GJ, il n'y aura pas d'après !

Novembre 2019 est arrivé, avec dans son sillage l'anniversaire des GJ. Ceux qui parlaient d'essoufflement en janvier, puis au printemps, puis pendant l'été, n'ont toujours pas compris l'essence du mouvement, qui, de part son ADN, ne peut se terminer. 

A chaque mouvement social sa temporalité, sa spécificité et sa façon de se terminer. Quelques mois après une grosse grève, des manifestations massives ou des soulèvements populaires, les experts médiatiques et politiques enveloppent la séquence dans du papier journal et la rangent dans les archives de l'Histoire. On en reparle alors au passé, en en analysant les conséquences. 

Avec les Gilets Jaunes, il ne sera pas possible d'en faire autant. Car analyser l'après GJ signifierait que le mouvement GJ est terminé. Hors, nous sommes des milliers, des dizaines de milliers même, à savoir qu'il ne sera jamais terminé. 

Pourquoi ? Parce que les Gilets Jaunes ne sont pas un énième mouvement de grève ou de manifestations. Les personnes qui se sont impliquées depuis 11 mois dans cette dynamique ne retourneront jamais à leur vie d'avant. 

Les Gilets Jaunes n'ont pas vécu un mouvement social mais ont vécu une rupture dans leur vie. Une rupture du train train quotidien imposé par la société de consommation. Une rupture dans la façon de se voir par rapport aux autres. L'idée que des liens autres que professionnels ou familiaux sont possibles. Que l'atomisation voulue et forcée de cette société ultra libérale n'est pas une fatalité. 

Une rupture également face aux pouvoirs : politique, économique et policier. Des milliers de personnes ont été blessées, arrêtées, condamnées, insultées et méprisées. Toutes ces personnes ont vu les mécanismes en place pour sauver les intérêts de quelques uns. Mécanismes de stigmatisation, d'exclusion et de terreur permanente. Pour beaucoup, la police n'est plus cette institution censée protéger les citoyens. La justice n'est plus cette institution censée punir les personnes malhonnêtes. 

Les Gilets Jaunes ont compris, parce qu'ils ont du l'expérimenter dans leur corps et dans leur vie, que les institutions sont désormais utilisées par les puissants pour protéger leurs acquis et leurs richesses, pour empêcher tout changement radical de la société. 

Cette prise de conscience, ce changement de regard, il ne pourra plus jamais disparaitre. On ne retourne pas dans l'obscurité d'une caverne après en être sorti et avoir vu la lumière du soleil. 

Il n'y a pas d'après. Car il n'y a pas de fin. 

Les Gilets Jaunes sont en perpétuel mouvement. Une dynamique des corps et des esprits. Sur les rond points, dans les cabanes, lors des blocages, dans les manifestations, les GJ se rencontrent et se découvrent. Ils ne sont pas figés sur des principes théorisés par d'autres. Chaque rencontre, chaque discussion, chaque action fait évoluer ces personnes. 

Il n'y aura pas d'après. Car les Gilets Jaunes sont dans le présent. Car les Gilets Jaunes font le présent. 

Cerveaux Non Disponibles censuré par Facebook ?

Mis à jour le 25 octobre à 19h30

Restrictions arbitraires de Facebook

La page Cerveaux Non Disponibles subit pour la deuxième fois un dé-référencement drastique de la part de Facebook. Cela veut dire que vous ne verrez plus nos publications arriver sur votre mur.

réstriction et déréférencement

 

Et de fait, la couverture de nos publications a été réduite d'environ 600k affichages par jour à 30k :

Fin août alors que nous couvrions le contre-sommet du G7, la même sanction nous était déjà tombée dessus. Notre audience avait alors été divisée par 1000 pendant une semaine, passant de plusieurs centaine de milliers de vues par jour à quelques centaines. Après une petite enquête nous nous étions aperçu que nous n’étions pas les seuls et qu'une vingtaine de pages subissaient le même sort (Lille Insurgée, Nantes Révoltée, Gilets Jaunes Toulouse ou Bretagne Noire...), toutes suivaient notamment le mouvement des gilets jaunes. La seule différence cette fois c’est qu’une notification nous a été envoyée avec un motif.

En cliquant sur le bouton "en savoir plus" on tombe sur des phrases comme ça : « Nos Standards de la communauté ont pour objectif d’encourager l’expression et de créer un environnement sûr. » La bonne blague ! Quant au bouton "faire appel" nous n'avons jamais obtenu de réponse.

Nous sommes un média de critique sociale. Récemment nos publications ont relaté ce qu’il se passe au Rojava où l’Etat turc mène une guerre d’invasion aux ambitions génocidaires, au Chili où la révolte contre la vie chère est matée dans le sang, en Catalogne où ont éclaté des manifestations gigantesques pour l'indépendance, en France avec les Gilets jaunes qui battent le pavé depuis 49 semaines, ou à Rouen avec l'usine Lubrizol qui a intoxiqué toute une agglomération dans la sous-estimation indécente des pouvoirs publics.

Quelle est l’expression qu’encourage Facebook en rendant muet un média comme le notre ? Quelle est donc leur idée de la démocratie quand hier par exemple ils empêchaient le syndicat Sud Rail de s’exprimer par le biais de leur page en les déréférençant eux aussi* ? Ou que la semaine passée des pages italiennes comme Oscurate Milan In Movimento, GlobalProject et Contropiano qui avait relayé des informations sur la campagne militaire turque au nord de la Syrie étaient bannies**…

Le moins qu’on puisse dire c’est que le climat que Facebook fait régner sur son réseau est tout sauf sûr. Car si on peut propager la propagande des États qui bombardent sans problème, il semblerait que si on est une parole d'opposition on subisse des restrictions.

On ne le dit pas assez, mais beaucoup trop de pages de collectifs qui ont juste le culot de relayer les luttes sociales du coté de la résistance se font tout simplement invisibiliser honteusement et arbitrairement. Celles qu'on connait s'appellent Lille Insurgée, Paris Luttes info, Nantes Révoltée, Luttes Invisibles, Gilets Jaunes Toulouse, Peuple Uni, Mr Propagande, Collective auto média énervé, Bretagne Noire, Média Jaune Lorraine, Lyon Résistance, Le Nouveau Web Média 2019, Paris Blocage Résistance, Black & Yellow France, Gilets jaunes du 92, Alexandre Ribeiro t'rien engagé, Humanité tout simplement, Résistance Gilets Jaunes France, Liberté j'écris ton nom, L'information pour l'action, Les citoyens en colère jaune, Printemps jaune, je suis légion...

Aujourd'hui nous tentons de sortir de ce monopole dangereux qu'à constitué Facebook et nous avons notamment ouvert un compte sur Mastodon, un équivalent de Twitter mais libre et décentralisé. C'est une des meilleurs alternatives. On vous invite à nous y rejoindre pour rendre ce réseaux le plus massif et intéressant possible. L'infrastructure est là, il faut s'en saisir. Nous n'avons que trop tarder à faire le pas.

Nous n'imaginions pas qu'il aurait pu en être autrement. Bien sûr que Facebook est un outil de propagande des pouvoirs. Mais nous défendrons notre média jusqu'au bout, partout, au dedans et au dehors du système.

 

Conseils pour nous suivre

En attendant, pour nous soutenir nous vous proposons ces quelques conseils.

– Aller régulièrement voir notre site : www.cerveauxnondisponibles.net

On vous encourage vivement à adopter Mastodon, un réseau décentralisé où on ne sera jamais censuré (et où vos données personnelles vous appartiennent vraiment !) :

- @[email protected] si vous êtes déjà inscrit

- et sinon suivez ce lien : https://mamot.fr/invite/pwKsq3Yt

- applications mobiles pour mastodon : https://joinmastodon.org/apps

– Choisir l’option “voir en premier” sur notre page facebook (cliquez sur “déjà abonné(e)” puis choisissez l’option)

– Aller régulièrement voir les dernières actus sur notre page

– Mais aussi en vous abonnant à nos autres réseaux : Twitter / Youtube / Instagram

- Chan Telegram : https://t.me/cerveauxnondisponibles

* Facebook a fait marche arrière depuis en déclarant que c'était une faille du système...

** Traduction de l'article de Dinamo Press


insurrection chili

Chili : le plus grand soulèvement depuis des décennies

Ce dimanche 20 octobre est le troisième jour des pires émeutes qu’ait connu le pays depuis très longtemps. L’explosion populaire s’inscrit dans un contexte global d'injustices sociales, les inégalités face à l’accès aux soins, à l’éducation, font le lit de la contestation d’un peuple en extrême souffrance et acculé.

C’est alors qu’une nouvelle taxe intervenant dans une société déjà fragile, fait émerger la rage de toute une population. En effet, l’augmentation du prix du ticket de métro à Santiago, déclencheur de l’arrivée en masse des chiliens dans la rue, n’est qu’en partie à l'origine du sursaut du Peuple qui connaît il semblerait, son grand réveil.

La remise en cause de tout un système économique est exprimée avec détermination.

Santiago s’est embrasée, incendies, émeutes, barricades, appels à monter dans les trains sans billets, confrontations avec la police, puis maintenant l’armée. En face, usage de canons à eau, gaz lacrymogène, ces scènes de lutte de rue n’ont pas été vues dans la capitale depuis longtemps.

Situation :

🔸 Violents affrontements entre manifestants et les forces de l’ordre. Les 164 stations de métro de la capitale sont bouclées, le réseau est le plus étendu (140 km), et le plus moderne d’Amérique du sud, environ 3 millions de passagers y transitent chaque jour.

🔸 Le président chilien Sebastian Pinera a décrété vendredi soir l'état d'urgence à Santiago, étendu dimanche soir à plusieurs grandes villes du Nord et du sud du pays.

"J'ai décrété l'état d'urgence et, à cette fin, j'ai nommé le général de division Javier Iturriaga del Campo à la tête de la défense nationale, conformément aux dispositions de notre législation concernant l'état d'urgence", a déclaré Sebastian Pinera.

🔸 Des autobus sont incendiés, des dizaines de stations de métro sont détruites, des concerts de casserole en soutien aux manifestants s'organisent, rappelant la contestation apparue après le coup d’Etat mené par Pinochet fin 1973.

Coup d’état qui ne fut pas seulement militaire, il fut aussi un tournant radical vers le néolibéralisme et le capitalisme. La répression est massive, la stratégie de choc est efficace, permettant insidieusement l’émergence d’une nouvelle droite monétariste, conservatrice. Les premières mesures radicales et violentes tombent très vite, entreprises d’Etat privatisées, budgets sociaux coupés, retraite par capitalisation… Tout tend vers la concurrence généralisée, l’individu-entreprise émerge et le peuple chilien en sera la souris de laboratoire. Tout tend vers la destruction organisée du collectif et la naissance d’un citoyen « carte de crédit ».

Témoignage d’un contact à Santiago : « Ça se voyait venir, il y a un ras le bol général car les classes populaires vivent à crédit. C’est un modèle à l’américaine qui incite à la surconsommation de tout. Là où mes parents habitent c est calme, mais lundi tout sera fermé, écoles, facs, etc. Il y a trop de supermarché, de pharmacies, c’est consommer, consommer, consommer… Et payer à crédit, et tout est cher, tout est payant, tout est privatisé. »

Le massif mouvement social que vit le Chili s’oppose avec vigueur aux conséquences désastreuses du néolibéralisme, notamment autour de la question de la marchandisation des services publics éducation, santé, système de pensions, eau…

Des premiers décès sont malheureusement à déplorer.

Samedi le couvre feu est décrété dans la capitale ainsi que dans cinq autres régions à ce jour.

La répression est féroce, les militaires patrouillent, ainsi que des carabineros en pick up banalisés qui procèdent à des enlèvements nocturnes dans les rues, rappelant aux Chiliens, la sombre époque de la dictature.

Ces exactions font écho à la dernière sortie du Président, sa déclaration ce dimanche : "Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, qui est prêt à faire usage de la violence sans aucune limite".

