journal de guerre coronavirus cléone lettre 4

JOURNAL DE GUERRE, Cléone lettre 4

On n'oubliera jamais qu'ils ont commencé par nous inviter à faire de « bonnes affaires en bourse » au moment où le COVID-19 devenait endémique, à nous adresser des sourires condescendants, sûrs de leurs informations « scientifiquement prouvées » sur une simple grippe hivernale, sur leurs stocks fantômes de millions de gels hydroalcooliques et de masques fpp2 à jour, à parler « unité nationale » sur l'air de mais oui, mais oui l'école est finie !, pour en venir à leur saloperie de « guerre contre le virus » qui s'est immédiatement traduite par matraquer une mère de famille avec son caddy sur le marché de Château rouge.

Les épistolaires de la bourgeoisie contaient leur confortable et bucolique retraite en écoutant le chant des oiseaux en sursis. Confiné.es dans leur résidence secondaire de Normandie, du Lubéron ou d'ailleurs, leur correspondance a cessé quelques semaines après le déclenchement de ce nouvel État d'urgence.

Ont-elles été décimées, ces familles privilégiées ? Auront-elles pu rejoindre Paris à temps pour être prises en charge à l'arrivée des premiers symptômes sérieux ? Les hôpitaux étaient saturés d'agonisants, personnes âgées bien sûr, mais aussi plus jeunes en « bonne santé » qui, faute d'être allé.es bronzer aux Buttes Chaumont en ce dimanche fatidique, s'étaient surtout docilement déplacé.es pour remplir leur devoir civique. Comme les nuages de Tchernobyl à Lubrizol, on nous avait laissé entendre que le Covid-19 s'évaporait à la seule vue de l'urne et de la feuille d'émargement.

Le virus se moque des frontières. En revanche, le checkpoint néolibéral est depuis longtemps une sale affaire de genre, de race et de classe.

Les rappels à l'ordre au télétravail n'ont jamais été destinés aux élites en évasion sanitaire : une aubaine pour la « flexibilité », manière polie de parler de capitalisation de l'humain, de la vie, de nos épuisements et d'exploitation de la force de travail jusque dans les recoins du foyer. Le confinement n'est autre qu'une belle occasion d'auto-formation continue, contrainte, pour ingurgiter de nouvelles compétences (les « soft skills – soft kills ») – évangile du management. Mais pour les confiné.es, on entrevoyait juste un peu mieux à quoi ressemblait la vie de celles et ceux qui sont déjà assigné.es à résidence, en prison, en fauteuil, en phase terminale, en camp, en colonie, en hlm délabré, en fin de droits... Quant à celles qui se tapent depuis bien longtemps une triple journée de travail, elles ont juste morflé un peu plus 24h sur 24h, 7j sur 7j.

Évidemment, les rappels à l'ordre au travail « tout court » ont d'emblée opéré une franche sélection face à la valeur de la vie. Un jour, on reparlera pénibilité du travail. Pour assurer la survie d'une minorité, il fallait continuer à l'alimenter, à la servir, à construire ses maisons et ses immeubles, ses voitures et ses routes, à conduire ses trains, à distribuer son courrier ou sa commande Amazon et à ramasser ses ordures.

Enfin, devant nos coquillettes au thon à compter nos jours de chômage partiel ou nos congés payés imposés, nous avons au moins pu échapper aux litanies romantiques comme aux pornos culinaire, culturel, animalier dans lesquels une caste s'était vautrée. Les odes à la décélération à l'ennui dans son canapé d'angle à relire Camus, les plaintes sur l'avenir des héritiers et la continuité pédagogique, les séances de yoga avec les enfants qui devenaient à moitié dingues malgré le luxe de pouvoir déprimer dans leur chambre à bouffer en loucedé leurs chips bios aux légumes, (eux, au moins, avaient une chambre à soi) ... ont finalement été étouffées par les quintes de toux, l'asphyxie, la panique, le deuil : obscénité des vies épargnées et démocratisation brutale de l'exposition au risque de mort.

Les hôpitaux des grandes métropoles françaises étaient dévastés – une médecine de guerre n'offre que des scènes de guerre en effet : lits entassés dans les couloirs, corps déshumanisés appelant à l'aide. Le matériel d'intubation usagé qui jonchait le sol et la danse des chariots de réanimation en nombre bien trop insuffisant qui passaient d'un.e patient.e à un.e autre comme seule musique d'ambiance.

Le personnel soignant n'avait que faire des scènes de communion nationale qui ont remplacé le journal de 20h dans les premières semaines. En première ligne, il est Cassandre à visage découvert ; la rage épuisée, chevillée au corps, devenant le collabo de la grande faucheuse ou le bourreau qui assène le coup fatal à décider qui de celui ou de celle-là devait être débranché.e pour tenter de sauver la caissière, le livreur ou l'éboueur, le père de famille ouvrier dans le bâtiment, l'assistante maternelle... ou même le nième de leurs collègues dont les poumons étaient troués par le virus – infirmière, interne, ambulancier, femme de ménage... Qui s'occupait de sauver le mineur isolé en situation « illégale », le sdf ou la grand-mère en EPHAD contre le Ministre de la Culture, Martine Vassal ou autre vie réputée digne d'être soignée ?

Parmi les 250 000 personnes à la rue en France, on jouait à Am, stram, gram...

En France, il n'y avait plus que 7000 lits en soins intensifs avec assistance respiratoire (5000 en Italie avec les conséquences dont on avait été témoin) : conséquence mathématique de plus de trente ans d'algorithmes comptables qui spéculent sur le nombre de morts « acceptables ».

Bienvenue dans le nécrolibéralisme.

