Comprendre le Rojava, interview avec André Hébert19 min

Le Rojava, expérience à ciel ouvert de démocratie directe et de pluralité des identités, vit aujourd’hui un chapitre sombre dans son histoire mouvementé. A la faveur d’un départ des troupes américaines, Erdogan en a profité depuis le 9 octobre pour bombarder la région et ses habitants, anéantir celles et ceux qui au prix de milliers de morts avaient pourtant vaincu Daech. Son but : tuer un maximum de personnes et remplacer une population par une autre. Jamais dans l’histoire un génocide n’avait été annoncé si tranquillement à l’avance sous l’œil lâche des pays membres de l’ONU. Nous avons rencontré André Hébert, militant internationaliste qui était allé combattre au Rojava contre l’Etat islamique et pour un idéal révolutionnaire. Nous avons pu lui demandé de nous faire un topo sur la situation au Rojava. 

Bonjour André, est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle André Hébert j’ai 28 ans aujourd’hui, j’en avais 24 la première fois que je suis parti au Rojava et je me définis comme militant communiste et ancien membre du YPG et aujourd’hui, aussi comme membre du CCFR (Collectif des combattant.es francophones du Rojava)

Qu’est ce qui t’avait poussé à aller au Rojava ? 

C’est quand j’ai vu la bataille de Kobané qui avait été pas mal médiatisée en France. J’ai d’abord été impressionné par le courage des défenseurs de Kobané qui résistaient face à l’invasion de l’Etat islamique qui à l’époque avait bien plus de combattants et des équipements à la pointe de la technologie, avec des tanks notamment, ce qui n’était pas le cas des kurdes, qui eux résistaient avec des armes légères à cette déferlante djihadiste. Ensuite je me suis intéressé à l’organisation qu’est le YPG et j’ai découvert qu’ils ne se battaient pas seulement pour leur terre ou contre l’Etat islamique mais qu’ils se battaient pour un véritable projet révolutionnaire. Ce projet correspondait dans les grandes lignes à la façon dont je voulais voir la société changer en tant que militant français.

Est-ce que tu peux nous faire un topo des forces qui luttent en ce moment au Rojava ?

C’est une coalition qui s’appelle les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) dont la colonne vertébrale est le YPG (les unités de protection du peuple) qui est l’armée des kurdes syriens. A quoi viennent s’ajouter un certain nombre d’unités arabes, turkmènes, syriaques, assyriennes, donc ces forces démocratiques syriennes sont réellement le reflet de la mosaïque ethnique et confessionnelle qu’est le Rojava. Il faut aussi rappeler qu’il y a le YBS qui sont les unités de résistance du Sinjar et qui sont les forces armées des Yézidis dont on a pas mal reparlé ces derniers temps. Donc c’est l’ensemble de ces forces qui aujourd’hui se bat contre l’invasion turque.

Comment s’est constitué le Rojava et sur quelles bases ? Est-ce que c’est par les guerres ou il y’avait-il un projet commun avant ? 

Le Rojava ne s’est pas constitué récemment, c’est une des parties éternelles du Kurdistan. Y’a cette zone d’ailleurs, le canton d’Afrin qui a été envahie par les turcs en 2018 et la zone qui est attaquée actuellement, c’est la zone historique des peuplements kurdes, une des quatre parties du Kurdistan qui est éclaté entre quatre pays : la Turquie, l’Iran l’Irak et la Syrie. Donc voilà ce qu’est le Rojava. Ensuite il y a le parti des travailleurs du Kurdistan en Turquie qui lui lutte depuis très longtemps et en 2011, à la faveur de soulèvement contre Bachar Al Assad il y a eu la création du YPG et les kurdes ont eu, au début du soulèvement, l’opportunité de prendre leur destin en main et surtout ils ont eu la nécessité de créer une force d’auto-défense face aux attaques du régime et de celles des islamistes de l’armée libre syrienne qui déjà à l’époque les attaquait. Donc c’est comme ça que s’est constitué le YPG.

As-tu des nouvelles récentes de la situation au Rojava cette semaine depuis le déclenchement de la guerre par Erdogan mercredi dernier ? 

