L'ART DE PERDRE

C’est un des paradoxes de notre époque : en France, jamais nous n’avons connu autant de mouvements de protestation d’ampleur. En intensité comme en nombre de personnes. Et si rapprochés dans le temps.
Et jamais nous n’avons connu autant de défaites : Gilets Jaunes, Retraites, Grève du climat, BLM puis la révolte des quartiers après la mort de Nahel, Loi sécurité globale, mouvement anti pass sanitaire…

La liste est longue et incomplète.

Le constat est glaçant, et nous oblige à nous questionner. Prenons la dernière défaite majeure en date : la réforme des retraites. Bien sûr, on pourrait tenter de refaire le match et dire ce qu’il aurait fallu faire différemment pour arriver à faire plier le gouvernement. Bien sûr, les syndicats ont été défaillants à bien des égards.

Mais sincèrement, qui pense vraiment qu’il existait un scénario qui ferait plier le pouvoir sur ce point ?

Le mouvement a tout eu : une durée inédite, des mobilisations massives, des actions hors manif, des aspects insurrectionnels et clairement offensifs, un soutien important de la population….

La réalité, c’est que le pouvoir actuel avait décidé de passer sa réforme réactionnaire coûte que coûte. Et que désormais, dans notre société, il est « accepté » qu’un pouvoir fasse passer (en 49.3 en plus) une réforme dont la majeure partie de la population ne veut pas et qui met des millions de personnes dans la rue pendant des mois.

Le pouvoir actuel le sait et en profite. Et les prochains gouvernements feront de même.

En quelques décennies, le contrat implicite passé entre la population et ses « gouvernants » a totalement basculé. Il y a 20 ou 30 ans, on aurait jamais imaginé que des mouvements sociaux d’une telle ampleur ne débouchent pas sur des compromis du gouvernement en place. Aujourd’hui, en raison de la violence de la société ultra libérale et la propagande des médias qui la servent, cela est devenu « normal ».

La preuve de ce terrible constat se trouve également du côté des Gilets Jaunes. Comment pouvait-on imaginer qu’une telle révolte n’aboutisse à aucun changement politique, pas même un remaniement ? Le pouvoir a tremblé, s’est barricadé, mais n’a concédé que des miettes.
Qui aurait pu prédire que tout resterait comme avant ? Voire pire.

Car c’est aussi la force de ce système : non seulement il ne cède pas aux protestations sociales, mais il arrive à se renforcer à chaque séquence, notamment sur son volet répressif, sécuritaire et liberticide.

On se retrouve donc avec l’équation suivante : chaque mouvement de lutte est voué à l’échec, et donne l’occasion au système de renforcer son arsenal répressif et autoritaire.

Pour autant, il ne faut ni blâmer les personnes qui luttent, ni décourager les prochains mouvements. Mais il faut rester lucide sur la situation inédite.

Car l’horizon n’est pas totalement bouché. Il n’y a en fait désormais qu’une seule issue « positive ». Elle est très lointaine mais elle est atteignable et magnifique : il s’agit de faire chuter le système capitaliste. De le détruire. Et de reconstruire un autre monde.

On le sait désormais, il n’y aura plus de « petites victoires ». Le système politique et médiatique a réussi à faire accepter l’idée qu’un pouvoir en place puisse passer en force et écraser toute constestation (qu’importe sa forme et son fond). La victoire viendra donc du fait de détruire ce système. Sans parler d’un grand soir, il s’agit bel et bien d’imaginer la fin du capitalisme et de réussir à créer un nouvel horizon politique et de vie commune, et ce, bien au delà de la France.

Car le système capitaliste est ainsi fait qu’un seul pays (qui plus est occidental) ne peut s’en extraire seul. L’exemple de la Grèce il y a dix ans est pour le coup plus qu’éclairant. Un gouvernement, si anticapitaliste soit-il, ne réussira pas à sortir seul du système capitaliste.

Il faut donc travailler dès maintenant à des jonctions de luttes entre différents pays, que ce soit sur les thématiques climatiques, sociales ou anti racistes. Les raisons de se réunir au-delà des frontières ne manquent pas. Il faut également se déconstruire politiquement pour trouver des horizons et des projets réellement solidaires et à même d’être une alternative aussi crédible que radicale vis à vis du capitalisme.

Il faut aussi préparer le terrain à ce que ce basculement puisse exister. Et il ne se fera pas sur une lutte, mais au travers de plusieurs luttes, qui pousseront ensemble, dans un espace temps commun. Pour cela, une contre-culture révolutionnaire et insurrectionnelle doit se développer. Cinéma, musique, théâtre mais aussi des médias autonomes, des clubs sportifs, des bars, des restaurants, des espaces autogérés. Il faut qu’un maximum d’espaces fassent sécession avec cette société. Sans se fermer au reste du monde, mais en invitant les autres à les rejoindre, même l’espace d’un concert, d’un match de foot ou d’un weekend de teuf.

Tous ces espaces doivent alors se tenir prêts, et pouvoir participer au basculement le jour où il sera possible.

Tout cela est évidemment très diffus et incertain. Mais c’est à nos yeux le seul moyen de sortir vraiment par le haut de cette spirale mortifère pour le vivant dans lequel nous entraîne ce monde capitaliste. L’idée n’est pas de crier à la convergence des luttes. Mais de prendre acte que notre société n’accepte plus que la rue puisse donner son avis et influer sur le cours de l’histoire. Le peuple ne peut désormais « participer » que lors des élections. Et ces élections ne sont en aucun cas une issue pour sortir du système.
Pour changer la donne, il faut donc changer le système. Et pour changer le système, il faudra le détruire. Car les puissants qui en profitent ne laisseront pas les choses changer sans qu’ils y soient contraints.


En cendres, tout devient possible. Même le pire

La séquence actuelle nous plonge dans des sentiments très paradoxaux. Car nous n’avons que peu d’espoir sur le fait qu’elle débouche sur des avancées significatives en terme de recul du racisme systémique ou de lutte contre un état oppresseur et ultra libéral. On pense même assez probable que l’État et son appareil répressif en ressortent renforcés, et encore plus autoritaires. Et que l’extrême droite profite de cette « crise » pour continuer sa morbide ascension.

Mais même avec un horizon aussi sombre, les révoltes actuelles nous paraissent salutaires et importantes.

Evidemment, brûler des voitures ou même des commissariats et des banques ne fera pas disparaître le racisme dans la police et dans toutes les structures de notre société. Cela ne donnera pas de travail à tous ces laissés pour compte.

Nous ne voulons pas non plus essentialiser et romantiser les actes qui ont lieu ces dernières nuits un peu partout en France. Car oui, il y a une part de « kiff » pour certains dans le fait de brûler des poubelles ou des voitures, et il y a un intérêt personnel, immédiat et matériel, à piller des magasins de fringues, de luxe ou d’informatique. Et alors ? Ces actes sont largement moins condamnables que les écritures comptables des criminels en col blanc, qui, en l’espace d’une saisie informatique, volent des millions, avec des conséquences bien plus graves pour ceux en bas de l’échelle.

Mais même avec ces considérations individuelles, matérialistes et presque « nihilistes », nous pensons que ces révoltes sont à soutenir.

Car ce que font ces gamins est assez unique : ils contribuent à dévoiler le vrai visage de l’état dont le masque s’effrite un peu plus chaque jour.

On pourrait évidemment se dire qu’il n’y a aucun intérêt à voir un pouvoir autoritaire devoir montrer son vrai visage si cela ne permet pas de le renverser. Sauf qu’à l’inverse, si l’on pense vivre dans un état autoritaire (et raciste) et qu’on préfère ne pas le provoquer de peur de sa réaction, on offre un boulevard à ce que rien ne change.

Car qui peut encore croire que faire des pétitions, des manifestations ou des tribunes peut faire changer cette société ? Ce n’est même plus le cas pour le monde du travail, pour les luttes ecolo, et cela n’a jamais été le cas pour les Gilets Jaunes… alors imaginez pour ces sauvages de banlieue ? Or cette société, elle tue, quotidiennement. Et pas qu’avec sa police.

Et si jeunes soient-ils, ces enfants de 2023 l’ont totalement compris. Ils l’ont même intégré sans avoir eu à le verbaliser.

Et pour cause… Ces gamins sont de purs ‘produits » de la France. La quatrième voir cinquième génération d’ancêtres « issus de l’immigration » pour utiliser le langage policé et policier. En vrai, ce sont des français, mais ils sont noirs et arabes. Et ils ont très vite compris qu’ils n’étaient pas vus comme les autres français. Ils l’ont compris face à la police, mais également dans tous les moments de leur vie.

