Loi "Sécurité globale" – pistes pour l'avènement du mouvement offensif

Nous proposons ici quelques pistes pour faire du mouvement s'opposant à la loi sécurité globale, un mouvement offensif, s'inscrivant dans la durée.

Les débats autours de la loi sécurité globale prennent fin à l'assemblée sans que nous puissions faire autre chose que de constater notre impuissance. Pourtant, le mouvement d'opposition rassemble très largement : de la ligue des droits de l'homme à Amnesty France. Des avocats aux magistrats. Des syndiqué.e.s aux gilets jaunes en passant par la jeunesse luttant depuis plusieurs mois contre le racisme d'État et les violences policières. Et évidemment les journalistes, indépendants ou non.

Mais malgré ce large rassemblement, nous devons faire un triste constat. Nous regardons passivement nos libertés s'effondrer. Pire encore, nous nous indignons et luttons pour simplement conserver le droit de filmer nos mutilations, nos arrestations, la barbarie policière quotidienne.

Alors comment faire ? Comment créer le mouvement offensif ?

 

1/ Se coordonner

Les organisations et collectifs, les 106 recensées par la Quadrature du net, celles et ceux qui ont organisé les premières manifestations doivent faire front commun. Se parler, se coordonner. Éviter à tout prix des initiatives individuelles risquant d’essouffler et tuer la mobilisation. Il faut qu'elles comprennent aussi qu'elles ne sont pas seules, et qu'elles ne sont pas les leaders d'un mouvement en réalité composé d'une multitude d'individus avec des volontés et des pratiques différentes. Les organisations ne doivent pas tenter de brider les corps qui manifestent.

 

2/ Revendiquer

Le mouvement doit abandonner sa position de réaction à la loi. Celui-ci ne doit pas dire stop à la loi sécurité globale, mais doit réclamer la reprise totale des libertés perdues.

« Le mouvement social est devenu une forme de réaction à la réaction et appelle gagner ce qui est ne pas perdre » Geoffroy de Lasganerie.

Le mouvement social offensif doit donc revendiquer un certain nombre de choses qui permettront de réunir les conditions nécessaires à la reprise de nos libertés perdues. Comme : la dissolution des polices les plus répressives et meurtrières (BAC, BRAV, CDI), de leurs syndicats qui harcèlent et menacent, de l'IGPN cultivant l'impunité générale de la police nationale. Réclamer le port du RIO en grand format sur les uniformes. Réclamer la fin des déclarations en préfecture. L'interdiction de la reconnaissance faciale à des fins de surveillance et de contrôle. Nous devons réclamer l'abolition des délits "d'outrage" et "de groupement en vue de" qui ont mis trop de gens en garde à vue, parfois en prison, pour rien. Nous devons demander l'abandon de toutes les peines pour l'ensemble des personnes condamnées durant les mouvements sociaux successifs depuis la COP21.

 

3/ Être offensif

L'offensivité se joue dans ce que nous réclamons d'une part, mais aussi dans nos modes d'actions. Il va falloir être offensif et radical. S'attaquer à la racine du problème. Il va falloir harceler le pouvoir, assiéger ses lieux. Chaque jour. Chaque nuit. Il va falloir contourner les interdictions de manifester, les restrictions de circulation, les barrages de police, les drones et les canons à eaux. Contourner les déclarations en préfecture en déclarant partout et tout le temps (par exemple). Multiplier les canards gonflables pour s'opposer aux canons à eau, multiplier les filets anti-drones. N'oublions pas que le propre d'une dictature moderne, c'est d’offrir l'apparence d'une démocratie, y compris dans les pseudo espaces d'opposition. Et qu'il n'y a rien de pire que de donner à ce pouvoir l'occasion de prétendre qu'il laisse les mouvements d'opposition s'exprimer librement. Pour montrer le vrai visage d'un pouvoir autoritaire, il est désormais nécessaire de le pousser dans ses retranchements.

 

4/ S'organiser

Nous ne pouvons nous retrouver à plusieurs dizaines de milliers, lors des appels aux manifestations, et entre temps être uniquement rythmé par les infos des médias indépendants. Le mouvement a besoin de multiplier les canaux d'information et de discussion pour pouvoir entre chaque mobilisation, s'organiser. Groupe Facebook, Chat Télégram, assemblée virtuelle, etc. Le tout accessible à tous et toutes.

Ce sont ici des pistes que nous proposons, pour que le mouvement puissent s'amplifier, s'inscrire dans la durée et gagner. Elles sont loin d'être parfaites et incritiquables mais elles nous paraissent nécessaires au vu de la tournure que prend cette mobilisation et de ses travers encore corrigeables.


la police me fait peur

Macron et son gouvernement mettent la presse K.O.

Nous vivons en France un moment de basculement de régime. Journalistes agressés, empêchés de filmer, nassés, matériel détruit, comptes twitter bloqués. Une attaque coordonnée contre les libertés fondamentales.
Pas encore promulguée la loi sécurité globale qui prévoit la surveillance par drones, la restriction de la diffusion d'images de la police, l'extension du pouvoir de police aux sociétés privées et autorise le port d'arme des policiers dans les lieux publics semble déjà en application. De nombreux journalistes ont encore une fois été pris pour cible par la police de Macron et Darmanin.

photo de couverture : Simon Louvet

Le journaliste Filippo Ortona (Le Média) roué de coup (en début de vidéo), des BRAV qui tapent à tout va, des canons à eau, des lacrymo :

En fin de manifestation, 70 journalistes de toutes les rédactions confondues se retrouvent nassés par la police. Selon l'avocat Arié Alimi, c'est une application directe du nouveau schéma de maintien de l'ordre.
Bizarrement, après ça on ne voyait plus beaucoup d'images de la fin de manifestation qui avait débuté dans le carnage.

Des policiers ont interdit à une journaliste de filmer une interpellation en la menaçant d'une arrestation :
"La jeune femme est palpée (chevilles) à l'abri des regards. Les policiers sont venus vers moi : "si vous ne circulez pas dans 30 secondes vous êtes interpellée, ce sont les ordres".

vidéo : Meriem Laribi

Plus tôt dans la journée le compte twitter de Taha bouhafs ainsi que celui de l'Action antifasciste Paris Banlieue ont été bloqués :

Twitter AFA bloqué par la loi sécurité globale pas ncore promulguée ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D'autres journalistes ont également été malmenés, des représailles à peine cachées. Hannah Nelson est la journaliste qui avait été arrêtée et placée en GAV mardi dernier lors de la manifestation à l'Assemblée Nationale. Son matériel semble avoir été détruit par la police aujourd'hui.

La police ne cache plus que maintenant c'est elle qui choisit les journalistes autorisés :

Gaspard Glanz et la police...

