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COVID 18 : dans le nord de Paris sous confinement [FILM + ITV]

Chronique sur la vie dans la rue durant le début du confinement, dans le nord de Paris, autour du quartier de La Chapelle dans le 18eme arrondissement, Covid 18 est un reportage qui redonne beauté et dignité aux quartiers populaires filmés pendant le confinement. Nous avons interviewé les réalisateurs qui sont aussi des habitants du quartier et mettons en lien leur film qui est paru sur Street Politics (durée : 41 min).

Le 18ème arrondissement est entré avec perte et fracas dans l’actualité du confinement. Au marché de Château Rouge une commissaire méprise et engueule les habitants, des policiers mettent violemment à terre une jeune femme, les contrôles sont hyper autoritaires, parfois violents et les amendes pleuvent. Comment avez-vous vécu ces images qu'on a pu voir sur les réseaux sociaux et à la télé ?

Au moment où sont tournées les images dont vous parlez, je me trouve moi-même à Château Rouge empêtré dans un interminable contrôle de police où l'on me postillonne dessus en me menaçant à moins de 30 cm du visage et en m'expliquant que le masque FPP3 que je porte (retrouvé intact dans mes affaires du samedi) ne sert à rien. Je suis dans mon quartier et on m’empêchera non seulement de filmer mais aussi de circuler. Ces images et l'usage qui en a été fait ont fait beaucoup de mal aux commerçants, à la majorité des habitants et aux habitués du quartier. Nous sommes actuellement en train de réaliser un petit reportage avec des commerçants et des habitués du marché Dejean. Ils nous racontent comment « le décret unique en France » qui a suivi cette séquence médiatique, imposant la fermeture des commerces alimentaires, s'inscrit dans une problématique plus large et dans une temporalité plus longue.

En ce qui nous concerne, la couverture des médias ne nous a pas trop intéressés, nous étions indifférents à leur traitement car nous en avons pris l´habitude. Ils disent toujours du mal de notre quartier, ils s'en servent même souvent comme symbole. A Château Rouge ce jour la, les flics ont principalement « fait le show », ici tout le monde sait ça. Ailleurs ils ont fait du sale. A Jaurès par exemple ils ont rabattu tous les sdf et les toxicomanes vers la Rotonde de Stalingrad en les contrôlant partout ailleurs dans Paris pour mieux les taper et les gazer lors de leurs interventions sur la place. Il y a un monsieur qui en parle très bien dans CoVid 18.

Quel était le dispositif pour faire le film ?

Le dispositif de confinement qui s'est imposé dans nos vies était brutal mais notre caméra était déjà bien habituée à la présence des CRS. En « temps normal » c'est elle qui nous sert à alimenter le site streetpolitics.eu en vidéos sur l’actualité des luttes. En fait nous n´avions pas vraiment de dispositif. La réalisation de ce reportage était quotidienne, « confinée », nous sortions peu et filmions encore moins… Le résultat lui-même ne représente qu'une infime vision de la réalité que nous avons traversée et qu'a traversé le quartier de la Chapelle durant le confinement. C'est une vidéo qui traite un peu de tout à la fois, dans des temps courts, dans un périmètre donné, à l'échelle de notre propre quartier où nous étions confinés. Il est vite devenu évident que toutes ces brèves sorties conjuguées ne formeraient au montage qu'une seule journée, la longue journée des premiers temps du confinement, où l'on voit le spectre du virus partout mais avec toujours en premier plan des gens à la rue, des flics et des ambulances.

Dans notre quotidien, il y a tous ces petits moments hallucinants comme lorsque tu es le seul client dans ton magasin alimentaire habituel et que les keufs entrent et mettent un coup de pression faussement amical au responsable derrière sa caisse. Et le lendemain, le magasin est fermé par décret du préfet Lallement. Il y a aussi ce témoignage d'un type à la rue qui sort du tribunal pour avoir squatté pendant une nuit un bar fermé à cause du confinement et qui te raconte que les tribunaux sont blindés de comparutions immédiates pour des faits de rébellion lors des contrôles d'attestations corona. Il y a aussi tous ces nombreux témoignages qui parlent des différences entre les « patrouilles corona », plus cordiales, et les flics du quartier qui en profitent pour régler leurs comptes et viennent chercher les gens directement lorsqu’ils les croisent. Ce que j´ai vécu de plus glaçant lors du « tournage » c'est peut-être ce moment où une infirmière du Samu explique à une voisine que sa mère allait être emmenée à Lariboisière mais qu'il n'y avait pas de place en réanimation pour les personnes comme elle. Elle venait déjà de rentrer d'un long séjour à l'hôpital une semaine auparavant. Elle s’appelait Catherine Amba Ngono, elle avait 84 ans et elle est décédée quelques jours plus tard. Bref... il y avait aussi beaucoup d'autres témoignages que nous n'avons pas filmés, comme celui de cet exilé Sénégalais qui s'est retrouvé à la rue, après avoir été sorti du CRA. Il assurait lui-même qu´il aurait préféré être expulsé du pays plutôt que de devoir vivre ça. Enfin il y a surtout cet incessant ballet d’ambulances sur les boulevards qui te montre comment les quartiers populaires sont particulièrement touchés par le virus. Il me semble que le reportage résume cela plutôt bien.

Au tout début, rappelez-vous, l'annonce du confinement a pris beaucoup de monde de court : c'est ce que l'on a appelé « la stratégie du choc ». A ce moment beaucoup de Parisiens quittaient précipitamment la capitale tandis que d'autres se ruaient sur les magasins pour y faire des courses (parfois pour quitter la ville après, ou pour rentrer se confiner en banlieue). Beaucoup de gens prenaient des photos. A ce moment-là c´était encore quelque chose d´étrange...

Nous étions deux, confinés dans le 18e où nous vivons depuis toujours, et nous étions en train de travailler sur le montage d'un film sur des gilets jaunes de l'Oise. Et c’est devenu vite évident que nous devions en même temps prendre le temps d´essayer de saisir ces moments qui étaient en train de marquer les vies et de transformer la ville.

Tout votre film est traversé par une guerre aux pauvres menée par la police. Et pourtant on y voit aussi des moments de grâce, des moments très beaux. Quel était l'enjeu pour vous de faire ce film ?

La guerre aux pauvres ne date évidemment pas du confinement, elle est devenue visible de manière spectaculaire à ce moment-là, et la police s'en est effectivement emparé à bras le corps. Cela fait longtemps que les habitants historiques du quartier déménagent dans le 93 ou y sont relogés au nom de la lutte contre l'habitat insalubre. Le quartier poursuit une mutation forcée par les pouvoirs publics qui le dénaturent tout en renforçant un climat délétère entre les gens. Dans les années 2000, si tu voulais un paquet de clopes du bled, tu allais à la seule épicerie de nuit ouverte rue Marx Dormoy et aucun riverain ne se plaignait « du trafic de rue ». Les usagers de crack pouvaient compter sur un tissu associatif plus dense et moins précaire qu'aujourd'hui et l'ambiance du quartier était plus apaisée et regorgeait d'initiatives discrètes. Peu à peu, au nom de la lutte contre l'habitat insalubre et au nom de la « mixité sociale », la mairie a entreprit un plan de reconstruction similaire à celui de la Goutte d’Or au début des années 90, cette fois ci en préemptant la destruction et la reconstruction des immeubles et en fournissant la part de logements sociaux obligatoire à des catégories sélectionnées comme les étudiants via le CROUS par exemple. Souvent, au rez de chaussée de certain de ces nouveaux immeubles, on trouve des boutiques ou des restaurants modernes et vides. En 2019, la mairie de Paris a annoncé publiquement être prête à déclencher les « feux de l'enfer » sur « les commerces de mauvaise foi » « qui vendraient tous la même chose » à en croire les publicités ‘Lycamobile’ présentes sur nombre de magasins du secteur. Les besoins réels des habitants qui fréquentent ces commerces au quotidien et des habitués du quartier qui les font vivre en y venant faire leur courses ou retrouver leur proches, sont niés volontairement tandis que sont créés des espaces pour répondre aux besoins d’une autre catégorie de population, celle que l’on cherche à faire venir. Certains habitants, presque exclusivement des propriétaires, soutiennent très activement cette politique urbaine dans l'espoir de pouvoir tirer un immense profit de la vente de leur appartement, une fois le quartier transformé. Pour ce faire, ils tweetent et abreuvent la fachosphère d'images prises depuis leur balcons ou l'on voit des vendeurs à la sauvette et des rafles, accompagnées de pouces bleus en l'air. Cette situation est identique mais avec des implications différentes à la Chapelle comme à Château rouge. La présence policière et la fermeture des espaces publics qui a suivi le mouvement de solidarité avec les campements d'exilés, principalement de l’Afrique de l'est sur la Halle Pajol et dans tout le quartier entre 2015 et 2018, a focalisé l'attention sur l'implication de la police dans la gentrification du quartier via les opérations de démantèlement. Les campements ont été aujourd’hui repoussés, dans le quartier de la Plaine à Saint-Denis. En Novembre 2019, la colline du Crack de la Porte de La Chapelle a été évacuée, d’où l’errance de plus de 300 usagers de Crack dans le quartier pendant le confinement.