Cette allocution à la télévision depuis le siège de l'armée n'éteindra certainement pas la rébellion populaire.

La révolte de tout un peuple n'étouffe pas. L’indignation est grandissante au rythme de « Piñera cagón, me paso por la raja tu estado de excepción », « Piñera enfoiré, je me fous de ton état d’urgence ».

La réaction des travailleurs ne se fait pas attendre, l’appel à une grève générale est le mot d’ordre. Dockers, étudiants, agents du métro, camionneurs remplissent les assemblées générales et appellent dans un premier temps à faire tomber l’état d’urgence, chasser les militaires de la rue, avancer ainsi vers une grève totale amenant à la démission de tout le gouvernement.

716 personnes ont été arrêtées, au moins 7 décès, de nombreux blessés, dont plusieurs par balle.

Le ministre de la Défense a précisé que 10500 policiers et militaires étaient déployés.

Quelques rares bus circulent encore, de nombreux vols sont annulés, les employés ne pouvant rejoindre leur lieu de travail, des ports sont bloqués.

De nombreuses écoles seront fermées ce lundi.

Dimanche, M. Pinera a réuni ministres et autres hauts responsables.

Un dialogue est annoncé "large et transversal", espérant calmer les revendications sociales.

Les émeutes ne faiblissent pas.

"Marre des abus" est le leitmotiv au coeur de ce soulèvement historique.

Le Chili s’est réveillé.

Photo : Martin Bernetti


insurrections monde entier

LE MONDE ENTIER VEUT LA CHUTE DU RÉGIME

Les insurrections se multiplient partout dans le monde d'une manière qui nous parait inédite. Souvent en cause ; les mesures d'austérités de la politique néo-libérale et l'autoritarisme. Voici un petit topo des résistances pour chaque pays qui s'est soulevé récemment ou qui continue de le faire. 

🔸 Chili : L'état d'urgence a été décrété au Chili et Pinera a instauré le couvre feu. La révolte se généralise à tout le pays, les dernières images qui nous viennent comme celle d'un péage en feu sont impressionnantes et nous rappellent les GJ. La révolte a commencé à cause de l'augmentation du prix du ticket du métro.
Les manifestants/occupants des gares ont commencé par détruire symboliquement les tourniquets et portes d'entrée des métros il y a quelques jours. Le mouvement qui s'appelle "Evade", ce qui veut dire "fraude", appelle tout le monde à frauder et à ne pas payer. "Evadir! No Pagar!". Les flics (dit los pacos) ont occupé les gares par la suite pour réprimer les manifestants.
Un ras-le-bol général a été déclenché car ce qui est en question n'est pas uniquement le prix du ticket de métro, mais le coup de la vie en général.

🔸 Catalogne : Depuis la condamnation des dirigeants indépendantistes c'est toute une constellation de mouvements, allant des anarchistes aux citoyennistes de l'ANC et d'OMNIUM en passant par la CUP et son idée de république municipaliste, qui veut l'indépendance de la Catalogne. Vendredi soir ils et elles étaient un million dans Barcelone à manifester et à tenir tête aux Mossos, la police catalane qui est main dans la main avec la police nationale. La Catalogne est une région traversée par un tissu social de comité de défenses, de centres sociaux, d'organisations auto-gérée et féministes, de villes qui pratiquent le municipalisme au delà du blabla de Podemos. Il y a un vrai terrain plus amical qu'ailleurs pour des pratiques qui sortent du carcan capitaliste même si d'un autre coté il y a une forte présence des partis politiques indépendantistes libéraux et pro-européens.

🔸 Équateur : Sur fond d'accords du gouvernement avec le FMI, les prix du carburants ont flambé avec des hausses de plus de 120%. Suites aux nombreuses émeutes le gouvernement avait déclaré l'état d'urgence. A quoi la Conaie, la Confédération des Nationalités Indigènes fortement investie dans le soulèvement, a répliqué en déclarant aussi son propre état d'exception, annonçant que les militaires et les policiers qui s'approcheraient des territoires indigènes seraient capturés. Face à la force de l'insurrection le gouvernement n'a eu d'autres choix que de quitter Quito la capitale pour aller se réfugier et  par la suite abroger l'augmentation du prix de l'essence. Comme quoi des victoires sont possibles !

🔸 Hong Kong : Les hongkongais se sont soulevés contre la loi d'extradition de la Chine qui impliquait que Pékin puisse obtenir le transfert de n'importe qu'elle personne considérée comme opposante au régime, "fugitive" selon leur terme. Des manifestations colossales se sont déroulées. De 1 million, puis 2 millions de personnes. Le 1er juillet les manifestants envahissent le parlement. Le mouvement très populaire a formulé 5 demandes : 1) L’annulation totale de la loi d’extradition (qui a été suspendue depuis), 2) la libération sans inculpation des manifestants arrêtés, 3) le retrait de la qualification d’émeute des manifestations, 4) une enquête indépendante sur les violences policières et les abus de pouvoir, 5) l’instauration pleine et entière du suffrage universel. Une sixième demande commence aussi à naitre chez certains : la condamnation, voire la dissolution de la police. Un frontliner nous a dit que beaucoup partent aujourd'hui manifester avec un testament dans la poche. La Chine est l'ennemie viscérale.

🔸 France : Le mouvement gilets jaunes a commencé par surgir contre l'augmentation de la taxe carburant. Quasiment tout de suite après, plusieurs exigences sociales, écologiques et fiscales ont fait irruption. Dans toute la France on a vu pousser des cabanes sur les ronds points. Devenant à la fois des lieux conviviaux, de débats, d'informations, d'organisation d'actions et de blocages, cette tactique d'occupation a été le cœur du mouvement avec les grosses manifestations du Samedi qui ont toujours lieu à l'heure actuelle et les assemblées plus portées sur le municipalisme. Les Gilets jaunes veulent la démocratie directe et la fin de la démocratie représentative.

🔸 Liban : Une nouvelle taxe déguisée aura valu au régime libanais un soulèvement du peuple sans pareil. La mesure visait à taxer les communications de l’application Whatsapp, malgré l’annonce du ministre des télécommunications de son abandon jeudi soir, les libanais sont restés dans la rue. La taxe sur l'application Whatsapp est arrivée sur une colère déjà grandissante des libanais envers le pouvoir, notamment après la très mauvaise gestion des incendies ayant ravagé habitations, villes, forêts, dont des cèdres millénaires, ces derniers jours. Des centaines de milliers de personnes manifestent, de Beyrouth à Tripoli, de Saïda à Nabatleh, sans oublier la région de Baalbeck. Vendredi 18 octobre, de nombreuses routes étaient coupées, la capitale était inaccessible et la place des Martyrs à Beyrouth a été occupée toute la nuit essentiellement par des jeunes.

🔸 Algérie : Le 22 février 2019 signe la naissance du soulèvement du peuple en Algérie, appelé Révolution du Sourire. Les manifestants protestent dans un premier temps contre la candidature d’Abdelaliz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel. Finalement c’est un départ de tous les dignitaires du régime qui est demandé. Malgré la démission du Président le 2 avril 2019, remplacé par intérim par Abdelkader Bensalah, les rues algériennes ne désemplissent pas. Des millions de personnes réclamant la chute du régime marchent essentiellement le mardi et le vendredi. Huit mois après le début des contestations, la situation est inquiétante, la répression s’intensifie, notamment après ceux qui brandissent le drapeau berbère dans les marches. De nombreuses arrestations pour ce simple fait sont à dénoncer. Sont à noter de nombreuses arrestations d’opposants politiques, de journalistes, d’activistes. L’armée, elle tente d’empêcher les accès à Alger, empêchant les manifestants de région d’accéder à la manifestation. Cette tentative de paralysie du mouvement semble vaine.

🔸 Haïti : La colère a éclaté il y a près de deux mois suite à des scandales de corruptions en lien avec le président Jovenel Moïse. Des entreprises qu'il dirigeait avant son entrée en politique ont été épinglées par la Cour Supérieure des comptes comme étant "au cœur d'un stratagème de détournement de fonds". La colère populaire s'est accentuée fin août à la suite d'une pénurie de carburants généralisée à travers le pays. Depuis plus de deux mois, la population descend dans la rue malgré la répression du pouvoir qui a fait au moins 17 morts et 200 blessés, dans l'indifférence du reste du monde.

🔸 Égypte : Depuis 2013 où le général Sissi a pris le pouvoir par un coup d'Etat en Egypte. Il n'y avait pas eu de manifestations. Elles étaient même interdites. Ces manifestations de septembre font écho à des appels lancés sur les réseaux sociaux, émanant notamment d’un homme d’affaires égyptien en exil, Mohamed Ali qui accuse Sissi de corruption. Toutes les manifestations ont été durement réprimées. Plusieurs arrestations et blessés.

🔸 Guinée : Le président Alpha Condé est soupçonné de vouloir changer la constitution pour briguer un 3e mandats, alors que celle ci n'en prévoit que deux. Le mouvement de protestation a été mortellement réprimé. On compte des dizaines de morts. Et les manifestations ont été interdites.

🔸 Irak : Un mouvement de révolte a commencé début octobre. Les manifestants demandent du travail et de meilleurs services publics. Très vite la répression a été sanglante. On parle de 100 morts et de plus de 4000 blessés. Même l'armée a admis un usage excessif de la force...

🔸 Soudan : Commencé fin décembre 2018, les protestations dénonçaient le cout de la vie trop chère. Peu de politiques et de médias ont évoqué "le fait que pour la première fois, il s'agissait d'un mouvement civil qui refuse la charia et qui rejette en bloc les idéologies islamistes qui ont fait tant de mal à la région" (Hind Meddeb). En mai nous faisions une vidéo qui liait les révoltes entamées en Algérie, Soudan et Hong Kong, un manifestant soudanais interviewé disait. "On veut des changements, et on veut que ces changements viennent de la base". Aussi nous avions constaté qu'une femme charismatique était devenue un symbole de la lutte et enflammait son auditoire par des chants révolutionnaires. Alors que la population poussait pour établir une constitution démocratique, la révolution soudanaise a été volée par les militaires qui ont exercé des attaques barbares au courant du mois de juin. Depuis un mouvement de transition est en place et s'assoie complétement sur les revendications. Des massacres sont même revendiqués par des militaires.

🔸 Papouasie : La Papouasie connait ses plus violentes émeutes depuis des décennies. Les papous considères les indonésiens comme des colons sur leur sol et les accusent de contrôler l'économie locale. Les émeutes ont repris de plus belle, mi aout suite à des remarques racistes à l'égard d'étudiants papous. La Papouasie, cette province d'Indonésie s'est déclarée indépendante en 1961, mais ne l'entendant pas de cette oreille, le pouvoir indonésien  en a repris le contrôle dès 1963.

🔸 Rojava : Situation inverse au Rojava situé au nord est de la Syrie. Là c'est un territoire qui subi une guerre. Mais comment ne pas en parler alors que les promesses démocratiques et progressistes de cette région autonome sont grandes. Depuis le 9 octobre la Turquie bombarde tous les peuples situés au sud de sa frontière. On parle même de génocide, de nettoyage ethnique. Alors que le Rojava expérimente une démocratie directe et que ses habitant.es ont donné des milliers de vies pour vaincre Daech, les Etats occidentaux ont préféré lui tourner le dos. La situation est si désespérée pour les kurdes, qu'ils ont accepté par le biais du YPG (unité de défense armée) un marché avec le boucher Bachar Al Assad pour se défendre contre l'invasion turque, préférant le "compromis plutôt que le génocide."

