Appel national du 14 mars 2020

Dans un appel national unitaire, des syndicalistes, des Gilets jaunes, des intellectuels, des collectifs, des militants, appellent à monter tous à Paris le 14 mars 2020. Signez vous aussi ce texte et retrouvons-nous tous ensemble, au-delà de nos désaccords, pour faire plier Macron.

Depuis de nombreuses années, nous luttons contre la destruction de nos conquis sociaux par les puissances d’argent et les gouvernements successifs qui les servent. Les combats, les batailles, les ultimatums se sont succédés les uns après les autres, sans que nos voix, ni nos actions, même les plus massives, ne se voient sérieusement prises en compte. Le dialogue est bel et bien rompu avec le peuple, et avec les corps intermédiaires qui se battent encore contre la régression sociale. La seule réponse que nous avons obtenue, c’est une répression inédite. Militantes et militants politiques, syndicaux, associatifs, collectifs, quartiers populaires, gilets jaunes, écologistes, journalistes, avocats, manifestants, intellectuels, artistes, citoyens, toutes celles et tous ceux qui luttent pour une société meilleure, où la casse des services publics n’aurait plus sa place, où les conquis du CNR – Conseil National de la Résistance – ne se verraient plus mis sur la table d’actionnaires affamés qui n’attendent que leur capitalisation, rejoignez notre appel du 14 mars 2020.

Nous appelons chaque secteur d’activité à nous rejoindre de manière unanime et générale. Nous appelons à unifier les colères et les revendications, pour faire advenir un monde plus juste.

Montrons à ce gouvernement autoritaire, sourd et méprisant, mis en place en mai 2017, que nous n’avons pas dit notre dernier mot, que la flamme de l’insurrection est loin d’être éteinte, n’en déplaise aux compromissions de certains. La période des municipales ne doit pas être le prétexte pour l’arrêt de la mobilisation. Montrons que nous sommes capables de surmonter nos désaccords pour n’être qu’un seul bloc contre les BlackRock et autres sociétés d’investissement ou de gestions d’actifs auxquels ils confient nos avenirs. Nous sommes évidemment convaincus que la victoire ne pourra s’obtenir sans un blocage complet de l’économie, et qu’un plan de bataille doit être élaboré par nous tous. Nous appelons chaque secteur d’activité à nous rejoindre de manière unanime et générale. Nous appelons à unifier les colères et les revendications, pour faire advenir un monde plus juste. Laisserons nous utiliser le 49.3, déni de démocratie ultime ?

Tous à Paris, soyons nombreux et unis. Ensemble faisons plier Macron.

SIGNEZ L'APPEL NATIONAL DU 14 MARS

 

Premiers signataires :

Fouzia Adel, syndicaliste CGT Territoriaux
Torya Akroum, militante Gilet jaune et cheminote
Alain Badiou, philosophe
François Bégaudeau, écrivain
Benjamin Belaïdi, militant antiraciste et Gilet jaune
Frederic Benaza, militant associatif
Youcef Brakni, militant antiraciste, cofondateur du «Comité Adama»
Cerveaux non Disponibles
François Cocq, essayiste politique
Collectif Peuple Révolté
Collectif Peuple Écolo
Collectif Printemps du Changement
Le Collectif les jeunes Gilets Jaunes
Collectif Robes Noires et Gilets jaunes
Thierry Defresne, Délégué syndical CGT Total Raffinage Pétrochimie
Luc Destoumieux, Délégué Sud Rail
Sylvain Dequivre, secrétaire Sud Protection sociale 93
Aurore de Mulder, responsable associatif
Eric Drouet, Gilet jaune
Emmanuelle Dubois, Gilet jaune féministe
Adel G., militant syndical et Gilet jaune
Collectif agents RATP l’Union fait notre Force
Collectif Gilet jaunes Rungis
Des Gilets jaunes de Commercy
Gilets jaunes de Thionville
AG interpro-interlutte 57
Bernard Friot, sociologue
Front Social 54 et 57
Charlotte Girard, universitaire et membre des Constituants
Sofia Guevara, ATER Université Paris Est
Gilets Jaunes de Pantin
Vincent Huet, élu à Saint-Denis
Hugo Huon, Infirmier Paris
Irène, conductrice RATP, élue UNSA-RATP
Christophe Jousseaume, rédacteur en chef Positions
M’Hamed Kaki, militant associatif Les Oranges
Ramzi Kebaïli, enseignant, Collectif Citoyens souverains
Yasmina Kettal, infirmière Saint-Denis
Ana Laali, militante anti-nucléaire
Annie Lacroix-Riz, historienne, militante PRCF
Mourad Lafitte, documentariste
Aude Lancelin, journaliste, fondatrice de QG
Manon Le Bretton, élue rurale, membre des Constituants
Faouzi Lellouche, Gilet jaune, et responsable associatif
Le Peuple s’organise pour la grève illimitée (Collectif)
David Libeskind, avocat
Priscillia Ludosky, Gilet jaune
Madjid Messaoudene, élu à Saint Denis (93)
Sacha Mokritzky, étudiant, rédacteur en chef Reconstruire
Maxime Nicolle, Gilet jaune et journaliste à QG
Mouvement du 17 Novembre – M17
Nnoman, Photo Journaliste
Danièle Obono, députée de Paris
Manuel Oliveira, délégué syndical CGT RATP
Franciella Paturot, GJ féministe
Thomas Portes, responsable national cheminots PCF
Nathanaël Ramphft, responsable associatif, cofondateur La France en Colère
Jérôme Rodrigues, opposant politique
Aissata Seck, élue à Bondy
Jeanne Studer, Gilet Jaune, Croix de Chavaux Montreuil
Front social 57
Olivier Terriot, Délégué CGT RATP bus
Ritchy Thibault, lycéen en lutte
Béatrice Turpin, documentariste
Linda Zerdhy, militante Sud-Rail