Car il faut être aveugle (ou raciste et donc malhonnête intellectuellement) pour ne pas voir la réalité de notre société : les noirs et les arabes sont des citoyens de seconde zone, cantonnés dans une précarité sociale et économique, et sans cesse stigmatisés.

Ces gamins voient bien que leurs aînés travaillent principalement pour faire le ménage, la sécurité ou du Uber/Deliveroo. Et encore, quand ils arrivent à trouver un taff.

Ils ont bien compris que l’ascenseur social n’était qu’un mirage. Qu’à part avec le foot ou le rap, personne de leur quartier n’a de chance de réellement s’en sortir.

Par ces révoltes, ces jeunes reprennent également un pouvoir, un rapport de force, une existence. Qu’importe s’ils sont stigmatisés et traités de sauvages. Au moins, ils existent. Ils comptent. Et c’est déjà énorme. Par leurs actes, ils ont réussi à faire annuler des concerts, des festivals, fermer des centres commerciaux, couper des services de transport. Alors oui, on peut se dire, à raison, que ce n’est pas ça qui fera avancer la question des inégalités sociales et du racisme systémique. C’est vrai; Mais c’est aussi vrai que toutes ces répercussions obligent le pouvoir et le système à regarder le problème. A défaut de le régler, c’est déjà un énorme progrès.

Les gamins de 16 ans sont nés en 2007. Deux ans après la révolte des quartiers suite à la mort de Zyed et Bouna. D’ailleurs, il est fort probable que parmi les émeutiers de 2023, certains soient des enfants d’émeutiers de 2005.

La grande question est donc de savoir comment cette révolte pourrait déboucher sur plus d’avancées que celle d’il y a 18 ans. Comment pourrait-elle faire mieux également que le soulèvement BLM de 2020 après la mort de George Floyd, lui aussi tué par un policier, et lui aussi filmé.

Nous n’avons évidemment pas la réponse.

Mais nous sommes convaincus que les nuits de révoltes permettent d’ouvrir une brèche. Cette brèche n’est pas un boulevard pour les idées progressistes et pour la lutte contre ce système et cette société. Mais elle reste une brèche, quelque chose de si rare de nos sociétés désormais totalement atomisées et contrôlées. Où on nous rabâche qu’il n’y a pas d’autres « vivre ensemble » possible que ce capitalisme puant et raciste.

Il faut donc entrer dans cette brèche et tenter d’y apporter des éléments qui permettront d’infléchir, au moins un peu, la dérive actuelle du pouvoir. Espérer que ces jeunes (dont ne nous faisons pas partie et dont on ne prétend savoir comment ils pourront s’en sortir) sauront trouver des espaces et des structures pour peser durablement, et même pour lutter efficacement. Espérer aussi que la rencontre Beauf et barbares devienne une réalité. Que les oubliés de toutes les périphéries comprennent que c’est le système capitaliste qui est responsable de leur situation.

Le faire en comprenant qu’en plus d’être des citoyens de dernière zone, les habitants des quartiers populaires racisés subissent en plus un racisme systémique et permanent. Et qu’on ne peut mettre cette réalité abjecte en second plan. Qu’il faut l’aborder frontalement, en même temps que la question sociale.

Dire cela ne donnera certainement aucune clé pour sortir d’une impasse que nous craignons. Mais nous n’avons, à l’heure actuelle, pas d’autres mots que ceux-ci.

Et dire, redire, et répéter, qu’une révolte des laissés pour compte n’est jamais illégitime et doit être soutenue et appuyée.

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides, et qui ayant tout disent avec une bonne figure “Nous qui avons tout, nous sommes pour la paix !”, je sais ce que je dois leur crier à ceux-là : les premiers violents, les provocateurs, c’est vous !

Quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants, avec votre bonne conscience, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients, au regard de Dieu, que n’en aura jamais le désespéré qui a pris les armes pour essayer de sortir de son désespoir. »
L’Abbé Pierre, 1984


Le racisme n'est pas une maladie

Il ne se guérit pas. Il se combat en détruisant les structures qui le créent et qui l’abritent.

Peu de monde semble vouloir mesurer la gravité de ce qu’il vient de se passer en France. Pas seulement l’attentat contre les Kurdes en lui-même, mais également son traitement policier, judiciaire et médiatique. Rendez-vous compte : l’auteur de l’attentat, qui sortait de détention provisoire pour une précédente attaque sur des migrants, déclare lui-même avoir agi par racisme, et avoir ciblé les Kurdes parce qu’ils avaient faits prisonniers des combattants de DAESH, au lieu de les avoir tués. Résultat ? Sa garde à vue a été levée et il a été provisoirement transféré vers l’hôpital psychiatrique.

Le médecin de la préfecture avait en effet estimé que son état de santé mentale n’était « pas compatible avec la mesure de garde à vue ». Qu’importe qu’il ait été renvoyé en GAV dimanche 25 décembre. Le simple fait de l’avoir sorti aussi rapidement et d’avoir déclaré son état de santé mentale incompatible avec un interrogatoire peut déjà dire beaucoup de choses. Des choses graves et indignes pour l’État français mais tout à fait compatibles avec sa ligne politique et ses valeurs républicaines si actuelles.

Imagine-t-on un terroriste salafiste-takfiriste (qualifié d’islamiste ou djihadiste par la presse), venant d’effectuer un attentat à Paris, qui serait sorti de l’interrogatoire pour être envoyé en hôpital psy parce qu’on estimerait sa santé mentale incompatible avec une détention ? Le tollé serait monumental, prenons l’attentat de Nice comme élément comparatif sérieux.

La Justice considère que ces fondamentalistes ne sont pas des malades mentaux mais des personnes endoctrinées et porteuses d’une idéologie mortifère. Leurs idées, si dangereuses soient-elles, sont considérées comme dotées d’une logique et d’une construction « sensée ». Il s’agit d’une idéologie, d’un choix de société.

Tout cela est éminemment politique. Et ce, que la personne soit « un loup solitaire de Daesh » ou totalement intégrée dans des réseaux structurés. On pourrait même pousser le raisonnement jusqu’au point Godwin en se demandant s’il aurait fallu interner tous les nazis dans un hôpital psychiatrique sans les combattre et les condamner ?

Nous ne disons pas qu’il faut considérer toutes ces personnes comme des ennemis dont il faudrait se débarrasser. Nous tâchons de souligner qu’il y a derrière des mécanismes de pensée et une société qui poussent à créer ce qu’elle décrit comme des monstres, jamais comme SES monstres. Et qu’on ne guérit pas le racisme et l’intolérance. On les combat. Idéologiquement, et physiquement s’il le faut.

Que William Mallet souffre de troubles d’ordre psychiatriques ou pas ne change finalement pas grand chose aux conditions matérielles de ses actes. De la même façon que pour les frères Kouachi par exemple. Vouloir éviter ces attentats nous imposerait d’essayer de comprendre pourquoi et comment ces personnes en sont arrivées à devenir ce qu’elles étaient au moment de leur passage à l’acte.

Car on ne naît pas raciste, on ne naît pas fasciste. On le devient. Ne pas le comprendre, c’est être dans le déni de ses propres responsabilités dans les drames passés et à venir. La société est raciste dans son intégralité et nous en sommes malheureusement toutes et tous imprégnés à des niveaux différents, y compris les populations racisées. « Le racisme n’est pas un tout mais l’élément le plus visible, le plus quotidien, pour tout dire, à certains moments, le plus grossier d’une structure donnée » disait Fanon.

Pour en revenir à William Mallet, nous devons prendre conscience du choix politique du pouvoir français, de considérer qu’un Français qui commet des horreurs contre des Kurdes est une personne instable psychologiquement qu’il convient de « soigner » alors qu’un arabe ou un noir ayant commis les mêmes horreurs sur des Français sera considéré comme un ennemi, un combattant, totalement conscient de ses actes.

Le traitement de l’affaire par les médias mainstream ne fait qu’accompagner cette terrible narration. La plupart des médias français mais surtout les mandataires de l’État n’ont en effet pas utilisé le terme de terrorisme, alors qu’ils n’avaient pas ce problème quand, par exemple, il s’agissait de polémiquer autour de ce terme concernant des militants écologistes opposés aux megabassines.

Ils n’ont même pas voulu donner le nom de famille de William Mallet, ne précisant que le M après son prénom. On a jamais vu ces mêmes médias décider de ne pas dévoiler le nom de famille des auteurs d’attentats comme ceux de Charlie Hebdo ou du Bataclan. La fachosphère qui s’était emballée sur le nom de famille « étranger » du terroriste, en relayant une fausse info, partie d’un twittos, se reporte finalement sur la théorie du pauvre vieux malade, dont nous devrions avoir pitié.