 

Ce travail de compilation des situations des résistances n'est pas exhaustif. Si vous avez des éléments à nous fournir pour mieux comprendre ce qu'il se passe ailleurs, n'hésitez pas à nous contactez à [email protected]


Rojava andré hébert

Comprendre le Rojava, interview avec André Hébert

Le Rojava, expérience à ciel ouvert de démocratie directe et de pluralité des identités, vit aujourd’hui un chapitre sombre dans son histoire mouvementé. A la faveur d’un départ des troupes américaines, Erdogan en a profité depuis le 9 octobre pour bombarder la région et ses habitants, anéantir celles et ceux qui au prix de milliers de morts avaient pourtant vaincu Daech. Son but : tuer un maximum de personnes et remplacer une population par une autre. Jamais dans l’histoire un génocide n’avait été annoncé si tranquillement à l’avance sous l’œil lâche des pays membres de l’ONU. Nous avons rencontré André Hébert, militant internationaliste qui était allé combattre au Rojava contre l’Etat islamique et pour un idéal révolutionnaire. Nous avons pu lui demandé de nous faire un topo sur la situation au Rojava. 

Bonjour André, est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle André Hébert j’ai 28 ans aujourd’hui, j’en avais 24 la première fois que je suis parti au Rojava et je me définis comme militant communiste et ancien membre du YPG et aujourd’hui, aussi comme membre du CCFR (Collectif des combattant.es francophones du Rojava)

Qu’est ce qui t’avait poussé à aller au Rojava ? 

C’est quand j’ai vu la bataille de Kobané qui avait été pas mal médiatisée en France. J’ai d’abord été impressionné par le courage des défenseurs de Kobané qui résistaient face à l’invasion de l’Etat islamique qui à l’époque avait bien plus de combattants et des équipements à la pointe de la technologie, avec des tanks notamment, ce qui n’était pas le cas des kurdes, qui eux résistaient avec des armes légères à cette déferlante djihadiste. Ensuite je me suis intéressé à l’organisation qu’est le YPG et j’ai découvert qu’ils ne se battaient pas seulement pour leur terre ou contre l’Etat islamique mais qu’ils se battaient pour un véritable projet révolutionnaire. Ce projet correspondait dans les grandes lignes à la façon dont je voulais voir la société changer en tant que militant français.

Est-ce que tu peux nous faire un topo des forces qui luttent en ce moment au Rojava ?

C’est une coalition qui s’appelle les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) dont la colonne vertébrale est le YPG (les unités de protection du peuple) qui est l’armée des kurdes syriens. A quoi viennent s’ajouter un certain nombre d’unités arabes, turkmènes, syriaques, assyriennes, donc ces forces démocratiques syriennes sont réellement le reflet de la mosaïque ethnique et confessionnelle qu’est le Rojava. Il faut aussi rappeler qu’il y a le YBS qui sont les unités de résistance du Sinjar et qui sont les forces armées des Yézidis dont on a pas mal reparlé ces derniers temps. Donc c’est l’ensemble de ces forces qui aujourd’hui se bat contre l’invasion turque.

Comment s’est constitué le Rojava et sur quelles bases ? Est-ce que c’est par les guerres ou il y’avait-il un projet commun avant ? 

Le Rojava ne s’est pas constitué récemment, c’est une des parties éternelles du Kurdistan. Y’a cette zone d’ailleurs, le canton d’Afrin qui a été envahie par les turcs en 2018 et la zone qui est attaquée actuellement, c’est la zone historique des peuplements kurdes, une des quatre parties du Kurdistan qui est éclaté entre quatre pays : la Turquie, l’Iran l’Irak et la Syrie. Donc voilà ce qu’est le Rojava. Ensuite il y a le parti des travailleurs du Kurdistan en Turquie qui lui lutte depuis très longtemps et en 2011, à la faveur de soulèvement contre Bachar Al Assad il y a eu la création du YPG et les kurdes ont eu, au début du soulèvement, l’opportunité de prendre leur destin en main et surtout ils ont eu la nécessité de créer une force d’auto-défense face aux attaques du régime et de celles des islamistes de l’armée libre syrienne qui déjà à l’époque les attaquait. Donc c’est comme ça que s’est constitué le YPG.

As-tu des nouvelles récentes de la situation au Rojava cette semaine depuis le déclenchement de la guerre par Erdogan mercredi dernier ? 

Oui, même depuis quelques jours avant. Les camarades qui sont sur le terrain nous relayaient leur inquiétude, tous les signaux d’alerte étaient au rouge, la population évacuée, les unités militaires qui se mettaient en ordre de bataille. Là ces derniers jours il y a effectivement des échos de plus en plus inquiétants. Il y a deux choses, sur le plan des prisonniers djihadistes, on a bien eu confirmation qu’il y a 800 membres des familles de Daech qui se sont évadés du camp d’Aïn Issa dimanche après midi, ça vient après les membres de Daech qui se sont évadés de la prison de Qamishlo à la faveur d’une frappe aérienne turque qui avait pour but de les libérer. Il y a eu aussi des émeutes dans un autre camp de prisonniers. Donc il y a cette situation là qui est extrêmement inquiétante et surtout le plus important c’est la situation militaire, là nos camarades résistent dans la ville de Ras al-Aïn (en kurde : Serê Kaniyê) que les turcs essayent d’envahir en ce moment et donc il y a des combats urbains très durs où nos camarades résistent avec beaucoup de courage face à l’invasion turque en ce moment. Parmi ces camarades il y a une dizaine de combattants internationalistes.

Qu’en est-il en Turquie ? Est-ce que cette guerre est populaire ou au contraire connaît-elle une opposition ?

Il y a deux choses. Du point de vue de la résistance kurde la frontière est complètement artificielle, donc elle n’existe pas et toutes les forces kurdes y compris celles du nord du Kurdistan, donc en Turquie, sont mobilisées dans la lutte contre l’armée turque comme elles l’ont toujours été. Les forces politiques et politico-militaire de la gauche turque qui sont présentes au Rojava mais qui luttent aussi en Turquie, elles c’est pareil, elles continuent leur lutte de longue date contre l’armée turque.
Maintenant du point de vue des supporters d’Erdogan, il y a malheureusement dans la population turque une grosse base sociale islamo-nationaliste qui le soutient. Eux n’ont pas changé et supportent cette guerre.

Le caractère libertaire et automne du Rojava fait-il que l’occident se mobilise moins pour le défendre ? Pourquoi les Etats Unis ont quitté la zone ? 

Sur les raisons qui ont fait que les américains ont quitté le Rojava, je pense qu’ils l’ont fait pour des raisons géo stratégiques que pour l’instant on comprend mal et qu’on comprendra peut-être à l’avenir. Ensuite, de ce que j’ai vu et de ce qui transparait des rapports de ce qu'était la coalition internationale contre Daech, et des rapports des puissances impérialistes occidentales envers les kurdes, ils ont toujours méprisé le système kurde, ils ne l’ont jamais pris en compte dans l’équation. Je ne pense pas que les raisons de leur départ soient liées à la nature du modèle sur place mais plutôt lié à des rapports de force géo stratégiques qui dépassent tout ça.
Mais après, pour le point de vue des soutiens au Rojava c’est quelque chose de très important à mettre en avant. Ce modèle qui est là bas, qui est basé sur la démocratie directe, sur le partage des richesses, sur l’écologie, le féminisme, c’est un modèle qui est précieux pour tous les gens à travers le monde qui essayent de changer de société, de changer de système, de construire un futur alternatif au capitalisme et ce modèle-là est enfin au 21e siècle un modèle qui fonctionne, qui porte ses fruits. On a enfin une expérience révolutionnaire à défendre, c’est pour ça qu’il faut que les gens comprennent y compris en France que ce qu’est en train de massacrer Erdogan c’est aussi nos valeurs et l’espoir d’un avenir meilleur, quelque chose qui nous concerne en tant que français.

Sur notre page Facebook on a vu apparaitre des commentaires pro turcs qui traitaient le PKK de terroristes. Comment arrive-t'on à ce que ceux qui ont combattu Daech soient traités de la sorte ? 

Oui évidemment, il y a effectivement un problème qui est lié à la posture de l’Union Européenne et des Etats unis vis à vis du PKK. Ça fait extrêmement longtemps que le PKK ne cible plus les civils. Ils ciblent uniquement les forces armées turques. Quand on reprend la définition précise de ce qu’est le terrorisme, on voit bien que ça fait 20 ans que le PKK ne s’inscrit plus dans ces modes d’actions, dans les modes d’actions terroristes.
Cette étiquette qu’on a posé sur le PKK depuis très longtemps sert la propagande turque. Les Etats unis et l’Union Européenne auraient dû prendre leurs responsabilités et retirer le PKK de la liste des organisations terroristes. Une chose qui est certaine c’est que quand on parle des YPG, les forces démocratiques syriennes qui sont en train de se battre, on peut discuter de la distinction entre ces dernières et le PKK, moi je crois que c’est bien plus complexe. Les forces démocratiques syriennes ne sont pas une simple émanation du PKK. Ça c’est un raccourci qui est fait par beaucoup d’observateurs qui ne connaissent pas le terrain et qui sert la propagande turque. La réalité est bien plus complexe que celle là et quand on prend les forces démocratiques syriennes et les YPG dans leur histoire, je défie quiconque de trouver une seule action répréhensible et ils trouveront encore moins une seule action qui correspond à la définition du terme terrorisme. Donc tout ça est quelque chose qu’il faut rendre extrêmement clair car ce n'est ni plus ni moins que de la propagande turque qui s’appuie sur les contradictions de la politique étrangère des Etats impérialistes.

Une manifestation kurde en soutien au Rojava a été gazée par la police jeudi soir pas loin de Châtelet où une occupation d’Extinction Rebellion avait lieu. Alors que la France fait mine de condamner la guerre lancée par Erdogan pourquoi une telle hostilité envers les kurdes à Paris ? 

Bon ça c’est le réflexe de l’Etat français qui s’apparente de plus en plus à un Etat policier qui, dès qu’il voit un mouvement social qui peut gêner sa politique intérieure ou étrangère, envoie tout de suite ses chiens de garde jouer de la matraque ou du gaz lacrymogène. Ça c’est un réflexe. Ensuite, ils sont devenus plus prudents pour les manifestations parce qu’ils savent très bien que ça serait extrêmement gênant que des images de ce genre se répètent. Il faut reconnaître qu’à la manifestation de Samedi qui allait de République à Châtelet, les forces de l’ordre étaient quasi invisibles à dessein parce qu’elles ont reçu des consignes pour ça. Parce que donner des images de la police française en train de taper des manifestants kurdes comme celles qui ont déjà été diffusées ça aggraverait la position de la France vis à vis de ce sujet.
Pour en venir à la question qui semble la plus importante c’est la responsabilité de la France. La France a une claire responsabilité. On ne peut pas se cacher derrière des soi-disant coups de folie de Trump et derrière la décision américaine. La France ne s’est jamais donné les moyens d’avoir une politique étrangère indépendante vis à vis des Etats Unis et ça de très longue date. Et aujourd’hui on en voit les conséquences. On parle des signaux de faiblesse que Trump a envoyés vis à vis d’Erdogan depuis des mois qui ont conduit à cette intervention militaire unilatérale de la Turquie, mais la France aussi a envoyé des signaux de faiblesse ces derniers temps et est co-responsable. Jean Yves Le Drian a déclaré qu’il ne pouvait même pas faire circuler ses troupes au Rojava ou les retirer du territoire sans l’appui logistique des américains. Comment est-ce qu’on veut être crédible face à la Turquie ensuite quand on dit une chose comme ça ? La France convoque des conseils extraordinaires du conseil de sécurité de l’ONU et fait des gesticulations diplomatiques comme convoquer l’ambassadeur de Turquie, mais tout ça c’est de la poudre aux yeux pour faire oublier que l’Etat français est coresponsable du lâchage des kurdes et de leur trahison. Et ça c’est quelque chose qui restera comme une tache indélébile dans la politique étrangère du gouvernement d’Emmanuel Macron et je pense qu’il est important de le répéter. Si la France aujourd’hui, vu ses capacités militaires, voulait arrêter cette guerre, elle pourrait le faire. Elle pourrait envoyer des troupes pour s’interposer entre l’armée turque et les combattants des forces démocratiques syriennes et cette guerre s’arrêterait immédiatement.