 


manif 14 mars

14 MARS : SI NOUS POUSSONS TOUS IL TOMBERA

Voilà 16 mois qu’un sursaut révolutionnaire est né en France. Des centaines de milliers d’individus se sont hissés à la hauteur de notre époque pour affronter l'inhumanité d’un système qui se fascise à mesure qu’il s’effondre.

Disons le clairement, le futur sera fasciste ou révolutionnaire. Le capitalisme resserre son contrôle sur les populations afin de dégager un profit de plus en plus immédiat au détriment de nos vies et de la planète. 

Pendant que les métropoles se transforment en Gotham City avec des politiciens corrompus, une police véreuse et des marchands de rêve, la nature br
ûle, les espèces crèvent, les sols comme l’air sont de plus en plus pollués, l'avenir que nous laisserons à nos gosses sera tout simplement invivable si nous laissons faire.

Il est temps d’opérer un tournant historique. Nous ne voulons pas d'un futur dirigé par la rentabilité et la répression. Il est l'heure de taper fort, de renverser la table et de se donner un rendez vous puissant. C'est pourquoi nous appelons tous les révoltés de la terre, tous ceux qui veulent que les choses changent, les gilets jaunes, les gilets noirs, les écolos, les vieux, les jeunes, les syndicalistes, les chômeurs, les précaires, les handicapés, les femmes, les hommes, les trans, les pédés, les gouines, à faire du 14 mars une date unique et forte. 

Ce jour là, un appel national a été lancé et un rendez vous a été donné sur les Champs Élysées. C'est là, à deux pas du palais présidentiel que nous devons nous faire entendre, défions ensemble le pouvoir
, unissons nos forces à cet endroit et pas sur un parcours qui aura été convenu avec la police. 

L'époque est historique, elle peut basculer dans le pire, comme le meilleur, mais ça sera au prix de notre courage et de nos initiatives. Et surtout si nous le faisons tous et toutes ensemble. 

Un jour avant les élections municipales et dans une période honteuse de déni démocratique, pour les retraites, pour nos solidarités, contre un système destructeur qui n'écoute rien, montrons que les urnes sont dans la rues !

manif 14 mars


Nous ne nous tairons plus jamais

La mobilisation sociale semble avoir repris son souffle et est prête à repartir de plus belle, deux mois après le début de cette grève, historique par sa durée, par la diversité des secteurs mobilisés et surtout par la détermination renversante de tous les corps de métiers qui rejoignent la lutte.

Il y avait un risque, celui que tout le monde redoutait et qui faisait rêver le gouvernement : « l’essoufflement ». Face au carnage politique et social de la macronie, il apparait désormais comme une évidence qu’il nous faut installer un rapport de force puissant et solide par la rue et dans la rue.

Les infirmières, les ouvriers, les éboueurs, les enseignants, les lycéens, les avocats, les étudiants, les cheminots, etc… en deux mots : les travailleurs, du public comme du privé, décident de marcher ensemble, et se soutiennent les uns les autres, car quoi que disent les journaux, les chaines d’information et les radios, une grande solidarité populaire est entrain de se construire.

Les dérapages de plus en plus fréquents du gouvernement, les scandales qui éclatent, la police qui réprime et mutile aveuglement, tout cela renforce sensiblement la conscience d’appartenir à la même classe sociale, avec les mêmes difficultés financières, ce même manque de reconnaissance, ce sentiment d’abandon qui, depuis des années, n’a eu de cesse de creuser le fossé qui sépare les travailleurs de la bourgeoisie et des puissants.

