : 14h

Caen : 14h devant la préfecture

Chambery : 14h Place du Palais de Justice

Cherbourg : 14h Place Napoléons

Dijon

Forcalquier

Grenoble

La Rochelle

Le Havre : 14h Hôtel de ville

Le Puys En Velay

Laval : 11H

Lille

Limoges

Lyon

Le Mans : 14h30 (lieu inconnu)

Marseille

Montpellier

Montpon-ménesterol : 13h30

Narbonne : 14h

Orleans : 15h Place Jeanne D'arc

Nice

Poitiers

Rennes

Rouen

Roye: 14h

Somain : 14h30

Strasbourg

Tarbes

Toulouse

Tours

Troyes


Samedi, tous dans la rue pour Steve, pour Zineb. Pour la vie.

Il peut paraitre parfois vain de sortir dans la rue crier sa colère et son indignation face à un drame, face à une injustice. Mais nous n'avons pas d'autres choix. Car ne pas sortir, ne pas manifester, ce serait laisser s'installer un peu plus l'inacceptable dans nos vies. Laisser la mort s'installer partout.  Laisser l'injustice devenir la norme.

Steve Maia Caniço est mort noyé dans la Loire le soir de la fête de la musique.  Son crime ? Avoir dansé au delà de l'horaire "autorisé" par la préfecture.
Zineb Redouane est morte dans son salon le 02 décembre dernier. Son crime ? Avoir eu sa fenêtre ouverte pendant une manifestation de Gilets Jaunes.

Ces morts sont une honte pour la République. Une tâche qui ne s'effacera jamais dans l'histoire de notre pays. Car au delà des morts qu'ils ont causées, ce qui rend la chose encore plus affreuse et intolérable, c'est l'attitude du pouvoir et de toutes les structures capables à un moment donné d'offrir justice aux proches des victimes.

Aujourd'hui, l’État persiste à dédouaner totalement et sans aucune mesure l'ensemble des forces de police, des chaînes de commandement, de la préfecture et du ministère de l'intérieur pour ces deux drames. L'affaire Legay nous a montré qu'un procureur a volontairement menti pour "protéger" le président de la République. l'IGPN enchaîne les rapports totalement ubuesques dignes de régimes totalitaires n'acceptant pas la moindre remise en cause. 14 personnes sont tombées dans la Loire suite à la charge policière du 21 juin à Nantes. Comment accepter qu'un rapport de l'IGPN puisse conclure qu'aucun lien ne peut être établi entre cette charge policière et la mort de Steve ?

Aujourd'hui, la police des polices n'est qu'une coquille vide. La séparation des pouvoirs, un lointain souvenir. Ce qui se passe actuellement en France est particulièrement dangereux pour nous tous, et pourrait se révéler totalement mortifère à moyen et long terme. Si nous acceptons aujourd'hui que la pouvoir musèle la justice et les instances censées contrôler/punir les corps de l’État, que se passera-t-il quand ce pouvoir sera aux mains de personnes encore plus dangereuses ?

C'est pour cela qu'il ne peut y avoir qu'une réponse samedi face à cette situation : la mobilisation, la colère et la résistance. Pour honorer la mémoire de Steve mais aussi pour refuser cette nouvelle démocratie qui n'a plus rien de démocratique. Si nous ne nous levons pas aujourd'hui, nous courrons le risque de rester à genoux pendant des décennies.

Les Gilets Jaune ont soutenu depuis le lendemain de la fête de la musique les recherches autour de Steve. Ils se sont mobilisés pour maintenir la pression. Aujourd'hui, ils appellent à manifester pour que la vérité soit faite sur les conditions de la mort de Steve. Et que justice soit rendue.

Certains pourraient trouver que cette attitude relève de la récupération puisque Steve n'était pas GJ et qu'il participait "simplement" à la fête de la musique. Sauf que les GJ sont parmi ceux qui comprennent le mieux ce qui est en train de se jouer depuis plusieurs mois en France : le glissement totalitaire et ultra sécuritaire. L'attitude ultra offensive des forces de l'ordre, qui attaquent pour mieux se défendre. Le principe du présumé coupable par simple présence sur un lieu.

Alors oui, les Gilets Jaunes sont révoltés par le drame de Steve. Et c'est tout à fait normal. Non, ce qui pose question, ce qui n'est pas normal, c'est que si peu d'autres citoyens (non GJ), ne descendent dans la rue et s'opposent à cette nouvelle France où l'on peut mourir pour avoir été à la fête de la musique. Où l'on peut mourir pour avoir ouvert sa fenêtre.