[CND] Mais ce qui demanderait à la France de s’allier par exemple avec les forces du YPG, ce qui la mettrait en porte à faux vis à vis de ses intérêts capitalistes de vente d’armes…

Evidemment et c’est là toute l’hypocrisie de la France et des Etats impérialistes. On voit bien que le gouvernement se répand en gesticulations, exprime son inquiétude avec des formules diplomatiques complètement creuses. Ils auraient pu empêcher le génocide qui s’annonce et ils ont choisi de ne pas le faire.

Pour toi c’est quoi le projet d’Erdogan ? 

Son projet il est très clair. Il en parle depuis des semaines maintenant y compris jusqu’à l’ONU. Il a brandi à l’ONU une carte de la soi-disant zone de sécurité qu’il veut établir, en fait de la zone qui est le Kurdistan historique qu’il veut complètement envahir par les drones, par les bombes, par les tanks. Son objectif là ça va être de tuer le plus de civils possible, d’envahir ces régions pour ensuite y replacer, et ça il le dit depuis très longtemps, les 3,5 millions de réfugiés arabes syriens qu’il a sur son sol. Et ça, ça s’appelle un génocide et une politique de nettoyage ethnique… qui sont annoncés. Rarement dans l’histoire on a vu un génocide qui était annoncé aussi clairement que celui là. Et pourtant, on ne fait rien.

Samedi à la manifestation de soutien au Rojava, des GJ se sont organisés pour exprimer publiquement leur soutien. Qu’est-ce qui lie ces luttes pourtant éloignées les unes des autres ? 

Je pense que si on pouvait le résumer en un mot, ce qui les lie c’est la Commune. Ce qui a traversé toute l’histoire du mouvement ouvrier, qu’on retrouve au Rojava aujourd’hui, qui a inspiré beaucoup de Gilets Jaunes dans leurs revendications ou leurs façons de s’organiser. Le pilier de tout ça, c’est la Commune. Ensuite on peut développer un peu. Le modèle du Rojava est construit autour des coopératives, du socialisme et de la Commune avec cette démocratie directe et cette façon de s’organiser à l’échelle la plus locale possible pour que les gens aient leur destin en main. Il y avait les Gilets Jaunes de Commercy d’ailleurs qui avaient parlé du fédéralisme démocratique, qui avaient transmis un message par rapport au Rojava et on leur avait répondu de là-bas donc il y a des liens de nature politique qui sont apparus très clairement, qui sont évidents, c’est pour ça qu’il est important que les Gilets Jaunes se mobilisent pour ce modèle. C’est un espoir pour eux aussi, pas que pour les kurdes.

N'est-ce pas un peu triste de devoir brandir comme argument pour combattre la guerre que mène Erdogan qu'elle pourrait renforcer daech ? Les milliers de kurdes victimes de cette offensive ne suffisent pas ?

Alors si, effectivement, c’est vrai. Maintenant, quand on regarde les éléments de communication sur place, les kurdes ont bien compris que malheureusement leur sort propre ne pouvait pas suffire à convaincre à travers le monde qu’il fallait les aider et donc pragmatiquement ils voient bien que pour mobiliser autour de cette question, c’est triste, mais il faut parler aussi de l’intérêt immédiat qu’il y a en terme de sécurité à travers le monde. Et ça c’est un élément de communication qui était très présent chez les forces démocratiques syriennes et à raison. Evidemment que le sort des kurdes et de toutes les populations qui composent le territoire du Rojava devrait suffire pour mobiliser, mais il ne faut pas être naïf et prendre en compte ce qui marche en terme de communication et il faut rappeler qu’il en va aussi de notre intérêt sécuritaire, notamment vu les récents événements comme les 800 proches de Daech qui se sont évadés du camp d’Aïn Issa et qui sont des gens extrêmement dangereux.

On a entendu parler d’un bâtiment appartenant à la France qui aurait explosé, tu en sais plus ? 

Ça c’est une rumeur qui a circulé sur les réseaux sociaux. Ce qu’il s’est passé c’est qu’il y a une base américaine à coté de Kobané qui a été touchée par des tirs turques sans faire de blessé. L’Amérique a à peine répondu à ça alors qu’il s’agit quand même d’un membre de l’Otan qui en bombarde un autre… Et on apprend que dimanche après-midi le Pentagone annonce le retrait de jusqu’à 1000 soldats américains du nord de la Syrie pour ne pas se retrouver en étau entre les Kurdes et les Turques.

A-t-on un bilan de ces derniers jours ?

De ce que j’en sais, c’est difficile pour les docteurs de communiquer sur place. J’ai vu que les forces démocratiques syriennes avaient dévoilé les photos de sept de leurs combattants qui étaient tombés pendant l’offensive. A ce moment précis avec une source fiable je ne peux pas vous en dire plus.

Que penses tu de la nouvelle selon laquelle les YPG et l’armée de Bachar Al Assad s’allient pour combattre l’offensive turque ? On a l’impression d’atteindre des sommets d’enjeu geo-politique…

En terme géo-politique, en effet ça suppose pas mal de choses, mais sur l'accord en lui même puisqu'il semble être confirmé, ce que je dirais c'est qu'il y a le commandant en chef des forces démocratiques syriennes qui a dit "je préfère le compromis au génocide de mon peuple", donc ça c'est forcément quelque chose que je comprends. Après sur le plan politique, cet accord peut remettre en cause un grand nombre de choses, notamment sur ce pour quoi on s'est battu, mais il y a une chose de mon point de vue d'internationaliste qui ne changera pas, c'est que dans tous les cas, en allant là bas on a montré qu'il était encore possible au 21e siècle de se battre pour la révolution et d'avoir une démarche internationaliste. Et rien que pour ça, ça valait le coup.

Qu’est ce qu’on peut faire d’ici ? Quelle initiative serait pertinente ?

Il y a plusieurs moyens. Continuer à participer aux manifestations. Rejoindre celles organisées par les kurdes mais aussi que les forces militantes s’organisent par elles-mêmes et s’emparent de cette question parce qu’elle les concerne aussi. Organiser des réunions publiques, il y a un effort de pédagogie à faire encore. Même si c’est invraisemblable qu’on ait encore à le faire à cette époque là alors que ça fait des années qu’on informe à ce sujet. Il faut parler du Rojava et dire pourquoi c’est important de le soutenir. Il faudra aussi participer à des collectes de fonds. Par le groupe qu’on a créé, le collectif de volontaires, on va relayer un certain nombre de collectes de fonds, probablement cette semaine. Donner aux instances officielles kurdes qu’on va relayer sur notre page (https://www.facebook.com/2CFRojava) sera un moyen d’être utile.

Entretient réalisé par Cerveaux non Disponibles

Epilogue

S’il y a bien une chose précieuse au Rojava, ce sont les millions de vies portées par l’ambition de vivre dans une société qui accepte les différences, l’autonomie des peuples, le rôle égal des femmes par rapport aux hommes, une vision écologique anticapitaliste et une démocratie directe. Aujourd’hui cette révolution est lourdement attaquée et trahie par des Etats qui se sont payés une bonne figure tant que les forces démocratiques syriennes et les YPG se battaient contre Daech. On apprenait juste après l'interview que le commandant des forces du YPG avait conclu un accord avec Bachar Al Assad. Nous avons donc rajouté la question après coup. Un basculement dans le giron impérialiste russe n'augure pas mieux que l'abandon américain et européen pour ce qui est de l'expérience révolutionnaire. Et les temps à venir seront durs pour le Rojava.

A l’heure où tous les pays impérialistes jouent simplement leur partition de traitre, de vénal ou de boucher, et à l’heure où beaucoup d’endroits du globe s’embrasent contre leur logique, il est plus que temps de construire une géographie de territoires rebelles à travers le monde, de se rencontrer et d'imaginer un futur désirable vers lequel converger, un futur depuis lequel on se dise que nous aurons notre destin en main.


LETTRE A EXTINCTION REBELLION

Nous co-signons cette lettre ouverte rédigée par Désobéissance Ecolo Paris qui adresse à Extinction Rebellion les critiques sans concession et néanmoins porteuses d'alliances futures que les deux occupations, celle d'Italie 2 et celle de Place du Châtelet, n'auront pas manqué de soulever.

LETTRE A EXTINCTION REBELLION

Ami-e-s, camarades,

Lorsqu’une branche indépendante de XR s’est formée en France, nous avions quelques doutes vis-à-vis de votre mouvement.

Bien évidemment, nous avons été impressionné-e-s par l’ampleur des actions de désobéissance civile au Royaume-Uni, notamment les blocages spectaculaires et joyeux de monts à Londres. Nous avons observé l’enthousiasme naissant parmi les jeunes et les moins jeunes, ayant pris la décision de reprendre leur avenir, et celui de toutes les espèces vivantes, en main, afin de recréer du lien social là où il n’y avait auparavant que l’aliénation du monde marchand.

Toutefois, l’appel à se faire arrêter en masse—alors que la détention n’implique pas les mêmes risques pour tou-te-s—et la hiérarchie rigide du mouvement au Royaume-Uni nous interpellaient à juste titre et mettaient à mal nos convictions, ainsi que notre croyance en une horizontalité, inclusivité et intransigeance nécessaires pour un mouvement de révolte.

Cela n’empêche qu’au cours des derniers mois, vous ayant vu-e-s garder votre calme même lorsque vous avez été aspergé-e-s de gaz lacrymogène au visage, en étant assis-e-s tranquillement sur le Pont de Sully ; vous ayant côtoyé-e-s sur les lieux de nombreuses actions (et au camp d’été de XR*) ; et ayant lutté à vos côtés lors de la « Dernière occupation avant la fin du monde »: nous étions heureux-ses de devenir vos camarades.

Ce n’est donc pas en tant qu’adversaires, ou critiques acerbes tirant un plaisir particulier du fait de dénigrer tout ce qui ne leur paraît pas être assez radical, que nous nous adressons à vous aujourd’hui.

C’est plutôt en tant que celles et ceux, qui ayant noué des liens avec vous, sommes préoccupé-e-s par la tournure que pourrait prendre votre mouvement et qui, nous le craignons fort, enterrerait toute convergence réelle entre les divers mouvements sociaux se battant pour un monde plus juste et le mouvement écolo en France. Pourquoi des paroles si alarmantes, demanderez-vous ?

Malgré l’atmosphère festive des premiers jours de la Rébellion Internationale d’Octobre, certaines des attitudes militantes et de leursmodes de fonctionnement nous interpellent, voire nous indignent. Nous considérons essentiel que ces questions précises puissent être réglées sincèrement et de bonne foi, pour nous permettre de continuer à nous allier de plein gré et sans sacrifier nos principes contre la morbidité omniprésente.

Les voici :

Banalisation des violences policières
Commençons par ce qui nous semble être le plus grave.

Le week-end dernier, Ibrahima, un jeune de Villiers-le-Bel a trouvé la mort en percutant un poteau près du site d’une interpellation policière. Tous les faits entourant cette tragédie ne sont pas encore connus, mais des témoins parlent d’un camion de police lui barrant la route, ce qui l’aurait mené à perdre le contrôle de son véhicule.

Les jeunes des quartiers populaires et des banlieues ont profondément intégré la peur des forces de l’ordre. En effet, l’État (capable d’humilier en forçant à s’agenouiller 200 collégiens de Mantes-la-Jolie ; effectuant régulièrement des contrôles au faciès ; brutalisant des personnes racisé-e-s ;menant des rafles contre les sans-papiers) voit dans les populations non-blanches une catégorie dispensable contre laquelle toute violence est légitime, car elles sont considérées a priori coupables. Si les témoignages des jeunes de banlieue et des quartiers populaires ne suffisent pas, l’enquête anthropologique de Didier Fassin (« La Force de l’ordre ») montre que la violence des forces de l’ordre contre les habitant-e-s des banlieues s’exerce quotidiennement.