Au-delà des revendications économiques et profondément sociales que la mobilisation met au grand jour, c’est un ennemi commun qui se dessine petit à petit, un ennemi qu’il faut combattre. Il n’y a que le travail qui produit de la richesse, le reste n’est rien, alors face au capitalisme libéral opposons-leur la solidarité du peuple.

Ce gouvernement est une catastrophe. Il trahit sans vergogne la promesse républicaine en allant chercher les symboles de son pouvoir dans la terreur qu’installent les forces de l’ordre, oscillant dangereusement entre fascisme et autoritarisme. Macron ne cherche plus à convaincre, il veut vaincre, battre le peuple en offrant la vie des français aux entreprises privées, en capitalisant les 330 milliards d’euros qui jusqu’à présent étaient consacrés aux retraites. Pour les amies de Macron, les banques et les assurances, les retraites sont une potentielle poule aux œufs d’or qu’il serait bien dommage de ne pas exploiter.

Les dates pour de nouvelles manifestations s’enchainent et s’additionnent laissant présager des mois de février et de mars noirs pour la macronie qui se verra une nouvelle fois contrainte d’opposer les forces de police pour faire taire la colère d’un peuple qui n’en peut plus. C’en est fini des magouilles politiciennes, des promesse alléchantes et des discours flambants, bientôt c’en sera fini pour de bon, les gens ne tomberont plus dans le panneau, il ne reste que les flashballs et les matraques pour faire tenir le gouvernement dans un équilibre plus qu’incertain.

A nous de pousser bien fort pour qu’ils tombent et que leur chute face trembler le monde entier, qu’elle retentisse comme une alarme pour les travailleurs, chômeurs et précaires de tous les pays, qu’elle sonne la fin du jeu pour les banquiers véreux et les politiques malsains.

Le capitalisme touche à sa fin, c’est le peuple uni qui sonne le glas des espoirs du libéralisme. Ainsi, c’est bel-et-bien collectivement que la lutte se construit et que la mobilisation prend forme, en même temps que la colère monte, de plus en plus solide et structurée.

Je perçois désormais ce que signifie un mouvement qui « prend de l’ampleur », c’est une vague qui grossit, qui commence par une secousse dans une eau calme et muette, et qui petit à petit se remarque, prend forme, fait du bruit, d’abord aigu et strident puis grave et assourdissant. Nous sommes beaucoup, en tout cas plus qu’eux, les fachos, les flics et les politiques, et si le gouvernement ne lâche pas, ce sera la guerre, la vraie cette fois-ci.

Si nous ne souhaitions pas de violences, un point d’inflexion a été clairement franchi ces derniers mois, au cours de cette dernière année, et la violence se dresse, petit à petit, comme une évidence, à tort ou à raison, l’Histoire en jugera.

Nous ne pouvons plus nous taire, encore, ne pas répondre aux coups portés, injustement. Un proverbe Congolais dit « Miso makasi, ndoki té » - « il ne faut jamais courber la tête sous les coups qu’on ne mérite pas », et nous ne méritons aucun des coups qui nous ont été portés.

Oriol BAILLAUD ROCA, étudiant en Humanités à l’Université de Strasbourg


occupation blackrock

OCCUPATION DE BLACK ROCK - Communiqué de presse

Black Rock envahi, un open space tagué de slogan anticapitalistes et féministes, des rangées d’ordinateurs et d’employés mis hors d’état de nuire. Des zombies en costards font des allers-retours de la machine à café à leur bureau occupé. Quelle rencontre surprenante en ce lundi matin au 4e étage de l’immeuble centurion, siège de Black Rock à Paris, gérant 7 000 milliards d’actifs et qui serait le grand gagnant de la réformes des retraites.

Des employés « qui n’y sont pour rien parce que c’est les lois qui gèrent tout » discutent avec des jeunes et parfois très jeunes qui ont clairement décidé de monter d’un cran dans leurs actions face à ceux qui démolissent un système solidaire de retraites tout en investissant dans des projets qui détruisent la planète. Les zombies en costard n’ont pas fière allure, les « militants » en face d’eux sont venus demander des comptes et ont bravé les lois qui protègent les riches pour les toucher symboliquement en plein cœur. L’action "Avenir en feu - reprenons le contrôle" a été préparée de longue date à l’initiative de Youth For Climate IDF et est soutenue par de nombreux collectifs, dont nous faisons partie. 

Communiqué de presse - Mettons hors service BlackRock

BlackRock est une multinationale, la plus puissante en gestionnaire d'actions, c'est-à-dire qu'elle gère les capitaux afin de les optimiser un maximum (bien investir pour gagner plus d'argent).