Qu’est-ce qu’a changé le confinement dans la guerre aux pauvres menée par la police ?

La police était naturellement très fortement présente au début du confinement autour de La Chapelle car le quartier est classé « zone de reconquête républicaine » après avoir fait partie des premières Zone de Sécurité Prioritaire de France. Des renforts liés au corona se sont vite déployés, et les flics ont pu régler certaines de leurs besognes habituelles avec une liberté d'action accrue par l’état d'urgence sanitaire. Ensuite c´était plus en mode présence continue sur des points fixes, contrôles sélectifs mobiles, harcèlement des commerçants et pêche aux amendes. Il y avait des gendarmes, des Crs, la Bac, des agents de la ville, on avait l´impression de vivre dans un grand terrain d´entrainement de contrôle social totalitaire au nom de l´application de règles sanitaires qu´ils ne respectaient eux même pas du tout. Puis à notre grande surprise, le préfet ordonna la fermeture de trois commerces alimentaires essentiels au quartier : résultat, la queue au monoprix était interminable. Ça a frappé le quartier de manière violente, il n'y avait plus d'endroits bon marché pour faire ses courses et tout le monde s'en est plaint. A la différence de Château Rouge où ce sont les clients vivant hors du quartier et les commerçants qui ont souffert du harcèlement policier dirigé contre eux, à Marx Dormoy, c'est une grande partie de la population résidente qui a été privée de ses commerces essentiels de proximité. C’est le seul quartier de France dans ce cas il me semble, alors que la précarité de beaucoup conduit aujourd’hui à une immense queue pour la distribution alimentaire devant la mosquée détruite de Barbès par exemple. Les gens dans la queue prennent même des photos de la file, tellement elle est longue.

Toutes ces logiques à l’œuvre depuis longtemps ont été exacerbées avec le confinement, comme partout, je pense. Vous l'aurez compris, nôtre quartier n’est pas seulement un quartier exclusivement populaire, c’est un quartier où l'extrême pauvreté des mal-logés et des sans-abris côtoie des lofts huppés avec des nouveaux résidents, qui se rendent au monoprix sans masques et avec beaucoup d'énervement parfois. Nous ne sommes pas en banlieue, nous ne sommes pas dans le centre de Paris, on est dans le 18eme et il s'en dégage toujours et encore un climat unique dans Paname. L'âme d un petit Paris qui résiste, avant tout en étant insaisissable pour les flics et les pouvoir publics et que nous avons cherché à présenter, en lui rendant hommage.

Dans le reportage, les moments de beauté dont tu parles ont été vécus comme tels par la quasi omniprésence de la musique dans les rues. La musique était un élément très important au début du confinement. Les nombreuses scènes musicales qui servent avant tout à rythmer le récit ont été enregistrées dans la rue le plus souvent depuis les fenêtres des appartements et se sont toutes imposées au montage de cette manière là. Au-delà de la musique, il ne s'agissait pas de proposer une vision romantique du confinement mais de rendre compte de l’installation émouvante d'un nouveau cadre, inédit et brutal, qui s'emparait de nos vie et semblait nous relier tous en nous affectant de manière radicalement différentes en fonction de notre classe, des discriminations subies... le confinement a agi comme un révélateur de la violence sociale et politique. La police n'avait au final que relativement peu d’emprise réelle sur la lutte contre la pandémie, au-delà de leurs objectifs répressifs précis et ils s´en sont donnés à cœur joie, dès le début du confinement. Aussi il y a de l’amour dans ce reportage, c'est celui qui relie nombre d'entre nous à ce quartier et que nous n´avons pas su contenir au montage :)

Comment avez-vous organisé les tournages et les rencontres en plein confinement et sans carte de presse ?

Pour ce qui est du tournage, nous avons fait de manière complètement aléatoire, sans plans précis. Nous aussi étions affectés par la situation, nous sortions en alternance une heure maxi par jour, nous promener dans le quartier pour faire des courses, prendre l'air et quelques clichés du moment, comme la plupart d’entre nous l'avons fait avec un téléphone portable. En sortant notre caméra dans nos rues, nous avons eu spontanément beaucoup de gens qui se sont manifestés derrière leur masques, ou en nous faisant des signes à distance, des gens se rapprochaient de nous, et nous n’avons cherché à aborder personne en particulier. Comme cela marchait bien et que le rythme et la manière nous semblaient naturels, nous nous sommes prêtés au jeu, sans même penser à appeler nos connaissances militantes ou autres voisins qui auraient pourtant eu beaucoup de choses intéressantes à nous raconter. Nous nous sommes laissés entrainer dans ces dérives urbaines quotidiennes, stupéfaits par l'ampleur de ce que révélait le confinement, en terme de logique classiste ou raciste de la société. Le fait de ne pas avoir de carte de presse nous a empêché de trop nous rapprocher de la police lors des interpellations et opérations de contrôle, on a donc dû se passer de leur parole (qui, vu la situation, se serait de toute façon retournée contre eux). Nous avons mis l’accent sur tous les gens qui n'ont pas d'autre choix que de faire face à la police au quotidien parce qu’ils vivent dans la rue. Il y a aussi les voisins derrières les masques qui ont besoin d’y être pour souffler deux minutes ou pour aller travailler, mais subissent en permanence les contrôles. Dans le reportage, on voit par exemple un mec qui se fait verbaliser alors qu'il rentre du boulot.

Nous adressons à tous les intervenants du reportage toute notre reconnaissance pour avoir affronté avec dignité et solidarité cette période difficile.


COVID : la colère en prime. Oppositions de soignants aux primes COVID

COVID : LA COLÈRE EN PRIME. Opposition de soignants aux primes COVID

A la mi-avril, le gouvernement annonce vouloir gratifier les soignants impliqués dans l'épidémie à Coronavirus de primes, de 1500 euros pour les personnels hospitaliers directement impliqués, de 500 euros pour les autres. Loin de nous réjouir, ces primes nous choquent et nous humilient. Nous, personnels hospitaliers, membres du Collectif Hôpital Ouvert, nous opposons à ces primes.

Ces derniers temps, le monde hospitalier a connu deux mobilisations notables, en réponse à deux crises différentes.

La première mobilisation a fait face à une crise structurelle et dure depuis des années. A travers la constitution de collectifs, de nombreuses grèves, et des démissions administratives, le personnel hospitalier était unanime : les politiques d’austérités mises en place par les gouvernements successifs mettent l’hôpital en danger. Des moyens, humains et financiers étaient sollicités mais le gouvernement faisait la sourde oreille et réprimait nos manifestations. Les personnels de santé, eux, palliaient les manquements de l’État pour que les patients n’en fassent pas les frais.

La deuxième mobilisation fait face à une crise sanitaire et dure depuis plus de deux mois. Pour affronter la pandémie à Coronavirus, le monde hospitalier s’est réorganisé, renforcé, et nous avons tous, directement ou indirectement, agi avec la population afin que les victimes soient les moins nombreuses possible. Pendant que le gouvernement et les instances dirigeantes administratives étaient débordés par la situation, les services se sont très rapidement transformés et adaptés localement et spontanément. Cependant, bien nombreux ont été les acteurs de soins à avoir souffert du manque de réactivité du gouvernement pour soutenir sa population et ses hôpitaux, cette fois en conditions d’urgence.