Oui, même depuis quelques jours avant. Les camarades qui sont sur le terrain nous relayaient leur inquiétude, tous les signaux d’alerte étaient au rouge, la population évacuée, les unités militaires qui se mettaient en ordre de bataille. Là ces derniers jours il y a effectivement des échos de plus en plus inquiétants. Il y a deux choses, sur le plan des prisonniers djihadistes, on a bien eu confirmation qu’il y a 800 membres des familles de Daech qui se sont évadés du camp d’Aïn Issa dimanche après midi, ça vient après les membres de Daech qui se sont évadés de la prison de Qamishlo à la faveur d’une frappe aérienne turque qui avait pour but de les libérer. Il y a eu aussi des émeutes dans un autre camp de prisonniers. Donc il y a cette situation là qui est extrêmement inquiétante et surtout le plus important c’est la situation militaire, là nos camarades résistent dans la ville de Ras al-Aïn (en kurde : Serê Kaniyê) que les turcs essayent d’envahir en ce moment et donc il y a des combats urbains très durs où nos camarades résistent avec beaucoup de courage face à l’invasion turque en ce moment. Parmi ces camarades il y a une dizaine de combattants internationalistes.

Qu’en est-il en Turquie ? Est-ce que cette guerre est populaire ou au contraire connaît-elle une opposition ?

Il y a deux choses. Du point de vue de la résistance kurde la frontière est complètement artificielle, donc elle n’existe pas et toutes les forces kurdes y compris celles du nord du Kurdistan, donc en Turquie, sont mobilisées dans la lutte contre l’armée turque comme elles l’ont toujours été. Les forces politiques et politico-militaire de la gauche turque qui sont présentes au Rojava mais qui luttent aussi en Turquie, elles c’est pareil, elles continuent leur lutte de longue date contre l’armée turque.
Maintenant du point de vue des supporters d’Erdogan, il y a malheureusement dans la population turque une grosse base sociale islamo-nationaliste qui le soutient. Eux n’ont pas changé et supportent cette guerre.

Le caractère libertaire et automne du Rojava fait-il que l’occident se mobilise moins pour le défendre ? Pourquoi les Etats Unis ont quitté la zone ? 

Sur les raisons qui ont fait que les américains ont quitté le Rojava, je pense qu’ils l’ont fait pour des raisons géo stratégiques que pour l’instant on comprend mal et qu’on comprendra peut-être à l’avenir. Ensuite, de ce que j’ai vu et de ce qui transparait des rapports de ce qu’était la coalition internationale contre Daech, et des rapports des puissances impérialistes occidentales envers les kurdes, ils ont toujours méprisé le système kurde, ils ne l’ont jamais pris en compte dans l’équation. Je ne pense pas que les raisons de leur départ soient liées à la nature du modèle sur place mais plutôt lié à des rapports de force géo stratégiques qui dépassent tout ça.
Mais après, pour le point de vue des soutiens au Rojava c’est quelque chose de très important à mettre en avant. Ce modèle qui est là bas, qui est basé sur la démocratie directe, sur le partage des richesses, sur l’écologie, le féminisme, c’est un modèle qui est précieux pour tous les gens à travers le monde qui essayent de changer de société, de changer de système, de construire un futur alternatif au capitalisme et ce modèle-là est enfin au 21e siècle un modèle qui fonctionne, qui porte ses fruits. On a enfin une expérience révolutionnaire à défendre, c’est pour ça qu’il faut que les gens comprennent y compris en France que ce qu’est en train de massacrer Erdogan c’est aussi nos valeurs et l’espoir d’un avenir meilleur, quelque chose qui nous concerne en tant que français.

Sur notre page Facebook on a vu apparaitre des commentaires pro turcs qui traitaient le PKK de terroristes. Comment arrive-t’on à ce que ceux qui ont combattu Daech soient traités de la sorte ? 