Deux points nous intéressent donc ici:

1. La réforme des retraites

Cette nouvelle réforme pose encore une question primordiale : va-t-on passer d'un système de retraite par répartition (basé sur des cotisations solidaires) à un système de retraite par capitalisation (basé sur l'épargne individuelle) ?
Il semblerait que la nouvelle réforme sur les retraites va grandement profiter à BlackRock puisque cette dernière a tout intérêt à ce que l'on passe à un système par capitalisation.

Avec la retraite par points, le gouvernement aura la possibilité de baisser la valeur du point au fur et à mesure du temps. Afin de s'assurer une bonne retraite, nous serons forcés de nous tourner vers des multinationales comme BlackRock qui investiront notre argent dans des sociétés, des projets, etc... Cet argent nous sera ensuite retourné, valorisé pour nos retraites. C'est le principe du système par capitalisation.

Problème ? Les investissements de BlackRock sont loin d'être en faveur de l'environnement.

2. Les investissements écocides de BlackRock

BlackRock investit dans nombres de sociétés menant des projets écocides comme:
- Vinci (deuxième entreprise mondiale dans le secteur de la construction, elle possède aussi un pôle énergie)
- Total (entreprise pétrolière et gazière, cinquième des six plus grosses entreprises su secteur à l'échelle mondiale)
- BNP Paribas (première banque française dans l'investissement du charbon)
- Société générale (première banque au monde dans le financement des infrastructures d'exportation de gaz de schiste). On a trouvé des documents confidentiels au sein des bureaux de BlackRock montrant leur collaboration, alors qu'on sait que Société générale investit dans des projets comme le Rio Grande LNG Project. http://www.amisdelaterre.org/…/20180712rapportsocietegenera…

Bref, BlackRock est loin d'être un modèle de sainteté dans la protection de l'environnement.

Tout cela est fait dans un seul but: s'enrichir toujours plus, et surtout le haut de la chaîne, et les actionnaires. Nous observons ainsi une augmentation des inégalités et une accumulation des richesses entre les mains d'une très petite minorité (rapport oxfam 2020), alors que les plus pauvres sont aussi les premières victimes des problèmes environnementaux.
Cette course au profit se fait grâce à une exploitation du vivant, et des humains.

Nous n'avons pas peur de le dire : tout cela est symptomatique du capitalisme qui est le mécanisme profond à l'origine de ces problèmes. En nous attaquant à blackrock, nous nous attaquons au capitalisme.

Certains diront que nous sommes des vandales, mais ce sont ceux qui volent notre avenir qui le sont.

Ceci n'est que la première action d'une série pour mettre hors service qui exploite les humains et le vivant.

Nous ne demandons donc plus rien, nous voulons mettre le système hors service.

Youth for Climate Paris-IDF

Avec le soutien de Youth for Climate France, Désobéissance Écolo Paris, RadiAction, Mr Mondialisation, Cerveaux Non Disponibles, Gilets jaunes Place des Fêtes, La France en Colère - Carte des Rassemblements, Peuple Révolté, Peuple Uni, Comité de Libération et d'Autonomie Queer.

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Que vive la violence !

On nous parle de combat politique et de lutte des classes. Mais aujourd'hui, en 2020, il faudrait combattre et lutter sans aucune violence. Foutaises.
Cette injonction permanente à la non-violence la plus absolue n'est qu'une ruse des puissants pour conserver pouvoir et argent.

Les ultras riches ne changeront jamais le système actuel qui leur profite tant. Ces gens-là se cognent complètement des tribunes, manifestations pacifiques, grèves et autres pétitions.

Mettons-nous à leur place : pourquoi changeraient-ils une société qui a été bâtie pour eux, pour leurs profits, pour leurs intérêts ? A quel moment peut-on penser qu'il y aurait une "prise de conscience" de ces personnes ?

La grande réussite de ce système, c'est d'avoir réussi à rendre totalement inacceptable l'usage de la violence dans nos sociétés. Sauf bien sûr pour les forces policières, qui elles, n'ont jamais été aussi violentes. Le peuple n'a jamais été autant désarmé et docile alors que la police n'a jamais été aussi armée et violente. Drôle d'époque.

Nos cerveaux ont été formatés pour s'indigner d'une poubelle qui brûle ou d'une vitre de banque brisée... tout en acceptant de chevaucher un SDF qui dort contre une bouche d'aération. On pourrait dérouler les exemples à n'en plus finir. Nous avons tous intégré l'ultra-violence de la société libérale qui blesse, tue et humilie chaque jour des millions de personnes.
Écrire cela, ce n'est pas regretter les sociétés passées, plus violentes au quotidien ! Bien sûr que c'est un progrès que les violences diminuent dans une société, notamment les violences conjugales, sexistes, racistes ou homophobes. Bref, les violences d'individu à individu.

Mais cela ne doit pas pour autant rendre illégitime tout usage d'actions "violentes" dans des luttes sociales, surtout quand celles-ci ont clairement un objectif révolutionnaire.

