La lettre d'un jeune étudiant, Matéo, à son ancien professeur

Une longue lettre, qui ne vous laissera pas indemne.

 

Bonjour Monsieur,

Ce mail n’appelle pas nécessairement de réponse de votre part, je cherchais simplement à écrire mon désarroi. Ne sachant plus à qui faire part du profond mal-être qui m’habite c’est vous qui m’êtes venu à l’esprit.

Même si cela remonte à longtemps, l’année que j’ai passée en cours avec vous a eu une influence déterminante sur les valeurs et les idéaux qui sont aujourd’hui miens et que je tente de défendre à tout prix, c’est pour cela que j’ai l’intime conviction que vous serez parmi les plus à même de comprendre ce que j’essaye d’exprimer.

Ces dernières semaines ont eu raison du peu d’espoir qu’il me restait. Comment pourrait-il en être autrement ? Cette année était celle de mes 21 ans, c’est également celle qui a vu disparaître mon envie de me battre pour un monde meilleur.

Chaque semaine je manifeste inlassablement avec mes amis et mes proches sans observer le moindre changement, je ne sais plus pourquoi je descends dans la rue, il est désormais devenu clair que rien ne changera. Je ne peux parler de mon mal-être à mes amis, je sais qu’il habite nombre d’entre eux également.

Nos études n’ont désormais plus aucun sens, nous avons perdu de vue le sens de ce que nous apprenons et la raison pour laquelle nous l’apprenons car il nous est désormais impossible de nous projeter sans voir le triste futur qui nous attend.

Chaque semaine une nouvelle décision du gouvernement vient assombrir le tableau de cette année. Les étudiants sont réduits au silence, privés de leurs traditionnels moyens d’expression.

Bientôt un blocage d’université nous conduira à une amende de plusieurs milliers d’euros et à une peine de prison ferme.

Bientôt les travaux universitaires seront soumis à des commissions d’enquêtes par un gouvernement qui se targue d’être le grand défenseur de la liberté d’expression.

Qu’en est-il de ceux qui refuseront de rentrer dans le rang ?

Je crois avoir ma réponse.

Samedi soir, le 5 décembre, j’étais présent Place de la République à Paris.

J’ai vu les forces de l’ordre lancer à l’aveugle par-dessus leurs barricades anti-émeutes des salves de grenades GM2L sur une foule de manifestants en colère, habités par une rage d’en découdre avec ce gouvernement et ses représentants.

J’ai vu le jeune homme devant moi se pencher pour ramasser ce qui ressemblait à s’y méprendre aux restes d’une grenade lacrymogène mais qui était en réalité une grenade GM2L tombée quelques secondes plus tôt et n’ayant pas encore explosée.

Je me suis vu lui crier de la lâcher lorsque celle-ci explosa dans sa main.

Tout s’est passé très vite, je l’ai empoigné par le dos ou par le sac et je l’ai guidé à l’extérieur de la zone

d’affrontements.

Je l’ai assis au pied de la statue au centre de la place et j’ai alors vu ce à quoi ressemblait une main en charpie, privée de ses cinq doigts, sorte de bouillie sanguinolente.

Je le rappelle, j’ai 21 ans et je suis étudiant en sciences sociales, personne ne m’a appris à traiter des blessures de guerre.

J’ai crié, crié et appelé les street medics à l’aide.

Un homme qui avait suivi la scène a rapidement accouru, il m’a crié de faire un garrot sur le bras droit de la victime.

Un garrot… Comment pourrais-je avoir la moindre idée de comment placer un garrot sur une victime qui a perdu sa main moins d’une minute plus tôt ?

Après quelques instants qui m’ont paru interminables, les street medics sont arrivés et ont pris les choses en main.

Jamais je n’avais fait face à un tel sentiment d’impuissance. J’étais venu manifester, exprimer mon mécontentement contre les réformes de ce gouvernement qui refuse de baisser les yeux sur ses sujets qui souffrent, sur sa jeunesse qui se noie et sur toute cette frange de la population qui suffoque dans la précarité.

Je sais pertinemment que mes protestations n’y changeront rien, mais manifester le samedi me permet de garder à l’esprit que je ne suis pas seul, que le mal-être qui m’habite est général. Pourtant, ce samedi plutôt que de rentrer chez moi heureux d’avoir revu des amis et d’avoir rencontré des gens qui gardent espoir, je suis rentré chez moi dépité, impuissant et révolté.

Dites-moi Monsieur, comment un étudiant de 21 ans qui vient simplement exprimer sa colère la plus légitime peut-il se retrouver à tenter d’installer un garrot sur le bras d’un inconnu qui vient littéralement de se faire arracher la main sous ses propres yeux, à seulement deux ou trois mètres de lui.

Comment en suis-je arrivé là ? Comment en sommes-nous arrivés là ?

Je n’ai plus peur de le dire. Aujourd’hui j’ai un dégoût profond pour cette République moribonde.

Les individus au pouvoir ont perverti ses valeurs et l’ont transformée en appareil répressif à la solde du libéralisme.

J’ai développé malgré moi une haine profonde pour son bras armé qui défend pour envers et contre tous ces hommes et ces femmes politiques qui n’ont que faire de ce qu’il se passe en bas de leurs châteaux.

J’ai toujours défendu des valeurs humanistes et pacifistes, qui m’ont été inculquées par mes parents et desquelles j’ai jusqu’ici toujours été très fier.

C’est donc les larmes aux yeux que j’écris ceci mais dites-moi Monsieur, comment aujourd’hui après ce que j’ai vu pourrais-je rester pacifique ?

Comment ces individus masqués, sans matricules pourtant obligatoires peuvent-ils nous mutiler en toute impunité et rentrer chez eux auprès de leur famille comme si tout était normal ?

Dans quel monde vivons-nous ?

Dans un monde où une association de policiers peut ouvertement appeler au meurtre des manifestants sur les réseaux sociaux, dans un monde où les parlementaires et le gouvernement souhaitent renforcer les pouvoirs de cette police administrative qui frappe mutile et tue.