C'est toute la société qui devrait être mobilisée et révoltée : les syndicats, les partis politiques, les ONG, les associations, le monde de la culture.  Et tout un chacun.

Alors samedi, plus que jamais, soyons tous dans la rue, à Nantes, à Paris et partout ailleurs. Pour Steve, pour Zineb, pour la vie.

 


LE VRAI COMBAT ÉCOLOGIQUE N'EST IL PAS LA ?

Pendant que les cours d'eau sont pollués au Tritium, pendant que le permafrost fond 70 ans plus tôt que prévu, pendant que beaucoup discutent pour faire du lobbying écolo, pendant que dans la Creuse ces lobbies tentent d'éveiller les consciences par un festival écolo branché, etc... Et bien pendant ce temps il y en a qui agissent directement pour l'écologie. A Bure, conscience et action ne font qu'un. Dans un début de siècle qui part comme une bombe des starting blocks et qui part en sucette il faut bien l'avouer, beaucoup restent sur la ligne de départ... Scotchés, discutant encore, aménageant leur positionnement politique, pendant que d'autres se donnent corps et âmes pour défendre la nature et une vie désirable ! Qu'on se le dise, aujourd’hui l’écologie est déjà ce qui trace une limite entre les riches et les pauvres. Entre ceux qui boufferont du homard bio et ceux qui boufferont du gaz.

COMMUNIQUÉ DES OCCUPANTS DU BOIS LEJUC A BURE

Bure : Le bois Lejuc est réoccupé !
Près de Bure, le bois Lejuc est réoccupé depuis le 18 juillet à 14h. De nombreuses personnes ont réinvesti ce lieu au sol comme dans les arbres pour réaffirmer leur opposition au projet de centre d’enfouissement de déchets radioactifs Cigéo, au nucléaire et à son monde, industriel, colonial, militaire. Les forces policières qui occupaient jusque là ce lieu stratégique et protégeaient les intérêts de l’Andra ont été contraintes de quitter les lieux. Nous appelons dès maintenant à converger dans le bois Lejuc ainsi que dans les villages de Bure et Mandres-en-Barrois, situés à deux kilomètres de la forêt.

Le bois Lejuc est sur la zone du projet de poubelle nucléaire. L’Andra projette de le défricher pour y faire des fouilles archéologiques et des forages, et à terme de le bétonner pour y construire des puits de ventilation. Le bois a déjà été occupé à deux reprises auparavant, en juillet 2016 puis du 15 août 2016 au 22 février 2018, date à laquelle 500 gendarmes ont expulsé la forêt et détruit les habitations des occupantes.

Sur place, la répression s’exprime par une présence policière quotidienne, des contrôles judiciaires, des interdictions de territoire, des perquisitions, et des peines de prison ferme et avec sursis. Cette réoccupation se veut aussi une réponse à la répression de l’État, affirmant que l’opposition sur le terrain n’a pas été étouffée. L’État réprime et expulse, ces dernières années comme toujours. Bure n’est qu’un de ses nombreux laboratoires du maintien de l’ordre. Ce 18 juillet, nous avons essayé de le mettre en déroute et les flics n’ont eu d’autres choix que de reculer.

Nous appelons à converger dans le bois Lejuc ainsi que dans les villages de Bure et Mandres-en-Barrois, situés à deux kilomètres de la forêt. Si vous souhaitez nous soutenir, vous pouvez venir sur place, où nous avons besoin d’aide au sol, dans les arbres, dans les villages. Que ce soit pour grimper dans les arbres, construire des barricades, les tenir, apporter du matériel, préparer à manger, etc. Vous êtes bienvenues. Vous pouvez aussi diffuser le plus largement possible ce communiqué. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, c’est aussi possible de nous soutenir de loin, les infrastructures de l’industrie nucléaire et les sous-traitants travaillant pour l’Andra sont partout.

Si vous souhaitez venir, vous pouvez consulter le site �bureburebure.info pour des informations actualisées concernant la situation sur place.

À l’attention des journalistes : les personnes sur place ne souhaitent pas répondre aux questions ou aux interviews et ne souhaitent pas en dire davantage que ce qui est écrit ci-dessus. Si vous souhaitez diffuser une information, relayez ce communiqué.