On va nous ressortir l'éternel exemple de Gandhi et de la possibilité d'une révolution non violente. Évidemment que cela a existé. Mais si l'on regarde avec honnêteté la liste des révolutions ces dernières décennies, la grande majorité a connu des épisodes de violence.

Et c'est tout à fait compréhensible : un pouvoir, surtout s'il est autoritaire, ne se laisse pas déposséder de son trône sans se battre. Physiquement, violemment. Et donc, souvent, pour gagner, il faut pouvoir répliquer. Physiquement, violemment.

Autre schéma à détruire de nos constructions mentales : l'idée que ceux qui, en manif, peuvent se prêter à des actions offensives sont des sauvages, des barbares, des animaux assoiffés de sang.

Bien sûr qu'il y a des montées d'adrénaline lors d'affrontements, lors de feux de joie. Quel GJ présent sur les Champs lors des premiers actes n'a pas connu une certaine euphorie du moment, en partie liée à des actions dites "violentes". Il n'y a pas à avoir honte de ces sentiments. Ceux qui cherchent à faire culpabiliser de ces émotions sont ceux qui ont intérêt à ce que la population s'autocensure sur de telles actions.

Mais les personnes présentes dans les actions offensives ne rêvent pas d'égorger un policier ou de brûler un riche. Ils rêvent d'une société plus juste, plus humaine, plus égalitaire, plus soucieuse de l'environnement. Ils prennent du plaisir à chanter et danser sur un rond point autant qu'à construire une barricade. C'est peut-être moins vendeur pour BFM et LCI, mais que ce soit en noir ou en jaune, les manifestants se prétendant révolutionnaires ont surtout soif d'amour et de fraternité.

Les réduire à la violence n'est pas anodin. C'est une technique pour les isoler, les stigmatiser puis les disqualifier. Mais ce cirque marche de moins en moins. Ceux qui sont allé sur le terrain pour se battre lors des centaines de manifestations et d'actions qui ont eu lieu en France depuis 14 mois savent que les plus deter sont tout sauf des barbares.

Les barbares sont aujourd'hui en costards et au pouvoir. Sous leur vernis civilisé, il y a le sang de millions de laissés pour compte, mais aussi de toute la planète qui se meurt. Ils le savent. Et ils s'en tapent. Tant qu'ils peuvent profiter de leurs yachts et de leurs villas à la montage. Ces gens-là sont d'une violence ultime, meurtrière. Ils ne lâcheront rien sans qu'ils y soient forcés.
Sachant cela, on peut disqualifier totalement la violence du champ des luttes sociales. Mais dans ce cas là, acceptons que le système ne changera jamais profondément. A chacun de choisir.

“Là où il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je conseillerai la violence.” Gandhi
“La violence aux mains du peuple n’est pas la violence, mais la justice.” Eva Peron-
“Celui qui rend violence pour violence ne viole que la loi, et non l'homme.” Francis Bacon


REFORMES BLANQUER : LETTRE DE DÉTRESSE D'UNE LYCÉENNE

Je suis en première générale au lycée pape Clément. J'ai 16 ans, des parents aimants, des amis(es) fidèles et pourtant, que mon quotidien est violent !Que de larmes versées pour une même cause : l'école ! J'ai toujours été une bonne élève, pas excellente mais sans difficultés. Mais cette année c'est différent, l'école ne m'aime pas ! On me parle de bienveillance, mais est-ce vraiment de la bienveillance en spécialité (physique chimie) de nous faire étudier un chapitre par semaine de peur de ne pas terminer le programme et de ne pas avoir le temps de faire assez d'exercices. Puis de faire un contrôle où nous sommes devant un mur car les connaissances n'ont pas été assez consolidées, de passer d'une moyenne de 14 en seconde à 7 en première ?

J’ai l’impression de passer ma vie à travailler mais ça ne suffit pas ! Est-ce vraiment de la bienveillance d'être dans l'ignorance des épreuves qui vont nous être proposées très prochainement ? Est-ce vraiment de la bienveillance d'avoir devant nous des profs qui ne connaissent pas totalement le contenu des épreuves, des profs qui ne sont donc pas toujours capables de répondre à nos questions, des profs stressés et fatigués ? Est-ce vraiment de la bienveillance de n'avoir jamais les mêmes camarades de classe ?

Nous avons 4 classes différentes avec très peu d'heures dans chacune d'elles. Il est donc difficile de lier des liens de confiance et de solidarité. Il n'y a aucune cohésion et aucune aide entre nous, chacun se retrouve seul face à ses difficultés. Il est aussi très difficile de retrouver ses amis pendant les pauses de midi puisque tous nos emplois du temps sont différents et notre temps de repas très court ne nous permet pas de nous attendre.