Le 15 avril, Edouard Philippe annonce une prime exceptionnelle pour les soignants mobilisés dans cette crise sanitaire.
Cette annonce ne nous réjouit pas. Au contraire, elle nous offense et nous scandalise.Une prime ponctuelle de 1500 euros pour les mieux lotis, de 500 euros pour celles et ceux « qui n’ont pas eu la chance » d’être « au front » contre le Covid-19. Et passé le mois de mai ? Cette prime est une réponse ponctuelle à la crise sanitaire et permet au gouvernement d’occulter la nécessité de répondre à la crise structurelle que connait notre Hôpital. Après le mois de mai, donc, retour à la situation antérieure, c’est-à-dire à une situation critique.

Par ailleurs, nous, soignants de l’hôpital public, sommes des fonctionnaires d’État, et à ce titre, travaillons à une mission de service public, en l’occurrence le soin. Notre mission est indépendante de la charge de travail, physique ou psychologique qu’elle implique. Aussi, notre actuelle mobilisation n’a rien d’héroïque, elle fait partie intégrante de notre engagement professionnel. Nous ne la menons pas par motivation financière, mais par engagement social et humain. Vouloir y répondre par une gratification monétaire est un affront que nous fait le gouvernement.

La tendance est à l’héroïsation des personnels de santé. Et cette prime va dans ce sens. Héroïser de façon ponctuelle notre engagement, c’est finalement nier celui que nous apportons quotidiennement, indépendamment de cette crise sanitaire, pour pallier la crise sociale dont l’État est responsable.

« Au fond, nous savons ce que nous leur devons. », nous dit Edouard Philippe. Ce que le gouvernement doit à son peuple et à son hôpital public, ce n’est pas une prime exceptionnelle. C’est le respect de l’humain, des valeurs sociales sur lesquelles est basé le service public, et par là, c’est une revalorisation globale, financière et humaine de l’Hôpital, la même que nous demandons depuis des mois. Gratifier financièrement les soignants, les récompenser, c’est, de la part du gouvernement, se donner le beau rôle. Une position trop facile après nous avoir ignorés et humiliés lorsque nous nous battions pour notre Hôpital. Bien sûr, l’annonce de cette prime a pu être vécue positivement par les plus précaires d’entre nous, ceux pour qui cette somme représenterait une bouffée d’oxygène. Cela révèle à quel point leur salaire habituel est insuffisant et renforce l’idée selon laquelle le besoin n’est pas à une gratification ponctuelle mais à une revalorisation durable, en l’occurrence, des salaires hospitaliers les plus bas. Ne nous méprenons pas, la honte n’est en aucun cas à ceux qui accepteraient ces primes, mais à ce gouvernement qui ose la proposer comme réponse unique à une précarisation progressive de l’hôpital public.

Pour finir, nous considérons, dans ce contexte difficile, avoir la chance de conserver nos revenus, quand d’autres souffrent des conséquences financières dues aux stratégies de confinement : chômage et licenciement pour certains salariés, absence de revenus pour les indépendants. La précarité explose ces derniers mois, et nous pensons que ces primes aux soignants, qui n’ont de but que la gratification, devraient bénéficier aux plus démunis de notre population, ceux qui souffrent des dommages collatéraux de cette épidémie.

Pour toutes ces raisons, nous sommes opposés à ces primes, et refusons tout ce qu’elles représentent. Nous profitons de ce texte pour réitérer les revendications de revalorisations humaines et financières de l’Hôpital Public, indispensable à son bon fonctionnement et à la prise en charge de ses patients. Le temps n’est pas à la construction de héros mais au soin de la population, de ses précaires, et donc, aux services publics qui garantissent ce soin.

Collectif Hôpital Ouvert


On a visité le futur proche. On vous raconte !

A quelques heures du déconfinement et du monde d'après, voici une vision pour le moins sombre du futur. Sombre mais totalement crédible. Ce qui pourrait se passer si aucun soulèvement majeur ne s'opère pour bloquer les processus économiques et répressifs en cours. On a visité le futur proche, et on vous raconte :

16 MAI - Premier samedi post confinement. De nombreux appels (GJ mais pas que) à ressortir dans les rues, notamment à Paris. Les rassemblements restent interdits. La préfecture et le ministère de l'Intérieur communiquent massivement là-dessus, arguant de danger sanitaire. Résultat, 400 personnes à Paris, qui n'arriveront même pas à se rassembler vu l'arsenal policier mobilisé. Au moindre attroupement de 20 ou 30 personnes, la police nasse, verbalise, et emmène certains en GAV. Cela n'indigne pas grand monde.

21 MAI - Création de 50 Centres de Rétention Sanitaire (CRS) répartis sur le territoire et destinés à mettre en quarantaine les arrivants hors espace Schengen. Le principe des CRA s'étend pour gérer les potentiels malades étrangers.

25 MAI - Le gouvernement annonce prolonger l'état d'urgence sanitaire jusqu'à fin octobre. La courbe des nouveaux cas et des décès continue de baisser de façon très encourageante mais le pouvoir annonce craindre une seconde vague, peut être encore plus forte que la première.

01 JUIN - Fin du chômage partiel pour cause de garde d'enfants. 15 millions de parents sont contraints de remettre leurs enfants à l'école et retournent au travail. La mesure est ressentie comme une double peine touchant les foyers les plus modestes. Parents et enfants sont désormais susceptibles de ramener le covid à la maison.

02 JUIN - Les syndicats appellent à une grosse journée d'action pour le service public et contre la réforme des retraites. Du monde, mais moins que début décembre. La manif est totalement entourée d'une nasse mobile policière, comme lors des précédents rassemblements. Le gouvernement communique sur de nouvelles primes de fin d'année pour les soignants, les pompiers et la police.

08 JUIN - Panique générale avec un nouveau krach boursier à Paris et sur les principales places financières du monde. Le CAC descend à son plus bas niveau depuis 2003.

12 JUIN - Le ministère du Travail annonce des mesures pour faire face à la crise économique et, selon lui, éviter trop de fermetures d'entreprises. Cela se concrétise par une application stricte du code du travail version 2016 et la facilitation des licenciements en masse (du droit du travail; des baisses de cotisations et la fin des 35h). Et également évoqué, sans être voté, la suppression d'une semaine de congés payés.

21 JUIN - Trois policiers de la BAC de Nantes se filment dans la base de loisirs de la Roche-Ballue, non loin de la métropole. L'un d'eux mime une noyade devant ses collègues, hilares. La vidéo, postée sur le profil Instagram de l'agent, provoque immédiatement la consternation des proches de Steve Maia Caniço, mort dans la Loire un an plus tôt, suite à une charge de la police lors de la Fête de la Musique. Aucune mise à pied ne serait prévue à ce jour.

03 JUILLET - Remaniement ministériel : Lallement devient ministre de l'Intérieur, Strauss Kahn est nommé à la Culture. Et le Premier Ministre est désormais... Nicolas Sarkozy !

14 JUILLET - Des opposants tentent de manifester sur les Champs-Elysées, comme en 2019. Mais les ordres venant d'en haut, afin de ne pas revoir les images de l'an passé, ont pour conséquence un véritable carnage. Dès le matin, tous ceux qui semblent être venus pour manifester et non pour acclamer Macron sont arrêtés : charges, lacrymo, LBD. Avant même le défilé, de nombreuses violences. Un jeune de 17 ans, militant écolo et GJ, perd un œil suite un tir de flashball. Un autre manifestant, âgé de 63 ans, reste trois jours dans le coma suite à une grenade de désencerclement (GM2L, remplaçante de la GLI-F4), ayant explosée au niveau de son torse alors qu'il était au sol.

15 JUILLET - Tous les recours juridiques contre l'usage de drones ont été déboutés. La police annonce l'embauche et la formation de 950 pilotes de drones supplémentaires.

07 SEPTEMBRE - Rentrée des classes un peu spéciale. Depuis le 1er déconfinement du 11 mai, le mouvement des professeurs itinérants Proferrants (en hommage à l'auteur Alain Damasio) a essaimé partout en France. Des milliers d'enseignants proposent, gratuitement, dans les quartiers populaires et les zones rurales désertées, des ballades pédagogiques pour apprendre à l'air libre. Mais de son côté, le lobby des Écoles privées et lucratives fait quasi-systématiquement stopper les cours, se référant à des textes de loi sur la protection de l'enfance et la sécurité à l'éducation.