Une photo de Simon Louvet qui résume bien la tournure que prennent les choses au pays des lumières qui se sont éteintes.

la police me fait peur


Tout savoir sur la loi sécurité gobale

LOI SÉCURITÉ GLOBALE : LA POLICE FAIT LA LOI DANS UN ÉTAT POLICIER.

La loi sécurité globale qui fait notamment parler d'elle avec son article 24 limitant le droit de filmer les forces de l’ordre, remet gravement en cause la liberté d’informer et de manifester.

L'ambition de la loi est cependant beaucoup plus large et dangereuse que le simple article 24. Elle vise à donner un cadre légal à une société de contrôle dont les victimes ne seront pas les seuls journalistes, mais bien l'ensemble de la population. À commencer par les cibles habituelles : pauvres, habitants des quartiers populaires, travailleurs en lutte, militants.

illustration : @Zelie_t_draws (insta), Zelie's Scribbles (Telegram)

Elle renforce la mise en place d'un état sécuritaire et d'une société de surveillance

 

La police écrit la loi. L'état d'exception la fait passer.
Le rapporteur de la loi, est un député LREM, Jean-Michel Fauvergue, ancien chef du RAID. Avec Alice Thourot ils ont fabriqué une loi répondant exactement aux demandes des syndicats policiers d'extrême droite. La proposition de loi, présentée en plein état d'urgence sanitaire, où les colères sont confinées, ne peut être qu'un atout pour légiférer et exécuter une loi rapidement et discrètement. En clair, la police écrit les lois dans un contexte d'état policier.

Extension des pouvoirs de la police municipale

 

Ce sont les premiers articles de la loi. Ils visent à renforcer les pouvoirs des polices municipales. Elles seront désormais habilitées à effectuer des contrôles d'identités, ainsi qu'à maintenir et conduire une personne au commissariat si l'identité ne peut être justifiée. Les polices municipales pourront désormais constater un certain nombre de délits et d'infractions, ainsi que saisir les objets qui sont liés à l'infraction. (Article 1)
Avec cette loi, la police sort de son rôle « tampon » de police de proximité pour endosser un rôle encore plus répressif qu'aujourd'hui.

Extension des pouvoirs de la sécurité privée

 

La sécurité privée va désormais jouer les auxiliaires de police. Les agents pourront désormais contrôler et fouiller des individus dans les établissements privés dans le cadre de recherche d'une infraction, et transmettre directement au procureur. L'article 8 prévoit que les agents de sécurité puissent maintenir physiquement un individu le temps que la police nationale arrive. Les peines en cas de non respect des ordres d'un agent de sécurité, elles, explosent. 2 mois de prison et 7500 euros d'amende en cas de simple non respect d'un ordre d'un agent de sécurité. L'article 15, lui prévoit la possibilité de cumuler pension et revenu de vigile pour les retraites de la police nationale, et ainsi faciliter la transmission de compétences entre policier et agent de sécurité privé.
A terme, il s'agit d'augmenter massivement le flicage dans les lieux publics et les grands évènements.

Surveiller, partout, tout le temps

 

- Les articles 20, 20bis et 20ter constituent une fuite en avant des usages de la vidéosurveillance.
L'article 20 veut donner le pouvoir aux policiers municipaux le visionnage des caméras de vidéosurveillance, auparavant possible par les services de police et de gendarmerie nationale.

L'article 20 bis veut permettre la transmission des images de vidéosurveillance des halls d'immeubles « en cas d’occupation par des personnes qui entravent l’accès et la libre circulation des locataires ou empêchent le bon fonctionnement des dispositifs de sécurité et de sûreté ou nuisent à la tranquillité des lieux ».

- L’article 20 ter veut permettre aux agents de la SNCF et de la RATP de pouvoir visionner les images des caméras de vidéosurveillance sur la voie publique (en pleine contradiction avec une décision du Conseil constitutionnel qui rappelle que seules des autorités publiques ont le droit de visionner des images de la voie publique).

- L'article 21 tend à développer quant à lui, les caméras de vidéosurveillance mobile. Portées par des policiers, elles seront désormais retransmises directement au poste de police qui pourrait utiliser la reconnaissance faciale pour identifier un individu directement.

- l'article 22 permettra le développement de la vidéosurveillance aérienne : Le développement de l'usage des drones ( bien que souvent empêchés par nos mouettes de combat ) va se généraliser pour filmer manifestations et bâtiments accueillant du public. Comme pour les caméras piétonnes, les images sont retransmises en direct au poste de police et la reconnaissance faciale peut être utilisée en lien avec les nombreux fichiers de police.
Entre les caméras des bâtiments privées et publics. De l'entrée de l'immeuble au jardin public. De la cours de récréation au lieu de travail. Du métro souterrain au ciel, jusqu'au policiers en patrouille. Nos espaces sont mangés par la vidéosurveillance. La Défenseur des droits estime d'ailleurs que « ces dispositions sont susceptibles de porter atteinte au droit au respect de la vie privée », position rejointe par l'association Amnesty International France, la ligue des droits de l'homme ou encore La Quadrature du Net.

Protéger la police en leurs laissant les pleins pouvoirs

 

Les articles 23, 24, 25 et 26 sont particulièrement inquiétants.
Tout le monde a entendu parler de l'article 24 visant à interdire la diffusion d'images de policiers. Une nuance importante est cependant à apporter depuis le revirement du ministre sur la garantie à donner sur la liberté de la presse.
Au fur et à mesure des débats, on discerne que ce sont les "auto médias" ou les journalistes qui ne plaisent pas aux policiers qui vont pâtir de cette mesure sur terrain ou après diffusion.

Tout en prétendant ne pas vouloir entraver la liberté de la presse, le texte laisse à l'appréciation du policier de déterminer si l'image va à son encontre ou pas, si elle "porte atteinte à son intégrité physique ou psychique".

Il y a peu de doute sur ladite appréciation, qui a déjà fait ses preuves le 17 novembre, avec les 7 journalistes ciblés par la police par des coups et des arrestations (une journaliste indépendante de Taranis News et un journaliste de France 3 ont fini en GAV).

En résumé, c'est un pouvoir de menace arbitraire accru qui est donné aux policiers. Les députés LREM font semblant de ne pas voir les réalités du terrain.

Les trois autres articles, précédemment cités, visent tout comme l'article 24, à enfoncer le clou de l'impunité des forces de l'ordre.

L'article 23 prévoit ainsi que les infractions effectuées à l'encontre des forces de l'ordre, ne bénéficient plus des réductions de peine.

L'article 25 prévoit que les policiers hors service puissent porter leur arme dans des établissements recevant du public.