Croyez-moi Monsieur, lorsque je vous dis qu’il est bien difficile de rester pacifique dans un tel monde…

Aujourd’hui être français est devenu un fardeau, je suis l’un de ces individus que l’Etat qualifie de « séparatiste », pourtant je ne suis pas musulman, ni même chrétien d’ailleurs.

Je suis blanc, issu de la classe moyenne, un privilégié en somme…

Mais quelle est donc alors cette religion qui a fait naître en moi une telle défiance vis-à-vis de l’Etat et de la République ?

Que ces gens là-haut se posent les bonnes questions, ma haine pour eux n’est pas due à un quelconque endoctrinement, je n’appartiens à l’heure actuelle à aucune organisation, à aucun culte « sécessioniste ».

Pourtant je suis las d’être français, las de me battre pour un pays qui ne veut pas changer.

Le gouvernement et les individus au pouvoir sont ceux qui me poussent vers le séparatisme.

Plutôt que de mettre sur pied des lois visant à réprimer le séparatisme chez les enfants et les étudiants qu’ils s’interrogent sur les raisons qui se cachent derrière cette défiance.

La France n’est plus ce qu’elle était, et je refuse d’être associé à ce qu’elle représente aujourd’hui.

Aujourd’hui et malgré moi je suis breton avant d’être français. Je ne demanderais à personne de comprendre mon raisonnement, seulement aujourd’hui j’ai besoin de me raccrocher à quelque chose, une lueur, qui aussi infime soit-elle me permette de croire que tout n’est pas perdu.

Ainsi c’est à regret que je dis cela mais cette lueur je ne la retrouve plus en France, nous allons au-devant de troubles encore plus grands, le pays est divisé et l’antagonisme grandit de jour en jour.

Si rien n’est fait les jeunes qui comme moi chercheront une sortie, un espoir alternatif en lequel croire, quand bien même celui-ci serait utopique, seront bien plus nombreux que ne l’imaginent nos dirigeants.

Et ce ne sont pas leurs lois contre le séparatisme qui pourront y changer quelque chose.

Pour certains cela sera la religion, pour d’autre comme moi, le régionalisme.

Comment pourrait-il en être autrement quand 90% des médias ne s’intéressent qu’aux policiers armés jusqu’aux dents qui ont été malmenés par les manifestants ?

Nous sommes plus de 40 heures après les événements de samedi soir et pourtant je n’ai vu nulle part mentionné le fait qu’un manifestant avait perdu sa main, qu’un journaliste avait été blessé à la jambe par des éclats de grenades supposées sans-danger.

Seul ce qui reste de la presse indépendante tente encore aujourd’hui de faire la lumière sur les événements terribles qui continuent de se produire chaque semaine.

Soyons reconnaissants qu’ils continuent de le faire malgré les tentatives d’intimidation qu’ils subissent en marge de chaque manifestation.

Je tenais à vous le dire Monsieur, la jeunesse perd pied.

Dans mon entourage sur Paris, les seuls de mes amis qui ne partagent pas mon mal-être sont ceux qui ont décidé de fermer les yeux et de demeurer apolitiques.

Comment les blâmer ?

Tout semble plus simple de leur point de vue. Nous sommes cloîtrés chez nous pendant que la planète se meurt dans l’indifférence généralisée, nous sommes rendus responsables de la propagation du virus alors même que nous sacrifions nos jeunes années pour le bien de ceux qui ont conduit la France dans cette impasse.

Les jeunes n’ont plus l’envie d’apprendre et les enseignants plus l’envie d’enseigner à des écrans noirs.

Nous sacrifions nos samedis pour aller protester contre ce que nous considérons comme étant une profonde injustice, ce à quoi l’on nous répond par des tirs de grenades, de gaz lacrymogènes ou de LBD suivant les humeurs des forces de l’ordre.

Nous sommes l’avenir de ce pays pourtant l’on refuse de nous écouter, pire, nous sommes muselés. Beaucoup de choses ont été promises, nous ne sommes pas dupes.

Ne gaspillez pas votre temps à me répondre. Il s’agissait surtout pour moi d’écrire mes peines. Je ne vous en fait part que parce que je sais que cette lettre ne constituera pas une surprise pour vous. Vous êtes au premier rang, vous savez à quel point l’abîme dans laquelle sombre la jeunesse est profond.

Je vous demanderai également de ne pas vous inquiéter. Aussi sombre cette lettre soit-elle j’ai toujours la tête bien fixée sur les épaules et j’attache trop d’importance à l’éducation que m’ont offert mes parents pour aller faire quelque chose de regrettable, cette lettre n’est donc en aucun cas un appel au secours.

J’éprouvais seulement le besoin d’être entendu par quelqu’un qui je le sais, me comprendra.

Matéo


Darmanin : mytho de l'intérieur et de l'arbitraire

MYTHO DE L’INTÉRIEUR ET DE L'ARBITRAIRE

Il devait casser du "méchant Black Bloc", il arrête des militant.es, des mineur·es, des journalistes, des daronnes, des membres des Brigades de Solidarité Populaire, un avocat, monsieur et madame tout le monde, des gens très ordinaires, nous et vous... En tout plus de 150 interpellations et 120 gardes à vue. Retour sur un fiasco qui vaut aujourd’hui aux malchanceux·ses de passer leur 3e nuit derrière les barreaux pour justifier les mythos du ministre de l’intérieur.

Darmanin avait une mission en ce jour de manifestation contre les lois liberticides. Comme l’a révélé le Canard Enchaîné du 9 décembre ; Macron l’avait chargé de faire un coup de filet sur les « Black Blocs ».

Après une semaine de propagande contre-insurrectionnelle des médias et de certains partis de gauche, il ne faisait pas bon pratiquer l’émeute samedi dernier. Le dispositif hors norme avait pour consigne d’empêcher toute casse et il a réussi.

Néanmoins, Darmanin devait saisir du Black bloc pour remplir sa mission. Ni une, ni deux, il suffisait d’envoyer quelques CRS pour arrêter n’importe qui. C’est ainsi que des personnes se sont retrouvées extirpées manu militari de la manifestation au hasard.