525 millions d'augmentation du budget pour la police et l'armée avait été votée à l'automne 2019 soit 13, 8 milliards d'euros de crédits ; le tout, puisé partout ailleurs : 3 milliards pris depuis 2017 au budget de la santé et en particulier à l'hôpital public- suppression de 22 000 postes, plus de 5000 lits et injonction à 100% d'occupation pour rentabiliser les établissements quand tous les signaux sont au rouge pour prévenir de l'effondrement et les conséquences sanitaires que cela implique).

En pleine crise, la côte de popularité remontait pourtant pour un chef autoproclamé s'octroyant les pleins pouvoirs, celui-là même qui a ouvert les hostilités. Est-ce le virus qui rend amnésique ou la peur qui fait éclore l'amour de l'autoritarisme viriliste quand on se découvre menacé jusque dans ses rangs, son clan, sa famille, son corps ?

19 mars 2020 : la BCE débloque 750 milliards d'euros pour sauver les banques européennes, éponger une dette publique qu'elle a elle-même créée de toute pièce et... relancer l'emprunt des ménages ; du moins, ceux qui n'auront pas fait les frais de la médecine de guerre en temps de guerre sociale, ceux qui seront encore vivants, donc. 1

Solidarité, entraide, heures supplémentaires, travail gratuit des collectifs, des associations... c'est ce qui nous permet de tenir depuis longtemps déjà contre un Etat qui nous fait la guerre, défait tout ce dont nous avons besoin.

La vie tient avec des bouts de ficelle.

Les journaux de confinement se sont vite transformés, pour nous, en chronique de survie : perdre l'usage d'un, de deux poumons, après les yeux, les mains, ... Le souffle déjà coupé par la conscience que les siens ou soi-même ne nous en sortions pas, on n'a pas mis longtemps à comprendre que là, dans cette situation « exceptionnelle », prendre soin signifie aussi, toujours, autodéfense. Et, en la matière, on avait un coup d'avance après s'être tapé depuis si longtemps les gaz lacrymogènes et les balles de la République.

Nos masques, nos lunettes, nos kits de premiers secours avaient été sacrément mis à contribution durant ces années de saccage social, mais on savait les fabriquer et on a continué à le faire. On s'est équipé et on ne s'est pas arrêté là : on a commencé à s'organiser de proche en proche – quand d'autres continuaient à tergiverser sur la réforme du capitalisme, la transition et le revenu universel dans leur salon en écoutant les postcast de La Guerre de Troie n'aura pas lieu sur France Culture. On a renforcé les maraudes et l'entre-aide entre crevard.es pour se ravitailler, se mettre à l'abri, pour squatter vos logements vides, pour nous soigner, pour faire et refaire communautés et les relais qui les lient entre elles. On a été de plus en plus à mettre, en guise de drapeaux noirs, nos gilets jaunes aux fenêtres et on a recommencé le samedi à faire du tapage nous aussi : oui merci les hospitaliers, mais bande de « connards », non... meurtriers, on est là, on est toujours là, on le sera toujours.

Sound system, casseroles, cris, hurlements, huées, sifflets : comme on vous avait empêché de tenir vos mascarades de vœux de fin d'année, vos cérémonies de bouffons, vos réunions de campagne, de vous rendre au théâtre ou au restaurant, on vous empêchera de nous faire crever. Qu'importe comment : enceintes, mégaphones, vidéoprojecteurs, pour diffuser dans les rues désertées, mais avec du monde au balcon, vos discours, vos mensonges, les images de vos exactions. Nous avions déjà nos slogans, nos chants de lutte, nos réflexions, nos archives et nos imaginaires, nous en avons inventés d'autres. On a pris au sérieux la toile, on en tissera partout.

Ici et là, on sera ensemble, attentive et attentif les un.es aux autres, on aura nos radios clandestines. Harnaché.es de baudriers, de cordes, de poulies, on construira, des passerelles, des ponts : là-haut, d'autres villes apparaîtront entre les immeubles, entre les tours, sur les toits, dans les greniers et les mansardes. On plantera des jardins et des potagers sur les terrasses, dans nos cours, sur nos fenêtres, dans les halls, entre les fissures du bitume, au milieu des friches et des ruines... Partout, nous prendrons de nouvelles zones pour en faire des quartiers, des terres, des continents à défendre. Tout un réseau d'informations se trame, des avions de papiers qui iront plus vite que vos mouchards dans nos fils et messageries ; un système de distribution solidaire aussi, du panier de victuailles en tout genre aux armes contre vos milices : les plans des catapultes de Hong Kong en copyleft entre les mains, des lance-pierres et des arcs contre vos drones, le savoir-faire de Notre-Dame-des-Landes et de Bure en tête. Et alors qui protégera vos supermarchés, vos entrepôts, vos silos ?

Jamais le « rester chez soi » n'aura été un tel appel à l'insurrection. Nos grèves consistent désormais à ne plus avoir besoin de vous : on a arrêté de vous regarder, de vous écouter... ce sera notre 49.3, on s'auto-atteste en guerre contre la mort, celle que vous quantifiez à base de prime chichement accordée pour les plus précaires contraint.es de continuer à faire tourner la machine ; mais la mort, c'est vous. On ne reprendra pas le travail cette fois, ni dedans, ni dehors. On ne reviendra pas pour se faire tanner cet été, « non, moi je ne rentrerai pas, je rentrerai pas la dedans ; ça, je ne mettrai plus les pieds dans cette taule... » 2

On n'y retournera pas au travail : si comme une traînée de poudre, on arrête tout, de produire, de consommer, de payer les loyers, les emprunts, les factures, ... leur dette, leurs dividendes, qui pourra venir nous arrêter ? Le confinement est une mesure pour discipliner, prendre un peu plus le contrôle de nos survies : là où on se repose, où on se reconstitue, le territoire privilégié de la division sexuelle et raciale du travail (reproduire, nourrir, soigner, éduquer, nettoyer, consommer), du patriarcat, puisque le foyer a été créé pour ça ; il est donc cet espace-temps à reprendre, à prendre pour tout.es, et à défendre. Le territoire depuis lequel on peut tout saboter. L'abrisme révolutionnaire – non pas un « chez soi » mais un « chez nous » – porté par les mouvements de grève de loyer à Barcelone, à Paris,... est porté au sein des syndicats de locataires à Los Angeles, à San Francisco, à Melbourne, à Londres...