Cette graduation témoigne bel et bien d’un racisme et d’une passivité d’un État qui a ouvert des brèches pour propager le racisme déjà solidement ancré dans la société française.On voit ainsi qu’un terroriste qui revendique son racisme sera traité par la police, la justice et les médias d’une façon bien particulière et, avouons-le, avec une certaine « bienveillance ». Bien plus qu’un terroriste mais aussi qu’un militant d’extrême gauche, un « islamogauchiste », un écologiste ou un anarchiste et autres militants dits « d’ultragauche » venant de commettre une action considérée comme illégale.

Établir un parallèle entre des activistes progressistes déterminés qui n’ont jamais tué personne et Daesh ou Al Qaïda a un objectif politique qui n’a rien d’anodin. Criminaliser la révolte et l’accuser de ce qu’elle n’est pas, quitte à faire des raccourcis invraisemblables. Celui-ci va de pair avec le fait de minimiser le danger de l’extrême-droite qui d’un côté gouverne dans beaucoup de pays, et de l’autre, représente le plus grand danger concernant les risques d’attentat dans le monde occidental. Dans ces conditions, William Mallet, personne âgée, française, est donc logiquement instable psychologiquement. Gerbant, une souillure pour les victimes de ce raciste.

Alors nous le dirons, redirons et répéterons tant qu’il le faudra : le racisme n’est pas une maladie. William Mallet est un raciste qui a commis un attentat contre la communauté kurde. En solitaire ou commandité par des organisations, cela ne change rien à l’histoire. Il convient de traiter ce terroriste comme tel, afin de tenter de dissuader les prochains sur la liste sombre des criminels racistes.


🇹🇿 Tanzanie : soulèvement Massaï contre leur expulsion de la réserve de Ngorongoro

Située dans le nord de la Tanzanie, la réserve naturelle du parc de Ngorongoro s’étend sur 8288 kilomètres carrés. Faiblement peuplée, sa population y est majoritairement Massaï, vivant entre le Nord de la Tanzanie et le Sud-Ouest du Kenya. Estimée d’environ 8000 habitants dans les années 50, le nombre d’habitants vivant dans cette zone serait composée aujourd’hui de plus de 100 000 personnes.

D’après le magazine Géo, la quantité de têtes de bétail serait passé d’environ 260 000 en 2017 à plus d’un million aujourd’hui, majoritairement des bovins.

Jusqu’à présent, les gouvernements successifs de Tanzanie ont toujours autorisé les populations autochtones à rester vivre sur leurs terres, (oui la lecture de cette phrase est scandaleuse).

A cause du réchauffement climatique, la saison sèche dure dorénavant plus longtemps.

Celles et ceux qui vivent dans cette réserve, se retrouveraient parfois en concurrence avec la faune sauvage à la recherche d’eau. La cohabitation avec les animaux sauvages, avait jusqu’ici toujours été optimale.

Il serait dorénavant moins rare d’y voir des accidents : attaques sur le bétail et parfois même sur les humains.

C’est sur cet étrange prétexte, réfuté par la population Massaï, que s’appuie le gouvernement tanzanien, dirigé par la présidente Samia Suluhu Hassan et le premier ministre Kassim Majaliwa pour faire appliquer “un plan de conservation.” Le son des cloches porté par les vaches est accusé de faire fuir les animaux sauvages et de nuire au tourisme, secteur qui représente 18% du PIB tanzanien. En plus de déplacer des populations, l’Etat propose l’instauration d’un système de balises qui séparerait les animaux sauvages des hommes. Sauf que la vraie raison semble être toute autre.

D’après Mr Mondialisation : “l’entreprise Otterlo Business Company (OBC), basée aux Émirats arabes unis (EAU) qui organise des excursions de chasse pour la famille royale de son pays et ses invités devrait obtenir le contrôle de la chasse commerciale dans la région.” L’Allemagne serait également engagée dans ce processus au nom de l’écologie. “La Zoologische Gesellschaft Frankfurt (Société zoologique de Francfort) finance des gardes forestiers et des agents de protection de la nature, dont certains, selon les Massaï, ont été impliqués dans les récentes expulsions.” Fiore Longo (Survival France) alerte “Les conservationnistes qui travaillent en Tanzanie, comme la Société zoologique de Francfort (FZS), basée en Allemagne, prônent un modèle de conservation raciste et colonial qui est celui de la conservation-forteresse. La FZS considère la population locale et son bétail comme l’une des principales menaces à la survie de l’écosystème, promouvant ainsi le mythe d’une « nature sauvage » sans population, qui a depuis le début servi de philosophie sous-jacente aux expulsions des Massaï. »

L’État tanzanien est donc accusé de vouloir transformer les parcs naturels en zones uniquement réservées à l’usage touristique pour des safaris et même destinées à la chasse aux trophées. Héritière caricaturale de la domination coloniale, cette pratique est ainsi très éloignée des prétentions écologistes.

Des compensations seraient proposées à celles et ceux qui acceptent un déplacement 370 kilomètres plus loin.

A la clé : des promesses de meilleures conditions de vie, d’écoles et hôpitaux à proximité, ou encore un accès à l’électricité. Problème : en plus de forcer ce mouvement, par le passé, les déplacés n’ont que rarement reçu des compensations, se retrouvant parfois dans la misère.

La majorité des autochtones semble rester méfiante et hostile quant à cette décision d’exil, et bien décidée à y faire face. D’autant que les précédents ne vont pas dans ses intérêts. En 2018, après trois ans d’enquête, un rapport publié par Anuradha Mittal pour la Oakland Institut, témoigne de nombreuses exactions répressives de la part de l’armée tanzanienne à l’encontre des Massaï : après les déplacements forcés, 20 000 personnes se seraient retrouvés SDF dépourvus de biens et de bétails. « Les entreprises touristiques veulent une savane immaculée, le genre d’image qu’on voit dans National Geographic ou à la télévision, la savane avec les lions, les bêtes sauvages… Ils ne veulent pas voir d’êtres humains. Ils nient l’existence de cette population, qui vit pourtant sur cette terre depuis toujours. ». (…) “« L’armée affirme qu’elle protège le parc national du Serengeti, mais les villageois ont été battus sur le territoire de leur village, et pas dans le parc. C’est un vrai climat de répression, on leur dit « comment osez-vous aller devant la Cour de justice régionale ? » ». (Oakland Institut)

Les tensions semblent s’amplifier et atteindre un nouveau tournant après une nouvelle offensive de l’Etat. La police aurait blessé plus de 40 personnes par balles et dans ces affrontements, un policier aurait été tué par des flèches. Le militant des droits de l’homme Joseph Moses Oleshangay rapporte que « La police, les militaires sont arrivés dans le village, sans prévenir. Ils ont commencé à installer des balises de démarcation. Les villageois ont résisté. Les policiers ont commencé à utiliser des gaz lacrymogènes et des munitions. Beaucoup de gens ont été frappés, blessés. Des habitants ont commencé à tirer des flèches et je pense que c’est comme ça que le policier a été touché.”

De son côté, le commissaire de police rétorque « Il est très regrettable qu’un policier ait été tué par des flèches tirées par un groupe de personnes qui voulaient bloquer la pose de balises et a même voulu attaquer ceux qui menaient ces opérations ». (Source RFI)

D’après Reporterre, le 10 Juin dernier, “au moins 18 hommes et 13 femmes ont été la cible de coups de feu, tandis que 13 autres ont été blessés à coups de machette”.

Aux quatre coins du globe, le droit à la terre est bafoué et les populations autochtones chassées et humiliées alors qu’ils sont les vrais gardiens garants de la faune de ces zones que les programmes qui les chassent ne parviennent pas à sauvegarder. Il y a le plus souvent non seulement des intérêts économiques mais aussi le désir de s’accaparer une terre pour s’y sentir comme dans son jardin. Il s’agit ici, encore une fois d’un cas d’école du néo-colonialisme vert.

Source vidéo : Anonyme citoyen, Survival France


Des gaz qui ouvrent les yeux

« J’ai suivi Liverpool partout dans le monde. J’ai assisté à cinq finales en Europe. Je n’ai jamais vu une telle incompétence dans l’organisation. Mais le pire restera la brutalité horrible de la police française. Gaz lacrymogènes. Armes pointées sur les supporters. » C’est un journaliste spécialiste de Liverpool qui témoigne dans Médiapart au lendemain de la finale de la ligue des Champions au Stade de France.