14 juillet - Défaite Nationale

Malgré le dispositif ultra sécuritaire, malgré la venue de "figurants en marche" sur les champs, malgré les centaines d'arrestations arbitraires du matin, Macron a raté son pari d'avoir un 14 juillet en mode "carte postale" !

Très tôt le matin, des centaines (voir milliers) de Gilets jaunes sans gilets jaunes arrivent à entrer de façon individuelle sur les champs, comme tout citoyen voulant assister au défilé. La préfecture est au courant et tente tant bien que mal d'embarquer un maximum de manifestants. Près de 200 arrestations seront signalées sur Paris, la plupart avant même le début du défilé, et pour simple possession d'un gilet jaune dans le sac (ou pour avoir chanter un chant anti Macron). Le pouvoir décide également de frapper fort dès le début de cette journée en arrêtant les "figures" du mouvement (Rodrigues, Drouet, Nicolle), là encore sans aucune raison légale.

Qu'importe, les GJ sont trop nombreux et trop "discrets" pour que la police puisse tous les empêcher d'accéder au défilé. Le résultat est impressionnant : Emmanuel Macron est sifflé et hué sur l'ensemble de la très grande avenue des Champs Élysées. L'image est forte. Et même les médias de masse n'arrivent pas à masquer la réalité de ce président sifflé le jour de la fête nationale !

Une autre image forte, c'est celle de ce commissaire de police perdant totalement son contrôle (au point d'être retenu par un de ses policiers). Le commissaire violente une femme absolument pas agressive mais qui avait eu le tort de lui demander "Ou est Steve ?"

Le pouvoir montre plus que jamais qu'il ne tolère aucune remise en cause, et que, violents ou non, les résistants seront tous traités comme des criminels. Pour preuve, ces images de manifestants blessés (dont une femme qui risque de perdre un œil) aux abords des champs.

L'autre échec du pouvoir, c'est la prise de la Bastille... mais surtout des Champs Elysées par les Gilets Jaunes ! Si le début de l'après midi voit plusieurs petites manifs sauvages partir des alentours des Champs, très vite nassées ou dispersées par une tactique très agressive de la police (notamment avec les voltigeurs et la BAC), les GJ arrivent finalement à investir les Champs Elysées, notamment grâce à des barricades composées de dizaines de barrières (présentes pour le défilé). Là encore, l'image est forte. Le préfet Lallemand et sa stratégie de la terreur (voltigeurs, chiens, attaques de la moindre manif non déclarée) n'ont pas réussi à empêcher une partie du peuple en colère de revenir sur ces Champs Élysées devenus le symbole de la lutte des laissés pour compte face aux Fouquet's et au Homard !

Impossible de chiffrer le nombre de GJ présents sur Paris en ce 14 juillet tant la dispersion était forte en raison de la tactique des forces de l'ordre mais aussi des différents points de rdv tout au long de la journée. Il y a peut être eu moins de monde que lors des deux premiers ultimatums de 2019 (16 mars et 20 avril) mais ce qui est sûr, c'est que plusieurs milliers de GJ ont répondu à l'appel.
Que la détermination, la motivation et la joie étaient intacts chez tous ces manifestants.
Et que malgré l'énorme dispositif de sécurité, ces GJ ont réussi à faire dérailler le système et empêcher que Macron puisse fanfaronner et nier la réalité sociale et le mouvement contestataire toujours bien présent.

C'est sa défaite nationale.
Et c'est déjà une bien belle victoire pour tous ceux qui continuent de résister.

Crédit photo : https://stuvpic.me/


G7 BLOKATU : Bloquons le G7 et son monde !

Un appel du collectif G7 BLOKATU en cinq langues (français, basque, anglais, espagnol, allemand) à bloquer le sommet du G7 du 24 au 26 août prochain à Biarritz.

G7 BLOKATU est un collectif de personnes opposées au sommet du G7 qui se tiendra à Biarritz du 24 au 26 août prochains. Issu·e·s de la société ou militant·e·s engagé·e·s, nous portons l’urgence d’un monde meilleur aux antipodes de celui que représente leur sommet.


Le capitalisme s’incarne dans les sept chefs d’État et leurs acolytes qui se rassemblent en Pays basque. Ils y seront bunkerisés, (in)sécurisés : à distance des peuples qu’ils ne représentent plus. C’est l’occasion de leur prouver qu’ils sont seuls, entre eux, et qu’ils appartiennent à un temps révolu.