La police est donc une institution intrinsèquement violente. On ne peut même pas imaginer un début de convergence avec nos camarades racisé-e-s (Gilets Noirs, Comité Adama, ou autres collectifs ripostant à la violence raciste et xénophobe de l’État français) sans mettre en avant cette problématique.

A la suite des quartiers populaires, depuis 2016, c’est tout le mouvement social qui subit systématiquement cette répression armée. Rappelez-vous la loi Travail ; rappelez-vous les Gilets Jaunes ; rappelez-vous la dernière marche Climat. Les images d’une police déchainée, lançant grenades et flashballs au hasard dans la foule, ont fait et continuent de faire le tour du monde.

Pourtant, quelques jours après le puissant discours d’Assa Traoré devant l’Italie 2 occupé samedi dernier, après avoir vécu 17 heures avec des GiletsJaunes dans le centre commercial, nous étions profondément choqué-e-s, mardi matin, en découvrant l’image d’une banderole « uni-e-s contre toutes les violences » ; un soi-disant compromis entre la condamnation des violences policières et le deuil des policiers tués à la Préfecture la semaine dernière.

Dès qu’un policier décède, toute la France est en deuil. Dès qu’un-e jeune meurt sous les coups de la police, dès qu’un-e manifestant-e perd un œil, l’État sort des communiqués expliquant qu’il n’est jamais responsable. Et de la part d’un mouvement écologiste qui a trop vite oublié Rémi Fraisse tué sur la ZAD de Sivens par la gendarmerie en 2014 (dont le procès se tient à Toulouse ce 10 octobre 2019, avec la présence d’une cinquantaine de militant-e-s), un mouvement se voulant socialement inclusif mais qui refuse de reconnaître la souffrance et la rage des quartiers populaires, ou de se souvenir que certain-e-s ont été mutilé-e-s et incarcéré-e-s pour s’être rebellé-e-s pendant les Gilets Jaunes : pas même un mot, pas une pancarte commémorant Ibrahima et les autres victimes des violences policières ?

Plus généralement, se revendiquer « uni-e-s contre toutes les violences » est indécent et profondément violent.

Parce que, en mettant toutes les violences sur le même plan, vous affirmez (sans même forcément le vouloir) un principe d’équivalence entre toutes les utilisations de la violence. Ainsi, la « violence » que vous imputez aux autres méthodes d’action militante peut être comparée, en droit, selon vos dires, à celle d’une personne par quatre fois meurtrière.

Vitrines brisées et couteaux tirés sont donc mis en fin de compte dans le même panier. Ce qui est fort dommageable, en plus d’être fallacieux, vous en conviendrez. D’autre part, vous refusez d’observer des différences entre les utilisateurs de la violence. Violences conjugales et une femme accablée qui tue son compagnon abusif ? Même chose selon cette logique. La BAC qui matraque ; les CRS qui gazent ; la police qui embarque ; les gendarmes qui contrôlent au faciès ; qui frappent au faciès ; qui tuent au faciès ; et les habitant-e-s des quartiers dits « populaires » ou les manifestant-e-s qui se défendent ; qui ripostent ; qui s’énervent ; qui frappent : toutes ces formes de violence sont à évaluer strictement de la même manière ?

Violence invisible de la non-violence dogmatique
Il y a, dans le dogmatisme non-violent, une violence insidieuse – parce qu’inaperçue – qui se loge. Il s’agit de la même violence que celle qu’on oppose quotidiennement à tou-te-s les opprimé-e-s, celle qui se pense légitime. S’il semble aller de soi maintenant que l’État et ses structures de contrôle ont le « monopole de la violence légitime », il faudrait compléter ainsi ce lieu commun : les privilégiés et les dominants étendent sans cesse ce monopole en désignant – c’est-à-dire en dénonçant – ce qu’est la violence, à leurs yeux. Elle est le propre des « casseurs », des « agitateurs professionnels », de toutes ces personnes qui font tout sauf ce qu’on exige d’elles. Fondamentalement, est jugé « violent » tout ce qui échappe aux structures de contrôle.

C’est pourquoi la non-violence jusqu’au-boutiste et intolérante peut être dangereuse. Comme ce qu’elle prétend combattre, elle est excluante, méprisante, produite dans un environnement privilégié qui n’a pas affaire directement à la menace policière et à la machine infernale du monde social ; bref : elle en devient violente. Elle ne se renverse pas dans son contraire ; elle est son contraire, par nature, et ce sans le vouloir ni s’en rendre compte.

Et n’oublions pas que derrière chaque affirmation générale de ce genre,diluant les revendications de celles et ceux qui subissent des oppressions quotidiennes, se cache une invisibilisation des luttes : un faux compromis bâti sur la nécessité des opprimé-e-s de se taire à propos de leurs expériences vécues. Un « All Lives Matter » qui sert à taire « Black Lives Matter »; qui oublie que pour nos institutions sociales certaines vies comptent déjà plus que d’autres.

Et comment expliquer l’effacement du tag « Castaner m’a éborgné », sinon comme un crachat à la figure des classes populaires sortant dans la rue, depuis des mois, en gilet jaune ?

Le manque d’inclusivité du cadre d’action envers les classes populaires
Bien que l’on sache que les militant-e-s XR sont nombreux-ses et divers-es, certaines pratiques militantes paradoxales desservent radicalement la lutte. D’une part, il y a l’interdiction d’apporter de l’alcool sur les lieux des occupations prévues pendant la RIO. De l’autre, comme on a pu l’observer à celle du Châtelet, certain-e-s membres de XR boivent des coups, pendant la journée ou la soirée, aux terrasses des bars entourant la place. Loin de nous la volonté de chercher la petite bête, de décrédibiliser l’occupation ou de crier au loup.

On entend la difficulté de la tâche consistant à apaiser et à prévenir les tensions pouvant naître de l’ébriété. Cependant, honnêtement, comment voir dans cette dissonance autre chose que du mépris de classe ? Le consensus incluait-il aussi la mention « faites ce qu’on dit, mais pas ce qu’on fait » ? Ce sont ces petits détails, pouvant paraître insignifiants, qui creusent les écarts entre les êtres vivants et discriminent. Il ne s’agit pas là, il est important de le redire, de condamner, mais d’alerter. Les gilets oranges (c’est-à-dire les « peacekeepers ») de l’occupation, assurément, s’occupent plus souvent des propriétaires de canettes de bière que des autres consommateur-rice-s. À nouveau, c’est sourdement que la violence s’immisce.

De plus, un mouvement opposé à la marchandisation du vivant semble exercer dans ce cas précis une forme de privatisation symbolique d’une place auparavant publique : on nous interdit désormais d’amener ne serait-ce qu’une canette de bière sur la place du Châtelet, de la même manière qu’on nous y interdit de faire des tags.

Massification ou apolitisme ?
La question des tags (des inscriptions à caractère politique sur des murs, vitrines, ponts ou toute autre surface susceptible de devenir un espace d’expression libre lors de toute manifestation, même aux revendications modestes) en cache une autre : celle des écolos qui deviennent volontiers des policier-e-s au sein de leur propre lutte.

Sinon comment expliquer qu’on amène de l’acétone dès que quelqu’un ose marquer au feutre un message anti-police ? Comment expliquer que toute banderole faisant mention d’une écologie radicale ou de l’anticapitalisme se fasse censurer sous prétexte qu’il faille inclure tout le monde ?

Cher-e-s ami-e-s, on ne vous demandera jamais de remettre en question vos principes, d’abandonner des luttes non-violentes ou de remplacer vos mots d’ordre par les nôtres. Nous sommes aussi conscient-e-s de votre volonté explicite de convaincre le maximum de passant-e-s pouvant s’intéresser à votre mouvement et de parler à chacun-e se préoccupant de l’extinction en cours du monde vivant.

Cependant, ne pas accepter que lors de toute occupation joviale une diversité de paroles puisse foisonner, c’est refuser une liberté d’expérimentation politique en lui préférant une image policée, médiatiquement acceptable, au service d’une stratégie de com’.

Chacun des tags, chacune des banderoles qui ne comporte pas de logo, s’exprime en son nom propre. La place du Châtelet revit enfin et, même si vous êtes personnellement en désaccord avec les messages exprimés par certain-e-s, il est peu souhaitable de réduire la portée et l’ampleur de certains des slogans en les jugeant trop radicaux pour un-e citoyen-ne »lambda ». Aucune des paroles existantes ne peut être totalement inclusive. L’idée même de croire que nos revendications puissent être satisfaites par unÉtat exclut tout un pan de mouvements politiques. Ce n’est pas pour autant que nous allons remettre en question votre droit d’exposer publiquement vos revendications.

Car faire de la politique sans devenir politicien, c’est aussi accepter que, dès que l’on reprend collectivement le pouvoir en mains, certaines choses puissent déranger et certaines autres évoluer.

Une écologie du non-dérangement ?
Quelle révolte n’a pas dérangé les puissants ? Et quelle rébellion a déjà pu s’excuser auprès des grands pour avoir revendiqué certains droits ?

Loin d’encourager au « débordement » aveugle voire automatique, nous aimerions vous inviter à l’ouverture. En effet, quel est le sens d’une action de désobéissance civile, si – précisément – désobéissance il n’y a pas ? Concernant l’occupation de Châtelet, mis à part les travailleur-euse-s qui doivent contourner le pont, et peut-être quelques camions de livraison ou réapprovisionnement, il ne nous semble pas que les représentants de la puissance capitaliste auront aucun mal à dormir sur leurs deux oreilles cette nuit – et les nuits qui suivront.

Encore une fois, cette remarque n’appelle pas de ses vœux une utilisation aveugle et impensée des débordements énergiques, mais invite à remettre en question la façon dont le « consensus » non-violent veille à son propre respect – parfois de manière autoritaire. Cette autorité imposée, il est vraisemblable qu’elle protège les institutions du pouvoir capitaliste davantage qu’elle ne les inquiète. Plus encore, elle contrôle, règle et supervise ce qui est au départ pensé comme un acte de rébellion. Or, la rébellion – dans son sens le plus originaire – nécessite une belle dose de spontanéité, de créativité, de liberté. Des bals populaires, mais aussi des barricades. Des assemblées générales et des tags. Des rassemblements fixes et des manifestations spontanées.

Malheureusement, les cadres d’action consensuels entravent et répriment bien souvent la spontanéité de la révolte dans son élan sincère. (Chose amusante : le dictionnaire en ligne des synonymes indique, comme synonyme de « spontané », le terme « violent ».) Essentiellement, un « consensus » est consensuel, mou, couru d’avance. Passons déjà le fait que parler de « consensus non violent », ce n’est pas parler d’un consensus réel des gens sur place (sinon nous n’écririons pas ce texte), mais d’un « consensus » décidé en petit comité par les organisateurs.

La rue appartient à celles et ceux qui, dans toute leur diversité, la prennent. Il y a un risque qu’on doit prendre ensemble, celui d’une lutte vraiment anti-autoritaire où la vie collective n’est pas garantie par des « peacekeepers » (« gardiens de la paix » en français), mais s’élabore à tâtons, par expérimentations, par constructions de communs. Cela sera d’autant plus beau et intense pour celles et ceux qui se laisseront embarquer dans l’aventure. Plus qu’un mot ou un spectacle médiatique, la rébellion commence peut-être par changer les façons de vivre ensemble, ici et maintenant, sur la place du Châtelet.

Cabane gilet jaune place du Châtelet.
Quelques propositions pour fuir les lignes toutes tracées
Nous sommes loin d’être pessimistes. C’est précisément parce qu’on s’est nourri-e-s, ces derniers mois, des échanges qu’on a pu avoir avec vous, que nous nous adressons à vous aujourd’hui. Parce que nous croyons en la fluidité de votre mouvement, qui n’a pas acquis (et, nous osons l’espérer, n’acquerra jamais) les réflexes bureaucratiques permettant aux grosses organisations d’asseoir leur domination sur les luttes sociales et écologistes.