Ce qui est inédit, ce n'est pas la pandémie ; c'est le refus radical.

Dépose totale a casa. Se tenir à distance, c'est être à l'abri du brouillard mortifère dans lequel vous nous asphyxiez. Loin de vous, c'est nous rapprocher les un.es, les autres. Vous êtes à l'agonie, nous sommes vivants. Pour qui chantent les oiseaux qui reviennent au printemps ? Pour nous.

Notes :

1. [Visite présidentielle le 4 avril 2018 au CHU de Rouen : "Il n'y a pas d'argent magique."]

2. [Reprise du travail aux usines Wonder, mai 68
« non, moi je ne rentrerai pas, je rentrerai pas la dedans ; ça, je ne mettrai plus les pieds dans cette taule... »]


Faire culpabiliser les citoyens

Une des stratégies les plus efficaces mises en œuvre dans toute situation d’urgence par les pouvoirs forts consiste à culpabiliser les individus pour obtenir d’eux qu’ils intériorisent la narration dominante sur les événements en cours, afin d’éviter toute forme de rébellion envers l’ordre constitué.

Texte de Marco Bersani (Attac Italie)

Cette stratégie a été largement mise en œuvre dans la dernière décennie avec le choc de la dette publique, présenté comme la conséquence de modes de vie déraisonnables, où l’on vivait au-dessus de ses moyens sans faire preuve de responsabilité envers les générations futures.

L’objectif était d’éviter que la frustration due à la dégradation des conditions de vie de larges couches de la population ne se transforme en rage contre un modèle qui avait donné la priorité aux intérêts des lobbies financiers et des banques sur les droits des individus.

C’est bien cette stratégie qu’on est est en train de déployer dans la phase la plus critique de l’épidémie de coronavirus.

L’épidémie a mis le roi à nu et fait ressortir toutes les impostures de la doctrine libérale.
Un système sanitaire comme celui de l’Italie, qui jusqu’il y a dix ans était l’un des meilleurs du monde, a été sacrifié sur l’autel du pacte de stabilité : des coupes budgétaires d’un montant global de 37 milliards et une réduction drastique du personnel (moins 46.500 personnes, entre médecins et infirmièr.e.s), avec pour brillant résultat la disparition de plus de 70.000 lits d’hôpital – ce qui veut dire, s’agissant de la thérapie intensive de dramatique actualité, qu’on est passé de 922 lits pour 100.000 habitants en 1980 à 275 en 2015.

Tout cela dans le cadre d’un système sanitaire progressivement privatisé, et soumis, lorsqu’il est encore public, à une torsion entrepreneuriale obsédée par l’équilibre financier.

Que la mise à nu du roi soit partie de la Lombardie est on ne peut plus illustratif : cette région considérée comme le lieu de l’excellence sanitaire italienne est aujourd’hui renvoyée dans les cordes par une épidémie qui, au cours du drame de ces dernières semaines, a prouvé la fragilité intrinsèque d’un modèle économico-social entièrement fondé sur la priorité aux profits d’entreprise et sur la prééminence de l’initiative privée.

Peut-on remettre en question ce modèle, et courir ainsi le risque que ce soit tout le château de cartes de la doctrine libérale qui s’écroule en cascade ? Du point de vue des pouvoirs forts, c’est inacceptable.

Et ainsi démarre la phase de culpabilisation des citoyens.
Ce n’est pas le système sanitaire, dé-financé et privatisé qui ne fonctionne pas ; ce ne sont pas les décrets insensés qui d’un côté laissent les usines ouvertes (et encouragent même la présence au travail par des primes) et de l’autre réduisent les transports, transformant les unes et les autres en lieux de propagation du virus ; ce sont les citoyens irresponsables qui se comportent mal, en sortant se promener ou courir au parc, qui mettent en péril la résistance d’un système efficace par lui-même.

Cette chasse moderne, mais très ancienne, au semeur de peste est particulièrement puissante, car elle interfère avec le besoin individuel de donner un nom à l’angoisse de devoir combattre un ennemi invisible ; voilà pourquoi désigner un coupable (« les irresponsables »), en construisant autour une campagne médiatique qui ne répond à aucune réalité évidente, permet de détourner une colère destinée à grandir avec le prolongement des mesures de restriction, en évitant qu’elle ne se transforme en révolte politique contre un modèle qui nous a contraints à la compétition jusqu’à épuisement sans garantir de protection à aucun de nous.

Continuons à nous comporter de façon responsable et faisons-le avec la détermination de qui a toujours à l’esprit et dans le cœur une société meilleure.