Notre objectif sera de perturber le bon déroulement du G7 par des actions de désobéissance civile massives en entravant ou bloquant la circulation des biens et des personnes qui participent au sommet. Ces actions, nous les voulons à notre image : solidaires, créatives et participatives.


Nous n’aurons ni canon à eau ni véhicule blindé léger. Nous n’utiliserons ni lanceur de LBD pour éborgner ni grenades pour mutiler. Nos seules armes seront nos corps que l’on expose, nos convictions, notre détermination et notre solidarité dans l’action.


Nous faisons appel à désobéir aux mesures sécuritaires imposées par le gouvernement qui décrète l’état de siège et de non-droit sur notre territoire. Nous refusons de céder devant l’ignominie de leurs menaces, nous refusons la peur et la tristesse. Nous luttons pour l’espoir et la joie.


Dès aujourd’hui, nous invitions celles et ceux que l’espoir d’un monde meilleur anime à nous rejoindre. Ensemble, imaginons et organisons des actions qui empêcheront les puissants de ce monde de se pavaner en toute impunité. Barrons-leur la route pour dégager d’autres chemins.


Peuples d’ici et d’ailleurs, vous, nous, soyons des milliers à les encercler, les isoler, les empêcher !
La violence est de leur côté, la justice du nôtre.

Info : [email protected]


Jaunes, vertes, noires et rouges : les graines de la révolution sont plantées

L'histoire n'est jamais écrite à l'avance. Ceux qui tentent de convaincre du contraire sont ceux qui ont le plus à perdre dans l'idée d'un horizon différent et rempli de changements, voire de révolutions. Sept mois après le début du mouvement des Gilets Jaunes, le pouvoir et les médias dominants s'en donnent à cœur joie pour parler de cette révolte inédite au passé, pour faire comme si tout ce qui concerne les GJ se trouve uniquement derrière nous... Et pourtant ! On n'arrête pas une forêt en piétinant sa végétation, en l'enterrant. Car il y a les graines. Et les graines, cela pousse.

En sept mois, on peut raisonnablement estimer qu'entre 300 000 et 500 000 personnes ont participé au moins à une action Gilets Jaunes. C'est énorme et c'est potentiellement autant de graines révolutionnaires. Car la quasi-totalité de ces personnes reste convaincue que le pouvoir actuel ne sert que les plus riches et les plus puissants. Si elles ne viennent plus aux manifs, ce n'est pas parce que Macron les a convaincues. C'est plutôt parce qu’elles pensent que ces rassemblements ne peuvent aboutir réellement à un changement radical. Mais cela fait des décennies que l'envie de révolution n'a pas été aussi présente dans la population française !

Plus de 10 000 personnes ont été arrêtées au cours de ce mouvement historique. Plus de 800 peines de prison ferme prononcées. Des milliers de personnes blessées, dont plusieurs centaines très grièvement. On peut légitimement chiffrer à plus de 15 000 le nombre de personnes frappées par la répression policière et/ou judiciaire. Un chiffre vertigineux, qui prouve que le mouvement n'est pas un simple "mouvement social" mais qu'il porte en lui un ADN insurrectionnel, voire révolutionnaire. Le pouvoir ne tient que par la force, la menace et la peur. Peur d'être condamné à de la prison pour simple présence à des rassemblements non déclarés, peur de perdre un œil ou une main... voire pire.

Pourtant, malgré ces 15 000 victimes de la répression, malgré ces menaces, des milliers de personnes continuent de manifester, de bloquer, d'organiser des actions et des concertations. Cela tient presque de l’irrationnel quand on voit le mutisme du pouvoir qui ne sait répondre que par la violence et le mépris. Surtout, même parmi ceux qui ne manifestent plus, les mentalités ont évolué, notamment le regard face à la légitimité du pouvoir et de son bras armé.

Si Macron a réussi à maintenir l'ordre économique et politique en place, il l'a fait en dévoilant son vrai visage : autoritaire et ultra-violent. Le vernis démocratique, égalitaire et républicain de notre société a totalement volé en éclat face à la contestation. Notre société n'est démocratique que lorsqu'on ne la remet pas en cause. Drôle de démocratie...

Le résultat ? Des milliers de manifestants ont changé de regard sur la police, sur la légitimité du pouvoir mais aussi sur la légitimité d'actions de désobéissance et de résistance, y compris physique. Les médias ont parlé d'ultra jaunes ou d'infiltration des extrêmes pour analyser ce phénomène. Malheureusement pour eux, le phénomène est bien plus complexe et profond qu'une simple "infiltration". De plus en plus de personnes comprennent qu'un changement profond du système ne pourra avoir lieu sans déjouer les règles de ce système. Puisque les règles ont été faite pour le maintenir en place, ce système.