En plus, la place du Châtelet semble se populariser de plus en plus ces derniers jours, et la cabane nouvellement créée par des Gilets Jaunes en témoigne. C’est aussi pour cette raison que nous avons vu comme une urgence le fait de rendre ce texte public : nous croyons que ce n’est pas uniquement aux mouvements sociaux de faire un pas vers les écolos.

Sans compromettre vos actions menées jusque là, sans briser votre vœu de ne jamais devenir violent, nous voyons une convergence de luttes possible. Nous vous proposons qu’elle passe par : – Des occupations plus durables et plus spontanées ; ensemble, nous aurons peut-être les forces nécessaires pour prolonger nos actions au-delà de la temporalité stricte de la RIO et du périmètre un peu trop fixe auquel les forces de l’ordre ont l’air de s’être habituées : à nous tou-te-s d’essayer ! L’occupation d’Italie 2 le 5 octobre était un excellent début.

– Des actions de dénonciation des violences policières et carcérales ; le retrait de la banderole plus que maladroite « uni-e-s contre toutes les violences » ; et un appel au rassemblement en solidarité avec Ibrahima de Villiers-le-Bel et avec d’autres jeunes terrorisé-e-s par la violence étatique.

– Des invitations à d’autres mouvements sociaux pour qu’ils viennent vous rejoindre de manière plus durable sur place ; des réflexions concernant une ouverture des logements (squats) pendant la RIO, par exemple pour les personnes précarisées, les sans-abri ou les migrant-e-s.

– Regagner en bienveillance envers les personnes pouvant se sentir exclu-e-s par les règles d’action très strictes ; être plus flexible envers celles et ceux pouvant consommer de l’alcool sans poser de problèmes à soi ou à autrui.

– L’acceptation des militant-e-s souhaitant apporter leur pierre à l’édifice de la rébellion, à travers des modes d’action qui pourraient vous être étrangers, mais qui n’en sont pas moins légitimes : les barricades et les tags sont-ils réellement « violents », ou les concevoir ainsi ne serait-il pas une internalisation d’un discours d’État, qui souhaite incriminer notre contestation ? Encore une fois, vous n’avez pas à partager ces choix, mais uniquement à tolérer leur présence.

Bien amicalement,

Désobéissance Ecolo Paris

Co-signataires :

ACTA
Cerveaux non disponibles
La vérité pour Adama
Comité de Libération et d’Autonomie Queer


Appel à rébellion Rojava

APPEL À UNE RÉBELLION INTERNATIONALE POUR LE ROJAVA !

La région autonome du Rojava est depuis le 9 octobre la cible des bombes d'Erdogan. Trois jours après que Trump ait ordonné le retrait des Etats Unis de la région, le président fasciste de l'Etat turc a lancé une guerre contre les habitant.es du Rojava, celles et ceux la même qui au prix de milliers de vies avaient combattu Daesh et qui mènent une révolution au programme égalitaire, anticapitaliste, féministe et écologique.
Les pays occidentaux qui prétendent combattre le terrorisme les ont lâché au profit d'intérêts impérialistes et fascistes. Samedi 12 octobre à 14h, l’appel est lancé par la communauté kurde pour rejoindre les manifestations à Paris, Place de la République, mais aussi à Strasbourg, Tours, Bordeaux, Marseille, Nantes, Grenoble, etc (infos plus bas)

APPEL À UNE RÉBELLION INTERNATIONALE POUR LE ROJAVA !

Nous, collectifs écologistes, groupes de gilets jaunes, organisations syndicales, organisations nationales, occupant-e-s de la place du Châtelet à Paris, membres d’Extinction Rebellion, appelons à soutenir massivement le Kurdistan syrien envahi par l’armée turque depuis le mercredi 9 octobre. Les bombes qui pleuvent sur ce territoire nous concernent tous-tes.

Depuis 2012 cette région au nord de la Syrie jouit d’une indépendance de fait et d’une administration autonome. Une expérimentation politique unique s’y déroule, basée sur la démocratie directe, les assemblées locales, le féminisme, l’écologie, et la cohabitation des différents peuples. Malgré toutes ses imperfections, cette expérience représente une vraie alternative et mérite d’être défendue.

Les enjeux de cette guerre sont immenses. Depuis 2013, les combattant-e-s kurdes et arabes des « Forces Démocratiques Syriennes » ont été au premier plan de la guerre contre Daech. Les voilà maintenant totalement lâché-e-s par la coalition internationale, qui s’en prétendait pourtant alliée. L’Union Européenne, qui sombre dans des politiques de plus en plus xénophobes, cède depuis des années au chantage d’Erdogan au sujet des millions de réfugiés syriens en Turquie. Elle reste bras croisés parce qu’elle ne souhaite surtout pas accueillir ces millions « d’indésirables » qui sont confinés dans des camps en Turquie depuis des années.

Ceux qui sont menacés par les bombes turques au Kurdistan syrien, ne sont pas seulement les populations kurdes mais toutes les populations civiles de la région : arabes, syriaques, arméniennes, turkmènes, assyriennes, etc. C’est la possibilité d’une coexistence pacifique entre de nombreuses minorités ethniques et confessionnelles qui risque d’être détruite par des massacres, des déplacements massifs et un nettoyage ethnique.

Dans cette région du « Croissant Fertile » aujourd’hui soumise à la destruction écologique, cette guerre vise aussi à prendre le contrôle des ressources naturelles. En annexant ce territoire, la Turquie cherche à s’accaparer en particulier l’eau de l’Euphrate et également son pétrole. Nous sommes solidaires de l’appel à mobilisation internationale des volontaires de la « Commune Internationaliste », et de leur effort pour préserver les ressources naturelles et reboiser la région.

Nous n’oublions pas que l’expérience d’autonomie du Kurdistan syrien a surgi dans le contexte de la révolution syrienne de 2011, écrasée dans le sang dans le silence total de la communauté internationale. Elle est reliée aux vagues de soulèvements populaires des « Printemps arabes » en 2011. Depuis un an, cette vague internationale de révolte populaire a repris, en Algérie, au Soudan, en Irak, à Hong-Kong, en France et ailleurs. Nous en sommes profondément solidaires.

Nous dénonçons l’hypocrisie et la complicité des grandes puissances internationales. Si l’armée turque s’autorise à bombarder le Rojava, c’est parce que les États-Unis, la France, l’Allemagne et d’autres États le veulent bien. La gouvernement français est d’ailleurs complice puisque l’entreprise Thalès fournit du matériel optique pour les drones turcs et réprime le mouvement kurde en France. Des « conférences climat » aux « Conseils de sécurité », c’est la même hypocrisie géopolitique qui règne. Une hypocrisie sanglante qui mène à l’effondrement du vivant sur la Terre, et à la destruction de toutes les alternatives politiques à ce système capitaliste, patriarcal et raciste.

Nous exigeons de l’État français, l’Union Européenne et la communauté internationale :

• L’arrêt immédiat de la guerre menée par l’État turc
• La constitution immédiate d’une zone d’exclusion aérienne au dessus de la région
• La reconnaissance de l’autonomie de « l’Administration autonome de la Syrie du Nord et de
l’Est »
Nous appelons à une réaction immédiate partout en France :
• Rendez-vous jeudi 10 octobre à 18h à la place du Châtelet occupée à l’initiative Extinction Rebellion pour une AG extraordinaire d’information sur la situation et de préparation d’ actions.
• Appel à action/rassemblement massif vendredi 11 octobre à 18h devant le Ministère des Affaires Étrangères au 37 quai d’Orsay.
• Appel à rejoindre la manifestation Place de la République à Paris samedi 12 octobre à 14h à l’appel de la communauté kurde, mais aussi à Strasbourg, Marseille, Nantes, Grenoble, etc
• Appel à des actions simultanées partout en France vendredi 11 octobre et les jours suivants !
Nous appelons à une rébellion internationale partout dans le monde en soutien au Kurdistan du Nord de la Syrie :
• Nous invitons l’ensemble des pays où la « rébellion internationale » a lieu à prendre position en soutien au Kurdistan syrien
• Nous invitons à organiser des actions de solidarité partout dans le monde vendredi 11 octobre et dans les jours à venir
!

Strasbourg : ​Mercredi 9 octobre, 13h30, devant le Conseil de l’Europe et Samedi 12 octobre, 14h, place Kleber
Marseille : samedi 12 octobre, 14h, Canebière
Nantes : samedi 12 octobre, 16h, place du Commerce
Toulouse : mercredi 9 octobre, 18h30, Métro Jean Jaurès
Lyon, samedi 12 octobre, place, Bellecour
Bordeaux : Samedi 12 octobre, 14h, Place de la Bourse
Grenoble : Mercredi 9 octobre, 18h, place Félix Poulat
Tours : le samedi 12 octobre, 15h, place Jean-Jaurès

PREMIERS SIGNATAIRES :
- ACTA
- Association des communistes insoumis
- ATTAC
- Des participantes aux Bombes Atomiques
- Cerveaux Non Disponibles
- Collectif de solidarité avec les zapatistes Mut Vitz 13
- Fédération Sud PTT
- Front social 57
- Génération Climat
- Gilets jaunes de Chateaubriant
- Gilets jaunes de Commercy « canal historique »
- Gilets Jaunes de Saillans
- Jeunes écologistes
- Des Gilets Jaunes de Montreuil
- Des habitant-e-s de la ZAD de Notre Dame des Landes
- Peuple révolté
- Pour une Écologie Sociale et Populaire
- Plein le Dos
- Printemps du changement
- Revue Ballast
- Des membres d’Extinction Rebellion et occupant-e-s de la Place du Châtelet - Le Social Club
- Solidaires
- Sud Éducation 91
- Union Communiste Libertaire
- Union des Étudiants Kurdes de France
- UNL 38
- Vegan Corporation
- Youth for Climate IDF


NUCLÉAIRE : UNE BOMBE A RETARDEMENT ET UN ARGUMENT ÉCOLO MACRONISTE…

Les mensonges sont grands autour du nucléaire. Fausse indépendance énergétique française basée sur les pillages d'uranium en Afrique, institution construite sous tutelle des brevets américains de la firme Westinghouse, faisant de la France le pigeon des américains, voire l'éboueur expérimental de l’énergie atomique prêt à irradier sa population. C'est le parfait exemple d'une écologie macroniste ! Désastreuse, dépendante d’intérêts véreux et pourtant très orgueilleuse. Un chauvinisme très très mal placé le nucléaire...

Aujourd'hui en France, ce lobby puissant tente d'imposer sa poubelle nucléaire à Bure dans la Meuse. Une poubelle qui signifierait la validation et la prolifération d'une véritable bombe à retardement et que l'ingénierie ne sait même pas démanteler, mais dont on sait qu’un jour comme à Fukushima ou Tchernobyl elle nous pétera à la gueule.

La poubelle nucléaire de Bure cela fait depuis les année 90 que son projet existe. Pour s’imposer, l’Andra (L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) a tout simplement sorti le chéquier pour acheter les consciences. Rénovation des trottoirs, nouveaux lampadaires, promotion des filières nucléaires dans les écoles environnantes. Autant de cadeaux qui ont séduit les maires peu scrupuleux, à la vision à court terme et plus avides de relations de notables que de préservation de l’environnement.

C’est le bois Lejuc qui a été désigné comme cible pour les forages à 500 mètres de profondeur afin d’enfouir les déchets. Depuis des années les militants anti-nucléaire et les simples personnes de bon sens défendent cette forêt. En 2016 la forêt est occupée, création de cabanes et installation d’un réseaux de lieux de vie viennent renforcer et donner sens à la maison de la Résistance, située à coté dans le village de Bure. Achetée quelques années auparavant par le réseau Sortir du nucléaire pour l’usage de la lutte, c’est un véritable lieu de passage et d’accueil. La lutte s’y est fortement organisée à partir de là avant de subir un harcèlement policier particulièrement intense. Là-bas la Gendarmerie travaille main dans la main avec le lobby du nucléaire afin de polluer et d’irradier une population sous prétexte de l’ordre public.

