🇹🇿 Tanzanie : soulèvement Massaï contre leur expulsion de la réserve de Ngorongoro

SituĂ©e dans le nord de la Tanzanie, la rĂ©serve naturelle du parc de Ngorongoro s’étend sur 8288 kilomètres carrĂ©s. Faiblement peuplĂ©e, sa population y est majoritairement MassaĂŻ, vivant entre le Nord de la Tanzanie et le Sud-Ouest du Kenya. EstimĂ©e d’environ 8000 habitants dans les annĂ©es 50, le nombre d’habitants vivant dans cette zone serait composĂ©e aujourd’hui de plus de 100 000 personnes.

D’après le magazine Géo, la quantité de têtes de bétail serait passé d’environ 260 000 en 2017 à plus d’un million aujourd’hui, majoritairement des bovins.

Jusqu’à présent, les gouvernements successifs de Tanzanie ont toujours autorisé les populations autochtones à rester vivre sur leurs terres, (oui la lecture de cette phrase est scandaleuse).

A cause du réchauffement climatique, la saison sèche dure dorénavant plus longtemps.

Celles et ceux qui vivent dans cette réserve, se retrouveraient parfois en concurrence avec la faune sauvage à la recherche d’eau. La cohabitation avec les animaux sauvages, avait jusqu’ici toujours été optimale.

Il serait dorénavant moins rare d’y voir des accidents : attaques sur le bétail et parfois même sur les humains.

C’est sur cet étrange prétexte, réfuté par la population Massaï, que s’appuie le gouvernement tanzanien, dirigé par la présidente Samia Suluhu Hassan et le premier ministre Kassim Majaliwa pour faire appliquer “un plan de conservation.” Le son des cloches porté par les vaches est accusé de faire fuir les animaux sauvages et de nuire au tourisme, secteur qui représente 18% du PIB tanzanien. En plus de déplacer des populations, l’Etat propose l’instauration d’un système de balises qui séparerait les animaux sauvages des hommes. Sauf que la vraie raison semble être toute autre.

D’après Mr Mondialisation : “l’entreprise Otterlo Business Company (OBC), basĂ©e aux Émirats arabes unis (EAU) qui organise des excursions de chasse pour la famille royale de son pays et ses invitĂ©s devrait obtenir le contrĂ´le de la chasse commerciale dans la rĂ©gion.” L’Allemagne serait Ă©galement engagĂ©e dans ce processus au nom de l’écologie. “La Zoologische Gesellschaft Frankfurt (SociĂ©tĂ© zoologique de Francfort) finance des gardes forestiers et des agents de protection de la nature, dont certains, selon les MassaĂŻ, ont Ă©tĂ© impliquĂ©s dans les rĂ©centes expulsions.” Fiore Longo (Survival France) alerte “Les conservationnistes qui travaillent en Tanzanie, comme la SociĂ©tĂ© zoologique de Francfort (FZS), basĂ©e en Allemagne, prĂ´nent un modèle de conservation raciste et colonial qui est celui de la conservation-forteresse. La FZS considère la population locale et son bĂ©tail comme l’une des principales menaces Ă  la survie de l’Ă©cosystème, promouvant ainsi le mythe d’une « nature sauvage » sans population, qui a depuis le dĂ©but servi de philosophie sous-jacente aux expulsions des MassaĂŻ. »

L’État tanzanien est donc accusĂ© de vouloir transformer les parcs naturels en zones uniquement rĂ©servĂ©es Ă  l’usage touristique pour des safaris et mĂŞme destinĂ©es Ă  la chasse aux trophĂ©es. HĂ©ritière caricaturale de la domination coloniale, cette pratique est ainsi très Ă©loignĂ©e des prĂ©tentions Ă©cologistes.

Des compensations seraient proposées à celles et ceux qui acceptent un déplacement 370 kilomètres plus loin.

A la clé : des promesses de meilleures conditions de vie, d’écoles et hôpitaux à proximité, ou encore un accès à l’électricité. Problème : en plus de forcer ce mouvement, par le passé, les déplacés n’ont que rarement reçu des compensations, se retrouvant parfois dans la misère.

La majoritĂ© des autochtones semble rester mĂ©fiante et hostile quant Ă  cette dĂ©cision d’exil, et bien dĂ©cidĂ©e Ă  y faire face. D’autant que les prĂ©cĂ©dents ne vont pas dans ses intĂ©rĂŞts. En 2018, après trois ans d’enquĂŞte, un rapport publiĂ© par Anuradha Mittal pour la Oakland Institut, tĂ©moigne de nombreuses exactions rĂ©pressives de la part de l’armĂ©e tanzanienne Ă  l’encontre des MassaĂŻ : après les dĂ©placements forcĂ©s, 20 000 personnes se seraient retrouvĂ©s SDF dĂ©pourvus de biens et de bĂ©tails. « Les entreprises touristiques veulent une savane immaculĂ©e, le genre d’image qu’on voit dans National Geographic ou Ă  la tĂ©lĂ©vision, la savane avec les lions, les bĂŞtes sauvages… Ils ne veulent pas voir d’êtres humains. Ils nient l’existence de cette population, qui vit pourtant sur cette terre depuis toujours. ». (…) “« L’armĂ©e affirme qu’elle protège le parc national du Serengeti, mais les villageois ont Ă©tĂ© battus sur le territoire de leur village, et pas dans le parc. C’est un vrai climat de rĂ©pression, on leur dit « comment osez-vous aller devant la Cour de justice rĂ©gionale ? » ». (Oakland Institut)

 

 

Les tensions semblent s’amplifier et atteindre un nouveau tournant après une nouvelle offensive de l’Etat. La police aurait blessĂ© plus de 40 personnes par balles et dans ces affrontements, un policier aurait Ă©tĂ© tuĂ© par des flèches. Le militant des droits de l’homme Joseph Moses Oleshangay rapporte que « La police, les militaires sont arrivĂ©s dans le village, sans prĂ©venir. Ils ont commencĂ© Ă  installer des balises de dĂ©marcation. Les villageois ont rĂ©sistĂ©. Les policiers ont commencĂ© Ă  utiliser des gaz lacrymogènes et des munitions. Beaucoup de gens ont Ă©tĂ© frappĂ©s, blessĂ©s. Des habitants ont commencĂ© Ă  tirer des flèches et je pense que c’est comme ça que le policier a Ă©tĂ© touchĂ©.”

De son cĂ´tĂ©, le commissaire de police rĂ©torque « Il est très regrettable qu’un policier ait Ă©tĂ© tuĂ© par des flèches tirĂ©es par un groupe de personnes qui voulaient bloquer la pose de balises et a mĂŞme voulu attaquer ceux qui menaient ces opĂ©rations ». (Source RFI)

D’après Reporterre, le 10 Juin dernier, “au moins 18 hommes et 13 femmes ont été la cible de coups de feu, tandis que 13 autres ont été blessés à coups de machette”.

Aux quatre coins du globe, le droit à la terre est bafoué et les populations autochtones chassées et humiliées alors qu’ils sont les vrais gardiens garants de la faune de ces zones que les programmes qui les chassent ne parviennent pas à sauvegarder. Il y a le plus souvent non seulement des intérêts économiques mais aussi le désir de s’accaparer une terre pour s’y sentir comme dans son jardin. Il s’agit ici, encore une fois d’un cas d’école du néo-colonialisme vert.

Source vidéo : Anonyme citoyen, Survival France