La question n'est même pas de savoir s'il faut ou non de la violence dans un mouvement. Il s'agit simplement de comprendre, et d'accepter que le système qui nous a été présenté depuis notre enfance comme ce qui se faisait de plus juste et d'égalitaire n'est désormais qu'une façade pour servir les plus puissants qui se gavent sur le dos des plus pauvres et de la planète.

Car la "radicalisation" comme voudrait l'appeler les médias dominants ne touche pas que les Gilets Jaunes. Les différentes mobilisations écologistes ont également connu ce phénomène. Car les mobilisations massives des derniers mois n'ont strictement rien changé à l'attitude des dirigeants politiques face à l'urgence climatique. Et si la répression a été moins violente, c'est uniquement parce que la mobilisation était moins gênante pour le pouvoir (si massive soit-elle). Dès que des militants écolos ont tenté des actions hors du cadre légal, même de façon totalement pacifique, le pouvoir a réprimé sans la moindre hésitation, à l'image de l'action récente d'Extinction Rébellion sur le Pont Sully.

Des graines vertes en plus des graines jaunes donc. Auxquelles nous pouvons rajouter des graines noires. Celles de Gilets Noirs, ces travailleurs sans papiers qui luttent avec courage et détermination depuis plusieurs mois pour des conditions de travail dignes et la liberté de circulation et d'installation. Des graines rouges également avec tous ces travailleurs syndiqués (ou non) qui ont décidé de se battre et de ne rien lâcher, malgré les trahisons des principales directions syndicales. A l'image des postiers du 92 ou des salariés et intérimaires de Géodis. Le monde de l'éducation mais aussi celui de la santé ont également compris que la lutte ne se gagnerait que de façon globale et radicale.

Si l'on prend un peu de recul, le mouvement contre la loi Travail de 2016 est lui aussi porteur de cette dynamique hautement subversive, avec l'apparition de cortèges de tête solidaires des black blocs, avec des pratiques de plus en plus offensives et alternatives. L'occupation de place pour échanger et réfléchir à une nouvelle société était également présente dans l'esprit de Nuit Debout. En trois ans, la société française a ainsi connu plusieurs mouvements sociaux aux visées clairement révolutionnaires et menés de façon totalement décentralisés et horizontales. Prendre conscience de cette situation, malgré les échecs à court terme de chacune des mobilisations, c'est cerner la puissance et le potentiel insurrectionnel de la société actuelle.

Ce mouvement de fond qui pousse des militants (ou simples citoyens) à penser la lutte de façon globale et radicale, le pouvoir n'a pas réussi à l'endiguer. Bien au contraire. Et si la fameuse "convergence des luttes" n'est aujourd'hui que parcellaire et ponctuelle, il y a une vraie convergence d'état d'esprit et de détermination. Une idée de l'urgence climatique et sociale. Une volonté de justice et d'égalité. De vivre dans la dignité et de ne plus survivre.

Personne ne peut prédire l'avenir. Mais nous savons que ceux qui nous présentent un avenir où la contestation radicale du système n'a plus lieu d'être sont uniquement ceux qui craignent cette contestation. Et nous savons que semaines après semaines, mois après mois, le rang des résistants et des effrontés grossit. Avec ou sans gilets jaunes. Avec ou sans Kway noirs.

Plusieurs centaines de milliers de graines jaunes, rouges, noires et vertes sont en train de germer et de grandir sous le sol. Personne ne sait quand et comment elles sortiront de terre mais cela arrivera, n'en déplaise aux adeptes du conservatisme.


OÙ EN SOMMES NOUS FACE A L’INCOMPÉTENCE DE LA POLITIQUE ?

Aujourd’hui, 2 juin, Laurent Nuñez, secrétaire d’Etat auprès du ministère de l’intérieur annonce qu’il n’est pas question de supprimer le LBD. Que cela soit pour les Gilets Jaunes où dans les quartiers la lecture est la même : Aveu d'une incompétence à régler les problèmes sociaux et préférer la brutalité pour que rien ne change.