Mais commençons à écrire sur tous les balcons : « Nous ne reviendrons pas à la normalité, car la normalité, c’était le problème. »


COVID : Questions/Réponses avec Karim Khelfaoui, médecin généraliste libéral, volontaire au Samu de Marseille

COVID19 : Questions Réponses avec Karim Khelfaoui, médecin généraliste libéral, volontaire au Samu de Marseille

Karim Khelfaoui, médecin généraliste libéral, volontaire au Samu de Marseille a répondu aux questions des abonnés de Cerveaux non disponibles sur Facebook. Sous la vidéo retrouvez le time code des questions.

00:00 Quels sont les symptômes ?
03:38 Résumé de la précédente vidéo
04:45 Les différentes stratégies face au Coronavirus (Corée du Sud, France, Italie)
10:40 Est-ce que le Coronavirus est grave pour les enfants ?
13:15 Est-ce que le message du gouvernement qui demande à la population de ne pas porter de masques est justifié ?
16:15 Conseil avant/après sortie du domicile
18:44 A propos des tests
20:30 Est-ce qu’une personne peut-être contagieuse après la guérison ?
22:55 Est-ce que le confinement partiel suffit ou est-ce que le confinement total est inéluctable ?
25:38 A propos du gouvernement qui préconise de continuer à aller travailler (notamment pour les ouvriers du BTP, les usines, Amazon…)
30:00 A propos de la Chloroquine


Etat d'urgence sanitaire et gestion coloniale

ETAT D’URGENCE SANITAIRE: UN NOM ET DES MESURES PUNITIVES QUI CONVOQUENT L’HISTOIRE COLONIALE

A l’heure ou j'écris, l'Assemblée nationale française est appelée à débattre sur un projet de loi permettant au gouvernement de déclarer “l’état d’urgence sanitaire” pour répondre à la pandémie globale du COVID 19 qui met en danger les plus vulnérables d’entre nous. Ce texte permettrait trois choses: le report légal des élections municipales, les dispositions concernant les entreprises mises à mal par la situation de confinement d’une partie de la population, ainsi que les différentes mesures permises par l’état d’urgence sanitaire lui-même. Je n’ai aucune autorité pour discuter ces deux premiers points, mais peut peut-être partager quelques réflexions tatonantes et incertaines à propos du troisième, étant engagé depuis quatre ans dans un travail (toujours en cours) de recherches et rédaction d’une histoire spatiale de l'état d’urgence français.

(un texte de Léopold Lambert)

Bien entendu, l'état d’urgence et l'état d’urgence sanitaire sont des lois sensiblement différentes. La première a été créée en avril 1955 afin d'écraser la Révolution algérienne ou, pour être plus précis, afin de légaliser la violence contre-révolutionnaire française déployée immédiatement après l’offensive du Front de libération nationale algérien le 1er novembre 1954. Celle-ci fut déclarée trois fois durant la Révolution algérienne (1954-1962) en Algérie et en France en complément des six épisodes des “pouvoirs spéciaux” et des deux applications de l’article 16 de la Constitution de la Vème République qui permit à De Gaulle de s’accaparer les pleins pouvoirs. Elle fut ensuite utilisée trois fois dans le Pacifique; à Wallis-et-Futuna en 1986 et à Tahiti-Nui en 1987, mais plus particulièrement en Kanaky durant l'insurrection autochtone kanak de 1984-1988 qui aurait sans doute permis l’accession du pays à la pleine souveraineté si la team Chirac-Pasqua-Pons-Flosse n'était pas arrivée au pouvoir en 1986 — le massacre des 19 d'Ouvéa en 1988 n'est que la tragique conclusion de leurs mesures contre-révolutionnaires. Enfin, elle fut appliquée dans les quartiers populaires de France et des colonies départementalisées d’abord à l’encontre du soulèvement de 2005, puis en 2015-2017 lors de milliers de perquisitions et d’assignation à résidence sur la base hasardeuse de note blanches dans un déchaînement de violence policière, administrative et judiciaire islamophobe.

L'état d’urgence sanitaire, quant-à-lui, naît d’une situation au sein de laquelle l’action de l’état est non seulement nécessaire, elle requiert en effet également des capacités exceptionnelles. C’est d’ailleurs ce que propose l’une des mesures du projet de loi qui permettra de “procéder aux réquisitions de tout bien et services nécessaires afin de lutter contre la catastrophe sanitaire”. On se prend à rêver à un grand virage du macronisme! Réquisitions des logements de la spéculation immobilière infâme pour les personnes qui connaissent tout du confinement en temps soi-disant “normal”: celui de la rue ou bien celui des prisons ou centres de rétention. Réquisitions d’usines pour fabriquer masques et autres objets de protection pour cellleux que ce même gouvernement oblige à prendre le risque d'être celleux qui permettent aux autres d'être confiné.e.s.: caissier.e.s, ouvrier.e.s, éboueurs.es, livreur.ses, etc. Réquisitions des hôtels de luxe pour alléger la charge des hôpitaux en les transformant en centres de convalescence pour les personnes se remettant peu à peu des effets du virus… Difficile de croire cependant que ce sont là les réquisitions pensées par le gouvernement.