Ah mais oui, pardonnez moi ! Nous ne sommes pas là pour nous aimer, pour faire de nouvelles connaissances, nous sommes là pour travailler ! Malgré tout, il est très dur d'avancer seul sans soutien !

Nous sommes des pions dans un jeu où les règles ne sont pas claires.
Plus personne ne porte notre parole, puisqu'il n'y a pas de délégués dans les classes de spécialités. On remarque aussi qu’à cause du rythme plus que soutenu dans les spécialités scientifiques, une majorité d’élèves a des cours particuliers. Faut-il être riche pour réussir ?

J’ai toujours adoré les maths et j’ai toujours eu de bonnes notes et aujourd’hui, le ciel me tombe sur la tête ! Je me pensais bonne mais les notes cette année me montrent que je suis nulle. Je me sens terriblement mal à l'école car le rythme est trop soutenu. On nous met trop de pression, on ne sait pas ce qui nous attend et on a l'impression qu'on nous lâche sans avoir les cartes en mains pour réussir.

Les E3C nous font très peur car les profs déplorent la difficulté des épreuves que nous allons avoir, ne nous sentent pas prêts et ne trouvent pas bienveillant de nous conduire à l’échec.

Mes parents m'ont toujours dit de profiter car les années lycée seraient les plus belles de ma vie. Mais j'espère que ce sont les pires, sinon, si la vie est faite d’autant de violences, ça doit être vraiment triste d’être un adulte !
On m’a toujours appris que l’école était là pour m’aider à me construire mais je crois qu’elle est en train de me détruire.

Une élève de première en détresse scolaire


DÉFIER L'INTERDIT. MONTRER L’ILLÉGITIME 

Qu'est-ce que nous dit un Etat qui tient une contestation démocratique à l'écart des lieux de pouvoir et qui enferme 3 lycéens pendant 36 heures de garde à vue pour les punir d'avoir bloqué leur lycée contre les réformes Blanquer ? Peut-être tout simplement qu'il a peur... Peur au point de vouloir intimider le mouvement lycéen et peur au point d'interdire la moitié de Paris à une manifestation de gilets jaunes.

Vu de loin, cet acte 64 des GJ à Paris pourrait être considéré comme un échec : aucune manif sauvage n'a pu avoir lieu et de nombreux manifestants ont été interpellés/verbalisés de façon totalement arbitraire. 403 verbalisations rien qu'à Paris ! Et 3 gardes à vue.

Sauf que ce qui s'est passé à Paris samedi est nettement plus fort qu'une manif déclarée et totalement nassée de bout en bout par la police, qui ne dérange absolument pas le pouvoir.

Ce samedi, plusieurs centaines de Gilets Jaunes (sans leur gilet) ont bravé l’arrêté préfectoral grotesque qui leur interdisait d'être "présents" dans une bonne partie de la capitale (tous les lieux de pouvoirs et touristiques). Malgré les menaces du préfet, ils se sont retrouvés au lieu de départ de la manif refusée par la préfecture, devant le Conseil d'Etat. Le dispositif policier était énorme, démesuré, comme depuis plusieurs mois. Et pourtant, ces citoyens ont décidé de venir dans la gueule du loup, non pour être victime, mais pour tenir la dragée haute à l'intimidation d'un pouvoir qui n'a plus que la surenchère de ses muscles pour empêcher une simple manifestation. Rapidement nassés (comme prévu), ils ont été rejoints par d'autres manifestants qui se sont payés le luxe de nasser la nasse policière. Une dérision délectable qui a pour quelques instants désorganisé le dispositif. Un peu gênée aux entournures dans ce quartier touristique, la police a ensuite desserré les dents et les gilets jaunes ont pu rester manifester devant le conseil d'état ou marcher dans le quartier puis se rendre sur un plan B.

Pendant plusieurs heures, les GJ ont continué à défier le pouvoir et son bras armé (les BRAV), sûrs de leur légitimé à manifester et à se battre pour une société plus juste et plus humaine.

La réponse du pouvoir apparait dès lors forcément disproportionnée et illégitime. Et c'est tout l'intérêt de cette action !

Car un pouvoir autoritaire et de plus en plus fascisant peut tout à fait se faire passer pour démocratique tant que tout le monde respecte ses "conditions" et feint d'accepter le consentement forcé. Mais lorsqu'on l'oblige à montrer son vrai visage, simplement en décidant d'aller manifester où bon nous semble, la part sombre et dangereuse du pouvoir apparait au grand jour.

En cela, les 500 GJ parisiens présents ce samedi ont été bien plus subversifs et utiles à la lutte que s'ils avaient été 3000 dans une manif totalement "encagée", dans une nasse policière mobile.