Cependant, il est fort probable que la bleusaille en ait aussi profité pour arrêter les têtes connues, qui ne leur reviennent pas. C’est ainsi que Mélanie, en procès contre Dominique Caffin, le commandant de CRS qui lui avait asséné un violent coup de matraque derrière la tête en 2019 et qui par ailleurs commandait l'unité impliquée dans l'opération du Burger King contre des gilets jaunes, a aussi été arrêtée. Vengeance ? Intimidation ? Humiliation ?

Aujourd’hui, nous n’avons pas toutes les informations sur les gardé.es à vue. Certains sont sortis après 24H, comme les mineurs qui avaient été arrêté·es. Mais nous savons que trois militantes vont effectuer leur 3ème nuit derrière les barreaux, pour des motifs fallacieux comme attroupement en vue de commettre des violences. Rappelons que dans cette répression aveugle de samedi, les porteur·ses de banderoles, de parapluie et de simples pancartes, les mots qui contestent le pouvoir, ou le tournent en dérision, ont aussi été pris pour cible et semblent aussi devoir être définitivement éradiqués.

Ces trois personnes passeront mardi au TGI de Paris devant le procureur puis le juge des libertés. La justice va-telle ce soir et demain se faire l'instrument de la police et valider les mythos de Darmanin qui s’était vanté d’avoir arrêté « des individus ultra violents »?

Hormis ces personnes dont nous avons eu des nouvelles. Il y en a qui manquent encore à l’appel et sont certainement dans des situations compliquées, enfermées en attendant que la police trouve de quoi convaincre la justice de les poursuivre.

Soutien inconditionnel à tous·tes les interpellé·es qui manifestaient samedi contre des lois liberticides, contre la loi sécurité globale, contre la loi séparatisme et contre l’islamophobie.

Il est intolérable que des vies soient mises en danger pour satisfaire les challenges qu'un président donne à son ministre de l'intérieur.

 


Arrestation arbitraire : dissuader la remise en cause de l'ordre social

ARRESTATION ARBITRAIRE : Dissuader ceux qui remettent en cause l'ordre social et policier

Mélanie fait partie des quelques 150 personnes qui ont été placées en garde à vue lors des violentes charges orchestrées par la préfecture de police de Paris contre les manifestant.es, lors de la manifestation « Contre les séparatismes » et « Sécurité globale » du samedi 12 décembre 2020. Au moment où nous écrivons, elle est toujours détenue au commissariat du 19e arrondissement.

Blessée le 20 avril 2019, au cours d’un des actes du mouvement des gilets jaunes, Mélanie a, comme beaucoup d’autres blessés, déposé plainte devant l’IGPN. Et comme pour tous les autres, cette plainte a été classée sans suite par le Parquet de Paris. Elle explique ici pourquoi :

Mélanie n’a pas l’intention d’en rester là et décide de porter plainte contre le commandant Dominique Caffin, le CRS réputé pour sa brutalité qui est l’auteur des coups reçus le 20 avril 2019 :

https://www.liberation.fr/france/2020/07/13/violences-policieres-un-chef-crs-jamais-inquiete_1794198

Défendue par Arié Alimi, son procès est prévu pour le 15 avril 2021.

L’arrestation de Mélanie lors de la manifestation du 12 décembre ressemble étrangement à une sanction pour « outrecuidance ». Comme d’autres gilets jaunes, Mélanie n’est pas du genre à accepter les verdicts de la justice lorsque ceux-ci entérinent purement et simplement l’impunité des forces de l’ordre. En témoignent son engagement constant depuis 2019 dans un certain nombre de collectifs de blessés par la police (Collectif vies volées, Les mutilé.es pour l’exemple), et sa participation à de très nombreuses rencontres ou émissions de radio aux côtés de l’Assemblée des blessés des Familles et des Collectifs contre les Violences Policières ou encore du collectif Désarmons-les, dont l’un des membres, Ian B, vient d’écoper de huit mois de prison ferme (soit une peine extrêmement lourde eu égard à la fragilité des preuves apportées). Sans compter l’investissement très important de Mélanie au sein du groupe des Réfractaires du 80, qui a été un des fers de lance de la lutte des gilets jaunes dans les Hauts de France. Le 4 décembre dernier, avec trois autres membres des Réfractaires du 80, Mélanie a assisté au procès d’Aurélien et de Jérémy, deux membres du groupe qui ont eux aussi pris très cher, en termes de mépris social et de peines infligées. Mélanie est alors photographiée à de nombreuses reprises par un gendarme, en dépit des protestations de ses camarades.

Si on accepte l’hypothèse que la police est venue « faire son marché » lors de la manifestation parisienne du 12 décembre, il est à parier que cette forte tête ait été délibérément ciblée, l’objectif étant d’intimider durablement, d’humilier, et finalement de dissuader ceux et celles qui ont eu l’audace de contester l’ordre social et policier et de s’opposer de toutes leurs forces aux dérives autoritaires qui caractérise aujourd’hui l’État français. L’acharnement dont Mélanie est l’objet est inacceptable : blessée une première fois dans son corps, elle est maintenant enfermée pour un temps indéterminé, le temps sans doute d’évaluer si elle ne pourrait pas, sur la base de faux en écriture publique, être inculpée.

EDIT Lundi 16H53 : Mélanie va passer une nouvelle nuit au dépôt. Elle ne passera que demain matin devant le juge des libertés. On ne connaît toujours pas le motif de l'inculpation. Cet acharnement vise à la détruire. (message de ses proches)

 

 

 


Paris Xe : Une école maternelle transformée en commissariat

UNE ÉCOLE MATERNELLE TRANSFORMÉE EN COMMISSARIAT ! Sur les ruines du Paradis commence l’enfer

Dévastée par une pluie torrentielle en 2019, l’école Paradis dans le Xe arrondissement de Paris va définitivement fermer ses portes.