Il y a les mots, et il y a les images aussi : des enfants suffocants et pleurant sous les gaz, 135 blessés annoncés officiellement, des scènes où les forces de l’ordre gazent à bout portant, gratuitement. Des policiers visant des supporters avec des LBD. La BRAV-M qui matraque tout ce qui bouge dans la fanzone à Nation, des journalistes obligés de supprimer leurs photos/vidéos de violences policières pour pouvoir entrer dans le stade et couvrir le match…

En une soirée, l’Europe a fait connaissance avec une réalité que côtoient des millions de Français depuis le premier quinquennat Macron. Car sincèrement, toutes les scènes vécues par les supporters anglais et espagnols samedi soir n’ont, tristement, rien d’inédit pour ceux qui sont habitués des manifestations sportives ou politiques.

Depuis 5 ans, et particulièrement depuis l’arrivée de Lallement à la tête de la préfecture de Paris, le pouvoir a décidé de gérer les « rassemblements » par une stratégie très radicale : la terreur. Traumatisé par les premiers épisodes des Gilets Jaunes, le pouvoir est convaincu que « la meilleure défense reste l’attaque ». Les unités de police, de CRS, les BRAV-M ont donc carte blanche pour balancer du gaz lacrymo, pour matraquer, pour tirer au LBD ou balancer des grenades de désencerclement. Pas besoin d’avoir commis une infraction pour être réprimé, il suffit que la police juge que vous avez le mauvais look, ou comportement.

Dans la presse aujourd’hui, chacun pointe les responsables du fiasco de cette finale : pour certains, ce serait la faute de supporters anglais qui auraient tenté d’entrer dans le stade avec des faux billets, pour d’autres, ce seraient des jeunes du 93 qui auraient eux aussi tenté d’accéder au stade… D’autres parlent de supporters anglais complètement saouls et irrespectueux. La police britannique de Liverpool présente au stade a évoqué des circonstances choquantes et défendu le comportement « exemplaire » des supporters des Reds pendant la rencontre, « la pire » à laquelle elle dit avoir jamais eu affaire en terme d’organisation

Il y a sûrement eu des dizaines de personnes qui ont eu des comportements répréhensibles lors de cette journée/soirée. Des dizaines sur près de 100 000 supporters présents dans une ville qui accueille la finale la plus importante de l’année en Europe. Mais cela arrive à chaque événement d’une telle importance dans le foot, notamment avec des clubs aussi populaires que Liverpool, avec plusieurs dizaines de milliers de supporters présents pour encourager leur club, même sans avoir la chance d’accéder au stade. Et pourtant, cela ne se passe pas comme ça habituellement – ailleurs qu’en France en tout cas.

D’ailleurs, il est notable de voir qu’il n’y a eu aucun affrontement entre les supporters de Madrid et de Liverpool, aucun acte qui aurait pu permettre au pouvoir de justifier sa stratégie ultra violente. Si la soirée s’est déroulée avec une telle violence, c’est tout simplement parce que la France a décidé de gérer les matchs de foot avec la doctrine du « tout répressif ». Et cela ne date d’ailleurs pas de Macron. Les Interdictions Administratives de Stade, qui ont été le laboratoire des restrictions de libertés désormais appliquées dans le domaine des luttes sociales et politiques, ont été érigées en principe, tout comme l’interdiction de fumigènes, la dissolution d’associations ou l’interdiction de déplacement. Les supporters français qui ont vu les images d’hier à la TV n’ont d’ailleurs pas dû être particulièrement étonnés. Cela ressemble à leur quotidien de supporters traités comme des sauvages et terrorisés en permanence.

On le voit bien, la doctrine de « maintien de l’ordre » française adoptée face aux supporters de foot est exactement la même que face aux militants politiques (Gilets Jaunes, antifa, écolo, étudiants…).

Dans la presse, de nombreux journalistes et même responsables politiques étrangers se sont interrogés sur la capacité de la France à organiser les Jeux Olympiques dans deux ans. Qu’ils se rassurent : ces JO devraient se passer dans le calme : cet événement sportif, si suivi soit-il à la TV, n’a jamais déchaîné les foules dans et surtout hors des stades. Les JO sont d’ailleurs le parfait exemple de ce dont rêve la société capitaliste pour le sport : un événement massif, permettant d’engranger des milliards, mais sans supporters. Avec de simples « spectateurs consommateurs ». C’est d’ailleurs aussi de cela dont rêve la FIFA et l’UEFA, même s’ils tentent de surfer sur la ferveur des supporters et en faire un atout marketing.

S’il fallait retenir deux choses de cette débâcle sécuritaire au Stade de France :

1/ La stratégie de la terreur menée par Macron/Darmanin/Lallement, proche d’un régime autoritaire, a éclaté aux yeux de tous. Elle a touché hier les supporters anglais mais les supporters français le vivent depuis des années, tout comme les militants politiques et sociaux.

2/ Le football, sport le plus populaire du monde, ne cesse d’être pris en tenaille entre les dérives ultralibérales de ses dirigeants, et une base de supporters qui reste populaire, y compris dans des clubs qui évoluent dans des sphères de milliardaires. Car si certains ont décidé de se couper des clubs de haut niveau pour se tourner vers des divisions inférieures (avec des clubs amateurs et/ou autogérés, que ce soit en Angleterre, en Italie ou en France), de très nombreuses personnes continueront de suivre et d’encourager des équipes qui ne voient en eux que des sauvages.

On remercie presque la presse étrangère d’être aussi choquée par les images du Stade de France. Car, au final, cela nous rappelle à quel point tout cela n’a rien de « normal » dans une « démocratie » (cependant qualifiée récemment de défaillante par le groupe britannique The Economist). La banalisation de la situation aurait pu nous faire basculer dans le doute, et nous faire penser que nous étions peut être dans l’exagération face au silence complice d’une grande partie des médias français depuis plusieurs années.

Il n’en est rien, et nous continuerons à pointer du doigt ces dérives autoritaires et répressives inacceptables.


Nous ne sommes pas N(D)UPES

– NUPES, 5 lettres pour tout reconstruire ? Ou pour tout détruire ? –

L’alliance entre la FI, le PS, le PCF, EELV et Générations est présentée par ses protagonistes comme historique. Elle l’est probablement. Mais pas dans le bon sens de l’histoire. Toutes les négociations et compromissions de ces derniers jours sont là pour maintenir le social-liberalisme le plus vomitif en place. Nous ne sommes pas dupes et nous ne seront jamais NUPES. Il n’y aura pas rupture par les urnes.

Si cette coalition opportuniste arrive à avoir une majorité à l’assemblée nationale, on ne pourra que se satisfaire que Macron perde sa majorité et vive une cohabitation.

Mais nous ne doutons pas que les 5 ans que la France connaitrait avec un gouvernement qui comporte des membres du PS, du PCF et de EELV ne serait qu’un quinquennat de social-démocratie de plus. Probablement moins ultra libéral que 5 ans de Macronisme. Certainement moins raciste aussi. Mais loin d’être en adéquation avec nos valeurs et combats.

Mais si ce n’était que ça, nous pourrions nous « satisfaire du moins pire ». On en a tellement pris l’habitude depuis des décennies.

Non, là, les conséquences sont bien plus graves pour notre camp. Cet accord remet au centre du jeu les partis de la gauche moisie que nous avons tant vomis, à juste titre, depuis des années. Ces partis qui, année après année, ont été mis en échec électoralement. et qui allaient être marginalisés et renvoyés aux oubliettes de l’histoire. D’un coup d’accord électoral, et pour « simplement » réussir à avoir une majorité, l’Union Populaire a redonné plusieurs années de vie au PS ou au PCF.

Qu’on ne nous dise pas que cela va obliger ces partis à revenir dans des considérations plus radicales et plus à gauche. Comment croire encore ce type de raisonnement ? Le PS n’est plus un allié depuis des années. On n’ose même pas établir la liste des exemples tellement elle est longue, aussi bien au niveau national que local. Le PS fait partie du problème. Il est à combattre autant que les partis de droite et d’extrême droite. Et malheureusement, il n’est pas le seul à gauche.

Cette alliance va également couper ce qu’il reste de la gauche, d’une partie de la population qui ne rêve que de renverser le système, et certainement pas de pactiser avec lui.

Les stratégies électorales, les alliances ponctuelles, les compromissions permanentes sont à l’origine de la catastrophe actuelle à gauche.

Les élections et les structures de pouvoir ne sont pas pour nous le centre des luttes à mener. Il n’empêche, nous ne pouvons en faire abstraction dans nos raisonnements. Aussi, les choix faits ces derniers jours par une gauche qui se disait radicale, impactent durablement le paysage des partis politiques français.