L'article 26 prévoit que les militaires déployés sur le territoire puissent user de leurs armes (de guerre) afin d'empêcher un « parcours criminel ».

Si certains des articles, indépendamment des autres, ne vous paraissent pas problématiques, cette loi est à prendre comme un "tout". Elle constitue une dérive importante, accentuant les pouvoirs des polices publics et privées, municipales et nationales, permettant une meilleure communication, transmission de savoirs et de pratiques entre celles-ci. Il serait donc complètement illogique de s'en prendre uniquement à l'article 24.

Nous voulons voir tomber les articles 1, 4 , 8, 12, 15, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26. Rarement une loi censée protéger la police n'a autant mis les individus en insécurité.

En définitive, nous voulons que cette loi finissent dans les catacombes, dans les abysses de l'histoire.

Samedi, plusieurs rassemblements sont prévus dans toute la France, en voici quelques uns :

Paris : 14h30, Parvis des Droits de l'Homme (Trocadéro).
Marseille : 14h, Vieux Port.
Lyon : 14h, 24 colonnes (Gilets Jaunes).
Lille : 11h, Place de la République.
Rouen : 14h30, Palais de Justice.
Montpellier : 11h, commissariat Comte de Melgeuil et 14h, Place de la Comédie.
Rennes : 11h, Place de la République.
Saint-Étienne : 15h, Place Jean Jaurès.
Brest : 15h, Place de la Liberté.
Le Havre : 14h30, Hôtel de Ville.
Poitiers : 15h, Hôtel de Ville.
Lorient : 15h, Place Aristide Briand.
Béziers : 14h30, Sous-Préfecture.
Périgueux : 10h, Arbre de la Liberté.
Beauvais : 10h, Place Jeanne Hachette.
Niort : 10h30, Parvis des Droits de l'Homme.
Limoges : 11h, Préfecture.
Angouleme : 16h, Palais de Justice.

(liste non exhaustive)

Une attestation de déplacement dérogatoire pour participer à une manifestation déclarée a été rédigé par un collectif d'avocat.e.s

attestation déplacement dérogatoire pour participer à une mniafestation déclarée

21 novembre contre la loi sécurité globale au Trocadéro


Hold-up, la déchirure

Tentative de réconciliation après les ravages qu'Hold Up a causés.

J'écris cette contribution après avoir vu et analysé le documentaire. Après avoir lu les dizaines d'articles des médias mainstream empilant les fact-checking, après avoir lu les articles des médias indépendants comme le Poing ou Rouen dans la rue ainsi que des avis et des analyses des militants comme Vincent Verzat, figure influente du mouvement climat, ayant publié une vidéo sur sa chaîne Partager C'est Sympa.

J'écris aussi après avoir attendu que d'autres médias indépendants que j'affectionne se positionnent, se murant parfois dans un silence assourdissant, à l'instar de Cerveaux non disponibles – où j'espère pouvoir publier cette contribution pour pallier à celui-ci.

J'écris ce texte après avoir parlé du documentaire avec des membres de ma famille, après avoir débattu avec des inconnu.e.s ou des ami.e.s qui m'avaient envoyé le lien de la vidéo m'invitant à absolument la regarder. Après avoir vu tout ces tweets témoignant de la peur d'une partie de la population. Que ce soit la peur du complot mondial, ou la peur du complotiste.

J'écris aussi ce texte avec de la peur. Mais celle-ci ne réside pas dans le contenu du documentaire et dans l'engouement que celui-ci a suscité. Cette peur est apparue un peu après.

Elle est apparue quand j'ai vu ce tweet d'une mère nous expliquant que sa fille avait rompu tout lien avec elle, suite à une discussion tendue autour de ce documentaire.

Quand j'ai vu cette déferlante de haine dans les commentaires d'un article du média indépendant Rouen dans la rue, qui s'était essayé à faire une critique du film et des « théories du complot » qu'il véhiculait.

Quand j'ai vu cette déferlante de haine, sous la vidéo de « partager c'est sympa », ce militant écologiste qui avec sa positivité et sa bienveillance habituelle, nous invitait à faire attention, pour nous, pour les autres, pour la lutte.

Voilà plus d'une semaine que « Hold Up » est apparu un peu partout sur la toile, et alors que les débats autour du contenu, du vrai et du faux, continuent de faire rage, nous pouvons déjà tirer une conclusion. Le film NOUS divise, nous fait mal, alors même que celui-ci nous invite à nous « réveiller ».

Le NOUS, précédemment cité, c'est toutes les personnes qui contestent ce pouvoir, qui manifestent depuis exactement deux ans, qui partagent leur rage envers cette société. La rage contre le capitalisme, contre l'individualisme, contre ceux qui gouvernent. De ceux qui votent les lois, à ceux qui mettent des amendes en passant par ceux qui refusent nos demandes de prêt.

NOUS, c'est toi, moi, ton cousin, ton voisin, le SDF en bas de la rue qui n'a rien à bouffer, le jeune exilé qui ne comprend pas pourquoi son énième demande d'asile est refusé, c'est l'aide soignante qu'on a envoyé au casse pipe, c'est le lycéen qui continue à aller en cours bien que tout le monde trouve ça absurde, dans de telles conditions sanitaires. C'est l'ensemble des personnes qui subissent d'innombrables injustices.

Et l'ensemble de ces personnes, aujourd'hui, se déchirent au sujet de Hold-Up, pendant que les dirigeants, eux, continuent inlassablement de détruire nos libertés, de construire l'état policier, de diffuser le virus de la peur.

« Les formes d’aversion se multiplient, la phobie du contact se répand, le mouvement de rétraction devient spontané. C’est précisément dans cette rétraction qu’il faut voir la tendance du citoyen à s’éloigner de la pólis et de tout ce qui réunit. Il n’en répond plus. Il est dés-affecté. Mais l’anesthésie du citoyen immunisé, la basse intensité de ses passions politiques, qui font de lui le spectateur impassible du désastre du monde, sont aussi sa condamnation. » Donatella Di Cesare, un virus souverain.

Peut-être que le vrai Hold-Up réside ici, sous nos yeux, dans chaque discussion que nous partageons à son sujet. Nous sommes pris dans une inertie de folie nous rendant aveugle. Nous ne voyons même pas qu'un documentaire censé nous éveiller, nous révolter, nous unir contre un pouvoir corrompu, incompétent et autoritaire, nous rend profondément vulnérables en nous divisant. Le documentaire est ainsi fait.

Il polarise le débat en deux points de vue drastiquement opposés et irréconciliables. Ceux qui croient au documentaire, à l'intégralité de son contenu, et ceux qui le rejettent sous la bannière du complotisme. Le documentaire est ainsi fait qu'il rend les choses profondément manichéenne. Ce serait soit tout blanc, soit tout noir. Nos divergences s'établissent pourtant sur un spectre et non sur une opposition binaire.