Pourquoi ce nom alors qui évoque la violence des grande contre-révolutions coloniales — au delà du manque d’imagination des technocrates énarques qui n’est plus à prouver? Il y a bien-sur les tentatives grotesques de Macron à se rêver en De Gaulle avec son histoire de “nous sommes en guerre”. De Gaulle, la contre-révolution, il connaît! Mais regardons le texte lui-même. L'état d’urgence sanitaire emprunte d’abord à son aîné colonial son mode de fonctionnement institutionnel: Le gouvernement peut le déclarer unilatéralement pendant 12 jours, au terme desquels il doit devenir une loi, c’est-à-dire être votée au parlement, afin de pouvoir continuer à être opérant. Il reprend ensuite la seule mesure majeure à ne pas avoir été transférée de l'état d’urgence à la loi du 30 octobre 2017 “renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme” (SILT) que le gouvernement Macron-Philippe avait passé comme une lettre à la poste — big up aux postier.e.s! — afin de terminer deux ans d'état d’urgence en inscrivant la grande majorité de ces mesures dans le droit commun. Cette mesure majeure est la possibilité d’instaurer des couvres-feux qui avait été utilisée de manière extrêmement ciblée à l’encontre des quartiers populaires lors du soulèvement de 2005. Nous avons pourtant vu durant les premiers jours de révoltes des Gilets jaunes réunionnais en novembre 2018 qu’un préfet n’avait aucun mal à déclarer un tel couvre-feu en utilisant le code général des collectivités territoriales, chose d’autant plus aisée qu’elle se produisait dans une colonie départementalisée comme la Réunion — mais le préfet en question est désormais préfet du Val-d’Oise et de ses nombreux quartiers populaires. C’est ainsi que l'état d’urgence permettra des “mesures générales limitant la liberté d’aller et venir [la définition légale du couvre-feu], la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion”.

On pourrait se dire “Après tout, pourquoi pas?”; le confinement semble être la stratégie la plus efficace pour affronter cette pandémie et il semble normal que le gouvernement puisse demander à chaque personne qui le puisse de rester chez elle. Néanmoins, il ne vous a peut-être pas échappé que c’est d’ores et déjà ce qui a été fait dimanche dernier durant l’allocation télévisuelle de Macron transformée en un décret (décret du 16 mars 2020). La différence se trouve principalement dans les moyens pouvant être pris afin de punir les personnes ne respectant pas les limitations de déplacement et augmentant le risque de contagion. Néanmoins, la dimension punitive d’une action gouvernementale implique toujours la même chose: l’augmentation du degré discrétionnaire de la police et de ses dirigeant.e.s. Ce degré discrétionnaire est mû à la fois par le positionnement politique et autres biais de chaque policier.e.s, ainsi que par les structures racistes et classistes de l’état français. Cette semaine nous l’a rappelé: d’un côté nous avons pu observer à quel point l’une des caractéristiques de la bourgeoisie (classe de laquelle je suis moi-même issu par ailleurs) correspond à l'idée profondément ancrée que les lois, ou du moins la pleine étendue des lois, ne la concerne pas. C’est ce qu’on a vu lorsque Paris s’est vidée de sa bourgeoisie (comme en mars 1871!) ce weekend et lundi alors qu’une telle fuite comportait nécessairement un risque de propagation du virus à plus grande échelle encore. Il est vrai que le décret n'était alors pas encore entré en action, mais chaque personne ayant fuit la ville l’a fait en sachant pertinemment qu’elle mettait potentiellement en danger de nombreuses autres qu’elle-même. A l'opposé, nous avons pu voir des scènes dignes d’une reconstitution de l’histoire coloniale (mais bien-sûr, c’est le cas de la majorité des interactions policières avec les habitant.e.s racisé.e.s des quartiers populaires) dans le quartier de la Goutte d’or à Paris: mépris verbal, cris, humiliations et arrestations d’une très grande violence. Nul doute que ces scènes ont eu lieu dans de nombreuses autres villes de France ces derniers jours.

En définitive, il faut reconnaître que le projet de loi pour la création d’un état d’urgence sanitaire ne permet pas encore de se rendre compte de sa violence potentielle puisque celui-ci permet surtout au Premier ministre de prendre des décrets dont le contenu sera celui qui nécessitera toute notre vigilance — à cet égard, l’état d’urgence sanitaire fonctionne davantage comme les pouvoirs spéciaux durant la contre-révolution en Algérie que comme l'état d’urgence lui-même. Néanmoins, il ne fait nul doute que celleux qui seront visé.e.s par les mesures punitives de cette loi en dehors des mesures relatives aux réquisitions sont toujours les mêmes: celleux dont les parents ou grands parents ont subit la contre-révolution coloniale française qu'iels soient de la Caraïbe (Déc 59 en Martinique, Mé 67 en Guadeloupe, répression du mouvement autochtone et créole en Guyane), du Maghreb (contre-révolutions des années 1950), de l'Afrique subsaharienne (FrançAfrique, guerre économique contre la Guinée, contre-révolution au Cameroun...) de l'Océan Indien (occupation de Mayotte, répression du mouvement réunionnais), du Pacifique (états d'urgence en Kanaky, à Wallis-et-Futuna et à Tahiti) ou de l'Asie du Sud-Est (guerre coloniale en Indochine).

Les abolitionnistes du système pénal et carcéral nous l’ont appris: punir ne résout rien et, plus grave encore, les personnes qui en font le plus les frais sont presque toujours celles que les structures sociales, raciales et coloniales place d’ores et déjà dans un état de vulnérabilité quotidien. A défaut que les gouvernements inventent des mesures d’information (saluons l’initiative de Santé publique France d’avoir traduit les mesures sanitaires en 22 langues par exemple), de prévention, de responsabilisation et de solidarité afin de faire en sorte que la stratégie engagée soit efficace, c’est à nous de les inventer à un niveau communautaire que ca soit a l’échelle d’un immeuble, d’un quartier ou bien d’une ville entière. Le monde qu’iels veulent à nouveau imposer est le leur, toujours plus décomplexé dans sa violence. Tâchons d’en inventer d’autres au sein desquels créativité, solidarité et bienveillance sont la source de toute interaction.

Léopold Lambert est architecte de formation, chercheur indépendant et le rédacteur-en-chef du magazine anglophone The Funambulist qui tente de formuler des perspectives spatiales autour des luttes.