Pour autant la lutte est loin d’être finie, le nucléaire personne n’en veut chez lui et ailleurs c'est toujours chez quelqu'un d'autre ! Alors comme à Plogoff (mobilisation populaire qui a fait échouer un projet de centrale) il est encore temps de mobiliser les habitants et tous les soutiens pour faire tomber ce projet. L’année passée a été une année blanche, une phase dite administrative destinée à endormir la résistance. Mais maintenant que le Déclaration d’Utilité Publique pourrait être déposée avant fin 2019 il est temps de revenir à la charge !

Le week end du 27, 28, 29 septembre, se tiendra à Nancy « Vent de Bure », une grande mobilisation contre le projet d’enfouissement des déchets nucléaires, au programme : Bal, Ateliers, Manif. Une occasion pour aller à la rencontre de ce qu’il se passe là bas si vous n’y avez jamais mis les pieds ou si vous voulez y retourner. Concert vendredi soir et Manif le lendemain à Nancy (cour Leopold) la plus grande ville à coté de Bure. La matinée commencera dès 10H avec un grande assemblée des luttes Grand Est.

Événement Facebook

Page de la résistance : Bure à cuire

Site : https://ventdebure.com/

C’est l’occasion aussi de présenter cette longue interview fouillée de Lundi matin consacrée au nucléaire pour en apprendre beaucoup plus sur sa triste histoire et les luttes qui s’y sont opposées.


Paris tenu !

Ce 21 septembre était tellement attendu et porteur d'espoir qu'il avait toutes les chances d'être un grand défi. D'autant que le gouvernement avait saisi l'enjeu de ce rdv et s'était donné les "moyens" de faire échouer toute contestation. Et pourtant...

 

La matinée s'annonce difficile.  Comme prévu, le dispositif répressif est démentiel. 7 500 forces de l'ordre mobilisées, des barrages, des contrôles, des interpellations, des amendes.  La stratégie du pouvoir est simple : empêcher tout regroupement aux alentours des Champs Élysées mais pas seulement : son rôle n'est plus de protéger les manifestants, mais bien de leur faire peur en amont pour qu'ils ne viennent pas manifester. Certaines personnes se sont fait contrôler 5 fois en moins d'une heure, d'autres ont écopé d'amendes, pour regroupement non autorisé, alors qu'ils étaient cinq ou six, sans aucun gilet jaune ou matériel de protection ! "On nous contrôle à notre gueule de prolos". Il faut bien voir là que le simple fait d'une expression collective et prolétaire dans la "plus belle avenue du monde" est réprimée afin d'isoler et d'empêcher les revendications là où elles font sens. Ce sont petit à petit des mesures d'apartheid social qui sont mises en place. A quoi s'attendre quand l'Etat ne tient que par sa police ? (En fin de journée le bilan légal faisait état de 168 interpellations et 120 GAV.)

La stratégie d'étouffement et d’asphyxie sécuritaire est la même juste à côté, à Madeleine, lieu du premier rassemblement du jour, celui d'une convergence GJ et écolos et altermondialistes pour ouvrir le bal d'une journée épique. Le rassemblement avait été interdit par la préfecture, mais à l'instar de nombreux groupes, ATTAC et Solidaires, ont eu l'audace de maintenir l'appel à se rassembler pour aller en groupe sur les Champs. Évidemment, la police en aura décidé autrement. Après une évacuation de la place, les esprits étaient suffisamment chauffés et joyeux pour partir en sauvage vers Saint Lazare. Les "Paris debout soulève toi" retentissaient à nouveau dans les beaux quartiers. Sur le chemin, charges, gazages et dispositif furieux des voltigeurs ultra mobiles n’ont pas réussi à empêcher les manifestants de construire des barricades et de se diriger vers les champs.

La matinée sera ainsi faite de nombreux rassemblements improvisés, intuitifs, devenant des manifestations sauvages signant les premières alliances spontanées, prometteuses pour le reste de la journée. En effet dès l'évacuation de la place de La Madeleine par la police, c'est ensemble que Gilets Jaunes, Gilets Verts et sans gilets démontrent au pouvoir en place qu'il ne pourra défaire ce qui fait désormais "commun", la lutte, tous ensemble.

A ce stade il paraissait toujours incertain de pouvoir tenir dans ces quartiers et encore moins possible d'investir les Champs. Et pourtant... à force de détermination, plusieurs petits groupes de GJ ont réussi à franchir tous les barrages menant à l'avenue. Au fil de la matinée, le nombre de manifestants sur place ne cesse de grossir. Pour la plupart sans gilet, comme lors du 14 juillet, ils commencent à se regrouper et à chanter. A plusieurs reprises, les GJ arrivent à investir l'avenue et à couper la circulation. Difficile à compter, on peut tout de même estimer qu'entre 1000 et 2000 GJ auront réussi à investir l'avenue, mais il ne faut pas oublier que beaucoup plus de GJ étaient présents autour, invisibilisés par les flics qui n'ont eu de cesse d'essayer d'imposer leur terreur pour les tenir à l'écart. Ces manifestations sauvages, sur des Champs Elysées bunkérisés, sont un énorme pied de nez au dispositif militarisé et guerrier du pouvoir. Même face au surnombre, face au rouleau compresseur policier, il aura suffi d'un peu de détermination pour atteindre un des objectifs de la journée. Cela devrait inciter à être plus nombreux les prochaines fois... A seulement plus d'un millier de gilets jaunes, sans gilet, ils ont réussi à faire cela, quel exploit !  Et ressentir à nouveau ce sentiment de puissance collective dont le but est d'accéder à une justice sociale et climatique. Paris tenu !

Malgré les dizaines de milliers de blessés, d'interpelés et de condamnés, il reste encore de très nombreux Gilets Jaunes prêts à faire des centaines de kilomètres pour venir sur Paris et risquer des GAV (voire pire) pour pouvoir crier leur colère sur l'avenue la plus inaccessible d'Europe. Macron, Castaner et Lallement peuvent parader, il n'en reste pas moins qu'ils devraient s'inquiéter d'un tel constat. La terreur n'a pas maté la colère d'une partie du peuple. Bien au contraire.

L'autre réussite de ce 21 septembre, c'est la réelle convergence sur la marche pour le climat. Car, assez vite, face à la situation irrespirable des Champs, de nombreux GJ font tourner le mot d'aller au rassemblement de Luxembourg. Avant même le départ de la manif, de nombreuses personnes décident de se placer à l'avant, faisant ainsi renaitre le cortège de tête. Un cortège composé d'environ 2000 manifestants très divers mais où les chants GJ étaient massivement repris (par des manifestants avec GJ, avec Kway noir ou sans aucun signe distinctif). Dans ce cortège, de nombreuses personnes avec des pancartes pour le climat. Beaucoup de jeunes, des familles aussi.  On est donc bien loin de l'image d'un vilain Black Bloc ayant vampirisé la gentille manif climat. Non, toutes les personnes présentes, en tête de cortège ou à l'arrière, sont là pour un monde meilleur, pour un avenir plus juste et pour sauver la planète. Aussi cela fait bien longtemps qu'ils ont acté le fait qu'on ne peut plus attendre, plus se permettre de manifester gentiment derrière des services d'ordre. Et la quasi totalité a conscience que cela passe par un changement de système économique : aucune multinationale n'est écolo et aucune banque n'est populaire !

Alors oui, certaines des asso organisatrices n'ont pas vu d'un bon œil ces manifestants bigarrés et deter. Ils ont même tenté de laisser partir le cortège de tête devant pour se préserver d'éventuelles charge et gazage. Mais cela n'a pas marché, notamment parce que la violence de la première charge (suite à une vitrine de banque brisée) fut telle que des milliers de manifestants furent contraints de faire marche arrière, mêlant définitivement l'ensemble des personnes présentes !

Si certaines orgas comme Greenpeace ont rapidement communiqué pour appeler leurs militants à sortir au plus vite de la manifestation, car la sécurité n'était plus assurée, les autres ont eu l'intelligence de comprendre qu'il fallait condamné la répression aveugle et disproportionnée de la manif sans tenter de s'en désolidariser. Car si Greenpeace ne le savait pas, cela fait malheureusement plusieurs années que toute manifestation qui remet véritablement le pouvoir en cause, est rendue dangereuse par une Police qui a carte blanche et s'en prend à tous les manifestants, enfants compris...

Surtout, qu'importe les consignes, la très grande majorité des manifestants était décidée à rester débout et digne, à ne pas céder face à la terreur. Alors après un énorme reflux jusqu'à son point de départ, la manifestation est repartie vaillante ! Toujours joyeuse, avec des familles encore présentes et prêtes à affronter les gaz jusqu'à une certaine dose, mais pas moins déterminée. Alors que la préfecture s’enorgueillissait sur les réseaux sociaux d’avoir calmer les éléments violents, dans sa logique médiatique de cloisonner et de hiérarchiser les luttes, sur le chemin la réalité était tout autre. Barricades et manifs sauvages semblaient éclore d’un peu partout et ne pas affoler les cortèges massifs.

En fin de journée des groupes écolos ont réussi leur action secrète de la journée et ont posé une énorme banderole sur un pont parisien : "Macron Polluter of the word". Bravo ! Des groupes de manifestants étaient encore présents dans les rues de la capitale. Une manif sauvage à Bercy de plus d'un millier de personnes, plusieurs centaines au coeur du quartier latin rue Mouffetard, pendant que des groupes de gilets jaunes préparaient un retour aux Champs. Les gyros allaient dans tous les sens dans Paris. Police débordée ? En tout cas la convergence en acte leur a fait tourner la tête.

Ultime affront pour le pouvoir : le 21 septembre s'est continué en soirée et dans la nuit, avec une manif non déclarée initiée par les écolos mais allègrement renforcée par des gilets jaunes. Et quelques affrontements sur les Champs Élysées !

Si le pouvoir voulait casser la dynamique jaune et endormir la colère verte, il a surtout réussi à définitivement imbriquer les luttes en criminalisant tout mouvement tentant de près ou de loin de se solidariser avec les gilets jaunes. On retiendra qu'à seulement quelques centaines, les gilets jaunes ont réussi à investir les Champs en bravant la terreur imposée par la police et les interdictions politiques et qu'ensuite l'intelligence collective a permis une addition expérimentale entre une marche climat et un cortège de tête. Une question demeure, est-ce que ce mix amènera les écologistes à muter de l'indignation vers la révolte ? Ou se désolidariseront-ils comme la préfecture les y incite ?

Alors c'est sûr, le pouvoir n'a pas tremblé ce 21 septembre. Mais il n'a pas gagné non plus. Et à moyen terme, il a peut être perdu beaucoup. Car la stratégie du pouvoir conduit de plus en plus d'individus et de structures à adopter des méthodes de luttes plus radicales. Ce gouvernement a réussi à pousser des milliers de Gilets Jaunes à enlever leur gilet. Il a réussi à convaincre des citoyens à utiliser les méthodes de black bloc. Il a même poussé des associations bien installées comme Attac et Solidaires à assumer des appels à des rassemblements non déclarés et à rejoindre les Champs !

Car ce n'est pas les citoyens qui définissent le niveau de radicalité et d'illégalité de la lutte mais le pouvoir par sa façon de réagir à la contestation sociale. Les milliers de personnes qui se rendent en manif non déclarée ou qui se prêtent à des actions de désobéissance ne le font pas par amour pour l'interdit, mais parce qu'ils n'ont d'autres choix pour réellement faire changer les choses.

Ce qui s'est joué le 21 septembre pourrait donc s'avérer potentiellement explosif pour le pouvoir et pour ceux qui profitent de cette société injuste. Peut être bien plus néfaste qu'une banque brisée ou qu'un Fouquet's cramé.


Comment reprendre nos rues

En dix mois, le mouvement des Gilets Jaunes a réussi à de nombreuses reprises à surprendre : le pouvoir, la police, les médias, l'opinion. Voire les GJ eux-mêmes. Au delà de la détermination et d'une féroce envie de changement, ce qui a véritablement changé la donne du paysage des luttes sociales en France, c'est cette réalité nouvelle d'actions totalement décentralisées et autonomes. Des blocages, des occupations, des manifestations, des débordements. Tellement de possibles qui n'existent plus dans l'univers normé des syndicats, partis d'oppositions, ONG et autres structures bien établies.