Cette maternelle, situé dans le Xe bobo, était dans l’attente des travaux promis par la Mairie. Les élèves, les enseignant-e-s et le périscolaire étaient hébergés depuis plus d’un an dans les écoles avoisinantes dans des conditions précaires et dégradées. Las ! Début novembre 2020, sans concertation ni information préalable, on apprend lors du conseil d’école d’une des écoles « hôtes » que Paradis n’ouvrirait pas. L’école Chabrol élémentaire deviendrait polyvalente à la rentrée 2021, les enseignant-e-s de Paradis renvoyé-e-s dans l’enfer des mutations sans priorité pour garder leur poste !

photo et texte : Le Parisien

A la tête de la décision de fermeture, Alexandra Cordebard, de sinistre mémoire bras armé d’Hidalgo dans la mise au pas des enseignant-e-s opposé-e-s aux rythmes scolaires avec le mercredi matin travaillé, prouve une fois de plus son mépris à l’égard de l’école.

Cerise sur le gâteau, les locaux de feu Paradis seront occupés par la police municipale, nouvelle acmé de la politique de la mairesse de Paris, dont l’ambition est de donner des gages bien réacs en vue d’une candidature aux présidentielles.

L’annonce de la transformation de Paradis en hôtel de police a provoqué l’émoi des parents et de quelques élus de l’arrondissement ; leur réaction n’est quand même pas à la hauteur de l’attaque !

Transformer une école en commissariat, qu’elle soit municipale ou nationale, est un symbole fort de la dérive autoritaire des puissant-e-es qui se veulent en charge de nos vies.

Depuis la crise sanitaire, la mobilisation des gilets jaunes, les mobilisations sociales de ces dernières années, les thuriféraires de la « démocratie blindée » ont tombé le masque : leur seul rempart semble être de renforcer la police et le contrôle social des populations en établissant un flicage serré du territoire.


Marche des libertés à Paris - l'intention de briser

Il est plus grave de casser une vitrine qu'une personne. Telle est la devise d'une République bourgeoise et de son bras armé qui n'ont pas hésité à blesser et arrêter des manifestants sans même savoir pour quelle raison.

Samedi 12 décembre a été une des manifestations les plus compliquées que nous ayons connues jusqu'alors. Une répression violente, une nouvelle stratégie offensive de la part de la préfecture difficilement comparable avec des évènements précédents. Les prémices d'une vie dans un pays totalitaire.

Plus de 3000 policiers (contre 2000 samedi dernier), entouraient une zone géographique entière, de Châtelet à République. Des dizaines de rues fermées pour y stocker les camions de CRS, les 6 canons à eau rien que place du Châtelet, les barrières anti-émeute et autres engins de maintien de l'ordre. Coté manifestants le nombre était d'au moins 10 000. Un nombre honorable au vu des défections d'organisations dites de gauche et des très nombreux contrôles policiers des manifestant.es visant clairement à les décourager de rejoindre le cortège, certains policiers allant jusqu’à déclarer que la manifestation était interdite alors qu’elle était autorisée. Mais le nombre est clairement insuffisant pour faire face à l'état policier.

Lors du mouvement des gilets jaunes, nous observions ces dispositifs d'ampleur (en particulier le 8 décembre 2018) sans pour autant pouvoir les comparer avec la manifestation de ce samedi : Une manifestation déclarée, rassemblant collectifs, associations, parti politique (le NPA ) descendus dans la rue contre la loi sécurité globale et la loi séparatisme, cette loi moins connue qui vise à établir une ségrégation islamophobe.

Nous avons, depuis la place de Châtelet jusqu'à la place de la République, subi de manière ininterrompue des charges policières violentes et frénétiques complètement incompréhensibles au vu du calme dont faisait preuve le cortège. Et pour cause. Une chose a changé dans le maintien de l'ordre. La police intervenait de façon "préventive" ! Une doctrine que Lallement affectionne et qui lui a en partie valu sa nomination à Paris.

Après avoir rongé son frein pendant quelques semaines, le préfet a pu revenir à sa méthode préférée, et même l'amplifier : les offensives policières se sont intégralement effectuées sur la base d'intentions et non d'actes ou de tentatives d'actes.
Les policiers ont multiplié les arrestations arbitraires sur le simple fait qu'ils estimaient que tel ou tel individu avait l'intention de commettre des dégradations. Ainsi, l'ensemble des personnes qui étaient venues à la manifestation habillées de manière un peu trop sombre, qui avaient combiné masque et capuche, étaient immédiatement prises en chasse par les voltigeurs ou les compagnies d'intervention puis interpellées. Si elles n'avaient pas été interpellées lors des fouilles préventives effectuées avant la manifestation.
Rappelons que l'intention ne peut pourtant aucunement faire l'objet de procédure pénale.
Principe de droit fondamental mais totalement ignoré par les donneurs d'ordre.

Ainsi, pour effectuer ces interpellations au cœur des cortèges sur les personnes qui avaient eu le malheur de mettre un pantalon et un sweat noir, la police chargeait et matraquait au passage des dizaines de personnes qui n'étaient même pas leurs cibles initiales. Souvent d'ailleurs, devant l'impossibilité d'interpeller de par la densité de la foule et le chaos que les charges ont créé, la personne vêtue de noir, la police changeait de cible pour interpeller la personne la plus proche.

Ce genre de charges, il y en a eu des dizaines. Les policiers disposés de chaque côté du cortège, effectuaient plusieurs charges consécutives, de chaque côté du cortège, à intervalle de 5 à 10 minutes. Les manifestant.e.s à minima déboussolé.es, tombaient, se poussaient, couraient, se faisaient matraquer, puis interpeller. Nous avons clairement observé une politique du chiffre et de la terreur ce samedi 12 décembre à Paris. Les policiers ont appliqué à la lettre les volontés de la Place Beauvau révélées dans le Canard Enchaîné du 9 décembre : prendre de gros risques. Assumer les dégâts collatéraux.

De l'avis de tous les témoignages, avec pour preuve les multiples vidéos, la violence a été inouïe, et les dégâts humains du côté des manifestant.e.s, colossaux. La soixantaine de street-medics, dont certains ont été interpellé.es, nous disent ne jamais avoir autant pris en charge de blessures à la tête. Les coups de matraques ont fait apparaître de multiples hématomes, ont ouvert des crânes.