« La seule ligne en matière de complots consiste à se garder des deux écueils symétriques qui consistent l’un à en voir partout, l’autre à n’en voir nulle part — comme si jamais l’histoire n’avait connu d’entreprises concertées et dissimulées… » Frédéric Lordon, "le complotisme de l'anticomplotisme."

Croyez bien que l'ensemble des médias dominants s'en donnent à coeur joie et exploitent cette opposition pour agrandir le fossé, et séparer davantage les deux camps que ce documentaire a imposé. De cette opposition est née une tempête, un ouragan de merde.

Discréditation sur les plateaux télés, alertes aux Fake news par les instituts de « fact-checking », mépris des éditorialistes et réactions à chaud déconnectées des réalités.

« De la croisade anticomplotiste à l’éradication de la fake news (fausse information), il n’y a à l’évidence qu’un pas. Au point d’ailleurs qu’il faut davantage y voir deux expressions différenciées d’une seule et même tendance générale. Mais comment situer plus précisément un « décodeur » du Monde.fr au milieu de ce paysage ? Il est encore loin de l’Élysée ou de Matignon. D’où lui viennent ses propres obsessions anticomplotistes ? Inutile ici d’envisager des hypothèses de contamination directe : il faut plutôt songer à un « effet de milieu », plus complexe et plus diffus. » Frédéric Lordon, "le complotisme de l'anticomplotisme."

Mais aussi réflexions et analyses critiques de certaines personnes, de certains médias indépendants, désolidarisation de certains ayant participé au documentaire, conflits entre ami.e.s, familles, camarades.

Sans oublier les déferlantes de commentaires interposés d'insultes. « sale complotiste », « espèce de vendu, de collabo ». Une haine nous a envahi, une haine de l'autre camp. Aussi bien du coté de ceux dénonçant le caractère complotiste du film que des personnes le défendant corps et âme.

Nous sommes en train de nous entretuer alors que nous partageons un même combat contre les élites. D’un gouvernement qui gère la crise sanitaire avec ses pieds. Ce même combat pour l'égalité et la justice. Contre l'autoritarisme et pour la liberté.

Si je devais donner un exemple pour étayer mon propos, je prendrais celui de l'article de Rouen dans la rue, critiquant le complotisme du docu, qui est sans doute un des exemples les plus flagrants.

Rouen dans la rue est un média indépendant comme il y en a peu. Dénonçant depuis 2014 les violences policières, le capitalisme, le fascisme, le désastre environnemental, la mascarade des élections, les ignominies des gouvernements successifs (entre autres). Un média étant depuis le 17 novembre 2018 au coeur des manifestations des gilets jaunes et sur les ronds points, qui en a publié un livre. Un média qui a subi la répression policière, une perquisition et dont certains contributeurs sont fichés.

Rouen dans la rue est clairement de notre côté, de ceux qui luttent, de ceux qui refusent la mascarade politique à laquelle nous assistons et de ses décisions que nous subissons dans nos chairs et payons parfois de nos vies. Et alors que le média a essayé de produire une critique du documentaire, c'est une déferlante de haine qui s'est abattue dans les commentaires de l'article :

- « Rouen devant les écrans.. ça c'est la vérité. »

- « Rouen dans la rue contredit j hallucine mais qui dirige ça alors dire que j était à fond avec vous pendant les gilets jaunes je tombe des nus quand ça dérange on voit le vrai visage de ce groupe »

- « Voilà encore un qui a graté un peu de pognon en coulisse ! Vive Hold UP, et longue a vie à cet homme courageux et téméraire »

- « Au revoir Rouen dans la rue. »

- « Vous faites des raccourcis pour manipuler les personnes qui n'ont pas vu le film... Une honte de votre part, vous ne valez pas mieux que les médias cités dans le film ! (BG vous aurait-il graissé la patte à vous aussi ????) »

- « Rouen dans la rue vous avez était racheter par bfm ? cest pas possible autrement.... »

- « Mdr Rouen dans la rue. ...mais du côté de LREM Élites et Lobbies !! »

Et ça ce n'est qu'une infime partie des plus de 400 commentaires publiés en quelques heures sous l'article.Mais qu'est ce qui nous prend ? Qu'est ce qui nous fait arriver à de tels point de clivages alors même que hier nous étions ensemble ? Quel virus avons-nous attrapé ?

Peut-être sommes nous en constante position de défense et de défiance car nous sommes plus que jamais vulnérables. Pour la première fois, l'ensemble de la planète est confrontée à une crise dont le responsable n'est pas visible à l'œil nu. Nous ne le voyons pas, nous ne comprenons pas et pour certain.e.s nous n'y croyons même pas.

Alors nous cherchons des réponses. C'est légitime. Chacun trouve les siennes.

Certain.es pointeront du doigt la destruction de la biodiversité que nos sociétés capitalistes ont causées. D’autres diront que le covid est passé de la chauve souris à l’homme de manière naturelle, certaines personnes diront qu’il s’est échappé du laboratoire P4 de Wuhan et enfin d’autres affirmeront qu’il a été créé par une élite qui désire éradiquer une partie de la population.

Chacun aura ses sources. Chacun en tirera ses conclusions. Mais une chose est sûre.

Chacune de ces conclusions mèneront aux mêmes responsables. Ceux qui n’ont pas su gérer la crise. Ceux qui ont menti. Ceux qui ont détruit la planète pour leurs profits. Ceux qui ont voulu manipuler un virus. Ceux qui complotent pour nous éradiquer.

Quelque soit la théorie que nous avons sur le covid19, les responsables de la situation restent les mêmes. De Bezos à Macron, des GAFAM aux gouvernement. Du capitaliste au politique.

Mais si nous arrivons à être défiant vis à vis des intentions d'un média indépendant tel que Rouen dans la rue , alors nous ne pouvons espérer voir un jour une lutte victorieuse ou une apocalypse vécue dans la solidarité.

« La démocratie immunitaire est pauvre en communauté – elle en est désormais quasi privée. Quand on parle de « communauté » on entend seulement un ensemble d’institutions qui renvoie à un principe d’autorité. Le citoyen est soumis à celui qui lui garantit protection. Il se garde en revanche de l’exposition à l’autre, il se préserve du risque de contact. L’autre est infection, contamination, contagion. » Donatella Di Cesare, "Un virus souverain"

Continuons de débattre, mais réconcilions nous.