11 SEPTEMBRE - Le gouvernement soumet son nouveau grand projet de loi santé, taillé pour affronter les épidémies futures. Peu d'investissement dans les salaires et les moyens matériels des soignants, mais une mesure phare : la généralisation de la collecte de données médicales ("tracing") et leur partage via des plateformes ouvertes aux assurances maladie privées, aux banques et aux GAFAM.

3 NOVEMBRE - Réélection, haut la main, de Donald Trump à la Maison Blanche, le tout sur un programme encore plus outrancier. En ces temps de crise, il affirme que seule la survie (économique, sociale et religieuse) de l'Amérique compte. Plus que jamais, les murs se dressent et les frontières se durcissent.

30 NOVEMBRE - La 2ème vague n'est toujours pas arrivée, les brigades sanitaires ont de moins en moins de suspects atteints du covid à traquer, mais l'application stopcovid fonctionne depuis juin et commence à obtenir le graph social de tous les individus. L’État y voit une aubaine pour pouvoir enfin tout gérer au millimètre et devenir un des premiers "gouvernement parfait" de l'histoire.

05 DÉCEMBRE - Devant une crise économique sans précédent, beaucoup de foyers se retrouvent sans rien à manger. En vogue la nouvelle mouture de l'application de l’État permet à quiconque de devenir manager d'immeuble, de rue ou de quartier et d'obtenir des crédits pour la banque alimentaire ou des avantages sur les factures énergétiques avec les compteurs intelligents Linky. Filmer une infraction rapporte ainsi 5€, obtenir les coordonnées du contrevenant 5€ de plus. Faire un rapport étayé sur un individu ou un groupe qui aurait des projets contre l’État peut rapporter jusqu'à 400€. Les meilleurs d'entre eux sont recrutés par LREM et obtiennent des emplois stables avec des droits à la nouvelle couverture sociale créée par Blackrock.

14 DÉCEMBRE - Nouvelle étape dans la censure des médias critiques envers le pouvoir. En lien avec Facebook et Google, le gouvernement a désormais la possibilité de demander la fermeture des comptes Facebook et Youtube si les services de renseignements fournissent des éléments portant à penser que ces comptes portent atteinte à la sécurité nationale. Résultat, la semaine qui suit, Nantes Révoltée, Rouen dans la Rue et Lille Insurgée voient leurs pages Facebook et Youtube fermées, sans aucun recours possible. Certains administrateurs sont convoqués par la police pour incitation à la haine et promotion du terrorisme. Peu de réaction, notamment chez les médias de masse ou dans la classe politique.

« La vérité, c'est qu'il y a une quantité incroyable de gouttes qui ne font pas déborder le vase. »
Romain Gary


lettre à mes élèves déconfinement rentrée des classes 11 mai

Lettre à mes élèves de maternelle

A quelques jours d'une rentrée des classes controversée, une institutrice écrit cette lettre à destination de ses élèves.

Mes chers petits élèves,

Cela fait maintenant 50 jours que l’on s’est brutalement quittés… Du jour au lendemain, sans prévenir, nous avons du fermer toutes les écoles. Et les mêmes adultes sans cœur veulent maintenant nous forcer à les ouvrir. Pourquoi est-ce que je ne suis pas d’accord ?

Parce que dans notre classe, chaque jour, je vous aide à apprendre à vivre ensemble, à partager vos jeux, à communiquer avec les autres. A chercher des solutions toutes et tous ensemble quand on a un problème. A aider un copain à fermer son manteau ou à finir sa construction. Je vous observe, je vous écoute inventer des jeux, des histoires entre vous… je vous vois grandir et devenir de plus en plus capables de vivre et de créer des choses en groupe.
Dans notre classe, vous pouvez circuler librement, parfois vous rouler par terre, vous coucher sur le banc, ramper sous une table ou vous asseoir sur une chaise... et changer de position quand vous le voulez. Parce que je sais qu’à votre âge bouger est un besoin vital. Tout comme toucher les autres et échanger.
Dans notre classe, quand vous avez du chagrin, ce qui arrive souvent à votre âge, je vous prends la main, vous montez sur mes genoux, je vous caresse la tête… Parce que je veux que notre classe soit un endroit qui vous sécurise autant qu’il vous inspire.
Et c’est là tout ce qui fait que cette classe est un endroit vivant, bouillonnant, joyeux, chaleureux. Humain.

Je mesure combien vos copains et copines vous manquent, ou peut-être le toboggan, ou le grand tableau de peinture, les jeux de construction, les histoires, le parcours de sport, nos projets… Et j’ai moi aussi beaucoup de tristesse à ne plus vivre tout ça avec vous. Peut-être aussi que vous en avez marre de rester à la maison, que vos parents sont très fatigués par tout ça, qu’ils aimeraient retrouver leur vie « normale ».

Mais l’école qui sera ouverte la semaine prochaine, ce n’est pas cette école : certains adultes imaginent que nous pourrons faire classe sans rien toucher, sans bouger, en restant éloignés les uns des autres. Ils ont dû oublier que l’école ça ne pouvait pas être ça. Ils ont pourtant été petits comme vous.

Et c’est parce que je souhaite le meilleur pour vous que je refuse que vous reveniez dans notre classe dans ces conditions. De vous voir en petits robots inactifs, passifs.
Parce que je ne peux pas imaginer passer la journée à vous empêcher de vous approcher les uns des autres, à vous interdire de vous prêter du matériel.
A détruire tous vos repères affectifs et votre confiance qui ont mis tant de temps à se construire. Certains d’entre vous commençaient à peine à oser m’adresser la parole.
Vous forcer à rester assis à la même table toute la journée.
Vous forcer à circuler dans les couloirs en respectant un sens de circulation.
Désinfecter chaque chose que vous aurez touchée.
De faire de ma classe un endroit où vous aurez peur de tomber malade, voire de mourir.
Que votre famille ait peur de mourir à cause de l’école.
Parce que je ne veux pas vous imposer l’absurdité du monde de certains adultes.

Évidemment, si vos parents n’ont pas le choix, qu’ils sont forcés d’aller travailler, je serai là pour vous, comme je l’ai été pour les enfants des médecins, des infirmières… Et j’essaierai tout pour que ce ne soit pas traumatisant pour vous, mais j’ai très peur que ça ne marche pas.
Tant que nous n’avons pas de traitement contre ce vilain virus, il faudrait que les patrons de vos parents ne les forcent pas à aller travailler. Et que ceux qui doivent y aller soient bien protégés.
Il faudrait que l’on puisse toutes et tous s’organiser pour garder les enfants les uns des autres, par petits groupes, hors de l’école.
Que l’on continue de s’organiser pour aider les familles des copains et copines qui n’ont pas assez à manger, pas d’attestation pour sortir, pas de matériel informatique, qui ont de graves problèmes à la maison.
Il faudrait que les parcs et jardins soient ouverts pour que vous puissiez vous y défouler, et pourquoi pas, y organiser des moments d’école !

Quand vous serez adultes, j’espère que tout ça ne sera qu’un mauvais souvenir. En attendant, on va continuer à se téléphoner, à s’écrire, à s’envoyer des photos, des vidéos, à se donner des nouvelles… Et c’est aussi de ça qu’il faudra se souvenir plus tard !

A bientôt je l’espère, dans les meilleurs conditions possibles.

Votre maîtresse

illustration : classe de maternelle dans laquelle ont été appliquées les 63 pages du protocole sanitaire des écoles (Jura, Conliège)lettre à mes élèves déconfinement rentrée des classes 11 mai


Olivier frappé à coups de muselière à Toulouse : la version policière mise à mal

Olivier, frappé à coups de muselière à Toulouse : la version policière mise à mal

"Loin d’être le fou dangereux décrit aux fins de couvrir une énième violence injustifiable, Olivier est avant tout un père de famille avec deux filles qui ce jour là fumait tranquillement sa clope devant chez lui avant de connaitre tout ce qui allait lui arriver." 

Les images ont fait le tour des réseaux sociaux et des médias : Olivier, la cinquantaine, s'est fait frapper à coup de muselière par une brigade de police la nuit du vendredi 24 au samedi 25 avril à Toulouse. L'auteur de la vidéo nous a envoyé ses images prises de son balcon.