Oui évidemment, il y a effectivement un problème qui est lié à la posture de l’Union Européenne et des Etats unis vis à vis du PKK. Ça fait extrêmement longtemps que le PKK ne cible plus les civils. Ils ciblent uniquement les forces armées turques. Quand on reprend la définition précise de ce qu’est le terrorisme, on voit bien que ça fait 20 ans que le PKK ne s’inscrit plus dans ces modes d’actions, dans les modes d’actions terroristes.
Cette étiquette qu’on a posé sur le PKK depuis très longtemps sert la propagande turque. Les Etats unis et l’Union Européenne auraient dû prendre leurs responsabilités et retirer le PKK de la liste des organisations terroristes. Une chose qui est certaine c’est que quand on parle des YPG, les forces démocratiques syriennes qui sont en train de se battre, on peut discuter de la distinction entre ces dernières et le PKK, moi je crois que c’est bien plus complexe. Les forces démocratiques syriennes ne sont pas une simple émanation du PKK. Ça c’est un raccourci qui est fait par beaucoup d’observateurs qui ne connaissent pas le terrain et qui sert la propagande turque. La réalité est bien plus complexe que celle là et quand on prend les forces démocratiques syriennes et les YPG dans leur histoire, je défie quiconque de trouver une seule action répréhensible et ils trouveront encore moins une seule action qui correspond à la définition du terme terrorisme. Donc tout ça est quelque chose qu’il faut rendre extrêmement clair car ce n’est ni plus ni moins que de la propagande turque qui s’appuie sur les contradictions de la politique étrangère des Etats impérialistes.

Une manifestation kurde en soutien au Rojava a été gazée par la police jeudi soir pas loin de Châtelet où une occupation d’Extinction Rebellion avait lieu. Alors que la France fait mine de condamner la guerre lancée par Erdogan pourquoi une telle hostilité envers les kurdes à Paris ? 

Bon ça c’est le réflexe de l’Etat français qui s’apparente de plus en plus à un Etat policier qui, dès qu’il voit un mouvement social qui peut gêner sa politique intérieure ou étrangère, envoie tout de suite ses chiens de garde jouer de la matraque ou du gaz lacrymogène. Ça c’est un réflexe. Ensuite, ils sont devenus plus prudents pour les manifestations parce qu’ils savent très bien que ça serait extrêmement gênant que des images de ce genre se répètent. Il faut reconnaître qu’à la manifestation de Samedi qui allait de République à Châtelet, les forces de l’ordre étaient quasi invisibles à dessein parce qu’elles ont reçu des consignes pour ça. Parce que donner des images de la police française en train de taper des manifestants kurdes comme celles qui ont déjà été diffusées ça aggraverait la position de la France vis à vis de ce sujet.
Pour en venir à la question qui semble la plus importante c’est la responsabilité de la France. La France a une claire responsabilité. On ne peut pas se cacher derrière des soi-disant coups de folie de Trump et derrière la décision américaine. La France ne s’est jamais donné les moyens d’avoir une politique étrangère indépendante vis à vis des Etats Unis et ça de très longue date. Et aujourd’hui on en voit les conséquences. On parle des signaux de faiblesse que Trump a envoyés vis à vis d’Erdogan depuis des mois qui ont conduit à cette intervention militaire unilatérale de la Turquie, mais la France aussi a envoyé des signaux de faiblesse ces derniers temps et est co-responsable. Jean Yves Le Drian a déclaré qu’il ne pouvait même pas faire circuler ses troupes au Rojava ou les retirer du territoire sans l’appui logistique des américains. Comment est-ce qu’on veut être crédible face à la Turquie ensuite quand on dit une chose comme ça ? La France convoque des conseils extraordinaires du conseil de sécurité de l’ONU et fait des gesticulations diplomatiques comme convoquer l’ambassadeur de Turquie, mais tout ça c’est de la poudre aux yeux pour faire oublier que l’Etat français est coresponsable du lâchage des kurdes et de leur trahison. Et ça c’est quelque chose qui restera comme une tache indélébile dans la politique étrangère du gouvernement d’Emmanuel Macron et je pense qu’il est important de le répéter. Si la France aujourd’hui, vu ses capacités militaires, voulait arrêter cette guerre, elle pourrait le faire. Elle pourrait envoyer des troupes pour s’interposer entre l’armée turque et les combattants des forces démocratiques syriennes et cette guerre s’arrêterait immédiatement.