Les interpellations elles, sont à l'image de l'absurdité de la répression. Deux gilets jaunes, mutilées pendant le mouvement et qui font partie du collectif "Les mutilé.es pour l'exemple" passeront une deuxième nuit en garde à vue. Un avocat du collectif "Black robe brigade" relâché plusieurs heures après. Un millitant du comité de sans papiers de Montreuil, interpellé en sortant du cortège. Des membres des Brigades de solidarité populaire qui avaient un cortège lors de la manif, prolongé.es également pour 24h de plus. Quatre journalistes et photos-reporters qui exerçaient leur metier dont un reporter du média QG, qui va passer sa deuxième nuit au poste. Des lycéen.ne.s mineur.e.s. Et beaucoup d'autres qui n'ont pour seul "tort" que de s'être habillé un peu trop en noir.

149 interpellations, 123 gardés à vue qu'on aura privés de liberté pendant 24 ou 48 heures et que pour beaucoup on libérera faute de pouvoir caractériser des faits qui n'ont pas eu lieu. 6 seront emmenés devant le tribunal en comparution immédiate pour des faits comme "groupement en vue", "outrage" ou "dissimulation du visage". Des charges qui permettent de condamner sur la base de faux en écriture, d'intentions ou pour avoir simplement porter le masque obligatoire.

L'ensemble des médias "mainstreams" parlent de la réussite de cette manifestation en termes de maintien de l'ordre effectué. De cette nouvelle stratégie gagnante. Ils prennent pour exemple des images de la manifestation sans casse. En effet, la casse n'a pas été matérielle. Elle a été humaine.

Le pouvoir et les médias nous ont confirmé une chose que nous savions déjà depuis longtemps mais que le pouvoir refusait d'admettre de manière aussi explicite. La vie d'une vitrine vaut plus que celle d'un.e manifestant.e. La bourgeoisie capitaliste au pouvoir ne peut se permettre de voir ses privilèges menacés. Que ce soit par la grève ou la casse de ses symboles. Alors elle casse les grèves et les corps.

Samedi, non seulement nos libertés ont été bafouées mais des vies ont été brisées, dans l’indifférence générale.

 

Crédit photo : @ParisHS_ (twitter)


13'12 contre les violences policières

13'12 CONTRE LES VIOLENCES POLICIÈRES

Il est des projets musicaux qui marquent leur Histoire. 13'12 contre les violences policières épingle un fléau qu'on voudrait dire "de notre époque", et qui pourtant dure depuis des générations et semble se refiler comme la peste. A l'heure où on tente de minimiser l'entendue du problème sur les télés poubelles du pouvoir, voici un morceau sans détour qui parle du vécu et d'un sentiment grandissant en France, celui d'une police qui a fait main basse sur le territoire et qui humilie, blesse, mutile ou tue au gré de ses pulsions. Et toujours, couverte par la hiérarchie...

Parce que la police tue en moyenne 18 personnes chaque année en France, majoritairement de jeunes hommes arabes ou noirs.

Parce que ça dure depuis trop longtemps et que trop peu s'en émeuvent.

Parce que l'agenda politique ne semble pas avoir pour objectif d'y mettre un terme, à l'heure où au contraire un projet de loi sur la "sécurité globale" (sic) prévoit entre autres choses d'interdire de photographier ou filmer les policiers dans l'exercice de leurs fonctions, et est en cours d'examen par l'Assemblée Nationale.

Pour que l'information circule. Pour assurer notre soutien plein et entier aux victimes et à leurs familles. Pour que ces exactions cessent. Parce que nous refusons d'être les complices silencieux de ces meurtres racistes.

Pour toutes ces raisons, nous avons choisi de parler. Ou plus exactement de rapper.

Nous sommes 33 MC's, sur un seul morceau, tou.te.s uni.e.s derrière une même exigence de justice, derrière une seule et unique bannière sur laquelle il pourrait être inscrit: "13'12 contre les violences policières".

L'intégralité des fonds réunis, au delà des 1000 premiers euros nécessaires à la production du CD, iront aux victimes et familles de victimes de la police : LIEN DE LA CAGNOTTE

Lien vers le morceau audio sur Bandcamp

Lien pour retrouver le morceau sur les autres plateformes habituelles : ICI

Le clip est réalisé par source-media.fr

CRÉDITS...

Crédits 12'13 contre les violences policières

Les featurings dont on se serait bien passé... Ceux que l'Histoire jugera.
Darmanin avec les violences policières, sexuelles et racistes

 

 


Le séparatisme des riches

Loi séparatisme : le vrai séparatisme est celui des riches

Au pays où on flashballe ceux qui réclament la devise "liberté égalité fraternité" une loi entend faire face « à ce qui malmène la cohésion nationale et la fraternité […] et bafoue les exigences minimales de vie en société et conforter les principes républicains »

Cohésion, fraternité, exigence de vie en société, principes républicains... La belle blague ! On pourrait en rire si derrière ces faux principes ne régnait pas l'horreur d'une situation qui vire à la surveillance de masse, au racisme d'état décomplexé, au fichage et à l'avènement d'un état policier.

Macron s'est employé méthodiquement à défoncer chaque petite brique de bien commun depuis qu'il est au pouvoir, à anéantir ce qui est utile à tout le monde, comme l'hôpital et a fait tout ce qui permettait de précariser les emplois. Comment croire une seule seconde que tout cela était dans l'intérêt de "la cohésion nationale et la fraternité" comme prétend le rappeler cette loi ? Le résultat du macronisme n'est que l'extension de l'atomisation des individus.

Il aura suffi d'une succession de sinistres de l'intérieur toujours plus fachos les uns que les autres et l'abjecte instrumentalisation d'un attentat sur un prof pour qu'enfin un gouvernement arrive à ses fins les plus crapuleuses : faire oublier un instant que sa politique est un désastre social, économique et affectif. Que sa théorie du ruissellement est une liquidation en règle de tous les pauvres de France qui n'en boiront pas une seule goutte.

Ceux qui nous pondent aujourd'hui une loi contre le séparatisme sont en vérité ceux qui sont le plus séparés des autres. Ils nous pointent du doigt en criant "séparatistes !" comme jadis ils auraient crié "anarchistes !" alors qu'en même temps ce sont eux qui sont en train de se barrer loin du monde en emportant la caisse sous le bras.