Notre conclusion est qu’il ne faut clairement plus rien attendre des partis politiques de gauche. Qu’il va falloir construire en dehors de leur cadre, qu’on pensait sur la fin, mais qui ne cesse de revenir et de se renforcer.

Nous avons conscience qu’une partie de l’électorat de la gauche se retrouve aussi dans nos luttes. Pour nous c’est elle la plus importante car c’est elle qui influencera les lignes politiques du camp progressiste.

Nous combattrons toutes les formes de libéralisme. Que celui-ci soit le libéralisme autoritaire incarné par Macron, que ce soit le social-liberalisme désormais incarné par la nouvelle union populaire ou le libéralisme proto-fasciste des extrêmes droites.

Nous devons penser et organiser dès maintenant le mouvement social qui vient. Le capitalisme ne tombera pas par l’arrivée d’un Mélenchon premier ministre. Nos souffrances perdureront si nous croyons en eux. Nous sommes notre propre solution.

Organisons le mouvement social qui vient. Préparons le. Diffusons l’idée du mouvement de masse imminent dans nos quartiers, nos lieux de travail, nos bahuts. Préparons le calendrier, les échéances. Les jours de grève, les lieux stratégiques. Prenons le temps de le faire bien.

Quelques mois peut-être, pour voir arriver, après l’été, au retour des congés, le premier lundi matin de rentrée, le plus détesté de tous. Voir son lieu de travail, son bahut, sa fac, sa rue, occupés bloqués, sabotés. Dans le but d’envoyer un signal : leur monde est fini.


1ER MAI. PARASITER CE MONDE

On attendait pas grand chose de ce premier rendez-vous dans la rue du 2e quinquennat Macron. Pourtant, ce dimanche 1er mai, Paris a repris des airs de résistance et de riposte populaire. Pour la première fois depuis bien longtemps, on a senti de l’envie, de la puissance et du plaisir à lutter dans la rue. N’en déplaise aux petits bourgeois de la lutte pour qui la révolte est belle que lorsqu’elle est passée. Ou lointaine.

Le cortège de tête a compté plusieurs milliers de personnes. Cela faisait plusieurs mois qu’un si gros cortège pré syndical n’avait pas vu le jour. S’étalant sur plusieurs kilomètres, il se composait de différents groupes et ambiances, l’avant étant clairement noir et jaune, et très offensif. Sans nasse mobile, avec des forces de l’ordre à distance du cortège (sauf sur la fin en approche de Nation), ce cortège du premier mai a pu déployer différentes formes d’expression de la colère sociale qui couve : tags, banderoles, chants, barricades, banques défoncées, fanfares…

Ce n’était certes pas les premiers actes GJ, ni les manifs les plus deter de la Loi Travail. Il n’empêche, cela faisait du bien de retrouver une puissance collective.

C’est aussi et surtout un marqueur fort pour les mois et années à venir. On aurait pu penser que la réélection de Macron allait résonner comme un coup de massue. Le coup de massue est passé. Et les sauvages commencent à se relever. Qu’un seul tienne. Les autres suivront.

Évidemment, la classe politique et médiatique s’est vautrée dans la diarrhée verbale des condamnations, comme des cochons peuvent se rouler avec délectation dans la boue. Y compris au sein de « l’Union Populaire » et de son leader Jean-Luc Mélenchon, qui regrette que la préfecture n’ait pas agi plus fermement. Comme l’a dit Nantes Révoltée, « La sociale-démocratie réclame une répression plus efficace. Une gauche de rupture aurait expliqué que la colère est légitime et aurait protégé le cortège de la police. Une gauche révolutionnaire aurait appelé et participé directement aux actions anticapitalistes. »

Cela aura eu le mérite de confirmer que ce monde là n’a rien compris de ce qui se passe dans notre société depuis plusieurs années. Que les alertes du cortège de tête, des Gilets Jaunes, des actions climats ou de la révolte BLM n’ont absolument jamais été comprises pour ce qu’elles étaient. Un désir profond de renverser ce système.

Pour beaucoup de manifestants, il n’y a même plus à chercher à « justifier » en quoi casser une vitrine d’une banque ou brûler une voiture de luxe est moins « grave » que détruire des vies avec une politique ultra libérale, voler des milliards grâce à des optimisations fiscales et détruire la planète par pur intérêt personnel. Sans même parler de comparer la pseudo violence des manifestants avec la violence de l’État et de son bras armé.

Non, pour beaucoup désormais, il n’y a plus à chercher à convaincre ces gens là, ni même les médias. Ce temps est révolu. Il a duré des mois avec les Gilets Jaunes. Ceux qui, aujourd’hui, ne comprennent toujours pas le font par choix idéologique. Il n’y a donc pas lieu de chercher à les convaincre que nous ne sommes pas des parasites.

La planète brûle, littéralement. Des millions de citoyens sombrent dans la pauvreté, et cela ne va que s’accentuer. Nos libertés ne font que diminuer de mois en mois. Pendant ce temps, les milliardaires et multi millionnaires n’ont jamais été aussi riches et puissants. Et leur président a été réélu pour cinq ans. Ce président responsable de milliers de blessés en manif, et de millions de personnes devenues pauvres. On est reparti pour 5 ans d’horreurs ultra libérales alors que le GIEC ne nous donne que 3 ans pour éviter la catastrophe climatique.

Ces barbares qui ont défilé devant les syndicats dimanche semblent donc bien plus conscients et bien plus humanistes que ceux qui tentent de les salir.

On ne doute pas qu’une partie de la stratégie de la préfecture (et donc du pouvoir), aura été de laisser « faire » pour montrer le « chaos » qu’instaurent ces « barbares » si la police ne fait pas de nasse mobile et n’est pas au plus proche du cortège.

Qu’importent leurs petits intérêts politiciens et médiatiques. Une manif sans nasse mobile restera toujours plus belle et plus respectueuse de la démocratie que ce qu’on a pu vivre ces derniers mois. Et puis, s’il y a eu plus de vitrines de banques cassées car la police ne nassait pas le cortège de tête, il y a certainement eu, dans le même temps, moins de manifestants blessés ou embarqués par les flics. Peut être que cela ne compte pas, ou beaucoup moins que des vitres de banque, pour les commentateurs médiatiques et politiques. Pour nous, cela compte.

La séquence électorale va bientôt prendre fin, laissant alors le champ totalement libre à une lutte simple : Continuer dans ce système. Ou le détruire. Chacun verra les barbares (ou les parasites) du côté qu’il le souhaite, permettant de clarifier ce qui doit encore l’être.


Comprendre nos défaites

Il est souvent difficile d’être lucide lors d’une défaite. C’est pourtant toujours salutaire. Surtout lorsqu’on parle non pas d’une seule défaite, mais de plusieurs. Et pas des moindres.

Passé le soulagement de savoir que Marine Le Pen ne serait pas présidente de la République, nous avons été obligés de constater que la victoire était pour Macron et son monde. Et qu’il s’agissait donc d’une défaite pour notre camp. Pour nos camps.

Plus de trois ans après le début du mouvement insurrectionnel des Gilets Jaunes, Macron, qu’on pensait incapable de finir son mandat, est réélu. Deux ans après un soulèvement antiraciste majeur de plusieurs centaines de milliers de personnes dans les rues contre le racisme institutionnel, Macron est réélu lors d’un second tour face à une candidate encore plus raciste que lui, avec un score de l’extrême droite totalement inédit. Alors que pendant tout le quinquennat, des manifestations et des grèves massives pour le climat ont eu lieu, Macron est réélu alors qu’il incarne, sans s’en cacher, tout le système ultra libéral occidental responsable de la catastrophe climatique.

On pourrait continuer encore longtemps cette liste de défaites. Mais ce serait oublier la principale, celle qui cristallise l’ensemble de ces échecs : les tenants du pouvoir politique et médiatique, par la peur (justifiée) de l’arrivée d’une fasciste au pouvoir, ont réussi à faire se concentrer toutes les attentions et les énergies sur une élection. Alors même que jamais autant de Français n’ont dénigré (là encore, à juste titre) le système actuel.

Imaginez un peu le tour de force : des millions de personnes se révoltent depuis plusieurs années et sont prêtes à renverser le système. Ce système, pour se maintenir, emprunte la voie de l’autoritarisme et distille un discours de plus en plus raciste, faisant logiquement monter les partis d’extrême droite (bien aidés par les médias des milliardaires). Ce faisant, il arrive à faire de la menace « Le Pen » une réalité encore plus crédible qu’en 2017. Face à cela, l’ensemble du champ politique, social, syndical, et même révolutionnaire, concentre son énergie et ses forces sur cette élection.