Nous avons bien une élite et un gouvernement à combattre, qui est d'ailleurs entrain de faire passer une des lois les plus dangereuses pour asseoir le régime policier et autoritaire dans lequel nous sommes déjà. Une loi qui vise à décupler les pouvoirs de la police, les technologies de surveillance de masse et à interdire la diffusion d'images de policiers.

Des manifestations ont d'ailleurs été organisées partout en France ce 17 novembre, rassemblant des milliers de personnes. Une foule a explicitement dénoncée l’autoritarisme du pouvoir devant l’assemblée nationale.

Des lors, une simple question se pose. Vaut-il mieux continuer à se déchirer autour d’un documentaire, ou rejoindre les milliers de personnes qui luttent depuis de nombreuses années. Contre Amazon, contre le fascisme grandissant, contre le libéralisme destructeur, pour nos libertés, et la justice sociale ?

Texte écrit par un contributeur.


Loi "Sécurité globale" - police sans contrôle, population sous contrôle

L'interdiction de diffuser les actions de la police centralise toutes les craintes, mais légaliser les drones et les technologies de surveillance porte tout autant atteinte aux libertés et à la démocratie. Deux ans jour pour jour après le début des gilets jaunes, le 17 novembre, ce texte sera examiné dans une Assemblée Nationale acquise à LREM et ses projets les plus autoritaires. Qu'en est t'il de cette "loi sécurité globale" ?

Drones, reconnaissance faciale et identification permanente des individus

C'est un sujet peu abordé et qui pourtant nous concerne tous. Le texte prévoit dans ces interstices de légaliser la reconnaissance faciale dans l'espace public et l'exploitation en temps réel des informations sur les personnes. Le flux de vidéo serait traité en direct par le commandement de la police, comme le mentionne l'article 22. Le texte ne fait pas mention du terme "reconnaissance faciale", mais il faut noter que tous les amendements visant à éclaircir la pratique ont été rejetés. C'est l'exemple de l'amendement n°CL340 qui prévoyait explicitement l'interdiction de la reconnaissance faciale. Rejeté ! L'esprit de cette loi est de mettre la totalité de l'espace public (des villes surtout) sous contrôle permanent. Sans angle mort, avec toute la technologie des algorithmes et leurs usages liberticides dans la collecte de données et ce de manière quotidienne.

La maitrise du récit officiel

L'Etat a perdu la bataille sur les violences policières depuis les gilets jaunes, notamment par la profusion d'images mises à la portée de tous sur les réseaux sociaux, devenus de véritables auto médias pour tout individu ou collectif qui y trouve enfin une voix.

Le but de cette loi, qui prévoit 1 an d'emprisonnement et 45 000€ d'amende pour la diffusion "portant atteinte à la police" est de limiter les libertés d'expression pour redevenir maître d'un récit républicain totalement écorné. Pour retrouver un discours hégémonique, les centaines de violences arbitraires, le racisme quotidien, l'impunité quasi permanente, ainsi que la sale besogne qu'effectue la police pour le compte de Etat sont devenus des réalités qu'il faut à tout prix cacher.

Aujourd'hui les forces de l'ordre intimident déjà régulièrement les journalistes professionnels ou simples témoins qui filment. La police exerce déjà une pratique de jugement à l'emporte-pièce sur le terrain par le biais des violences physiques et psychologiques qu'elle exerce. Imaginez son zèle si cette loi passait... Si l'Assemblée Nationale conférait encore plus de pouvoir à ceux qui en abusent déjà en toute impunité...

La manifestation de la vérité, thème si cher à la justice prend du plomb dans l'aile

Sans image, combien de crimes et de violences auraient été étouffés ou ne seraient même pas parvenus aux portes d'un tribunal ? Des juges eux même le disent : les images sont utiles et sans elles, c'est toujours la version policière qui gagne.

Rappelons-nous l'importance qu'ont eu les images pour plusieurs affaires :

  • Pour comprendre ce qui est arrivé à Cédric Chouviat, la vidéo d'un automobiliste a permis de contredire la version policière qui était en train de construire un gros mensonge pour se dédouaner alors qu'elle venait d'étrangler et tuer un homme, images à l'appui.
  • Il en va de même pour Geneviève Legay, pour le contexte de la mort de Steve Maïa Caniço, ou pour Théo.

Floutage de gueule

Cette loi pose aussi un problème technique majeur. Implicitement, elle signerait la fin des vidéos en direct montrant des policiers. Si dans leur grande mansuétude de playmobils faussement naïfs les députés LREM ont suggéré le floutage des visages de policiers, rappelons qu'il est à l'heure actuelle impossible de flouter des visages en temps réel. Et que de manière générale, flouter un visage en vidéo est une technique compliquée qui n'est pas à la portée de tous et qui restreindrait de fait beaucoup d'images. Si toutefois on se tenait au respect de cette loi abjecte...

 

Dernier point, non des moindres, il faut noter que les policiers ne sont pas inquiétés par la diffusion de leur visage qu'ils ont déjà pris l'habitude de masquer depuis longtemps (ainsi que ne pas porter leur matricule), et bien qu'on ait vu des actes barbares commis par leurs soins, cela n'a à ce jour pas fait l'objet de représailles populaires. L'argument de la protection des policiers n'est basé sur rien et constitue surtout une esbroufe faisant passer les oppresseurs pour les oppressés.

Il faudrait se pencher sur d'autres aspects de la loi, comme l'extension du port d'arme dans les lieux publics, même hors service, ou l'augmentation du rôle des sociétés privées dans le rôle de police.

Ce qui est frappant dans ce texte qui passera le 17 novembre à l’Assemblée Nationale, 2 ans jour pour jour après le début des gilets jaunes, c’est son aspect martial. Prenons-nous bien conscience que dans une même loi sont mis en vis à vis une réponse d'Etat face à la contestation sociale et une contre le terrorisme ? Cette loi entend gérer globalement ces problèmes de la même manière.

Des rassemblements auront lieu le 17 novembre pour s'opposer à cette loi :

  • A Paris, devant l'Assemblée Nationale à 18H
  • A Marseille, devant l'Église des Chartreux à 18H
  • A Lyon ,devant l'Hotel de Préfecture à 18H
  • A Chalon sur Saône, Place  de Beaune à 18H
  • Au Mans, devant la préf à 18H
  • A Nice, devant le Palais de Justice, 18H
  • A Rennes, place de la République, 10H30
  • A Bordeaux, parvis des Droits de l'Homme, 18H

 

rassemblement la loi sécurité globale devant l'Assemblée Nationale


Nous ne vendrons plus nos livres sur amazon. Une quarantaine de maisons d'édition boycottent Amazon

"Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon". Une quarantaine d'éditeurs s'y engage.

Plus de quarante maisons d'édition boycottent la firme de Jeff Bezos et appellent les autres éditeurs à ne plus vendre leurs livres sur Amazon.