Ils voient la haine chez les autres mais sont bien souvent ceux qui en ont le plus pour tout le monde.

Regardez un spécimen comme Zemmour qui s'emploie toute la journée sur une télé poubelle à raconter sa panique de bourgeois dépassé par un monde qui l'ignore royalement et fait sa vie sans lui.

Le peuple pourrait bien demain, faire sa vie sans eux, les "puissants", ceux d'en haut. Leur faire une révolution, les dégager pour de bon et mettre la France en autogestion. Ils le savent et c'est en cela qu'ils ont besoin de nous designer comme des séparatistes. Pour nous jeter en premier à la figure le tort de ce qu'ils sont en train de faire eux mêmes.

Les histoires d'islam radical ne sont dans tout cela que des épouvantails et des amalgames racistes hérités du colonialisme pour faire avaler un package sécuritaire à une population meurtrie par les attentats et prête à se raccrocher au premier escroc qui vend de la solution. Ces escrocs, ce sont ceux qui arrivent avec le projet de loi sur le séparatisme, renommé en "projet de loi confortant le respect des principes de la République".

Cette loi profite d'une situation de choc (épidémie, attentats) pour imposer un grand foutoir d'articles se superposant à du droit existant. Pèle mêle nous avons un bloc de lois contre le mariage forcé ou les propos terroristes...soit, même si ça existe déjà... mais aussi contre la haine en ligne façon grand retour de loi Avia qui ne manquera pas de mettre en taule les futurs gilets jaunes pour une photo de flic violent mise sur Twitter ou un nom d'oiseau contre un policier sur Facebook...

Cette loi, c'est la mise en scène d'une république faible contre un communautarisme fort qui serait coupable de tous les maux.

Mais la vraie communauté qui nous fait chier, ce n'est pas celle qui est liée à une religion. Le communautarisme qui nous pourrit la vie c'est celui des riches ! C'est contre leur séparatisme qu'il faut une loi car c'est ce communautarisme et son système qui tue et ravage pour se reproduire.

On tiendrait même notre article 1er : le délestage obligatoire de pognon excédentaire en vue d'une meilleure distribution générale. Sûr qu'avec les biens communs qu'on les empêcherait de vampiriser, ils l'obtiendraient leur foutue cohésion sociale. Mais qu'ils ne nous fassent pas croire que c'est ce qu'ils cherchent en nous divisant ainsi et en taillant une loi de stigmatisation qui met la liberté de pensée sous surveillance.

Alors Samedi manifestons nombreux et nombreuses contre le vrai séparatisme et exigeons la séparation de l'état et de la bourgeoisie ! 14h30 place du Châtelet pour Paris !


Manifestation samedi 12 décembre Paris

ON MANIFESTE A PARIS LE 12 DÉCEMBRE - 14H30 place du Chatelet

ON MANIFESTE A PARIS LE 12 DÉCEMBRE

Dans le cadre des mobilisations contre la Loi Sécurité Globale et la Loi Séparatisme, une manifestation est organisée Samedi 12 Décembre à 14h30 au départ de la Place du Châtelet.

Les collectifs Urgence Notre Police Assassine, Bas les masques, Brigades de Solidarité Populaire Place des Fêtes, Brigade Anti négrophobie, Cerveaux Non Disponibles, Quartier Général, Acta, Gilets Jaunes Rungis, Gilets Jaunes Place des fêtes, Femmes Gilets Jaunes, Union Juive Française Pour la Paix, Jeune Garde Paris, Ultimatum GJ officiel, Jérôme Rodrigues, Peuple Révolté, Coordination Lycéenne Autonome Paname (clapaname), Youth For Climate IDF, Les Réfractaires du 80, les Mutilés pour l'exemple et Les Citoyens en Colère De France ont appelé à manifester ce samedi.

Cet appel à manifester est maintenu, plus que jamais !

Malgré le communiqué dont nous avons pris connaissance dans la presse, émanant de certain.e.s membres de la coordination Stop Loi Sécurité Globale, qui appellent à une mobilisation samedi partout en France, sauf à Paris, nous estimons que la situation est trop grave pour ne pas réagir à sa hauteur !

La manifestation parisienne aura donc bien lieu ce samedi avec celle contre la loi "séparatisme" dont les organisateur.trice.s, ont déposé un parcours Place du Châtelet - République à partir de 14H30 (c'est le rdv qui était initialement prévu à Saint Michel)

Nous sommes animé.e.s par la conviction qu'il faut maintenir la pression face au gouvernement et que ce n'est pas le moment de préparer les vacances au ski. N'ayant ni le budget ni l'envie, c'est à Paris que nous chausserons nos bottes pour descendre dans la rue.

Lien vers les évènements facebook. Général :  ICI Régional : LA

Modèle d'attestation de déplacement dérogatoire en vue de se rendre à une manifestation. Rédigée par un collectif d'avocat.es

attestation déplacement dérogatoire pour participer à une mniafestation déclarée


L'idiot et l'article 24

S'il fallait une preuve du peu de considération qu'a le gouvernement envers la population, elle serait sans doute dans cette nouvelle annonce de réécriture de l'article 24.

L'ampleur du mépris et l'absence de considération sont tels, qu'ils ont manœuvré à visage découvert et manié de manière transparente la grotesque stratégie de l'arbre cachant la forêt. Le gouvernement nous trouve t-il à ce point stupide ?

 

L'article 25 de la loi sur les Principes républicains

Si l'article 24 de la loi Sécurité globale va être de nouveau réécrit, celui-ci ne disparaît pas. Il existe toujours, quasiment mot pour mot dans l'article 25 de la loi sur les Principes républicains (anciennement séparatisme).

Article 24 - loi Sécurité globale

« Est puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique, l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police. »

Article 25 - loi Principes républicains

« Le fait de révéler, diffuser ou transmettre, par quelque moyen que ce soit, des informations relatives à la vie privée, familiale ou professionnelle, d’une personne, permettant de l’identifier ou de la localiser, dans le but de l’exposer, elle ou les membres de sa famille, à un risque immédiat d’atteinte à la vie ou à l’intégrité physique ou psychique, ou aux biens, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende. » La peine est aggravée lorsque la personne visée est dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public à 5 ans d'emprisonnement.