Non seulement l’élection présidentielle est redevenue centrale dans nos vies, ce qui est déjà une énorme victoire du système, mais en plus, les forces contestataires, capables de renverser le système, se déchirent pendant des mois et se tirent dans les pattes selon leur choix d’appeler à voter ou non, et si oui, pour quel candidat.

Alors que la 5e république n’a jamais été autant remise en cause. Alors qu’un président n’a jamais été aussi détesté… jamais il n’y aura eu autant de « vote utile », que ce soit au premier ou au second tour.

Nous ne pouvons que constater cette défaite majeure, et lourde. Le système a réussi à se montrer « indispensable ». Même pour ceux qui veulent le combattre. Nous ne doutons pas que les prochaines semaines emprunteront la même partition, au moins jusqu’aux législatives.

La question n’est pas de pointer les responsabilités au sein de nos camps. Chacun a fait ce qu’il a pu et ce qu’il a cru être le moins pire au vu de la situation.

Non, la vraie question, c’est comment faire en sorte que nous ne nous retrouvions pas dans la même situation dans 5 ans. On sait que Macron est détesté. Que des millions de Français (et de citoyens du monde entier) veulent changer de système. Qu’il y a une vraie prise de conscience que les ultra riches sont en train de détruire toute la planète pour leur simple intérêt.

Mais comment réussir à concrétiser cette rage, cette colère, ce désespoir parfois, en quelque chose qui puisse vraiment changer nos vies, qui puisse vraiment détruire le système ? Clairement, il ne faudra pas attendre que cela se fasse par des élections. Ni présidentielles, ni législatives, ni municipales. Pour que le système change profondément, il faudra le détruire. Et reconstruire par dessus. Mais vu l’échec lors de la sublime et inattendue tentative des Gilets Jaunes, il nous appartient de comprendre comment ne pas reproduire cette défaite. Pour que ces défaites ponctuelles puissent se transformer, un jour, en un échec et mat.


Les fascistes en marche

Un second tour des présidentielles avec l’extrême droite, c’est désormais « habituel » en France. On vomit. Puis on reprend vite le cours de nos vies.

Un second tour avec l’extrême droite face à un président sortant, lui même rampe de lancement au fascisme. Ça, c’est une première ! Mais cela ne surprend personne. A peine va-t-on vomir d’ailleurs cette fois.

En 2002, quand Le Pen père arrive pour la première fois au second tour de la présidentielle, créant un véritable séisme politique, il ne recueille « que » 4,8 millions de voix. 20 ans plus tard, sa fille est au second tour avec 8,2 millions de voix (chiffres à affiner, il reste 3% de bulletins non pris en compte). Auquel on peut ajouter les 2,5 millions de voix de Zemmour. Soit plus de 11,5 millions de Français qui ont voté pour ces deux candidats ouvertement fascistes.

C’est vraiment flippant. Alors oui, on pourra se dire que l’abstention fait toujours plus (12,6 million), reste le premier parti de France, et qu’elle témoigne d’une crise profonde de ce système. Il n’empêche, plus de 11,5 millions de Français ont voté pour des fascistes.

Si on en est arrivés là. Ce n’est pas le fruit du hasard. Un fascisme aussi décomplexé et accepté par une partie de la société, c’était la seule option pour que le système ultra libéral parvienne à se maintenir. Macron a fait monter le monstre raciste depuis 5 ans en jouant totalement sa partition (lois liberticides, stigmatisation des minorités, dissolution d’associations, chasse aux exilés, répression amplifiée). C’est grâce à cela qu’il peut encore espérer gouverner 5 ans de plus.

D’ailleurs, l’autre sidération, c’est le score de Macron. Celui qui a autant méprisé le peuple, qui a fait un quinquennat d’une violence sociale et humaine inouïe, qui a conduit la France dans un système autoritaire et clairement pré fascisant… Ce mec fait bien plus qu’en 2017, gagnant 1,2 millions d’électeurs lors du premier tour.

C’est le candidat qui gagne le plus de voix entre 2017 Et 2022. Melenchon en gagnant 930 000 et Le Pen 610 000.

Alors oui, Mélenchon a « créé » la surprise, en talonnant Le Pen. Mais peut-on se réjouir de ce simple fait ? Si Mélenchon progresse nettement par rapport à 2017, cela s’est fait surtout dans une logique de vote utile et parce que sa ligne est marquée par un tournant qui a tenté de synthétiser cinq années de mouvements sociaux contrairement aux autres partis de gauche.

Cela se voit particulièrement avec les scores ridiculement bas de tous les autres candidats de gauche (ou même pseudo gauche comme Hidalgo/Roussel). Melechon a même bénéficié de soutiens jusqu’ici inédit de structures ou personnalités proche de l’autonomie, de l’antifascisme ou de l’anarchie. Cela n’a pas suffit.

Il ne faut pas non plus sous-estimer non plus le score de la gauche radicale et de l’abstention en outre mer, dans les quartiers populaires et au sein de la jeunesse, trois des couches les plus précaires.

Il y a eu en fait trois votes utiles : ultra libéral (Macron), fasciste (Le Pen), de gauche (Mélenchon)

Peu importe l’issue du second tour, ces cinq années à venir seront probablement les plus dures que nous aurons à traverser, dans l’histoire de la cinquième république. Ces cinq dernières années semblent annoncer la couleur, mais plus pour nous préparer à pire.

Les attaques seront sans relâche, les dissolutions risquent de pleuvoir, la liberté d’association sera sûrement fortement remise en cause au nom des lois sur les valeurs républicaines. Nous devons nous préparer à plusieurs options : nous servir des cadres légaux évidemment, mais aussi probablement à nous organiser en partie dans la clandestinité.

La parole révolutionnaire, déjà marginalisée par les médias mainstreams sera encore moins audible, elle aura moins d’écho et sera d’autant plus réduite. La bataille hégémonique continuera à se jouer sur la communication mais aussi et plus que jamais sur le terrain réel, c’est à dire la rue et partout où nous sommes physiquement.

Nous avons eu un avant-goût de ce que la Macronie peut faire en terme de dégâts sur nos vies et de son niveau de radicalité ultra libérale, croissant au fil des années pour détruire nos vies. Jusqu’où est-elle déjà allée ?

Le risque de voir l’extrême-droite au pouvoir est réel, qu’elle gagne les législatives ou pas, le résultat sera désastreux car sa légitimité aux yeux de la majorité de la population devient réelle.

A l’image du mandat de Donald Trump, cela ne signifie pas forcément que le pays instaurera réellement un régime fasciste comparable à celui des années 30/40 ou aux dictatures sud-américaines et du sud de l’Europe. Cependant, la propagation de ces idées sera encore plus conséquente, sa mainmise sur les institutions publiques ira crescendo. Si les contextes sont incomparables, la Pologne et la Hongrie démontrent quand même que les nationalistes ont des stratégies qui peuvent fonctionner lorsqu’il s’agit de s’inscrire sur la durée.

Prendre le pari de croire qu’un pré-fascisme déclencherait une révolution de facto est extrêmement risqué et demeure probablement un fantasme.

Ce ne sont pas quelques réactions insurrectionnelles marginales, même visuellement impressionnantes qui suffiront à renverser un état policier de plus en plus préparé à mater les révoltes.

Le Pen sera probablement pire que Macron, et dans les deux cas, nous aurons le droit à une politique internationale aux mains de l’impérialisme le plus décomplexé.

Qu’une réaction désespérée voire nihiliste éclate dans les jours à venir serait plus que compréhensible, car notre rage est totalement justifiable et même légitime. Nous pensons cependant qu’il est important de garder nos forces, nous en aurons besoin dès la fin du mois pour nous organiser à court, moyen et long terme.

Dans les semaines à venir, nous vous proposerons peut être des initiatives allant dans ce sens. Il ne s’agira pas seulement de dresser le bilan critique des dernières années de luttes, ni même de nous autoflageller. Nous avons déjà touché le fond.

Ce que nous souhaitons, c’est que nous participions toutes et tous à une reconfiguration et une structuration plus globale du camp révolutionnaire, que nous soyons forces de proposition, afin de surpasser notre torpeur face à cette situation très dure.

Le monde n’est pas fait que de gilets jaunes, autonomes, d’extrême-gauche, d’écolos, de citoyennistes ou de décoloniaux. Même si toutes ces personnes s’unissaient, cela ne suffira jamais pour une dynamique de masse contre leur monde.

Ne perdons pas espoir, même si c’est vite dit, soyons prêts à encaisser les coups, à les rendre mais surtout, et dès que possible, à les donner.

A bas la République et vive la démocratie directe !


Ukraine : notre difficile position anti-guerre

Contre la guerre, les états de guerre et les impérialismes.
Pour le droit à l’autodéfense.