Et si, samedi prochain, ils sont plus nombreux, le pouvoir aura de plus en plus de mal à contenir la colère légitime. Et il n'aura d'autre solution que de montrer encore plus son visage fascisant.

Revenons maintenant sur l'arrestation des 4 lycéens.Vendredi matin, ils sont arrêtés dans le cadre de la mobilisation contre les épreuves de contrôle continu du nouveau bac (une des réformes de Blanquer). On leur reproche d'avoir bloqué le lycée Ravel avec une poubelle en feu. La mise en garde à vue de 4 mineurs pour des faits de la sorte est exceptionnelle. Alors qu'un des lycéens a été libéré sans suite au bout de 24h, les 3 autres ont été déférés au tribunal et leur garde à vue a été prolongée.

Mais coup de théâtre samedi, le parquet se rend compte que le dossier ne permet pas de faire passer les lycéens devant un juge pour la poubelle brulée par manque de preuves et des irrégularités dans la procédure. Il décide donc de leur notifier une mesure alternative. Ainsi le parquet garde la face dans une affaire qui aurait pu lui couter cher : se faire désavouer par un juge.

C'est la même technique qui est employée contre les gilets jaunes rappelle Lucie Simon, l'avocate des jeunes lycéens. En sommes une technique qui consiste à arrêter arbitrairement, et, fautes d'éléments tangibles, coller un rappel à la loi.

Macron et son monde ne tiennent plus que par sa police et sa justice à deux vitesses. Plus la contestation sociale augmente, plus les moyens répressifs sont démesurés pour terroriser tous ceux qui osent résister. Cette débauche de moyens a un but : faire peur aux autres, à ceux qui ne s'organisent pas encore face à cela et qui pourraient rejoindre le mouvement. Dans le cas du lycée Ravel comme dans le cas de la manif gilets jaunes, le procédé est le même : envoyer un message de terreur. Ainsi l’État dit aux parents que leurs enfants pourront souffrir dans les mains de la police s'ils s'opposent aux reformes. Que même si les accusations ne sont pas fondées, il aura malgré tout les moyens de punir dans les interstices. Voilà ce qu'on appelle une manière de faire de la police politique. Les gilets jaunes ne connaissent que trop bien cette rengaine. Les lycéens de Mantes la Jolie qui avaient été mis à genoux l'année dernière sur ordre de flics armés aussi.

Face à cela, il n'y a pas d'autre choix que de résister et de déranger. Au risque de se faire arrêter, interpeller, verbaliser.

Même si cela fait mal, n'oublions pas que cela est juste. Légitime. Et que c'est ce qu'il faut faire.

Alors disons le clairement : bravo à celles et ceux qui ont tenté de changer les choses ce samedi à Paris avec la manif gilets jaunes. Et bravo aussi aux lycéens et lycéennes qui s'organisent pour bloquer l'application de réformes injustes. Et bravo à tout celles et ceux qui ont le courage d'accompagner les révoltes en cours.

A trop montrer les muscles de son autoritarisme, l'Etat est en train de s'effondrer par le propre poids de sa force, en se délégitimant. Et si nous poussons tous, il tombera


ÇA VA COGNER SEC !

Le mouvement de grève initialement débuté le 5 décembre se transforme. Les nouvelles que nous recevons de Strasbourg représentent bien l'état de la situation dans tout le pays. Ce qui est en train de se construire dans l'université et l’Éducation nationale est inédit et n'a pas encore usé de tout son potentiel. Tout comme la multiplication des actions à travers la France dans de nombreux secteurs.
Le pouvoir et sa police creusent jour après jour leur illégitimité et la mécanique inégalitaire de la République néo-libérale ne tient plus que par son vernis.

Mardi 28 janvier 2020

Les AG se poursuivent, de plus en plus nombreuses, rassemblant de plus en plus de secteurs qui se coordonnent petit à petit. A Strasbourg, des AG en histoire, en architecture, en géographie, en maths, en philo, en sciences sociales etc… avec à chaque fois la présence de nombreux professeurs qui s’engagent de plus en plus fermement dans la lutte contre la réforme des retraites. Le corps enseignant et les chercheurs eux aussi se mobilisent de leur côté à travers des AG régulières qui poussent à une convergence massive avec les étudiants.