✭✭✭ NOUS NE VENDRONS PLUS NOS LIVRES SUR AMAZON ✭✭✭

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon. Son monde est à l’opposé de celui que nous défendons. Nous ne voulons pas voir les villes se vider pour devenir des cités-dortoirs hyperconnectées. Amazon est le fer de lance du saccage des rapports humains et de l’artificialisation de la vie. Nous devons, sans attendre, boycotter et saboter son monopole.

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon. Les conditions de travail dans ses entrepôts et en dehors (bas salaires, précarité, cadences exténuantes, pauses réduites, management électronique, chasse aux syndicalistes), son impact écologique (destruction des invendus, bétonisation, utilisation massive d’énergie pour les frets aériens et routiers), l’enrichissement démesuré de son patron et de ses actionnaires sont autant de marques du cynisme du modèle économique et social défendu par cette multinationale.

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon. Les librairies sont des lieux de rencontre, d’échange critique, de débat, de proximité. Un livre doit pouvoir être défendu auprès de ses lecteurs·rices par un·e libraire, un·e éditeur·rice, un·e auteur·rice et ne pas être invisibilisé par les « meilleures ventes du moment ». Nous ne voulons pas remplacer les conseils d’un·e libraire par ceux d’un algorithme, ni collaborer à un système qui met en danger la chaîne du livre par une concurrence féroce et déloyale.

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon. Diffuser de la pensée critique ne peut se faire par ce type de plateforme. Si nous lisons, publions et défendons des textes, c’est pour affûter nos imaginaires et donner corps à nos refus comme à nos convictions. Nous ne sacrifierons pas notre idée du livre pour un compromis financier. Nous ne nous laisserons pas imposer un futur uniforme et impersonnel.

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon. Avatar d’un système global, Amazon représente un monde dont nous ne voulons pas et avec lequel il est grand temps de rompre.

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon et appelons l’ensemble des maisons d’édition et acteurs·rices de la chaîne du livre à nous rejoindre dans cet engagement.

Signataires : Hobo Diffusion, Éditions Divergences, Éditions la Tempête, Nada éditions, Éditions du Commun, L’œil d’or, Les Éditions sociales, La Dispute, Éditions Grevis, Éditions Ixe, Jef Klak, Panthère première, Tendance Négative, Audimat, La Lenteur, Le Monde à l’envers, Éditions des Mondes à faire, Éditions du Bout de la ville, Huber éditions, Archives de la zone mondiale, Smolny, Otium, Ici-bas, Éditions Pontcerq, Premiers Matins de novembre, Faces cachées éditions, Serendip livres, Paon  Diffusion, Les Éditions libertaires, Gruppen, Black star (s)éditions, Le Chien rouge, Rue des  Cascades, Éditions Dépaysage, Éditions Goater, HumuS, Homo Habilis, Tahin Party, L’atinoir, Éditions Adespote, Éditions Blast, Asinamali, Éditions Daronnes, Les Éditions de la Roue, Éditions Noir et Rouge, Les Nuits rouges.


Derrière la défaite de Trump, un pays plus divisé que jamais

Nous aurions tort de nous arrêter sur le seul résultat final de cette élection US 2020 pour conclure que la page du Trumpisme est terminée. Pire, après le Trumpisme, il pourrait y avoir un ou plusieurs mouvements bien pires dans les prochaines années. Si personne ne peut prédire l'avenir, encore moins en cette période, quelques chiffres peuvent tout de même nous alerter. A commencer par le chiffre brut du nombre de voies qu'a obtenues Donald Trump sur cette élection : près de 71 millions sur les 93% de bulletins validés au 8 novembre. C'est 4 millions de moins que Biden. Oui mais c'est 8 millions de plus qu'il y a 4 ans, lorsqu'il a été élu. C'est aussi plus que n'importe quel finaliste des élections US de toute l'histoire. Seul Biden en 2020 fait au dessus de lui (cf. le graph ci dessous). Alors bien sûr, il faut prendre en compte la démographie dans un pays qui gagne près de 3 millions d'habitants chaque année. Il faut aussi prendre en compte l'énorme taux de participation sur ces élections 2020. Mais justement, malgré la mobilisation très importante d'une partie de la population décidée à sortir le président actuel de la Maison Blanche, Trump a fait plus que résisté.

 

Il faut comprendre que sur les 65 millions de personnes qui ont voté Trump en 2016, la quasi totalité a encore voté pour lui cette année. Et s'y sont ajoutés près de 8 millions de personnes supplémentaires. C'est énorme. Surtout au vu du mandat de Trump sur ces quatre années et la situation du pays en 2020, avec la question raciale en premier plan. A ces chiffres, nous pouvons ajouter des infos plus précises sur l'origine des votes pour Trump, notamment puisque les USA autorisent les analyses sur les origines raciales. Ainsi, Trump arrive en tête (et de loin) uniquement chez les américains "Blancs", avec 57% des voies. Chez les Noirs, il ne fait que 8% ! Globalement, le profil type de la personne ayant voté pour Trump en 2020 est un homme, blanc, de plus de 45 ans. Si ce n'est pas une surprise, il faut garder à l'esprit que cette "catégorie" est typiquement celle qui occupe toutes les positions de pouvoir politique, économique et institutionnel. Autrement dit : si Trump n'est plus aux manettes de la maison blanche, ses soutiens restent fortement présents dans tous les rouages de la société. Et il y a peu à espérer que la tendance soit à un apaisement et à une compréhension respective.

L’apparition du mouvement Qanon (qui compte désormais une représentante au sénat) et la montée en puissance des milices suprémacistes sur-armées n'hésitant pas à sortir dans les rues ne sont que la face visible et "caricaturale" d'une tendance plus profonde au sein de la société US : celle d'une lutte d'une partie de sa population (âgée et blanche) pour ne pas être "déclassée" / "remplacée". Pour maintenir sa position dominante dans la société. La question économique et sociale vient donc intimement s'entrechoquée avec ces problématiques. Et, malheureusement, l'énorme crise post Covid qui nous pend au nez (ou qui est déjà là pour beaucoup) devraient plutôt accroitre le phénomène, avec une montée du chômage, de la pauvreté et donc d'un déclassement brutal d'une partie de la population. Face à cela, le principal risque, c'est que Biden et les démocrates continuent la marche forcée du pays dans un libéralisme qui nous conduit tous à notre perte. Et que Trump (voire des personnes encore plus fascisantes) capitalisent sur cette chute de l'empire US.

Autant dire que cette élection, si elle soulage par son résultat immédiat, ne peut que nous inquiéter dans ses conséquences à moyen et long terme.