Les deux articles de ces deux projets de loi sont donc extrêmement similaires et alors que l'article 24 est suspendu et en cours de réécriture, le gouvernement cherche déjà à rendre l'article 25 de la loi sur les principes républicains, identique à l'article 24, en y intégrant tout simplement ses dispositions.

Selon Europe 1 : « Alors que la majorité a définitivement reculé sur le très controversé article 24 de la loi Sécurité globale, le gouvernement planche sur une autre solution pour assurer la protection des forces de l’ordre sans fâcher les journalistes : l’inclure dans l’article 25 de… la loi sur les séparatismes »

 

Les articles 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32 de la loi Sécurité globale.

Cela pourrait faire sourire si ce n'était pas grave. Mais l'intégralité des articles de cette loi font ensemble vaciller le pays dans l'état policier que le pouvoir a toujours voulu. L'ensemble des articles donnent plein pouvoir aux forces de l'ordre. Création d'une nouvelle police à Paris, développement des pouvoirs des polices municipales et des polices privées. Augmentation des pouvoirs de l'ensemble des polices sur la chaîne judiciaire, sur le contrôle des caméras de surveillance. Développement de la surveillance de masse, des drones, de la reconnaissance faciale. Possibilité pour les policiers hors service de se balader dans des lieux publics avec leurs armes de services.

 

L'état le plus policier d'Europe

En additionnant les 30 000 policiers municipaux aux 150 000 fonctionnaires de la police nationale et aux 170 000 employés des sociétés privées de sécurité, l’Etat disposerait d’environ 350 000 membres des forces de maintien de l’ordre et de sécurité intérieure, sans compter les 99 000 membres de la gendarmerie nationale. Grâce à la loi « sécurité globale », l’Etat aurait ainsi à sa disposition au quotidien, pas loin d’un demi million d’agents de sécurité, soit un agent de l'ordre pour 150 habitant.e.s. La France deviendrait, de loin, le pays le plus sécuritaire et policier d'Europe.

C'est bien l'ensemble de cette loi ainsi que la loi sur les principes républicains qui doivent finir dans les abysses de l'histoire.


Marche des Libertés : le nombre et la force

Le 28 novembre a eu lieu. Et il n'est pas passé inaperçu ! Entre 100 et 200 000 personnes à Paris, près de 500 000 sur toute la France. Au delà du nombre, il y a eu aussi la détermination. Face à une police volontairement en retrait et sur la défensive - pas pour autant en sous-effectif - une partie des manifestant·e·s ont fait bien plus que marcher.

"Est-ce que vous condamnez les violences des manifestants ?" la question des BFM, C-NEWS, TF1, etc.

Les images qui en découlent sont abondamment utilisées par les médias pour décrédibiliser la marche. Le pouvoir va essayer de légitimer la méthode "Lallement" en procédant à un inversement de la réalité pour donner l'illusion que la violence est du fait des manifestant·e·s barbares. Il n'en est rien, la violence est bien dans les politiques du pouvoir, dans le mépris des médias, dans les armes de la police. Rappelons-nous que c'est encore et toujours l'État qui fixe le niveau de violence en imposant cette loi qu'il défend ensuite par la force de son bras armé.

Évidemment, la dialectique du retournement de la violence n'a rien de nouveau. Et il y aura toujours les habituelles courroies de transmission du pouvoir pour se prêter à l'exercice. Il n’empêche, à l'heure d'une bascule très grave du pays dans un état post-fasciste, il convient de remettre les choses à leur place.

Quand la presse voit flou

Ce samedi, quelques voitures ont brûlé , des abris et des toilettes de chantier aussi. Une vitrine du concessionnaire BMW a volé en éclats. Un bâtiment de la banque de France a vu sa devanture s'enflammer. Et les policiers ont reçu énormément de jets de pavés, de fumigènes, de feux d'artifice et autres joyeusetés trouvées sur le chemin. Clairement, les ordres de la préfecture et du ministère de l'intérieur étaient de rester en retrait, d'intervenir le minimum possible. Pour éviter un maximum d'images de violences policières mais aussi pour mettre sur le banc des accusés les manifestants.e.s. Pour un temps, la police a préféré jouer aux victimes vu le contexte. Elle n'a pas hésité d'ailleurs à envoyer quelques uns de ses soldats en sous nombre pour se faire cartonner. Les ordres sont les ordres…

Quand les médias français pointent du doigt les "casseurs", de l'autre côté de la manche, The Guardian les appelle les "défenseurs des libertés de la Presse". D'ailleurs, en France, on ne parle jamais de casseurs quand il s'agit des révoltes à Hong Kong, au Chili ou en Égypte. Ce sont des résistants. Des manifestants en première ligne qui affrontent le pouvoir autoritaire et sa police.

Que tout le monde ne veuille pas participer à ces actions est tout à fait compréhensible.

En revanche, ceux qui accuseront ces manifestant·e·s d'être responsables d'un éventuel échec du mouvement pour le retrait de la loi Sécurité Globale portent, pour le coup, une grave responsabilité dans ce qu'il risque de se passer dans les prochaines années. Quand un fascisme d'un nouveau genre frappe à nos portes, il est dangereux et même complice de vouloir trier entre les bons et les mauvais manifestants, entre les bons et les mauvais résistants. C'est une forme de régression vis à vis des mouvements sociaux précédents. Comme si nous n'avions rien appris du passé. S'il y a bien une leçon à tirer, c'est que la révolte populaire trouve une vraie puissance par la diversité des tactiques et le soutien inconditionnel des uns envers les autres, dans le respect des pratiques. Toutes. Violentes ou non violentes.

Ce que nous combattons en ce moment, ce n'est pas seulement l'article 24 de la loi Sécurité Globale. Ce n'est pas non plus uniquement la loi Sécurité Globale. C'est l'avènement d'une société post-fasciste qui se met en place. Une hybridation entre un état policier, une super structure technologique de surveillance et une ségrégation des musulmans que la prochaine loi Séparatisme entend écrire noir sur blanc.