Beaucoup de choses ont été dites sur la guerre en Ukraine. Et comme souvent en période de guerre, les prises de position, même les plus nuancées, engendrent des réactions binaires et disproportionnées. Dans ce climat d’incompréhension et alors que nous sommes sujets à des manipulations médiatiques de tous les côtés, ce texte a pour objectif d’éclaircir notre position sur ce conflit.

Oui, le poids de la domination mondiale américaine est supérieur à celui du reste du monde, notamment par son complexe militaro-industriel. Oui, l’armée américaine, c’est plus de 800 bases dans le monde, 35% des dépenses militaires mondiales à elle seule et c’est le modèle impérialiste américain qui semble le plus diffusé partout sur la planète et par tous les moyens possibles.

Oui, l’impérialisme de l’Occident et ses alliés est, de loin, celui qui a le plus déstabilisé le monde et qui provoque la majorité des catastrophes sur cette planète. Oui, le poids et la présence de l’OTAN n’est comparable avec aucune autre armée, ni la Chine, ni la Russie. Enfin, oui, les États-Unis ont participé à une ingérence à Maïdan puis par la suite sous fond de guerre énergétique et d’hégémonie militaire, et cette guerre en est une conséquence directe.

Cependant, c’est le président russe qui a fait le choix délibéré d’envahir militairement un pays souverain dans son intégralité. Les civils sont les victimes et il n’y a absolument pas de justification à trouver à cette invasion criminelle décidée par Poutine. La population ukrainienne dans son intégralité en paye le prix. Elle subit les bombardements, ses habitants peuvent mourir qu’ils soient dehors ou chez eux. Nous les soutenons de manière inconditionnelle.

Aussi, nous sommes solidaires des Russes victimes de la répression du Kremlin sur son sol, à l’image des mobilisations anti-guerre partout en Russie. Mais également à l’étranger, par son ingérence dans certains pays comme le Kazakhstan et la Biélorussie, où les hommes de Poutine ont participé à mater des mouvements sociaux.

Soyons clairs : le régime de Poutine n’a pas de leçons à donner concernant l’extrême-droite vu les liens qu’il entretient au niveau international avec cette mouvance, allant jusqu’à son financement et à confier des missions au groupe Wagner. Les fascistes sont très divisés sur la question ukrainienne et se trouvent des deux côtés.

Le régime du parti Russie Unie est celui des oligarques mafieux, et même s’il a su redresser économiquement un pays humilié par la présidence de Boris Eltsine, son fondement demeure capitaliste et très autoritaire. Nous n’oublions pas non plus les nombreux crimes de guerre dans le Caucase en Tchétchénie, Ingouchie ou encore au Daghestan durant les années 90/2000.

Ceci est dit, maintenant, il ne s’agit pas de tomber dans le “ni, ni” simpliste, ou à l’inverse dans le campisme. Tâchons donc de voir plus loin et d’essayer de saisir quelques enjeux de ce conflit et leurs conséquences.

État de guerre depuis 2014

Le conflit ukraino-russe tient aussi ses racines du découpage hasardeux durant l’époque soviétique, puis au moment de l’indépendance de l’Ukraine en 1991. L’Est du pays est très russophone et possède des communautés russes très importantes. L’Ukraine est en proie à des luttes entre russophiles et pro-europe depuis longtemps.

Les premières tensions entre les axes pro-russes et atlantistes prennent de l’ampleur durant la révolution orange en 2004 après l’élection contestée de Viktor Ianoukovitch, successeur de Léonid Kouchma (ex président pro russe) face à Viktor Louchtchenko (pro-Europe soutenu massivement par l’occident), qui sera finalement élu. Ce dernier perdra à son tour en 2010 contre le candidat pro-russe. Contrairement à 2004, les élections de 2010 se seraient déroulés sans irrégularités, Ianoukovitch en sort vainqueur.

En 2013, peu avant Maïdan, le pays peine à se développer économiquement, criblé de dettes et en récession.
La Russie, qui représente une part forte de son endettement, lui accorde un prêt de 15 milliards d’euros et baisse le tarif de son énergie, l’Union Européenne lui ayant refusé la somme de 20 milliards mais lui aurait elle aussi proposé une aide conséquente. Les deux camps possèdent des accords importants avec l’Ukraine, notamment dans le secteur agricole.

L’hiver 2013/2014, un mouvement pro-européen devient populaire pour une partie de la population lassée du régime Ianoukovitch après la rupture brutale d’un accord économique facilitant des échanges avec l’Union Européenne. Le président ukrainien annonce renforcer ses relations économiques avec la Russie.

Ce mouvement social s’amplifie et sera soutenu par toutes les branches du libéralisme, ainsi que par toutes les franges de l’extrême-droite. On ne peut cependant résumer et essentialiser le profil des manifestants. Il s’agissait aussi d’un ras le bol général des conditions sociales contre un régime corrompu qui agirait dans l’intérêt de la Russie, du désir de sortir de cette crise, et bien sûr du leurre libéral agité par l’Europe censée être libératrice. Des faits graves de la part des nationalistes ukrainiens sont constatés durant l’occupation de la place Maïdan, épicentre de la contestation.

De son côté, le régime pro-russe a aussi agi avec la manière forte, jusqu’à envoyer sa police anti-émeute, la Berkout, tirer à balles réelles sur les manifestants. Le régime emploie des miliciens, la répression est inouïe : 103 manifestants seront tués ainsi que 17 policiers. Les deux camps s’accusent mutuellement d’avoir commencé ces tirs, et la situation devient hors de contrôle. Le président finira par s’enfuir et sera condamné par contumace. Il est accusé d’avoir détourné plus d’un milliard d’euros pendant son mandat.

Un premier gouvernement d’union nationale sera alors décrété en attendant des élections. Le parti de l’ancien président sera interdit d’élection ainsi que toutes les tendances communistes dont les symboles seront détruits. Les nationalistes obtiennent de fait des victoires idéologiques et des postes importants, mais s’effondrent par la suite électoralement au détriment des libéraux europhiles. Petro Poroshenko est élu en 2014 puis fragilisé par des scandales de corruption.

Volodymyr Zelensky lui succédera en 2019. Durant sa campagne électorale populiste, il joue son propre rôle dans un feuilleton télévisé, sous fond de lutte contre la corruption (son nom est depuis cité dans l’affaire Pandora Papers). Le président ukrainien tente de se rapprocher encore plus de l’Occident et de l’OTAN, mais dit aussi vouloir atténuer les tensions avec la Russie. Il ira même jusqu’à gracier d’anciens policiers de la Berkout.

Paradoxalement, les USA demeurent assez distants. Biden n’a proposé de rencontrer Zelensky qu’en Août 2021. Cette proposition intervenait dans un contexte, où Biden avait négocié la levée des sanctions économiques sur le Gazoduc North Stream 2 avec l’Allemagne. Zelensky évoquait alors « Une grave menace pour la sécurité » de son pays. « Nord Stream 2 va priver l’Ukraine de ses approvisionnements en gaz, ce qui signifie nous priver d’au moins 3 milliards de dollars par an… Nous n’aurons rien à verser à l’armée ukrainienne » (source le Monde). Rappelons qu’entre 2014 et 2019, Biden fils (Hunter), était membre du conseil d’administration de Burisma, le plus important exploitant de gaz du pays.

Parallèlement au changement de régime en 2014, la Russie intervient en Crimée, région composée majoritairement de Russes. Une partie importante de ses habitants semble revendiquer son rattachement à la Russie. Poutine accepte directement de la reconnaître en tant qu’état russe. Une autre région située également à l’Est où se trouvent de fortes populations russes, le Donbass, est en proie, depuis, à une situation de guerre civile avec des affrontements réguliers.

Le Donbass au cœur du conflit

Situé à l’extrême Est, le Donbass est composé de deux régions (Oblast de Donetsk et Lougansk). Environ 70% de la population y est russophone y compris parmi les ukrainiens. Sa population est russe à environ 38%, il existe d’importantes communautés musulmanes qui représentent 15 à 20% de la population suivant les zones, les ukrainiens constituant la majorité du reste de la population, environ 40%. Les terres agricoles y sont riches, ses ressources principales sont le charbon et le fer et le sud bénéficie d’un accès à la mer Noire.

Les accords du cessez-le-feu de Minsk II signés en Biélorussie en 2014 sont constamment violés par les deux camps. On dénombre près de 10 000 morts et un million et demi de déplacés en 2020 depuis le début du conflit (source Vice). Il est constaté des exactions extrêmement graves des deux côtés. La population subit une véritable guerre de tranchées, même si elle était jusqu’à présent considérée comme de “basse intensité”.