Protocole sanitaire : Merci pour les paroles, on attend toujours les actes

Merci pour les paroles, on attend toujours les actes. Communiqué de la Coordination Lycéenne Autonome de Paname (CLAP)

La Coordination Lycéenne Autonome de Paname réagit dans un communiqué face aux mesurettes prises par Blanquer pour "renforcer" le protocole sanitaire. S'il a bien cédé sur quelques revendications, le compte n'y est pas et l'éducation fait encore une fois de plus les frais d'une politique à 0€ qui sauve à peine les apparences et ne prévoit toujours pas plus de profs pour des classes moins surchargées.

Merci pour les paroles, on attend toujours les actes

Jean Michel Blanquer a annoncé hier soir plusieurs « mesures », ou du moins quelques directives prévoyant la mise en place de différentes dispositions sanitaires. Certes, des classes en demi-groupes sont évoquées et prévues, et les E3C annulées, mais ces annonces sont largement insuffisantes.

  • Premièrement, le communiqué du ministre prévoit « au moins 50% des cours en présentiel ». Autrement dit, il est toujours envisageable de voir une disposition inéquitable des cours en visioconférence, et ce au détriment de la santé des élèves, des professeur-es, ainsi que de leurs proches.
  • Deuxièmement, rien n’a été communiqué quant à l’équipement informatique des élèves n’ayant pas accès à internet à leur domicile, et qui ne peuvent, dans l’état actuel, pas suivre lesdits cours à distance.
  • Quant à l’annulation des E3C, il est dit que les notes des examens prévus seront remplacées par les moyennes des élèves. Or ces notes n’ont jamais été censées compter à ce point pour le baccalauréat. Cette mesure rétroactive pose évidemment problème, les lycéen-nes n’ayant pas préparé chaque contrôle comme une épreuve de bac.
  • De plus, un grand nombre d’élèves se sont trouvés l’année dernière en situation de décrochage scolaire, en raison du confinement et des cours à distance dont l’existence n’a été assurée par aucune instance. Il a d’ailleurs été remarqué qu’une fois de plus, les populations les moins aisées financièrement ont été beaucoup plus affectées par ces turbulences que les tranches les plus riches de la société.
  • Enfin, monsieur Blanquer a annoncé que les épreuves d’enseignement de spécialités de mars seraient désormais des épreuves à la carte, durant lesquelles les élèves auront le choix entre deux sujets. Malheureusement, il explique également que seul l’étude d’un des deux sujets proposés serait garantie en classe.

Ces insuffisances sont toutes dues à la même raison : un manque cruel de moyens pour l’Éducation Nationale. Avec plus de budget et plus de professeur-es, l’intégralité des cours pourrait avoir lieu en demi-groupes, tou-tes les élèves auraient un accès à internet garanti, et les sujets de bac seraient tous (miraculeusement) étudiés en classe.

C’est pour ces multiples raisons que nous nous adressons aujourd’hui à monsieur Blanquer et son ministère : nous souhaitons des réponses claires, et des annonces précises quand à la mise en place de ces protocoles. Nous demandons une date de mise en place des cours en demi-groupes, et nous demandons (une fois de plus) à ce que soit fournis aux élèves en difficulté financière un accès gratuit à Internet.

Si lundi nos interrogations restent sans réponse, nous maintiendrons notre appel à toustes les lycéen-nes de France à bloquer leurs lycées tant que ces mesures ne seront pas appliquées

 

Coordination Lycéenne Autonome de Paname (CLAP)

 

version tract : Merci pour les paroles, on attend toujurs les actes


Tout est question de fric !

Nous voilà rendus à la cage départ. La cage du confinement. Pour la bonne cause, pour sauver des vies. Sauf que désormais, on sait que cette crise sanitaire inédite ne provoquera pas de remise en cause globale du système. Au printemps, l'intensité du choc nous a permis de rêver à une prise de conscience massive et à un monde d'après différent. Vraiment différent.

Que s'est-il passé depuis ? Pas grand chose. Si ce n'est que la société est devenue encore plus sécuritaire et encore plus libérale. Aucun plan massif d'investissement dans la santé et dans l’hôpital public. Ni dans l'éducation. Aucun changement politique majeur concernant le réchauffement climatique.

Pourtant, il serait faux de dire que rien n'a changé. Les conséquences des mesures liées au Covid sont énormes. Et nous n'en voyons que les prémices. Au moins un million de Français-es ont basculé dans la pauvreté cette année et des millions de personnes vont être au chômage. Des centaines de milliers vont tomber dans l’extrême pauvreté. Des dizaines de milliers de petites entreprises vont fermer. Des personnes vont être expulsées de leur logement. En fait, l'énorme crise n'est pas encore arrivée. Mais elle est inéluctable. C'est une question de semaines. De mois tout au plus.

On pourrait se dire que c'est terrible mais qu'on n'y peut rien. Que c'est la faute au virus et qu'il fallait de toute façon prendre des mesures pour éviter des dizaines de milliers de morts supplémentaires.

En effet. Mais surtout, il ne faut pas oublier que, depuis le début de cette crise, les plus riches mettent tout en œuvre pour éviter d'être eux aussi des perdants de cette séquence. N'oublions pas qu'en mars, l'Etat a pris d'énormes mesures pour faire cesser le krach boursier. Pour rassurer le Cac 40 : baisse des taux d'intérêts, aides, allègement des charges... Le gouvernement a donné des milliards aux plus grands groupes. Officiellement pour sauver de l'emploi. Sauf qu'on connait bien la chanson. Cela n’empêchera pas les licenciements.

Le grand problème, c'est que ces milliards donnés aux ultras riches, ce sont autant de milliards qui n'ont pas été mis dans la santé, dans l'école, dans tous les services publics. Autant d'argent qui ne sera pas disponible pour éviter à des millions de personnes de tomber dans la pauvreté. Il n'y a pas d'argent magique ma petite dame !

Il faut donc le redire : tout est question d'argent. S'il n'y a toujours pas plus de lits à l’hôpital ou de personnel de santé, c'est une question de fric. Si le gouvernement a choisi de laisser les enfants aller en cours à la rentrée, c'est une question de fric. S'il n'y a pas eu assez de centres de test et que les délais de résultat ont parfois dépassé deux semaines, c'est une question de fric. S'il n'y a quasiment aucun travaux de ventilation dans les bâtiments publics, c'est une question de fric.

Jeff Bezos a vu sa fortune augmenter de plus de 80 milliard depuis la crise. Les milliardaires français sont, avec les chinois, ceux qui ont vu leur fortune le plus augmenter ces dernières années. Cela ne tient pas du hasard.