Très rapidement, France 3, La Depêche et France Bleu traite l’affaire avec pour seul axe la communication du syndicat policier d’extrême droite Alliance qui fait alors un portrait à charge pour justifier l’injustifiable violence de l’arrestation. L’homme lynché à coup de muselière alors qu’il est à terre et sans arme est dépeint comme un fou dangereux au passé judiciaire. Il viendrait de « s’évader de l’hôpital psychiatrique » et il serait «  potentiellement porteur d’une grenade et d’un pistolet ».
Pour la police à ce moment, une seule chose compte : faire croire qu’il fallait à tout prix arrêter une menace ambulante pour la société.

Sauf que la réalité est assez différente. Nous nous sommes entretenus avec son avocat Maitre David Lanes ainsi qu'avec ses proches. Qu’avons nous appris ?

- Olivier n’a jamais eu d’antécédents psychiatriques
- Son passé judiciaire remonte aux années 90
- Il avait le droit de partir de l’hôpital
- Ce jour là il a eu une altercation avec un voisin violent qui était venu devant chez lui
- Olivier a utilisé une relique de fusil pas chargé et une hachette à couper son bois de barbecue afin d’éloigner le voisin
- Les armes ont été remises à la gendarmerie
- Avant l’arrivée des gendarmes, Olivier a pris beaucoup de médicaments pour se calmer
- A cause des coups des policiers qu’on voit sur la vidéo, Olivier a perdu des dents et a de nombreuses marques sur le corps
- Olivier dément certaines charges retenues contre lui, notamment la violence envers dépositaires de l’ordre public
- Il va porter plainte

Il y a donc eu deux temps dans cette affaire. En premier une altercation entre voisins à Longages et dans un deuxième temps les violences policières à Toulouse. Son avocat nous raconte qu’après l’altercation avec le voisin « Olivier a été accompagné à l’hôpital par les pompiers sur décision de la gendarmerie à cause de la surdose de médicaments. Il les avait pris pour "redescendre". »

Mais au bout d’un moment, il veut rentrer chez lui et quitter l’hôpital contre l’avis des médecins. La sécurité appelle alors la police et transmet qu’il serait « potentiellement porteur d’une grenade et d’un pistolet ». Olivier dément avoir évoqué ces termes ou proféré des menaces. Quoi qu’il en soit il n’est pas arrivé à l’hôpital avec des armes et la sécurité le savait bien. Alors pourquoi ces termes si incriminants alors qu’à ce moment tout le monde sait qu’il n’a pas d’armes ? Ça reste une zone d’ombre…

« Partir de l’hôpital comme il l’a fait, il en avait tout à fait le droit. Il voulait rentrer pour se reposer chez lui. » (Maitre David Lanes)

La police le retrouve un peu plus tard dans les rues de Toulouse et décide de l’interpeller. Les agents lancent le chien sur Olivier qui se fait mordre plusieurs fois. Alors qu’il saigne à cause des morsures, Olivier informe la police qu’il a l’hépatite C.
Dans la version policière cela se transformera en volonté de « transmission d’une substance dangereuse sur dépositaire de l’ordre public ». Olivier et son avocat démentent cette menace ou la tentative de contamination.

La suite, nous la voyons sur les images filmées par un témoin. Olivier se fait plaquer au sol par derrière et tombe violemment face contre terre. Un autre policier frappe plusieurs fois Olivier sur la tête avec la muselière du chien alors qu’il est plaqué par terre et tente tant bien que mal de se protéger des coups. Olivier a vu la vidéo et dit que c’est à ce moment là qu’il a perdu des dents.

Après ça, les pompiers l’ont amené à l’hôpital suite à ses blessures. Il a été mis en garde à vue dans la foulée et mis en examen le dimanche.

La certitude de son avocat, c’est que la police a très vite pu constater qu’il n’avait aucune arme et que l’argument qui avait été invoqué pour justifier l’ultra violence ne peut pas entrer en ligne de compte. D’ailleurs, a-t-on déjà vu une police choisir comme dispositif un plaquage hasardeux et une muselière pour arrêter un homme potentiellement armé d'une grenade et d'un pistolet ?

Loin d’être le fou dangereux décrit aux fins de couvrir une énième violence injustifiable, Olivier est avant tout un père de famille avec deux filles qui ce jour là fumait tranquillement sa clope devant chez lui avant de connaître tout ce qui allait lui arriver.

Dans cette affaire, la police est allée chercher des faits de justice remontant à 20 ans et a brandi la menace psychiatrique (qui s’avère être fausse) pour s’en servir comme d’arguments aggravants et justifiant l'injustifiable. La criminalisation des victimes est une recette systématiquement employée pour tenter de faire admettre les violences policières dans l'opinion publique. Il faut aussi noter que les journaux ont montré une grande disponibilité à relater une telle version.

Comment se fait-il qu’un homme parti d’un hôpital pour rentrer se reposer chez lui après un épisode éprouvant, se retrouve quelques minutes plus tard tabassé par la police et un jour après traîné dans la boue par un de ses syndicats d’extrême droite repris en fanfare par les médias ?

Maintenant Olivier est confronté à une autre institution aussi connue pour sa disponibilité à entériner les versions policières : la justice. Mercredi, Olivier a été placé en détention provisoire. Motifs : Son casier judiciaire de plus de 20 ans justifie aux yeux du juge une crainte de récidive. Autre argument invoqué : l’altercation avec le voisin pourrait se réitérer. Bien que son avocat ait proposé qu’Olivier réside loin de ce voisin, dans sa famille, cette option n’a pas été entendue. Ce choix plus que contestable a fait l’objet d’un recours par l’avocat qui va porter plainte avec Olivier contre les violences injustifiables qu’il a subies.


Violence et autodéfense : Interview d'Elsa Dorlin

Il n'aura peut-être jamais été autant question de la violence dans nos vies. Paradoxalement, notre société est aujourd'hui l'une des plus "pacifiée" que l'histoire n'ait jamais connu, sauf du côté de la violence d'état. C'est pourtant cette violence qui est la plus minimisée et niée, tandis que les autres "violences" sont totalement exagérées et stigmatisées. Pour tenter de prendre un peu de recul, nous avons interrogé la philosophe Elsa Dorlin, autrice de l'ouvrage "Se défendre".

 

https://youtu.be/kY_C1d6sVus

 

Interview intégrale disponible ici :
https://youtu.be/nb5lh2F_SLw


DANS L’ENFER DES EHPAD

Un article de Lille Insurgée :

Nous avons reçu un témoignage accablant d’une personne ayant travaillé dans un EHPAD du Nord au mois d’avril. Alors que depuis des semaines, le gouvernement décompte dans les « points presse » de Jérôme Salomon le nombre de morts dans les hôpitaux et les EHPAD, comme si les décès n’étaient qu’une série de chiffres lointains, les témoignages montrant la réalité inavouable du terrain ne sont que trop peu nombreux dans les médias de masse.

Il y a celles et ceux qui comptent les morts et celles et ceux qui pleurent les drames.

Le témoignage raconte la situation vécue dans un établissement abritant environ 80 résident·e·s. Un lieu décrit comme chaleureux, aux espaces de vies communs animés et aux visites fréquentes des familles. Un lieu qui tient aujourd'hui grace à la force et au courage d'une poignée de femmes, majoritaire à 95% dans l'établissement. Un EHPAD privé et familial qui était loin de penser devoir gérer une telle situation.

🔸 L’ORGANISATION DE L’ÉTABLISSEMENT FACE AU CONFINEMENT

Le confinement a considérablement transformé le visage de l'établissement. Dès les premiers jours, et du fait de soupçons de cas dans la structure, la décision a été prise de confiner tout le monde en chambre pour éviter toute transmission. Une tache compliquée à mettre en place, tout d’abord parce qu’il faut expliquer, plusieurs fois, à chaque résident·e, les raisons pour lesquelles il faut rester en chambre. « Il y a un moment où on essayait qu’ils ne sortent pas du tout de leurs chambres car on avait très peur que le virus se promène dans tout l’établissement. » Sans grand succès. Le bilan est très lourd. 40 résident·e·s ont eu des symptômes et 16 décès ont été jugés liés au coronavirus, dont la moitié ont été confirmés.