Source du projet de loi: https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/document-etat-d-urgence-sanitaire-libertes-individuelles-municipales-ce-que


Nous ne sommes pas en guerre

NOUS NE SOMMES PAS EN GUERRE, par Sophie Mainguy, médecin urgentiste

NOUS NE SOMMES PAS EN GUERRE
et n'avons pas à l'être...
Par Sophie Mainguy, médecin urgentiste.

Il est intéressant de constater combien nous ne savons envisager chaque événement qu’à travers un prisme de défense et de domination.
Les mesures décrétées hier soir par notre gouvernement sont, depuis ma sensibilité de médecin, tout à fait adaptées. En revanche, l’effet d’annonce qui l’a accompagné l’est beaucoup moins.
Nous ne sommes pas en guerre et n’avons pas à l'être.
Il n'y a pas besoin d’une idée systématique de lutte pour être performant.
L’ambition ferme d’un service à la vie suffit.
Il n’y a pas d’ennemi.
Il y a un autre organisme vivant en plein flux migratoire et nous devons nous arrêter afin que nos courants respectifs ne s'entrechoquent pas trop.
Nous sommes au passage piéton et le feu est rouge pour nous.
Bien sûr il y aura, à l’échelle de nos milliards d’humains, des traversées en dehors des clous et des accidents qui seront douloureux.
Ils le sont toujours.
Il faut s’y préparer.
Mais il n’y a pas de guerre.
Les formes de vie qui ne servent pas nos intérêts (et qui peut le dire ?) ne sont pas nos ennemis.
Il s’agit d’une énième occasion de réaliser que l’humain n’est pas la seule force de cette planète et qu’il doit - ô combien- parfois faire de la place aux autres.
Il n’y a aucun intérêt à le vivre sur un mode conflictuel ou concurrentiel.
Notre corps et notre immunité aiment la vérité et la PAIX.
Nous ne sommes pas en guerre et nous n’avons pas à l’être pour être efficaces.
Nous ne sommes pas mobilisés par les armes mais par l'Intelligence du vivant qui nous contraint à la pause.
Exceptionnellement nous sommes obligés de nous pousser de coté, de laisser la place.
Ce n’est pas une guerre, c’est une éducation, celle de l’humilité, de l’interrelation et de la solidarité.

Sophie Mainguy, médecin urgentiste


Foodtech : « On est en guerre ou on bouffe des burgers ? »

La situation des livreurs de repas à domicile est alarmante. Pendant que les cadres des plateformes comme Uber Eats, Deliveroo ou Frichti sont confinés au chaud, des milliers de coursiers n’ont d’autres choix que de s’exposer au virus et potentiellement le transmettre pour pouvoir payer leurs loyers et remplir leurs frigos. Un mépris de classe hallucinant pour la flotte des livreurs déjà sur-précarisés qui n’ont aujourd’hui qu’une interrogation : jusqu’à quand ?

Depuis ce mardi 17 mars à midi, un confinement strict a été demandé à tous les français pour lutter contre la propagation du virus. Quoi de mieux qu’un livreur pour vous apporter le COVID-19 jusqu’à votre salon. En plus d’être considérés comme des pestiférés, les coursiers encore en activité vivent avec la peur d’être infectés. Wyssem, livreur parisien ne cache pas sa colère : « On est vraiment pas respectés, pas considérés, ils nous traitent vraiment comme des esclaves, il y a rien d’humain ! ».

Pour sauver le chiffre d’affaire des plateformes, le gouvernement, qui ne cache plus son soutien à ces multinationales qui piétinent le droit du travail sans vergogne, a diffusé dimanche 15 mars un « guide des précautions sanitaires à respecter dans le cadre de la livraison de repas à domicile ». Celui-ci recommandant la livraison sans contact selon laquelle le livreur sonne chez le client avec ses gants, désinfecte le sac, l’ouvre, recule de deux mètres pendant que le client se sert, puis part.
Une façon de continuer à « fournir le meilleur service en cette période », d’après les mots de Louis Lepioufle, porte-parole de Deliveroo France. Pour Uber Eats : « la sécurité de tous les utilisateurs est notre priorité et nous sommes résolus à mettre en œuvre toutes les recommandations du gouvernement afin de limiter la propagation de l’épidémie. » Bla-bla-bla.

Pour Damien, secrétaire général du SCALA (Syndicat des Coursiers Autonomes de Loire-Atlantique), c’est du flan : « Même si on applique la livraison sans contact, le sac est touché par tous les restaurateurs, tous les clients, on a pas le matériel pour désinfecter et on a pas le temps. (…) C’est n’importe quoi, sur une semaine à temps plein on croise environ 200 personnes. ». Clément, coursier et membre de la CGT des coursiers à vélo de la Gironde, est tout aussi inquiet : « On va devoir se sacrifier ».

Si les coursiers étaient réquisitionnés en urgence pour transmettre des dons de sang aux hôpitaux, ces mesures auraient pu être entendues, mais on parle ici de livraison de pizzas et de Big Mac, c’est absurde, « On est en guerre ou on bouffe des burgers ? ». Jérôme Pimot, co-fondateur du CLAP (Collectif des Livreurs Autonomes Parisiens), fustigent les responsables des plateformes tout comme le gouvernement : « ce guide des bonnes conduites ne sert qu’à viabiliser la continuité des plateformes de façon à ce que les coursiers bossent sans qu’on ait besoin de les indemniser ».