Les émeutes actuelles en Espagne et en Italie partent d'un refus des restrictions sanitaires mais s'ancrent dans une colère face à la misère sociale du plus grand nombre. Il y a quelque chose de désormais insoutenable à comprendre que les gouvernements occidentaux ne gèrent cette crise qu'au prisme des élections et du profit des plus riches. Leur objectif, c'est que cette crise ne change rien dans le système actuel, dont ils profitent eux et leurs amis. Mieux, si la crise du Covid peut permettre de renforcer les dispositifs de contrôle pour éviter la contestation sociale tout en cassant le droit du travail... c'est gagnant/gagnant !

On ne va pas se mettre à rêver d'une prise de conscience générale qu'un autre monde est possible. Les derniers mois nous ont montré le contraire. Et l'acceptabilité par la population des mesures contraignantes du gouvernement démontrent que sa stratégie paie. Pour l'instant.Un sondage IFOP début novembre, montre que plus de 7 Français sur 10 sont prêts à rester confinés pendant les fêtes de fin d’année.

Par contre, la réalité sociale qui est en train de se mettre en place va forcément aboutir à des colères difficilement canalisables par les structures politiques et syndicales. Reste à savoir si ces colères sauront se focaliser sur les vrais responsables. Ou si le système réussira, encore une fois, à trouver un bouc émissaire pour canaliser cette colère et se maintenir en place...


Obscure hantise

Quand on se bat pour la liberté et l'émancipation de tous et de toutes, il ne peut y avoir de compromission avec l'obscurantisme et le fanatisme. Qu'il soit nationaliste et/ou religieux.

En ce sens, les actes atroces commis à Conflans et à Nice ces derniers jours nous écœurent et nous révoltent. Ils sont le fait de personnes aux valeurs totalement opposés aux nôtres, prônant l'oppression, l'obscurantisme et la mort. Ils ne trouveront aucune once de sympathie ou d'empathie chez nous. Cela peut paraître une évidence, mais la période actuelle semble imposer ce rappel.

Et nous n'avons pas attendu que cette terreur s’exerce en France pour avoir un rejet absolu de ce fanatisme islamiste. Les premières victimes de cet obscurantisme sont, depuis longtemps, les musulmans et les populations vivant sur des territoires où ces fascistes peuvent agir. On pense notamment aux Kurdes ou aux Arméniens mais aussi aux militants communistes, libertaires, anarchistes, féministes et tous ceux qui se battent pour une émancipation des peuples.

Ce fanatisme est un poison qui tente de faire sombrer dans l'obscurité le plus grand nombre possible de personne et de territoire. Tout comme le fanatisme juif, catholique ou hindouiste. Tout comme le suprémacisme blanc. Pour le combattre, certains pensent qu'il faut combattre l'ensemble de la culture et de la religion dont ces fanatiques prennent l’étendard. En l’occurrence, combattre l'Islam pour combattre les fanatiques islamistes. Comme s'il fallait combattre les blancs pour faire reculer le suprémacisme, ou combattre les juifs pour mettre en échec les intégristes juifs.

C'est totalement à côté de la plaque. Pire, cela ne fait que renforcer ces mouvances. On le voit depuis des décennies où la montée d'une islamophobie généralisée et décomplexée, bien au delà de l'extrême droite, n'a en rien fait reculer le fondamentalisme musulman. Loin de là. très loin de là.

Comprendre ce mécanisme ne signifie pas excuser les actes odieux dont on parlait en début de texte. Mais il est essentiel de comprendre ce qu'il se joue quand, à la faveur d'un drame comme celui d'un attentat, toute une population se retrouve accusée. Quand, par sa couleur de peau, sa religion, sa tenue, on se retrouve à faire peur à son voisin, à son collègue, aux passants dans la rue. Se faire rejeter, voire insulter ou accuser d'être complice du pire, conduira forcément de nombreuses personnes à se renfermer sur les seuls qui ne jugeront pas. En l’occurrence les personnes ayant la même religion, la même couleur de peau, la même tenue. C'est un piège tendu par les fanatiques islamistes. Quand ils commettent un attentat, ils espèrent qu'il aura un écho énorme médiatiquement et dans la population. Ils espèrent que les réactions seront à la hauteur de l'horreur perpétrée, et créera des réactions de rejet, voire de haine, envers les musulmans. Ils se réjouissent que l'extrême droite s'empare et prenne le quasi monopole de la réaction face à leur acte. Ils se réjouissent que cela occupe le devant de la scène politique et médiatique.

Alors bien sûr, être conscient de cette stratégie ne signifie pas qu'il faut, pour les mettre en échec, ne pas s'indigner et ne pas parler de ces atrocités. Mais il faut le faire en évitant de leur donner les éléments pour leur victoire : à savoir cliver la société et ne laisser le choix que d'être islamophobe ou intégriste islamiste. Cela peut paraître un peu grossier, mais, avouons-le, la méthode de pensée de ces gens là ne fait pas dans la finesse.

Que faire donc face à la montée de la terreur, et sa réaction raciste et tout aussi fasciste?

Rester droit dans ses bottes concernant les principes de libertés et d'émancipation, tout en restant fortement attaché aux respects des croyances et au combat contre le racisme. Cela n'évitera pas de nouveaux drames. Mais reconnaissons que cela n'est pas de notre ressort. Qu'un illuminé pourra toujours créer l'horreur. Et ainsi, notre victoire sera que son acte ne puisse pas influer sur le basculement de nos sociétés vers l'obscurité.

Interrogeons également les systèmes de renseignements français et européens. Depuis des années, le pouvoir a mis en place une véritable société du contrôle et du fichage. Sauf que ce contrôle se fait aussi (surtout?) pour des militants (écolo, Gilets jaunes, féministes, anarchistes). L’État est capable d'interpeller un GJ , et de l'enfermer plusieurs mois, pour simple "présomption" de vouloir commettre des dégradations. Mais il est incapable d'avoir les moyens pour repérer les fanatiques islamistes sur le territoire national. Ces ratages sont d'autant plus problématiques que des moyens juridiques, techniques, matériels et humains considérables sont mis en œuvre au nom de la lutte contre le terrorisme.

Interrogeons aussi le jeu malsain et hypocrite de la France qui soutient militairement et diplomatiquement des régimes parmi les plus obscurantistes du monde, et que l'on sait objectivement proche de terroristes islamistes. A commencer par l'Arabie Saoudite, berceau de l'Islam sunnite, ouvertement en conflit avec l'Iran chiite et que l'occident a décidé de soutenir financièrement, militairement et diplomatiquement, sachant pertinemment ses liens avec des groupes terroristes (y compris l'Etat Islamique). Et qui a participé à des guerres qui sous couvert de combattre le terrorisme ont massacré des populations civiles au moyen orient.