🔸LA GUERRE DES TESTS

Le directeur de l’établissement a rapidement mis en place des mesures pour faire matériellement face à la situation. Si le matériel de protection n’a pas été le problème majeur de l’établissement, les tests, eux, nécessaires à un déconfinement chambre par chambre ont manqué et manquent toujours.

« Le directeur avait réussi en bataillant avec l’ARS à obtenir 50 tests naseaux pour les résident·e·s uniquement […] malgré la volonté du directeur et le fait qu’il essaye de tout faire pour, on a refusé que les tests soient faits pour les soignant·e·s. Son but était de faire tester tout l’établissement pour pouvoir déconfiner progressivement des chambres et pour l’instant, ce n’est pas possible. Ce que l’on sait c’est qu’il y a au moins la moitié du personnel qui l'a eu, il y a eu énormément d’arrêts maladie, beaucoup de symptômes très différents. »

🔸FAIRE FACE À L’ISOLEMENT

Le confinement par chambre met les résident·e·s dans une situation d’isolement total. Un isolement encore plus strict pour les personnes suspectées d’avoir contracté le Covid. À savoir que si un·e patient·e avait l’un des symptômes suivants : la fièvre, une extrême fatigue ou une diarrhée, le résident·e était considéré·e comme un cas de Covid.

L’isolement des personnes en chambre a engendré d’importantes problématiques, surtout pour les personnes psychologiquement fragiles qui ne comprennent pas pourquoi elles ne peuvent pas sortir, pourquoi elles ne peuvent pas voir leurs familles, rendant le confinement difficile à faire respecter. Les soignant·e·s, équipé·e·s de blouses, de masques, de charlottes, de sur-blouses, de tabliers, ne sont pas toujours reconnu·e·s des résident·e·s, créant déséquilibre et désorientation. Certain·e·s résident·e·s ne savent plus où iels sont, cela crée des dépressions.

« Ça a créé ce qu’on appelle le syndrome de glissement : les personnes se laissent mourir ou dépérir. Donc il y a des personnes qui pleurent toute la journée, on a beau essayer de les sortir deux minutes, une par une au jardin en prenant toutes les précautions, c’est compliqué à mettre en place et pas toujours utile car ce dont elles ont besoin, c’est de voir leurs proches. Donc on a des personnes qui se sont laissées mourir de chagrin. Réellement. Et on ne sait pas si le Covid était là en plus ou pas car il n’y a pas de test post-mortem. »

🔸LA GESTION DES CAS DE CORONAVIRUS ET DES DÉCÈS

« Quand on isole encore plus strictement, on change de masque, de gants, après être rentré·e dans les chambres, et tous les vêtements des résident·e·s qui sont suspecté·e·s de Covid ou qui sont Covid sont dans des sacs hydrosolubles et on met tout à 60° pour détruire le virus au maximum. »

La gestion des cas de coronavirus est stricte et les personnels de l’EHPAD doivent gérer la quasi-totalité de la période d’incubation. Les hospitalisations sont rares, uniquement en cas de syndrome respiratoire aigu. « Et encore, quand c’est maintenable en EHPAD, ils nous les laissent ».

« On a deux résident·e·s qui sont parti·e·s en hôpital et qui sont revenu·e·s. La dame est décédée quelques jours plus tard à l’EHPAD alors que l’hôpital nous avait dit « y’a plus de soucis, y’a plus de danger, tout ira bien » mais en fait les syndromes respiratoires s’étaient calmés et finalement elle est décédée de fatigue parce que c’est épuisant ».

La gestion des cas de coronavirus est extrêmement difficile, mais plus dur encore, c’est la gestion des décès. Les soignant·e·s, après chaque décès, ne peuvent pas toucher au corps qui est placé dans une housse, en l’état, sans soins. C’est à dire que si une personne porte une couche, une perfusion, sonde urinaire ou autre, rien n’est retiré. Les pompes funèbres viennent chercher le corps dans l’EHPAD. Les pompes funèbres passent le corps au spray javel, le placent dans un cercueil et l’emmènent à l’incinérateur. « C’est inhumain comme traitement et c’est une des choses pour lesquelles les soignant·e·s sont de plus en plus mal », de laisser partir les corps dans ces conditions.

Alors que les directives nationales demandent qu’il n’y ait aucune visite des familles des personnes en fin de vie, la direction de l’établissement a tout de même autorisé des visites si les familles le souhaitaient, pour dire au revoir à leurs proches, considérant les directives nationales comme inhumaines. Cette décision implique de prendre sur les réserves de masques pour permettre que ces visites aient lieu sans risques. Depuis la ré-autorisation des visites, un parloir avec plexiglas a été mis en place et les visites sont limitées à une par semaine.

On observe aussi une régression des résident·e·s, qui parfois ne savent plus marcher du fait d’être resté·e·s confiné·e·s dans leurs chambres. Les soignant·e·s surmené·e·s passent parfois à côté d’autres pathologies, le coronavirus étant devenu une priorité du jour au lendemain.

🔸LA DETRESSE DES SOIGNANT·E·S

Qu'adviendra t-il des soignant·e·s quand tout cela sera terminé ?

Surmené·e·s, les personnel·le·s de l'EHPAD font preuve d'un courage exemplaire mais risque rapidement de se prendre un retour de bâton une fois l'intense période passée.

Si aujourd'hui, le travail est tellement nécessaire et important que les soignant·e·s ne peuvent penser à autre chose et mettent toute leur énergie pour que les conditions de vie des résident·e·s ne soit pas inhumaines, une fois la pression redescendue, les risques de dépression sont important pour des personnes qui ont été confrontées à la mort tous les jours pendant des semaines. « Le plus compliqué franchement à gérer, c’est déjà les personnes qu’on voit partir doucement. C’est difficile pour les personnes qui travaillent à l’année, parce que c’est leurs résident·e·s, elles les connaissent par cœur, elles font beaucoup de choses avec eux et elles les voient partir sans pouvoir les accompagner au mieux. »

Ces situations sont émotionnellement intenables, et font craindre une vague de dépressions après cette dramatique période. De plus, le fait d'être confronté-e à la mort n’est pas la seule charge émotionnelle à gérer. Les soignant·e·s doivent gérer le sentiment d'être pestiféré·e·s, de ne pas être reconnu·e·s.

La traduction la plus symbolique de ce manque de reconnaissance est sans doute la prime de 1500€ annoncée par Macron, que les soignant·e·s ne pourront pas toucher, l'établissement n'étant pas un centre hospitalier.

La traduction la plus violente de ce manque de reconnaissance est sans doute le sentiment d’être des pestiféré·e·s. « Dans les villages de campagne, tout le monde sait où les gens travaillent. »

Les soignant-e-s se sentent montré·e·s du doigt, jusque dans leurs foyers. Le sentiment de ne pas être reconnu·e dans la société grandit à mesure que la méfiance s’amplifie dans la population locale et que les distances sociales se ressentent comme du rejet. Aucune mesure ne permet d’arranger ça.

Il faut ajouter à cela le manque d'entraide dans les campagnes. Alors qu’en ville, des réseaux d’entraides solides se sont créés et que les dons aux centres hospitaliers sont nombreux, la situation en campagne est beaucoup plus complexe. S'il y a bien des dons, ils sont minimes et loin d’être de la même ampleur qu’en métropole. Cette situation pèse sur les soignant·e·s, se sentant d'autant plus isolé·e·s et seul·e·s face au virus, accentuant leur détresse.
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Retranscrire les réalités du terrain, malgré les difficultés, doit être, à l'heure où l'ensemble des médias télévisés ne parlent que de chiffres représentés sur des graphiques de façon managériale, une priorité pour ne jamais oublier, ne jamais pardonner ce à quoi les corps et les esprits ont été confrontés durant cette crise sanitaire. Et dont les responsables sont les technocrates qui ont pensé en chiffres, en euros.


AUTODÉFENSE IMMIGRÉE : SEULE LA LUTTE DONNERA LES PAPIERS

Nous, les Gilets Noirs, sommes des immigrés qui travaillons au noir ou avec le papier de quelqu'un d'autre. D'ordinaire, l’État français raciste, main dans la main avec les patrons, nous fait trimer sur les chantiers, dans les cantines, à nettoyer tout le pays. Sans papiers, on est à la merci de la sur- exploitation. Au confinement, on s’est retrouvés sans rien. Pas de chômage, alors pas d'argent pour le loyer, pour la famille ou pour la nourriture.