Il convient donc de rappeler que même si ce conflit armé a pris aujourd’hui des proportions inquiétantes et s’étend dorénavant à l’ensemble du sol ukrainien, l’état de guerre existe dans le Donbass depuis Euromaïdan et l’annexion de la Crimée. Certaines zones du sud ont connu des affrontements très violents à l’exemple de l’incendie criminel attribué aux nationalistes ukrainiens à Odessa, à l’encontre d’une maison syndicale communiste, qui a fait 42 morts asphyxiés ou brûlés vifs.

Les élections régionales du Donbass avaient donné pour résultat une victoire des séparatistes à plus de 60% mais il est très difficile d’évaluer la légitimité de ces résultats, sous la pression des milices. Cette zone est pratiquement impénétrable pour les ressortissants étrangers, y compris les journalistes. Nous préférons, par manque de sources fiables, éviter de spéculer sur la situation de ces deux régions clés. Nous retenons que des initiatives pour la paix existeraient de manière marginale, et que les informations sont difficiles à obtenir.

Un conflit sous fond de concurrence énergétique et militaire

L’Ukraine est un pays qui dispose de beaucoup de ressources agricoles dont le blé. C’est aussi le 7ème producteur de fer au monde, le 8ème de manganèse et d’uranium, le 6ème en titane. Elle se situe au milieu d’une zone de transit entre la Russie et l’Europe notamment des gazoducs. La Russie quant à elle est l’un des plus gros fournisseurs d’énergie de l’Europe. Même si cette tendance est à la baisse : le gaz russe ne représente que 25% de ses importations en 2021 contre 40% il y a peu (source think tank Bruegel).

Jusqu’à présent, bien que parfois tendues, les relations russo-européennes n’empêchent pas des accords énergétiques essentiels pour leurs économies respectives. L’Allemagne, qui dépend à 50% de la Russie pour son approvisionnement en charbon dans les centrales électriques et largement de son gaz, interrompt les livraisons énergétiques du gazoduc North Stream 2 sous la pression américaine qui a décidé d’appuyer cette décision par des sanctions contre le géant russe Gazprom, partenaire de ce projet. Pourtant, les livraisons de North Stream 1 continuent.

Il y a une certaine hypocrisie de l’Europe, la France en tête : son industrie est la plus présente parmi les pays étrangers en Russie. À peu près toute la classe politique européenne qui condamne son intervention n’a eu aucun problème à se prendre, auparavant, en photo avec Vladimir Poutine et parfois à le soutenir, notamment en France (Macron, Hidalgo, Les Républicains, Rassemblement National, Reconquête..). Cependant, il est évident que la Russie sera sanctionnée économiquement et que les répercussions sur le prix de l’énergie et du blé seront conséquentes.

Les Américains y voient probablement une opportunité pour affaiblir l’état russe de l’intérieur à moyen et long terme et exporter plus vers l’Union Européenne et l’Ukraine. Devenus des (sur)producteurs qui exportent leurs énergies : pétrole et surtout gaz de schiste. Ce dernier a du mal à se vendre, étant très polluant et plus coûteux que le gaz russe. Priver ou diminuer l’influence énergétique de la Russie s’avère une option financière viable. Pour autant, malgré quelques sanctions symboliques du soft power acquis à l’Occident (sport, eurovision..), la plupart des pays européens n’ont rompu aucun contrat économique avec la Russie.

Militairement, l’OTAN n’a cessé de repousser ses frontières en incluant tous les pays membres de l’Union Européenne à chaque fois en s’approchant de la zone frontalière russe depuis la fin du rideau de fer en y posant des bases militaires. Cette stratégie “dissuasive” amplifie la surenchère belliqueuse de Vladimir Poutine qui a pourtant, par le passé, proposé des accords de coopération militaire avec le camp occidental, qui ont toujours été refusés. L’attitude offensive de la Russie fait elle aussi réfléchir sur les raisons qui poussent ses pays à se positionner vers l’Ouest.

Démilitarisation et paix révolutionnaire, l’axe de sortie impossible

L’agression militaire russe est incontestable, indéfendable, mais elle était loin d’être imprévisible. On peut se demander à juste titre jusqu’où serait prêt à aller le Kremlin. L’Europe, binôme franco-allemand et Emmanuel Macron en tête, a encore prouvé ici son incapacité d’indépendance vis à vis des États-Unis, et son incompétence diplomatique totale. La seule chose que l’Europe propose est de fournir quelques armes, à l’image de l’Allemagne qui livre 4000 lance-missiles, comme si c’était une solution durable.

L’UE n’a pas su calmer les ardeurs de Poutine et a abandonné l’Ukraine. Elle dispose d’une marge de manœuvre pourtant réelle vis à vis de l’économie russe. Elle aurait pu s’interposer et tenter d’éviter le pourrissement de cette situation, y compris dans son intérêt économique, et donc éviter que l’Ukraine devienne le paillasson de la concurrence entre Moscou et Washington. La force dissuasive de l’OTAN n’a pas fonctionné.

Concernant la demande d’adhésion à l’Union Européenne par la président Zelensky “sans délai”, il n’existe légalement aucun moyen de ne pas passer par des milliers des textes, de recours et d’accords économiques qui le permettraient. Si elle se réalisait, cette adhésion de l’Ukraine à l’Union Européenne engagerait de facto le Kremlin dans une guerre contre l’Union Européenne, dont l’OTAN ne veut probablement pas. L’OTAN a rejeté l’idée d’une zone d’exclusion aérienne en Ukraine.

L’intervention russe, quant à elle, semble actuellement tenue en échec. Il est impossible de savoir combien de soldats et de civils ont été tués pour le moment. Malgré le poids de l’occupation militaire russe, la résistance ukrainienne est solide et a l’air de tenir le coup. C’est un courage et une détermination sans faille à laquelle est confrontée l’armée russe.

Si la Chine soutient discrètement Poutine, faute de quoi il n’aurait probablement jamais osé se lancer dans cette guerre, difficile de prévoir comment va se positionner et agir Pékin. Ce conflit semble parti pour s’éterniser, reste que la Russie paraît isolée sur le plan international. Après un vote à l’ONU sur une résolution pour la fin de son intervention Ukraine, la majorité de ses alliés traditionnels se sont abstenus et semblent souhaiter que ce conflit s’arrête.

Concernant la suite, nous lisons beaucoup de spéculations sur :

– Un enlisement et une surenchère qui auront des conséquences humaines et économiques désastreuses, sauf peut-être pour les marchands d’armes et les oligarques.
– Une amplification de cette situation de guerre froide malgré un éventuel cessez-le-feu, peu probable à l’heure actuelle.
– Une paix tactique purement libérale parce que financièrement cela pourrait être rentable, difficile tant que la Russie refuse de se plier aux exigences de Washington et qu’elle n’obtient pas le Donbass.
– L’adhésion ukrainienne à l’Union Européenne, peu probable, qui engagerait de facto une guerre mondiale.

Nous préférons éviter les pronostics, et soyons francs, la seule solution que nous défendons est impossible à l’heure actuelle : la paix révolutionnaire dans une perspective internationaliste et le droit à l’autodéfense. C’est-à-dire, la lutte contre tous l’impérialisme, les guerres et leurs états de guerre dans une logique révolutionnaire de démilitarisation globale. Nous devons ainsi nous attaquer aux causes de ces conflits, à l’image du mouvement contre la guerre au Vietnam en 1968.

Ces mouvements anti-guerre doivent trouver un renouveau : depuis la guerre en Irak de 2003, ils n’existent plus que de façon marginale. L’Ukraine nous en rappelle pourtant la nécessité. Cependant, cet eurocentrisme qui traduit un racisme inconscient doit aussi être dépassé. Nous ne devrions pas attendre qu’un conflit se rapproche de nous ou le « risque d’une guerre mondiale » pour nous sentir touchés, ni nous résigner aux indignations sélectives uniquement contre l’État russe.

D’autres peuples subissent ou ont connu récemment des situations de guerre, comprenant des occupations militaires, des massacres, des déplacements de population, des bombardements, des famines et nombre d’horreurs : Libye, Syrie, Yémen, Palestine, Tigré, Sud Soudan, Darfour, une partie importante du Sahel, Somalie, Syrie, Afghanistan, Est du Congo… Le Sud global n’attire jamais cette attention alors que bien souvent l’Occident participe à ces ingérences catastrophiques, ce qui ne lui donne aucun droit de donner des leçons.

Nos pensées vont vers toutes les victimes de ces conflits : nous sommes donc de tout cœur avec le peuple ukrainien, pour le retrait immédiat des troupes russes et le démantèlement de l’OTAN !