En cette rentrée 2019, le champ des possibles semble encore très vaste. Bien plus vaste que le pouvoir et les médias le présentent. Mais pour réussir à déborder à nouveau, et peut être encore plus fort, il est nécessaire de réfléchir à des stratégies de lutte, que ce soit pour des manifs à venir ou d'autres types d'actions. Voici quelques pistes et réflexions, qui ne demandent qu'à être complétées et enrichies. Précision importante : ces pistes se placent dans une optique clairement insurrectionnelle, voire révolutionnaire. Puisque tant de GJ (et d'autres citoyens) le clament et l'espèrent depuis plusieurs mois, osons réfléchir à la chose de façon posée. Une sorte de manuel pour "agir en primitif et prévoir en stratège", comme le préconisait le poète et résistant René Char.

LA FORCE DU NOMBRE

Cela a toujours été le cas mais c'est depuis quelques mois de plus en plus flagrant en France : il est important, voire primordial, d'être assez nombreux dans la rue pour réussir à proposer des actions réellement dérangeantes pour le pouvoir. Cela ne veut pas dire que toute manifestation massive est en soi une réussite. Les manif pour le climat ont montré ces derniers mois qu'on pouvait être des dizaines de milliers (voir plus) et ne pas déranger le gouvernement et les puissances économiques. En revanche, pour réussir à déborder un dispositif policier de plus en plus agressif, venant directement au contact, et de plus en plus mobile (avec les voltigeurs), il y a besoin de milliers de personnes.

Les moments où le pouvoir a vraiment tremblé ces derniers mois ont toujours été ceux où, dans la rue, le rapport de force tournait à l'avantage des GJ en raison de leur nombre. Même en déployant des moyens humains et matériels énormes, la préfecture a été incapable de maitriser une colère lorsque celle ci était exprimée par des milliers de manifestants, à différents endroits d'une ville, pendant plusieurs heures.

L'exemple le plus frappant est sûrement celui de l'acte 23 (ultimatum 2). Suite à l'impuissance du pouvoir sur le premier ultimatum du 16 mars, la préfecture a monté un énorme dispositif pour éviter tout débordement. La page Ultimatum avait donné plusieurs lieux de rdv, au dernier moment. Les GJ s'étant rendus à ces rdv ont malheureusement pour eux été cueillis par des dizaines de CRS. Rien n'a été possible. Sauf que ce jour là, le nombre de GJ à Paris était si important qu'une grosse manif "déclarée" s'est élancée de Bercy. Là encore, la pref avait prévu le coup et décidé de couper la manif en plusieurs mini cortège, pour mieux les contrôler. Mais cela n'a pas fonctionné, tellement le cortège était massif et déterminé, au point de réussir à forcer plusieurs barrages policiers pour se regrouper.

Enfin, être très nombreux dans la rue, c'est aussi le moyen de protéger ceux qui sont décidés à agir (et pas forcément violemment, mais en désobéissance civile). Par leur présence, par leurs corps, des milliers de manifestants, même sans agir directement, peuvent ainsi aider à rendre une manifestation réellement offensive et gênante pour le pouvoir. C'est en ce sens que le cortège de tête est apparu il y a quelques années en France. On peut également prendre l'exemple de la révolte à Hong Kong, où la stratégie est poussée à un niveau hallucinant, et où les manifestants "de base" sont un élément essentiel pour les manifestants de première ligne.

L'un des enjeux majeurs des semaines à venir est donc de retrouver une mobilisation aussi massive (voir plus) qu'en novembre et décembre. Et c'est tout à fait possible. Quasiment aucune des personnes ayant participé à au moins un acte des GJ n'est aujourd'hui convaincu par l'action du gouvernement. Si certains ne descendent plus dans la rue, c'est plus par lassitude et/ou par peur (des violences policières et des arrestations) que par changement d'opinion sur la situation sociale et économique. Pire, le réservoir des résistants est sûrement encore plus grand qu'il y a un an. Chaque GJ peut s'en rendre compte autour de lui : qui est aujourd'hui satisfait de Macron et de son monde ? Qui n'est pas conscient de l'urgence climatique et sociale ? Chacun doit donc tenter de remotiver ses amis et ses proches de descendre dans la rues lors des prochains rassemblements.

PLAISIR ET IMAGINATION

Ce qui frappe aujourd'hui lors des manifestations GJ, c'est son côté répétitif et reproductif. A l'inverse, ce qui a fait le succès du mouvement, c'est sa capacité à créer, à innover dans l'occupation de la rue, de la ville. Des nouveaux chants, des nouvelles méthodes de déplacement, des blocages économiques inédits (ex : les Champs Elysées). Même le langage a été recréé et ne correspond pas aux habitudes des luttes sociales : on peut se moquer des "actes" se succédant, des "ultimatums", il n’empêche que les GJ ont créé leur propre calendrier, leur propre terrain de lutte et leur propre moyen de se rassembler. Quand ils ont occupé les ronds points, tout le monde trouvait ça étrange. Pareil quand ils ont investi des péages. Et encore pareil lorsqu'ils ont décidé de se retrouver tous les samedi dans les centre ville. Et lorsque de nouveaux chants sont arrivés, ce fut comme une petite victoire. La création d'un nouvel espace d'expression, d'échanges et d'exutoire.

Les puissants tentent depuis toujours de mettre des œillères à la population et lui faisant croire que rien n'est possible, si ce n'est d'exprimer sa colère à travers les élections ou les luttes institutionnalisées (syndicats, partis, ONG...). Alors que la réalité est toute autre. La vie est un immense terrain de jeux. La ville aussi.

Rien n'énerve plus le pouvoir que des personnes heureuses de lutter et de se retrouver. Les puissants font tout pour rendre les manifestations oppressantes alors qu'elles peuvent être des lieux de rencontres, de vies, de folies.. Tout ce qu'ils ne connaissent pas dans leur petite vie bourgeoise et confortable. Il importe donc de ramener de la joie, de la folie, du feu et de la vie dans la rue. Pour casser leur rêve de grisaille, pour se faire plaisir mais aussi pour donner envie à d'autres citoyens de nous rejoindre. Qu'ils comprennent que ce qui se joue dépasse largement une voiture ou une banque brulée. Que le cœur de la révolution n'est pas dans la destruction mais dans la rencontre, les complicités, l'échange et la construction.

MOINS DE TÉLÉPHONE, PLUS DE SOLIDARITÉ

Il est important d'avoir des photos et des vidéos de ce qui se joue dans les rues, notamment lors des moments les plus insurrectionnels, mais surtout lors de violences et dérives policières, pour témoigner de ces réalités que le pouvoir tente de cacher. Mais aujourd'hui, trop de personnes ont pris le réflexe de sortir le téléphone à la moindre poubelle brulée, pire, à la moindre charge policière. Ces personnes restent solidaires, et partie prenante du mouvement. Mais elles ne se rendent pas compte qu'en filmant avec leur téléphone, elles se sortent du reste des manifestants pouvant agir réellement. Elles sont présentes physiquement mais ne peuvent plus agir. Elles deviennent spectatrices. Combien de vidéos avons nous vues avec une personne malmenée par la police et que personne n'aide alors que des dizaines de manifestants filment la scène ? Il ne s'agit pas de juger et de donner des bons/mauvais points.

Chaque personne est libre de faire ce qu'elle veut, y compris en manif. Et il est tout à fait compréhensible de vouloir filmer un moment fort. Mais il faut tout de même analyser le phénomène de façon générale et voir ce que cela implique sur l'ensemble du rassemblement. Et avec ce point de vue, on ne peut que constater les méfaits de cette tendance et avoir conscience qu'elle profite au pouvoir puisqu'elle rend la manifestation moins offensive et moins solidaire. Sans compter que les vidéos constituent parfois des preuves utilisées contre les manifestants accusés de dégradations.

Il est donc temps de ranger son téléphone et de prendre activement part aux prochaines manifestations. Cela peut prendre des formes diverses : chanter, courir, taguer, faire des banderoles, donner des informations aux autres manifestants, proposer des actions. Tant de choses que le cerveau ne fait plus quand il vit la manif à travers l'écran d'un téléphone.

DIVERSITÉ ET RESPECTS DES PRATIQUES

Il est important d'interroger la place et le degré d'actes offensifs dans les manifestations se voulant insurrectionnelles. Cette question est très complexe et sensible puisqu'il n'appartient à personne de définir une limite précise dans la justesse morale d'actes offensifs. Nous refusons tous de valider le schéma imposé par la société qui voudrait que toute action illégale soit immorale. Il est acquis pour beaucoup qu'un Fouquet's qui brule n'est pas plus grave qu'un patron qui licencie pour augmenter ses profits. Mais dire cela ne veut pas dire que casser ou bruler est forcément pertinent pour la lutte et pour faire avancer la cause révolutionnaire.

S'il faut se garder de condamner un manifestant se prêtant à des dégradations, il ne faut pas non plus tomber dans le travers inverse qui valoriserait, de facto, toute dégradation ou acte violent. A certains moments, à certains endroits, dégrader du mobilier urbain, des boutiques ou attaquer les forces de l'ordre peut se révéler une erreur stratégique et faire le jeu du pouvoir.

La dégradation ou les violences ne sont en rien un marqueur pour jauger la réussite ou non d'une manifestation. Dans un sens comme dans l'autre. Ces actions offensives ne sont que des outils pour parvenir à des objectifs plus importants que les conséquences directes d'une voiture brulée ou d'une banque saccagée. Dans une société régie par l'image et par l'apparence, où le pouvoir ne tient que par l'illusion qu'il maitrise tout et qu'aucune alternative n'existe, ces actions offensives font sens quand elles participent à briser cette illusion. Cela fonctionne lorsque toute une partie de Paris semble hors de contrôle du pouvoir malgré les milliers de policiers et militaires déployés. Mais pour y arriver, il convient de créer les conditions propices à une telle situation.

Il faut aussi garder à l'esprit que l'offensive et la rébellion peut revêtir des formes très subversives sans être forcément violente. Des milliers de personnes qui vont sur le périphérique, sur les rails d'une gare ou occuper un ministère, cela peut faire tout aussi mal aux puissants.

Refusons donc de classer les manifestants entre violents et non violents. Seuls ceux qui craignent le changement ont un intérêt à cette séparation totalement artificielle. Cette classification (stigmatisation) est un simple outil de domination. La violence n'est pas immorale en tant que telle. Même les livres d'histoire nous vantent les mérites de résistants qui ont combattu le mal. Combattu au sens propre. Au sens violent.

S'ADAPTER EN TEMPS RÉEL

Face aux nouvelles stratégies de "maintien de l'ordre", avec des unités très mobiles et agressives, il est plus que jamais nécessaire que les manifestants se montrent très attentifs et s'adaptent au plus vite aux situations. . A Hong Kong quand le front policier devient trop chaud face à eux, les manifestants ne stagnent pas.Très vite, la manif se déplace ailleurs. Il est très difficile de décider de façon collective dans de telles situations, surtout dans un mouvement sans leader et totalement horizontal, mais cela fonctionne. Et souvent, il vaut mieux prendre une décision et "bouger" plutôt que rester statique de peur de faire une erreur.  Il faut également garder à l'esprit que parfois, l'affrontement avec les forces de l'ordre n'est pas du tout stratégique. Lorsque le rapport de force est clairement déséquilibré, il est parfois préférable de réfléchir à des solutions alternatives permettant aux manifestants de continuer à occuper l'espace, à bloquer, à être offensif. La police n'est pas l'objectif. C'est l'outil du pouvoir qui peut empecher d'atteindre des objectifs. Mais se focaliser sur eux empêche parfois de créer des moments sûrement bien plus beaux et constructifs pour la lutte.