Rarement dans l’histoire de la 5e république, la répression n'avait été aussi totale contre tous les mouvements sociaux (gilets jaunes, écolos, antiracistes, lycéens, féministes) mais aussi contre tous les corps de métiers : journalistes, avocat.ess, pompiers, profs, soignant.es, éboueurs, etc.

Rarement dans l'histoire de la 5e république, il n'y avait eu autant de mouvements sociaux massifs en si peu de temps. Depuis que Macron est président, des manifs à plus de 100 000 personnes ont eu lieu pour le climat, pour la justice sociale, contre le racisme, ou pour le droit des femmes. Aucun de ces combats n'a vu le pouvoir reculer, malgré l'ampleur des mobilisations. L'exemple le plus parlant reste la réforme des retraites, avec un passage en force via le 49.3.

La seule fois où Macron a reculé, très légèrement, c'était en décembre 2018, après les actes GJ les plus insurrectionnels. La fois où, rappelons-le, le roi s'était enfermé dans son Bunker par peur qu'une foule révolutionnaire ne vienne le chercher.

Il faut comprendre que ce pouvoir n'a rien de démocratique. Que le dialogue social n'existe pas et que les puissants sont en train de mettre en œuvre les outils légaux pour éviter que la contestation ne puisse s'exprimer, en dehors des contestations de salon et qui, au-delà du cirque médiatique, ne seront jamais prises en compte.

Comment le dogme de la non-violence protège l'État

Alors oui, ce samedi, ceux qui ont jeté des pavés l'ont fait pour changer de monde. Pour changer de société. Pour combattre le fascisme 2.0. Vous pourrez leur cracher dessus, les traiter de sauvages, les accuser d'être les idiots utiles du pouvoir. Mais c'est une illusion. Une illusion créée par ce pouvoir. (cf. "Comment la non-violence protège l'État : Essai sur l'inefficacité des mouvements sociaux" de Peter Gelderloos)

Nous préférons voir dans ces personnes la lueur et l'espoir face à l'obscur monde que Macron nous façonne. Qu'ils soient en noir, en jaune ou en rose, ceux qui ont participé aux actions offensives samedi à Paris (mais aussi dans de nombreuses autres villes) rêvent d'une société meilleure et moins violente.

Les "casseurs" et les "casseuses" ne sont rien de plus que des Farida - l'infirmière qui avait jeté un caillou à visage découvert le 16 juin dernier avant de se faire arrêter sauvagement. Ou des Christophe Dettinger - le boxer gilet jaune. La différence réside uniquement dans la tenue vestimentaire, écran de tous les fantasmes, alors qu'en réalité ce n'est qu'une tactique adoptée par une foule d'individus hétéroclites pour éviter l'identification policière.

Un tag populaire pendant les gilets jaunes disait : "On n'est pas des casseurs mais on va tout péter". En vrai, le mot "casseur" est une étiquette saugrenue qui convient avant tout à la bourgeoisie pour décrédibiliser l'expression d'une violence légitime qui remet en cause son ordre inégalitaire. Les médias bourgeois aimeront parler de "haine anti-flic" aussi. Et ramener à une déviance un rapport de force. Les aspirations démocratiques qui se heurtent au bras armé du pouvoir ne sont pas des "haines anti-flic".

Il faut ne jamais avoir été ces femmes et ces hommes qui se réveillent chaque matin la boule au ventre suite aux immondices de la veille. Ne jamais avoir eu le frigo vide et se battre pour que ça n'arrive plus. N'avoir jamais subit la ségrégation parce que pas les bons papiers français. N'avoir jamais eu envie de vomir lorsqu'un gilet jaune prend de la prison ferme pour une porte de ministère défoncée au fenwick alors qu'un policier meurtrier continuera à être en liberté.

Voir clair dans la tempête

A l'image d'un camion de syndicat qui passait avec son gros cortège après les affrontements et qui eut l'intelligence de passer dans sa sono "Mais qu'est ce qu'on attend pour foutre le feu" de NTM, il s'agit maintenant de voir la suite et comment nous allons tenir ensemble avec nos diversités pour dégager cette loi et tout le projet post-fasciste qui vient derrière.

Les manifestations de ce 28 novembre sont une réussite : force numérique, actions offensives, but commun, organisation des colères et parfois déchainement de colère, comme pour rappeler qu'on n'est pas là que pour se représenter, mais pour agir. Mais ne soyons pas dupes et rappelons que toutes les luttes émancipatrices des derniers années ont un triste point commun : leur échec.

Les défaites des derniers mouvements sociaux nous ont prouvé qu'on ne peut continuer à se battre avec la naïveté du réformisme. C'est une impasse dangereuse qui ne fait qu'étouffer les chances de réel renversement en faisant croire à des milliers de gens qu'il suffira d'invoquer le droit et de voter aux prochaines élections. "il nous semble incroyablement naïf, ou alors d'une hypocrisie plus ou moins dissimulée, de croire que l'on nous remettra gentiment les rênes du pouvoir, l'argent du coffre ou les clés de la ville simplement par bonté d'âme." (Peter Gelderloos)

La vérité c'est que les institutions jouent contre nous. Ceux qui ambitionnent de gérer des mouvements sociaux en ordre discipliné et convenable aux yeux du pouvoir ne travaillent qu'à la maintenance de ce système inégalitaire.

Nous sommes des millions à vouloir un changement profond et émancipateur. On crie sans cesse "ça va péter". On reprend à tue-tête les chants du mouvement insurrectionnel des gilets jaunes. Il ne suffira pas de le dire pour le faire. Un jour, il faudra se remonter les manches et avoir le courage de regarder en face la violence et l'inventivité nécessaire qu'il faut pour faire tomber le monde qui nous opprime.

Tant qu'on se battra avec les modalités choisies par le pouvoir et le folklore qui est admis dans les médias bourgeois, nous ne serons que des figurants et les luttes ne seront que des illusions nous entrainant malgré nous dans un monde toujours plus fermé, autoritaire, ségrégationniste... Et sous surveillance.