De plus, le chiffre d’affaire des coursiers baisse énormément dû à la fermeture des restaurants. Quelques jours après la première décision de confinement samedi 14 mars à minuit, beaucoup de restaurateurs avaient pris la décision de rester ouverts uniquement à la livraison, avec comme objectif de ne pas gâcher leurs stocks. Mais aujourd’hui « Si tu te connectes sur Deliveroo, il y quelques kebab et les macdos, et c’est tout », d’après Damien. Wyssem est également outré : « Hier, j’ai travaillé 2h, j’ai fait 13€ brut. On bosse pour 4€ net de l’heure en ce moment, comment je vais payer mon loyer ? »
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A Nantes, lundi soir, une dizaine de livreurs patientaient devant le Macdonald’s de la place du Commerce en espérant voir leurs téléphones sonner. Même situation devant le kebab Le Mistral où le restaurateur, solidaire des coursiers, se désole de voir une situation si chaotique.

Damien a donc choisi d’arrêter de livrer même si les conséquences sont lourdes : zéro revenu, aucune compensation, il s’appuie financièrement sur son entourage pour ces quelques semaines sans rémunération. Mais d’autres n’auront pas le choix. Ce n’est plus une surprise, la flotte des livreurs n’est plus composée que d’étudiants de passages, on parle aujourd’hui de personnes noyés dans une grande précarité ou de travailleurs sans-papiers pour qui une journée sans livrer coûte cher. « On n’a pas le choix » conclue Wissem.

Les revendications sont claires pour Jérôme : « On veut que les plateformes arrêtent les livraisons et que les coursiers soient indemnisés », comme n’importe quel salarié ou indépendant. Et tant que les plateformes enverront au charbon tous les travailleurs précaires qui n’ont pas d’alternative ni filet de sécurité, aucun ne pourra prétendre à une compensation financière, stopper l’activité est une urgence absolue.


Bilan avant confinement

En ce dimanche d’élection et de confinement, nous tenions à publier un message de remerciement. Merci à tous les Gilets Jaunes qui ont fait le choix de venir manifester hier à Paris. Notamment ceux venus de province. Il ne s'agit pas de distribuer des "bons points" aux GJ présents et des mauvais aux absents. Évidemment que ceux qui n'ont pas voulu venir vu la crise sanitaire, avaient de très bonnes raisons et qu'il n'y a pas à les juger.

Mais nous nous devons de réagir face au déferlement de haine et de dénigrement que les GJ présents hier à Paris ont connu, accusés d'être des sauvages assoiffés de mort et sans aucune conscience collective, venus pour propager le virus dans la capitale.

Ce samedi à Paris, des dizaines de milliers de personnes se sont rendues dans d'énormes centre commerciaux, ont pris le métro, sont allés au cinémas... On pourrait compter plusieurs dizaines de rassemblements qui ont vu plus de personnes concentrées au même endroit, qui plus est, dans des espaces clos. Mais non, il faut cracher sur les GJ, les accuser de tous les maux.

Mais la réalité, c'est que les GJ présents dans les rues de Paris hier avaient bien plus de conscience collective et de soucis de l'autre que des centaines de milliers de parisiens.

Alors merci à vous d'être venus, malgré tout, dans cette dernière révolte avec le confinement.

L'objectif des Champs Élysées a rapidement été oublié au vu des forces en présence. La quasi totalité des GJ présents le matin sur les Champs s'est donc rapidement rabattue sur la manif déclarée. Une manif, comme prévu, totalement nassée de bout en bout par la police. Mais, malgré l'énorme dispositif répressif, les GJ présents ont réussi à résister. Le bilan est lourd, autant en blessés qu'en arrestations. Mais la détermination des personnes présentes a permis à cet acte 70 d'avoir un des cortèges les plus déterminé et courageux de ces derniers mois. Plusieurs fois, la police, la gendarmerie ou même les BRAV ont du battre en retraite. Malgré la nasse permanente, des actions offensives ont pu avoir lieu, y compris des manifs sauvages.

Évidemment, ce n'était pas le 14 mars que beaucoup attendaient. Mais la situation totalement inédite que nous vivons ne pouvait que fortement impacter cet événement. Le fait qu'il ait quand même eu lieu, et que les présents se soient montrés aussi courageux, ne doit pas être balayé d'un revers de main. Encore une fois, merci aux GJ qui, malgré tout, ont cru en cette journée, en ce mouvement.

Nous tenons également à préciser quelques points concernant cette journée du 14 et la place de CND dans cette journée :
Nous n'avons pas été à l'initiative de cette date. Nous l'avons relayée et appuyée depuis des mois, en publiant des textes ou des appels vidéos et en étant co organisateurs d'événements. Parce que nous sentions cette envie et cet espoir autour de cette date.

Dans la même logique, le choix des Champs Elysées n'est pas "notre choix". Il émane de plusieurs groupes et pages. Nous l'avons clairement appuyé car nous étions convaincus de sa pertinence malgré les énormes difficultés d'un tel objectif.

Si les Champs n'ont pas été le terrain de lutte des GJ hier, ce n'est pas parce que CND et d'autres l'ont claironné sur les réseaux depuis des semaines. C'est principalement parce qu'il n'y avait pas assez de manifestants. Évidemment qu'il y avait un dispositif policier très important autour des Champs. Mais il était nettement moins important que lors des derniers gros appels parisiens. Surtout : il faut être particulièrement naïf pour penser que si aucun groupe ou média n'avait annoncé l'objectif des Champs, la préfecture aurait fait le choix d'un dispositif réduit sur ce secteur. Chaque samedi depuis plus d'un an, la préfecture déploie un dispositif très important autour des Champs. Qui plus est sur des appels nationaux. Enfin, le dispositif est désormais ultra mobile et réactif (notamment avec les voltigeurs).