[CND] Mais ce qui demanderait à la France de s’allier par exemple avec les forces du YPG, ce qui la mettrait en porte à faux vis à vis de ses intérêts capitalistes de vente d’armes…

Evidemment et c’est là toute l’hypocrisie de la France et des Etats impérialistes. On voit bien que le gouvernement se répand en gesticulations, exprime son inquiétude avec des formules diplomatiques complètement creuses. Ils auraient pu empêcher le génocide qui s’annonce et ils ont choisi de ne pas le faire.

Pour toi c’est quoi le projet d’Erdogan ? 

Son projet il est très clair. Il en parle depuis des semaines maintenant y compris jusqu’à l’ONU. Il a brandi à l’ONU une carte de la soi-disant zone de sécurité qu’il veut établir, en fait de la zone qui est le Kurdistan historique qu’il veut complètement envahir par les drones, par les bombes, par les tanks. Son objectif là ça va être de tuer le plus de civils possible, d’envahir ces régions pour ensuite y replacer, et ça il le dit depuis très longtemps, les 3,5 millions de réfugiés arabes syriens qu’il a sur son sol. Et ça, ça s’appelle un génocide et une politique de nettoyage ethnique… qui sont annoncés. Rarement dans l’histoire on a vu un génocide qui était annoncé aussi clairement que celui là. Et pourtant, on ne fait rien.

Samedi à la manifestation de soutien au Rojava, des GJ se sont organisés pour exprimer publiquement leur soutien. Qu’est-ce qui lie ces luttes pourtant éloignées les unes des autres ? 

Je pense que si on pouvait le résumer en un mot, ce qui les lie c’est la Commune. Ce qui a traversé toute l’histoire du mouvement ouvrier, qu’on retrouve au Rojava aujourd’hui, qui a inspiré beaucoup de Gilets Jaunes dans leurs revendications ou leurs façons de s’organiser. Le pilier de tout ça, c’est la Commune. Ensuite on peut développer un peu. Le modèle du Rojava est construit autour des coopératives, du socialisme et de la Commune avec cette démocratie directe et cette façon de s’organiser à l’échelle la plus locale possible pour que les gens aient leur destin en main. Il y avait les Gilets Jaunes de Commercy d’ailleurs qui avaient parlé du fédéralisme démocratique, qui avaient transmis un message par rapport au Rojava et on leur avait répondu de là-bas donc il y a des liens de nature politique qui sont apparus très clairement, qui sont évidents, c’est pour ça qu’il est important que les Gilets Jaunes se mobilisent pour ce modèle. C’est un espoir pour eux aussi, pas que pour les kurdes.

N’est-ce pas un peu triste de devoir brandir comme argument pour combattre la guerre que mène Erdogan qu’elle pourrait renforcer daech ? Les milliers de kurdes victimes de cette offensive ne suffisent pas ?

Alors si, effectivement, c’est vrai. Maintenant, quand on regarde les éléments de communication sur place, les kurdes ont bien compris que malheureusement leur sort propre ne pouvait pas suffire à convaincre à travers le monde qu’il fallait les aider et donc pragmatiquement ils voient bien que pour mobiliser autour de cette question, c’est triste, mais il faut parler aussi de l’intérêt immédiat qu’il y a en terme de sécurité à travers le monde. Et ça c’est un élément de communication qui était très présent chez les forces démocratiques syriennes et à raison. Evidemment que le sort des kurdes et de toutes les populations qui composent le territoire du Rojava devrait suffire pour mobiliser, mais il ne faut pas être naïf et prendre en compte ce qui marche en terme de communication et il faut rappeler qu’il en va aussi de notre intérêt sécuritaire, notamment vu les récents événements comme les 800 proches de Daech qui se sont évadés du camp d’Aïn Issa et qui sont des gens extrêmement dangereux.

On a entendu parler d’un bâtiment appartenant à la France qui aurait explosé, tu en sais plus ? 