La lutte prend un tournant décisif, celui d’une lutte coordonnée nationalement. Les enseignants sont d’autant plus remontés contre la réforme des retraites que la loi LPPR (Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche) vient consolider le ras le bol général. La précarité ? on n’en veut plus. La réforme des retraites ? on n’en a jamais voulu. La loi LLPR ? non plus. La réforme Blanquer ? personne n’en veut, il n’y a qu’à constater les perturbations des épreuves des E3C dans les lycées. Ça gronde, et sérieusement. La mobilisation qui se prépare promet d’être rude, et les enseignants savent le poids qu’ils peuvent faire peser sur les universités et les lycées pour relancer la mobilisation étudiante, en baisse depuis la rentrée des vacances de Noël. Selon Pascal Maillard, professeur à l’Université de Strasbourg et membre du syndicat SNESUP-FSU, « ça monte très fort chez les enseignants », et une grève de la recherche et de l’enseignement est même envisagée, à tel point la mobilisation qui se profile revêt désormais un caractère exceptionnel, et s’encre fermement dans la lutte sociale qui traverse notre pays depuis plus d’un an.

Certains professeurs sont en grève « active », c’est-à-dire qu’ils continuent de donner des cours, mais consacrent une partie de ces derniers à expliquer la réforme des retraites et différentes réformes menées par le gouvernement de Macron. C’est en sciences sociales que la mobilisation est pour l’instant la plus forte, notamment avec une AG qui a regroupé près de 200 étudiants et professeurs, les cours de la semaine étant pour la plupart consacrés à des débats sur la réforme des retraites. En sciences sociales la mobilisation a commencé, on attend maintenant que ça prenne partout.

Cependant, la défaite de la mobilisation contre la loi Pécresse (la LRU : loi relative aux libertés et responsabilités des universités) demeure un profond traumatisme pour les étudiants et le corps enseignant et chercheur des universités. Sachant cela, en en prenant acte de cet échec, il nous faut y aller doucement, ne pas se précipiter, sans non plus trop prendre notre temps. Une révolution c’est toujours le chaos comme dit l’autre. Toujours est-il qu’on ressent une claire ébullition partout, quelque chose qui mijote, prêt à surgir. Un fait curieux s’est produit récemment, et vient renforcer l’idée que quelque chose de gros se prépare : la conférence des doyens des facultés de droit de France (à noter que les facs de droit se distinguent généralement par leur indifférence impériale face à toute sorte de mobilisation sociale) s’est illustrée par le vote d’un texte fustigeant la loi LPPR, un texte de gauchos ! Ça va chauffer…

Après une AG dans un amphi peu rempli, les étudiants mobilisés ainsi que des enseignants nous sommes dirigés vers une salle de conférence qui accueillait aujourd’hui le Congrès de l’Université, avec la présence de nombreux élus ainsi que du président de l’Université de Strasbourg, Michel Deneken, afin d’exprimer notre profond malaise sur ces quelques sujets :

- La banalisation des cours les jours de mobilisation pour que les étudiants souhaitant participer à la lutte puissent le faire sereinement et l’esprit tranquille.

- Que l’Université se positionne clairement contre la réforme des retraites et soutienne administrativement tous ceux (étudiants et corps enseignant) qui souhaitent se mobiliser.

- Nous demandons que Monsieur le Président condamne avec la plus grande fermeté les violentes agressions perpétrées par l’Action Française et la Cocarde Etudiante sur des étudiants mobilisés, en nommant clairement ces sombres groupuscules.

- L’Université de Strasbourg est décorée du statut d’université « résistante ». C’est une des raisons pour lesquelles nous demandons, par respect pour les personnes blessées et choquées par ces évènements, par respect pour l’Histoire, et pour honorer notre devoir de mémoire pour la Resistance Française face au fascisme, que l’université porte plainte contre ceux qui ont commis ces actes.

Après avoir appelé la sécurité pour fermer à clef les portes permettant d’accéder à la salle de conférence, M.Maillard a pu négocier quelques minutes avec le directeur pour nous laisser entrer pour nous exprimer, suite à quoi nous nous engagions à quitter les lieux sans « chahuter ».
Monsieur le Président Deneken, nous attendons toujours.

Quasiment tous les vœux des élus LREM sont perturbés, les pompiers ont de nouveau manifesté à Paris, où des scènes de folie se sont produites : charge des soldats du feu qui ont courageusement tenu tête aux forces de l’ordre, faisant face à une répression désormais presque banale. Mais les scènes de confrontation entre pompiers et policiers ne sont pas banales, elles sont profondément tristes et témoignent de la fadeur du gouvernement qui ne tient encore, mais peut-être pas pour toujours, grâce à la police.

Ça bout, ça chauffe, ça grogne, ça va cogner sec, il va pleuvoir des grenades et on va entendre siffler les matraques et meurtrir les flashballs. Mais on va tenir, et on va gagner, parce que si on ne tient pas on tombe, et si on tombe ce sera, cette fois, peut-être bien pour de bon. Alors aucune désescalade n’est à envisager, c’est la victoire qu’il nous faut, quoi qu’il en coûte, surtout s’il en coûte !

Oriol BAILLAUD ROCA, étudiant en Humanités à l’Université de Strasbourg