Depuis novembre 2018, nous les Gilets Noirs, immigrés avec ou sans papiers, fils et filles d’immigrés et personnes solidaires, habitants des foyers et locataires de la rue, nous organisons contre l’État et ses complices. Nous exigeons des papiers pour tous et toutes, sans conditions. Qu’on soit là depuis un jour ou dix ans, qu’on travaille ou qu’on ne travaille pas. Ce papier qu’on nous refuse c’est celui de la dignité et nous attaquerons l’État français et tous ses complices pour l’arracher. Nous ne voulons pas seulement des papiers, mais casser le système qui crée des sans-papiers. Chaque jour nous discutons de comment améliorer notre vie, se défendre de la police, du CRA, des patrons, de résister à la préfecture. Mais les papiers viendront par la lutte ! Et la lutte c’est pas que pour les papiers : la chose que tu n’as pas vu, c’est dans la lutte que tu vas la voir.

Nous avons manifesté devant le musée de l’immigration, devant le CRA du Mesnil-Amelot, nous avons occupé la Comédie Française, bloqué la préfecture de Paris, occupé l’aéroport de Roissy où Air France déporte les immigrés. Nous avons attaqué le siège de l’entreprise Elior qui fait son argent sur le dos des sans-papiers, et nous nous sommes invités à 600 au Panthéon. Pour exiger des papiers et un rendez-vous avec le premier Ministre, pour interpeller les « grands hommes », et pour honorer nos morts en Méditerranée et dans le désert qui n’ont pas de tombe.

Contre le Covid-19 et ses complices, autodéfense sanitaire !

Depuis que le covid-19 est en France, on lutte contre le virus, mais ce sont l’État et les gestionnaires qui nous pourrissent la vie. On vit dans les foyers comme dans des prisons. Les foyers, gérés par des associations « gestionnaires » (comme Adoma, Coallia, ADEF) ont été construits pour loger les travailleurs immigrés. Depuis plusieurs années les gestionnaires veulent détruire l’organisation de nos vies collectives d’immigrés exploités. Ils construisent des résidences « sociales » qui nous enferment dans des chambres-cellules, sans espaces collectifs. C’est nos solidarités et nos luttes qu’ils étouffent. On doit rester seul, sans famille, en espérant ne pas mourir avant le titre de séjour qui nous permettra peut-être d’aller enterrer nos morts au pays ou de voir naître nos enfants. Dans ces foyers, nous vivons avec nos frères qui ont des papiers. Mais les foyers sont nos lieux de vie politique. Au début du confinement, les gestionnaires ont fui leurs responsabilités : pas de consignes, pas de nettoyage, pas de soutien. Ils collent sur les murs du foyer des affiches en français et ferment les salles de prières et de réunion. Ils ne nettoient pas car « la javel c’est trop cher ». La seule présence des gérants c’est pour venir prendre les loyers. L’État français main dans la main avec les patrons nous fait trimer sur les chantiers, dans les cantines, à nettoyer tout le pays. Sans papiers, on est à la merci des marchands de sommeil, de la surexploitation. On doit travailler au noir. Au confinement, on s’est retrouvés sans rien. Pas de chômage, alors pas d’argent pour le loyer, pour la famille ou pour la nourriture. Les gérants veulent notre argent mais on doit manger et se soigner !

Autodéfense immigrée : seule la lutte donnera les papiers

Après quelques semaines, sous la pression des préfectures et de ceux qui ne devraient pas crier avec les loups que les foyers sont des « bombes sanitaires », les gestionnaires sont revenus dans quelques foyers. Mais on sait qui est qui. Soi-disant pour vérifier les règles de confinement alors qu’ils connaissent la situation dans laquelle on vit, ils tentent de séparer les pères des fils. Ils mentent, menacent de couper l’eau et l’électricité, font des simulacres de dépistages. Devant certains foyers, ce sont les flics qui rackettent et rôdent. L’État ne veut pas éviter la maladie, les gérants ne le veulent pas non plus. Ils veulent qu’on meurt et ils veulent notre argent.

On n’a pas attendu la répression sanitaire pour s’organiser et se défendre. Nous avons mis en place une cagnotte et organisé un réseau de ravitaillement des foyers pour se protéger de la maladie. À l’aide de nos camarades des Brigades de Solidarité Populaire qui soutiennent cette auto-organisation, nous sillonnons les foyers pour distribuer du matériel. Ils se fichent de nous : c’est nous-mêmes qui nous protégeons ! Dans les foyers, on a une culture de la solidarité. On gère nous-même la propreté et la désinfection. Les petits frères, on s’organise pour que les grands frères âgés ne fassent plus les courses. On doit faire cette mission pour nos camarades, nos frères, nos sœurs, nos enfants et nos vieux, car personne ne va le faire sinon.

Lutter pour notre dignité, pour la vie collective, pour arracher les papiers

On se défend pour ne pas se cacher. Nous voulons des papiers. Mais nous ne voulons pas d’une régularisation comme au Portugal, pour quelques mois, seulement pour certains qui ont leur dossier en préfecture ou pour ceux qui n’ont pas de casier judiciaire ou ne sont pas menacés de déportation. On ne veut pas d’une régularisation comme en Italie, en offrant nos corps pour que les pays européens subsistent sur notre dos. Travail contre papiers, c’est un chantage d’esclavagiste. Nous ne voulons pas des papiers pour raison « de santé publique » ou pour plus « d’efficacité économique ». Pour ce papier, nos âmes sont sacrifiées. On est des humains, nos droits devraient être entendus. On devrait échanger son âme contre l’industrie ou l’économie des autres ? C’est un manque de respect envers les immigrés. C’est une injure.

On veut que tous les immigrés, avec ou sans papiers, nous rejoignent. Car ce que nous subissons, les immigrés avec papiers en ont été victimes et le seront aussi. Les immigrés, et tous les exploités du monde, doivent se joindre à nous les immigrés sans-papiers. Nous ne sommes pas des ennemis entre nous. La France veut diviser entre ceux qui sont régularisés et ceux qui ne le sont pas. Ici on vit ensemble : le foyer c’est la famille, c’est ton parent. Ils appellent les sans-papiers les « sur-occupants » et nos frères avec des papiers, des « résidents ». C’est maintenant qu’il faut défendre notre vie collective, c’est notre lutte. Les résidents avec des papiers ne seront jamais libres tant que leurs fils n’auront pas les papiers.

Les papiers, jusqu’à nouvel ordre, c’est la clef de toute vie sociale digne : vivre en famille, circuler librement, travailler, étudier, se soigner, se loger. Nous avons trop demandé aux députés, aux gestionnaires, aux patrons, aux syndicats, aux associations de nous aider à nous « régulariser ». Il y a eu trop de pétitions, de tribunes qui disent l’État de « protéger les sans-papiers », trop de députés qui veulent « régulariser » pour mieux nous envoyer faire le sale travail que personne ne veut faire. Nous ne voulons pas de papiers parce que nous faisons le boulot que « les français ne veulent pas faire », mais pour pouvoir vivre dignement.

Nous irons chercher les papiers nous-mêmes, car on ne veut pas de tri : nous ne voulons pas avoir besoin de mériter les papiers ou de les mendier. Nous avons besoin de combat. Dans la lutte déjà, on trouve notre liberté, car on n’a plus peur. Après le confinement, nous appelons tous les immigrés sans-papiers et les gens qui partagent nos idées et nos manières d’agir, à soutenir notre lutte, à nous contacter, à rentrer dans le combat.

Avec ACTA, les Brigades de Solidarité populaire, Act-Up, le Collectif Place des Fêtes, Genepi, le NPSP (Nagkakaisang Pilipino Sa Pransya), la CREA (Campagne de Réquisition d’Entraide et d’Autogestion), l’Action Antifasciste Paris-Banlieue, l’Observatoire de l’état d’urgence sanitaire, la Coordination Militante Dijon, Ipeh Antifaxista, LaMeute, le Collectif des Olieux – Lille, qui appuient ce texte, nous partageons déjà ce combat. Notre force c’est les soutiens, mais la force des soutiens, c’est nous aussi. Il faut organiser des actions, des occupations, des manifestations, des grèves, des blocages. On peut construire des actions ensemble dans les semaines qui viennent. Nous ne gagnerons les papiers que par la force.