La réalité de la politique des gouvernements c'est qu'ils n'ont plus besoin de caresser les classes moyennes dans le sens du poil comme avant. Le choix est guerrier. Comme il l'a toujours été dans les quartiers, comme il l'a toujours été quand ils n'ont plus rien à vendre et quand ils peuvent nous faire acheter de force. L'échiquier est tel que de toute façon la rentabilité est assurée. De gré ou de force. Nous paierons les augmentations le flashball sur la tempe s'il le faut, nous irons au travail la boule au ventre ou serons poussés au suicide s'il le faut. Les grèves, blocages et toutes autres contestations sérieuses seront réprimées brutalement. L'Etat n'apparait alors plus que comme une seule chose : une armée d’occupation.

Jamais nous n'avons voté pour régler les problèmes à coups de flashball, jamais nous n'avons voté pour être en permanence surveillés, que ce soit par les caméras qui pullulent dans nos villes ou par les algorithmes qui décortiquent nos conversations et nos habitudes. Jamais nous n'avons voté pour qu'il n'y ait plus de rétrocontrôle une fois un président élu. Jamais nous n'avons voté pour être éborgné lorsqu'on proteste pour de la justice sociale, de la justice fiscale et de la justice écologique.

Cette politique n'est qu'une vaste capture du vivant et nous sommes comme des animaux dans un zoo. Parqués, contrôlés et réprimés.

Face à cette incompétence, face à cette trahison de l'Etat qui modèle un avenir détestable en osant encore s'appeler démocratie, nous sommes beaucoup à avoir pris acte qu'il n'y avait plus rien à attendre de ce coté. Et à l’heure actuelle, l’Etat est un étouffoir qu’on aimerait voir reculer. C'est pourquoi du plus petit village à la plus grande ville nous nous sommes soulevés pour au final deux choses : Abolir ce pouvoir autoritaire et inventer une nouvelle forme de vie en commun.

Qu'on l'appelle RIC ou assemblée des assemblées, c'est une démocratie directe qu'on est en train de construire. La phase dans laquelle nous sommes pourrait se résumer de la sorte: nous n'avons pas renversé le trône et nous n'avons pas encore construit la nouvelle démocratie. Par contre nous sommes à la tâche. Aujourd'hui peut apparaitre comme un coup de fatigue, nous avons en effet été assommés par les milliers de blessures, d'arrestations et d'emprisonnements. Il y a moins de monde en manif. Par contre nous sommes partout. Si aujourd'hui nous sommes moins visibles c'est que nous sommes un peuple de fourmis, à la tâche dans tous les recoins du territoire. Nous travaillons à la base pour bâtir un monde plus habitable. Respectueux de la nature et de l'humain. Partout les assemblées continuent, les cabanes sont construites, des outils de communications indépendants développés, des actions entreprises, et parfois même une maison du peuple est inaugurée. Nous sommes bien en train de bâtir les bases d’un monde désirable.

Ces 6 mois de luttes ont profondément changé notre rapport au monde et aux autres. Des dizaines de milliers de personnes ne retourneront plus dans leur vie d’avant qui leur apparait désormais comme un tapis roulant de centre commercial où tous les choix sont déjà faits à notre place. Grâce aux Gilets Jaunes, les gens ont retrouvé de leur libre arbitre, ont imaginé des utopies, ont expérimenté l’auto gestion et l’horizontalité, savent qu’on peut vivre sans chef et que ce qu’ils ont fait depuis 6 mois avait d’ailleurs beaucoup plus de poids et responsabilités que n’en n’aura jamais leur patron.

Nous avons livré une bataille contre le pouvoir qui a définitivement révélé son vrai visage, révélé les pires bassesses et brutalités qu’il est prêt a assumer pour préserver les inégalités. Maintenant, c’est le temps de poursuivre ce qu’on fait depuis 6 mois en s’organisant sur les ronds points ou partout ailleurs : Bâtir ! Je me risquerais à une métaphore hasardeuse. Celle de l'extinction des dinosaures : en surface, les Macronosaures, les Trumposaures, les Salviniosaures, les Poutinosaures, les Erdoganosaures, les Bolsonarosaures et plus généralement tous les capitalosaures sont en train de fanfaronner, de se tailler des parts aussi énormes que honteuses du gâteau. Mais ils sont aussi en train de créer les conditions de leur propre cataclysme tout autant écologique que social. Pendant que leurs mains se resserrent sur nos cous, leur météorite arrive. Et nous, nous sommes les petits mammifères oeuvrant en souterrain et qui leur survivront. Modestement, lentement, mais sûrement.

Photo : William Wartel