Ça c’est une rumeur qui a circulé sur les réseaux sociaux. Ce qu’il s’est passé c’est qu’il y a une base américaine à coté de Kobané qui a été touchée par des tirs turques sans faire de blessé. L’Amérique a à peine répondu à ça alors qu’il s’agit quand même d’un membre de l’Otan qui en bombarde un autre… Et on apprend que dimanche après-midi le Pentagone annonce le retrait de jusqu’à 1000 soldats américains du nord de la Syrie pour ne pas se retrouver en étau entre les Kurdes et les Turques.

A-t-on un bilan de ces derniers jours ?

De ce que j’en sais, c’est difficile pour les docteurs de communiquer sur place. J’ai vu que les forces démocratiques syriennes avaient dévoilé les photos de sept de leurs combattants qui étaient tombés pendant l’offensive. A ce moment précis avec une source fiable je ne peux pas vous en dire plus.

Que penses tu de la nouvelle selon laquelle les YPG et l’armée de Bachar Al Assad s’allient pour combattre l’offensive turque ? On a l’impression d’atteindre des sommets d’enjeu geo-politique…

En terme géo-politique, en effet ça suppose pas mal de choses, mais sur l’accord en lui même puisqu’il semble être confirmé, ce que je dirais c’est qu’il y a le commandant en chef des forces démocratiques syriennes qui a dit “je préfère le compromis au génocide de mon peuple”, donc ça c’est forcément quelque chose que je comprends. Après sur le plan politique, cet accord peut remettre en cause un grand nombre de choses, notamment sur ce pour quoi on s’est battu, mais il y a une chose de mon point de vue d’internationaliste qui ne changera pas, c’est que dans tous les cas, en allant là bas on a montré qu’il était encore possible au 21e siècle de se battre pour la révolution et d’avoir une démarche internationaliste. Et rien que pour ça, ça valait le coup.

Qu’est ce qu’on peut faire d’ici ? Quelle initiative serait pertinente ?

Il y a plusieurs moyens. Continuer à participer aux manifestations. Rejoindre celles organisées par les kurdes mais aussi que les forces militantes s’organisent par elles-mêmes et s’emparent de cette question parce qu’elle les concerne aussi. Organiser des réunions publiques, il y a un effort de pédagogie à faire encore. Même si c’est invraisemblable qu’on ait encore à le faire à cette époque là alors que ça fait des années qu’on informe à ce sujet. Il faut parler du Rojava et dire pourquoi c’est important de le soutenir. Il faudra aussi participer à des collectes de fonds. Par le groupe qu’on a créé, le collectif de volontaires, on va relayer un certain nombre de collectes de fonds, probablement cette semaine. Donner aux instances officielles kurdes qu’on va relayer sur notre page (https://www.facebook.com/2CFRojava) sera un moyen d’être utile.

Entretient réalisé par Cerveaux non Disponibles

Epilogue

S’il y a bien une chose précieuse au Rojava, ce sont les millions de vies portées par l’ambition de vivre dans une société qui accepte les différences, l’autonomie des peuples, le rôle égal des femmes par rapport aux hommes, une vision écologique anticapitaliste et une démocratie directe. Aujourd’hui cette révolution est lourdement attaquée et trahie par des Etats qui se sont payés une bonne figure tant que les forces démocratiques syriennes et les YPG se battaient contre Daech. On apprenait juste après l’interview que le commandant des forces du YPG avait conclu un accord avec Bachar Al Assad. Nous avons donc rajouté la question après coup. Un basculement dans le giron impérialiste russe n’augure pas mieux que l’abandon américain et européen pour ce qui est de l’expérience révolutionnaire. Et les temps à venir seront durs pour le Rojava.

A l’heure où tous les pays impérialistes jouent simplement leur partition de traitre, de vénal ou de boucher, et à l’heure où beaucoup d’endroits du globe s’embrasent contre leur logique, il est plus que temps de construire une géographie de territoires rebelles à travers le monde, de se rencontrer et d’imaginer un futur désirable vers lequel converger, un futur depuis lequel on se dise que nous aurons notre destin en main.