Pour exiger des papiers pour toutes et tous maintenant et pour toutes celles et ceux qui vont arriver, la destruction des centres de rétention, la fin des foyers-prisons, et des logements dignes pour tous. Contre le racisme et l’exploitation. Pour notre dignité et notre liberté.

Ni rue ni prison, papiers et liberté ! La peur a changé de camp, les Gilets noirs sont là !

Les Gilets Noirs en lutte

Mail – [email protected]
FB – Gilets Noirs en lutte
Twitter – @gilets_noirs


Pourquoi nous soutenons les révoltes des quartiers populaires

Parce que nous n’avons pas oublié que fin 2018, la violence des gilets jaunes était devenue la dernière des options pour accéder à la dignité et à une justice sociale. Certains l’ont nié. Aujourd’hui, c’est une autre bataille d’intérêt général que beaucoup ne veulent pas voir. Celle des quartiers populaires qui sont en train de se battre avec violence, car la violence est devenue la dernière option que le pouvoir leur laisse pour se défendre d’une police qui s’octroie le droit de vie ou de mort dans ces territoires.

L'accident de moto provoqué par la police à Villeneuve la Garenne, samedi 18 avril, aura donc été l'étincelle. Depuis, plusieurs quartiers populaires s'embrasent chaque nuit. Comment pouvait-il en être autrement alors que les crimes et les violences policières s’enchaînent depuis le début du confinement, dans l'indifférence médiatique, et avec la certitude maintenant acquise d'une impunité policière à toute épreuve.

Comme toujours, et comme elle l'a fait abondamment contre le mouvement des gilets jaunes, la classe politique et médiatique condamnera ces révoltes populaires et nous expliquera que rien ne justifie de telles violences. Qu'il peut y avoir de la colère, des revendications légitimes, mais que cela ne peut s'exprimer de cette façon. Elle tentera de vider de leur substance des actes éminemment politiques. Elle expliquera que cette violence n'est que sauvagerie gratuite. Mais la sauvagerie ici, c'est l'injustice. Le "territoire perdu de la République" c'est la police.

Au nom du confinement de la population, il y a déjà eu 5 morts et 10 blessés graves*. La plupart dans les quartiers populaires. Et on ne compte plus les tabassages gratuits.

Face à ces injustices, la politique ne laisse aujourd’hui plus d’autres choix que celui de la violence car elle a saboté toute alternative de dialogue qui aurait pu avoir un impact significatif dans les quartiers. Toutes les mobilisations d’associations, les pétitions, les alertes médiatiques ont été méprisées et il ne reste plus qu’à compter les morts et les blessés.

On met des mots sur nos morts. Mais pour ceux qu'on n'entend jamais, qu'on n'écoute jamais, mettre des mots ne suffit pas. Alors certains mettent des maux sur leurs morts. Faire mal à ceux qui font du mal. Qui font le mal.

Comme lors des gros actes gilets jaunes, la violence qui embrase aujourd’hui les quartiers populaires est la construction d’une riposte face à une réelle menace. La menace d'une police qui s’octroie la peine de mort sur les habitants des quartiers. Aujourd’hui, que vous fassiez de la moto sans casque comme Mouldi à Villeneuve La Garenne ou que vous rentriez simplement de vos courses comme Ramatoulaye à Aubervilliers, la police peut vous tomber dessus et vous casser la gueule, ou vous tuer, comme c’est arrivé à Mohamed à Bézier.

La révolte en cours et en devenir dans les quartiers populaires, c’est la réaction à une progression fulgurante d’un État policier raciste et classiste. 

La révolte de personnes parmi les plus exposées à l’injustice d’un système ne doit pas être condamnée. C'est une révolte populaire et elle doit être soutenue !

SIGNATAIRES (LISTE OUVERTE) :
AB7 Média - Cerveaux Non Disponibles – C.L.A.P33 - CNT Gironde - Coordination des Luttes – Désobéissance Ecolo Paris – Femmes Gilets Jaunes - Florian Neau – Front Social 13 – Front Social 54 - GJ Les réfractaires du 80 – Gilets Jaunes Loiret 45 - Gilets Jaunes 42 - Gilets jaunes 54  – Gilets jaunes de Lorraine – Gilets Nantais - GJ Rungis – GJ Genevilliers – Gilet jaune 62 peuple unis - Impact média militant – Jaunes Etc 33 - Jérôme Rodrigues – La France en colère carte des rassemblements – Le Relais - Leïla Dijoux - Lelly gijabet - Lelly gijabet Live - Lille Insurgée – L'Orchestre Poétique d'Avant-guerre - Média Jaune Lorraine - Mickael Wamen (ex Goodyear) – Montpellier Poing Info – Montreuil rebelle au service des luttes populaires – Nantes Révoltée – Le Peuple Uni – Lyon Insurrection – Paris blocage résistance – Peuple Révolté – Philippe Lefebvre - Printemps Jaune – Rhéo - Ritchy Thibault - Source Média Indépendant – Secours Rouge Toulouse – Sud Education 92 - Teleia les Luttes- Ultimatum GJ - UFJP - Des Gilets Jaunes Paris Sud (Ianos Borovi, Elisabeth Zucker, Luc Chelly, Lena Grigoriadou, Marina Deslaugiers, Hélène Belghaouth, Patrick GOUAULT, Luc-Henry Choquet , Frédérique VICTOIRE, Valérie Martineau ,Lise Bouzidi)

Pour signer ce texte, envoyez un mail à [email protected]

Tribune disponible au format pdf ICI.

* https://paris-luttes.info/au-nom-de-la-lutte-contre-le-covid-13848


Confinez votre peur !

Tribune (anonyme)

Ce n'est pas le covid qui m'empêche et me fait peur, mais la police, c'est la police qui me fait peur, c'est elle qui m’empêche de sortir. Est-ce si compliqué de le dire ? Où faut-il encore jouer la comédie ? Et les appels à rester chez soi pour sauver l'hôpital n'auront été rien d'autre qu'une farce. Car rester chez soi ne sauve en rien un hôpital quand celui-ci est sous le coup d'une politique libérale comptable. Sans pressions populaire dans la rue aucun hôpital s'en trouverait sauvé. C'est un conte de fée que de croire un instant que l'hôpital serait sauvé par l'inaction et l'absence de manifestations, qu'il serait sauvé par le virus seul, et c'est une tartufferie majeure que de reporter à plus tard manifestations et contestations car après c'est encore d'autres problèmes. Et c'est pourquoi seule la police m'empêche de sortir et de manifester, et le dire donne une autre description du présent. Aucune adhésion, seulement une oppression, seulement une répression.

Et puisqu'il n'y aura pas de test massifs, pourquoi donc continuer ce confinement ?
Par peur de la police.
C'est la police qui nous confine. Ce n'est pas une quelconque politique sanitaire. C'est une politique libérale autoritaire qui nous confine.
A ce stade nous n'avons rien d'autre à faire que de s'équiper d'un masque et sortir. Et sortir manifester. Et c'est la police qui m'interdit de manifester, rien d'autre. Et qu'à la fin des fins c'est le droit de manifester qui aura été ainsi camouflé, retiré, pour la reconduction d'une politique libérale. Et la police n'aura jamais eu autant de pouvoir.

On se demande toujours comment un pouvoir autoritaire trouve les ressources de la servitude volontaire. Et bien regardez c'est à l’œuvre.
Il lui suffit de tisser une histoire à laquelle tout le monde est convié, un rôle pour chacun. Première ligne, seconde ligne, troisième ligne. Une belle distribution. Et c'est dans la terreur de l'uniforme planqué là dans l'ombre que chacun joue.
Mais je vous le dis, je ne veux plus jouer. Et je ne vois que de mauvais acteurs, de faux dévots, des tartuffes et beaucoup de gens terrorisés se racontant la nuit tombée le sauvetage des hôpitaux, s'applaudissant chaque jour, se donnant du courage, dans cette mauvaise comédie pour ne pas affronter la police, lui faire face.

Car c'est la vérité. Le pouvoir ne tient plus que par sa police. Vrai plus que jamais, une fois la comédie défaite.