Donc oui, c'est un échec de ne pas avoir réussi à occuper les Champs Élysées, même sur une courte période. Mais seuls ceux qui proposent et tentent des choses s’exposent à l'échec. Et sans audace, sans ambition, le mouvement GJ n'aurait jamais connu ses plus beaux actes.

Nous ne saurons jamais à quoi aurait ressemblé le 14 mars sans la crise du Coronavirus, sans les annulations des deux grosses marches (climat et contre les violences policières), sans les appels de figures GJ à ne pas venir manifester.

Ce que l'on sait, c'est qu'il y avait encore de l'espoir samedi, encore une étincelle. Et qu'il est triste de voir certains cracher sur cette étincelle.

L'avenir est plus que jamais incertain. Alors que le pouvoir n'a jamais été aussi violent et répressif envers toutes les luttes sociales, écolos et féministe, alors qu'il passe ses réformes en force à coup de 49.3, la crise du coronavirus(bien réelle et bien grave) lui donne une occasion en or de mettre toute ses colères sous un couvercle.

Reste à voir si, sous ce couvercle, les révoltes vont se noyer et s'éteindre. Ou si cela va réussir à couver, à bouillir... pour exploser lorsque le couvercle se rouvrira, dans quelques semaines.

Du côté de CND, nous serons toujours attentifs et respectueux des initiatives qui permettent de maintenir en vie l'espoir d'une vie meilleure, d'une société plus juste et plus respectueuse du vivant sous toutes ses formes. Cela passera encore par des prises de position, par des soutiens à des événements, des appels, des occupations, des gréves. Peut-être aussi par des formes nouvelles de collaboration et des constructions d'entraide dans une société confinée. Toutes ne seront pas couronnées de succès. Mais toutes seront utiles pour ne pas abandonner et sombrer définitivement dans une société autoritaire et individualiste.


14 MARS, Plusieurs manifs, une seule lutte

"Le monde que vous avez créé pour régner dessus comme des minables est irrespirable. On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde." Virginie Despentes

De nombreux appels ont été lancés pour manifester le 14 mars

Pour nos retraites, pour le climat, pour la biodiversité, pour la justice sociale et contre les violences policières. Gilets jaunes, écologistes, syndicalistes, chômeurs et chômeuse, précaires, travailleurs et travailleuse, collectifs de lutte contre les violences, assemblées de victimes, nous répondrons à l'appel, car notre horizon est unique.

Nous le disons clairement : si chacun.e devra faire le choix d'aller sur l'une de ces manifs, nous serons solidaires des causes défendues par toutes les autres.

Nos luttes sont diverses dans les priorités données et modalités d'action, mais notre adversaire est commun : la domination des possédants. Nos adversaires sont multiples mais ils constituent un seul et même système de dominations qu'il nous faut combattre
Quel que soit notre choix ce jour là, nous tenons à exprimer un respect mutuel des mots d'ordre et cadre d'actions choisis par nos différentes organisations et collectifs. Toutes nos mobilisations font partie de la solution.

Les écolos et les militant.es contre les violences policières mobilisé.es sur ces deux manifs déclarées seront présent.es en esprit avec les manifestant.es désireux et désireuses d'affirmer leur droit constitutionnel à se rassembler aux alentours des Champs, malgré les interdictions administratives. Les militant.es en lutte aux alentours des champs seront présent.es en esprit avec ceux et celles qui utilisent les espaces de liberté encore disponibles.

Nous avons bien décidé de faire bouger le pouvoir, jusqu'à ce que nous obtenions ce pour quoi nous nous battons.

De Bastille à Opéra en passant par les Champs Élysées, il ne s'agira que d'un seul et même rendez vous : de résistance en résilience, celui de la rue, celui de la vie.

Sortons où nous appelle la vie, mais SORTONS le 14 Mars!

Signataires (ouverte):
La vérité pour Adama, Peuple Révolté, Impact - Media Militant, Cerveaux non disponibles, Peuple Écolo, Youth For Climate Paris, Alternatiba, Les Amis de la Terre France, ANV Action non-violente COP21, Unis Pour Le Climat, Gilets jaunes de Gennevilliers, Lyon Résistance, Gilets Jaunes Rungis IDF, Des gilets jaunes de Commercy, Collectif Le Printemps du changement, Le Peuple Uni, Lyon Rébellion, Les jeunes gilets jaunes, Art en Grève Paris Banlieue

Appel contre les violences policières : https://www.humanite.fr/laissez-nous-respirer-683966
Marche Climat : http://marchepourleclimat.fr
Appel Gilets Jaunes : https://www.facebook.com/events/210560890118838/ https://paris.demosphere.net/rv/78032
Marche des familles contre les violences policières : https://www.facebook.com/events/688325518573559/


🖤 CLIP 14 MARS - RESISTE ! ❤️

"Certain.es ont peur. Et c'est normal. Mais ce n'est rien comparé à la peur qui nous attend si nous ne faisons rien. Si nous ne construisons pas ensemble notre force. "

RDV AUTOUR DES CHAMPS, DES 10H


Interview Assa Traoré

A quelques jours de la Journée internationale de lutte contre les violences policières et d'une grande marche organisée à Paris, Assa Traroé revient sur l'importance de cette date et sur les luttes en cours. D'autant que la lutte contre les violences policières sont désormais au centre des revendications de l'ensemble des mouvements (Gilets Jaunes, écolo, syndicalistes).

 
🛑MARCHE DES FAMILLES CONTRE LES VIOLENCES POLICIERES
🛑SAMEDI 14 MARS - 13H12 - OPERA